DU POUMON
La pneumonie interstitielle (1) est rarement primitive, ce n'est guère que chez les buveurs qu'elle se développe indépendante de toute autre maladie du poumon. En tant que lésion secondaire elle est réellement très-commune ; la pneumonie fibrineuse et la pneumonie catarrhale chroniques , le catarrhe chronique des bronches, l'emphysème, les foyers de tubercules ramollis sont les altérations qui la produisent le plus ordinairement ; dans d'autres cas, elle prend naissance autour des noyaux et des infarctus hcmorrhagiques ; enfin elle est observée à la périphérie des tumeurs cancéreuses, kystiques ou ganglionnaires développées dans l'épaisseur du poumon.
Alors même qu'elle est provoquée par une lésion circonscrite, la sclérose du poumon ne reste pas toujours limitée à son foyer d'origine ; comme toutes les proliférations conjonctives, elle a une tendance envahissante, de sorte qu'elle peut finir par intéresser une portion considérable du parenchyme ; si la lésion pathogénique porte sur les deux poumons, la sclérose est également bilatérale, c'est ce qui a lieu dans le catarrhe bronchique et dans la tuberculose ulcéreuse; quant à la sclérose primitive, elle ne présente rien de constant dans son étendue; elle est tantôt limitée, tantôt diffuse et double, mais elle a pour siège de prédilection les lobes inférieurs.
Altération à marche lente, la pneumonie interstitielle consiste dans la végétation exagérée du tissu conjonctif qui entre dans la composition du poumon ; le tissu interlobulaire, interalvéolaire , celui qui accompagne les vaisseaux, sont le siège de la lésion. Les caractères anatomiques diffèrent selon la période du processus ; dans les phases initiales qu'on a rarement occasion d'observer, le tissu est- turgescent, congestionné, les éléments conjonctifs sont infiltrés d'un liquide opalescent, dans lequel on trouve dos
(1) Corrigan, Dublin Journal of med. Se., XIII et XXXVIII. — Stokes, loc. cit.
— Rokitansky, loc. cit. — Dittrich, Beitrdge zur path. Anatomie. Erlangen, 1850.
— Fôrster, Lehrbuch der path. Anatomie. Iena, 1862. — Salomohsen, Dermoidcyste in der Lunge (Bib/ioth. for Lœger, 1863). — Parrot, Gaz. hebdom., 1864. — Jennings, Cirrhosis of the Lung (Dublin Journ. of med. Se, 1866).— Foot, Eodem loco, 1866. — CHBASTIHA, Beilrage zur Pathologie des Greisenalters. Induratio pulmonum (Oester. Zeits. f. prakt. Heilk., 1866), — Jaccoud, Clinique médicale. Paris, 1867. — Bastian, Lung showing the early stage of cirrhosis (Med. Times and Gaz ' 186,7).
PNEUMONIE INTERSTITIELLE. — SCLÉROSE.
cellules fusiformes ou rondes et des noyaux (Rokitansky) ; au delà de la région hyperemiée, on voit parfois des tractus d'une substance homogène, d'un rouge pâle, qui parcourent les interstices du parenchyme ; cette substance est constituée par du tissu conjonctif de nouvelle formation. Dans les parties congestionnées, les alvéoles son! vides d'air en raison de l'épaississement des parois, et du développement du tissu ambiant. Plus tard la turgescence fait place à la rigidité, la congestion s'efface, des groupes de capillaires disparaissent par ci impression, la végétation conjonctive peut envahir l'intérieur des cavités alvéo-lobulaires, le tissu pale, exsangue, d'un blanc grisâtre, résiste au doigt et à la coupe ; il est parcouru par de puissants tractus fibreux doués de la rétractilité cicatricielle. La coloration grise et la résistance du tissu sont tout à fait caractéristiques, à ce point que Chrastina a donné à la lésion le nom ^induration grise. Pour peu qu'elle soit étendue, la sclérose parfaite produit, en vertu de la rétraction, une diminution du contenu de la poitrine, et une tendance au vide, qui est compensée, soit par la dépression partielle de la paroi thoradqw, soit par la dilatation des bronches; ce sont là les deux effets ultimes du processus.
Les symptômes sont nuls quand la lésion est limitée, et dans le cas contraire ils ne sont caractéristiques que lorsqu'on tient compte des actes pathologiques antécédents ou concomitants (pneumonie mal résolue, tuberculose, bronchectasie). — Dans une première période, il n'y a que de la toux, de l'essoufflement résultant de la diminution de la capacité pulmonaire, et les signes physiques d'une induration diffuse ou limitée, savoir : matité ou submatité, exagération des vibrations vocales, souffle plus ou moins intense, bronchophonie de môme caractère ; on observe parfois au niveau de la matité une dépression partielle du thorax (le fait est fréquent dans la région sous-claviculaire) ; ou bien, au milieu de la zone soufflante, on trouve les signes ordinaires d'une cavité, soit bronchique, soit tuberculeuse ; le diagnostic de la sclérose est alors aussi certain que possible. Dans les faits que j'ai étudiés (avec contrôle anatomique) , j'ai toujours entendu du souffle et de la bronchophonie au niveau des points sclérosés ; mais ces signes ne sont pas constants; d'autres observateurs (Niemeyer, Parrot) ont indiqué la diminution du bruit respiratoire. — Dans la seconde et dernière période, les phénomènes précédents persistent, mais on voit survenir la dilatation et l'hypertrophie du ventricule droit, par gêne de la circulation dans l'artère pulmonaire ; et lorsque la dilatation prend le dessus, ce qui est la règle, la cyanose apparaît, avec œdème partiel ou anasarque; bref, l'obstacle pulmonaire a force le cœur, le malade est en asystolie. Parfois alors on entend dans le foyer de l'orifice tricuspide un souffle au premier temps, qui dénote l'insuffisance relative de la valvule. Quand les choses en sont là, le diagnostic ne peut être fait que par exclusion, c'est-à-dire après élimination des maladies du cœur proprement dites. —
llx MALADIES DES POUMONS.
Le pronostic de la pneumonie interstitielle étendue est grave , elle gêne l'hématose, compromet la nutrition, et tue par asystolie. Le traitement est impuissant ; il ne peut que remplir les indications symptomatiques fournies par les lésions palhogéniques, et les accidents cardiaques de la sclérose.