‹ Traite de pathologie interne (volume 3)Chapitre 107 sur 132 · SUJETTE MIL1A1RE · texte numérisé non relu

SUJETTE MIL1A1RE

ANATOM1E PATHOLOGIQUE.

On ne connaît jusqu'ici aucune lésion caractéristique ; on a constaté des congestions viscérales plus ou moins intenses, l'augmentation de volume du foie, la tuméfaction et le ramollissement de la rate ; mais ces altérations, d'ailleurs inconstantes, sont celles de toutes les fièvres graves, elles n'ont vien qui soit propre à la suctte. Les progrès de l'anatomie pathologique permettent de croire que l'observation ultérieure sera plus féconde ; pour moi, en raison de la diaphorèse colossale qui a nécessairement pour effet une condensation anormale du sang, en raison des symptômes cardiaques observés dans les cas graves, je pense qu'il faut à l'avenir rechercher avec, une particulière attention, d'une part les thromboses et leurs suites, et d'autre part les lésions de la myocardite.

SYMPTOMES ET MARCHE

Dans toute les épidémies on voit des cas d'une extrême bénignité; sans malaise notable, sans fièvre, l'individu est pris de sueurs abondantes dont la cause lui échappe ; après un ou deux jours il a l'éruption spéciale de miliaire, et en cinq ou six jours tout est fini, il n'a pas eu besoin de s'aliter, parfois même il n'a pas interrompu ses occupations. Ces faits ne peuvent être interprétés qu'en raison de l'épidémie régnante, et ils sont reliés par de nombreux intermédiaires aux cas intenses et graves.

La fréquence des prodromes varie avec les épidémies ; lorsqu'ils existent ils sont constitués par du malaise, de la céphalalgie, de l'inappétence, des douleurs plus ou moins vives dans les membres, puis surviennent des frissons, bientôt suivis d'une chaleur intense, qui aboutit promptement à la sueur. Lorsque les prodromes manquent, le début a lieu parla diaphorèse, et il peut être tout à fait brusque ; l'individu s'est couché bien portant, il se réveille dans la nuit, malade et inondé de sueurs. La céphalalgie apparaît ou redouble, elle est principalement sus-orbitaire ; avec les douleurs des membres il y a un fourmillement caractéristique aux extrémités des doigts; et dès le premier ou le second jour le malade est tourmenté par une constridion épigastrique des plus pénibles, par des palpitations véritablement ataviques, qui amènent parfois des lipothymies et des syncopes. Dans beaucoup de cas les sueurs ne sont pas précédées de frissons, ni de chaleur sèche; elles se montrent d'emblée sous forme d'une vapeur chaude qui enveloppe tout le corps, et bientôt elles ruissellent avec une abondance dont on peut à peine se faire une idée ; elles pénètrent les linges, tous les objets de literie; quand on découvre le malade, un nuage de vapeur se dégage de son lit ; ces

sueurs, quoi qu'on en ait dit, n'ont pas d'odeur spéciale, à moins que les soins de propreté ne soient négligés. JNon-seulement ces sueurs ne procurent aucun soulagement, non-seulement elles ne sont pas critiques, mais elles aggravent la situation du malade en proportion de leur abondance. Je n'ai jamais observé la suette, mais la pathogénie générale fait aisément comprendre qu'une diaphorèse de cette abondance a deux espèces de danger : c'est une spoliation qui affaiblit le patient, c'est d'autre part l'origine d'un épaississemcnt anormal du sang qui entrave la circulation, et qui favorise la parésie cardiaque, à laquelle dispose déjà l'hyperkinésie du cœur au début. Ce qui est certain, c'est que, dans la période diaphorétique , l'angoisse épigastrique et thoracique redouble, que l'action du cœur est de plus en plus fréquente comme lorsqu'il lutte contre un obstacle, et qu'il y a souvent alors de véritables accès de dyspnée très-douloureuse, parfois du délire et des convulsions, auxquelles succèdent l'engourdissement, et même la paralysie momentanée de certains groupes musculaires. L'abondance des sueurs rend compte de la soif, de la rareté et de la densité de l'urine, el de la constipation qui est absolue.

Qu'il y ait ou non des frissons, la fièvre s'établit avec la diaphorèse; autant qu'on en peut juger sans courbes thermomélriques régulières, elle n'est pas très-vive, le pouls se maintient vers 100 pulsations, parfois même il ne dépasse pas 8k à 92 ; il est ample au début, mais lorsque les sueurs sont au maximum il devient petit et concentré. L'allure de la fièvre n'est pas toujours la même : elle peut être continué, sauf l'exacerbation vespérale ordinaire; dans d'autres cas, elle a tous les jours une ou deux exaspérations qui n'ont rien de régulier ; enfin dans certaines épidémies, elle procède avec des rémissions périodiques (forme rémittente), et le redoublement fébrile est accompagné d'une aggravation de l'état général, et d'une recrudescence dans les sueurs.

Du troisième au septième jour, quelquefois pas avant le dixième, l'exacerbation de tous les symptômes, notamment des douleurs et des fourmillements, an- • nonce l'éruption. — L'exanthème revêt deux formes : dans l'une (miliaire rouge) il est constitué par de petites taches rouges, de 2 à 5 millimètres de diamètre, qui s'effacent par la pression, et qui sont irrégulièrement distribuées ; après • quelques heures le centre de la tache présente une petite vésicule remplie i de sérosité incolore ou jaunâtre ; la transformation des papules en vésicules : peut être retardée sur quelques points, mais elle finit toujours par se compléter. Cette forme peut exister seule. — L'autre est rarement isolée, elle est : caractérisée par des vésicules diaphanes sans rougeur des téguments (mi- liaire blamhe), et représente simplement une poussée de sudamina. Au reste,, ces deux variétés de l'éruption n'ont aucune signification spéciale au point s de vue du pronostic ; et il est permis d'y voir non une éruption fondamentale et essentielle comme celle de la variole ou de la rougeole, mais sim-

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