ANGINES CATARRHALES. — ANGINES MUQUEUSES
le défaut d'extension de la concrétion, sur la bénignité des accidents géné<j raux, et sur le développement d'un herpès labialis qui coïncide fréquemment avec cette variété d'angine catarrhale. Il est clair que l'appréciation sera sans difficultés si l'on a observé les vésicules initiales, mais ce critérium fait bien souvent défaut. Cette forme vesicbcleuse de l'angine catarrhale a été diversement interprétée. On peut, àl' exemple de Bretonneau, Gubler, Trousseau, Boi'tholle, Lasègue, attribuer l'ensemble des accidents à une éruption d'herpès dans la gorge, et l'on est conduit alors à on faire une espèce distincte qui a reçu les noms d'angine couenneuse commune, angine herpétique, herpès guttural; on peut aussi, avec Gerhard* (d'Iéna), ne voir dans tout cela qu'une angine violente] avec exsudais punctif ormes , et rapporter l'herpès du visage au mouvement fébrile toujours intense en pareil cas (1). Pour moi je liens simplement cette forme vésiculeuse pour l'expression la plus forte do l'angine catarrhale aiguë.
Il résulte de cet exposé que les diverses formes de l'angine catarrhale peuvent avoir toutes pour résultat la présence de concrétions plus ou moins dures, qui ne sont ni fibrineuses, ni membraneuses. En raison de la distance considérable qui, au point de vue du pronostic, sépare ces angines à concrétions muqueuses de l'angine pseudo-membraneuse, il est essentiel de les grouper sous une désignation d'ensemble qui permette de les opposer sans équivoque à l'autre espèce d'angine; je repousse la dénomination d'angine couenneuse commune, parce qu'elle n'est entendue que de l'angine vésiculeuse dite herpétique ; parce que les autres angines à concrétions sont ainsi exclues de la comparaison, ce qui est un danger ; parce qu'enfin l'épithète couenneuse, même mitigée par le mot commune, peut avoir précisément pour résultat la confusion qu'il s'agit d'éviter. Je trouve qu'il est infiniment plus logique de conformer la terminologie aux caractères réels des choses, et comme l'angine pseudo-membraneuse, c'est-à-dire l'angine croupale ou diphthéritique est la seule qui ait l'exsudat fibrineux, je l'oppose comme angine fibrineuse ou membraneuse à toutes les autres angines à concrétions blanches ou blanchâtres, que j'appelle angines muqueuses. — En indiquant plus haut les caractères différentiels des angines muqueuses et de la fibrineuse, je n'ai pas parlé de l'engorgement des ganglions sous -maxillaires s
(1) Bretonneau, Des inflammations spéciales des tissus muqueux. Paris, 1826. — Trousseau, Gnz. liôp., 1855. — Clinique médicale. — Gubler, Mémoire sur l'herpès guttural {angine couenneuse commune) et sur V ophthalmie due à l'herpès de la conjonctive (Soc. méd. hôp. Paris, 1857). — Union méd., 1858). — Féron, De l'angine herpétique, thèse de Paris, 1858. — Desnos, Lasègue, loc. cit. — Bertholle, De l'herpès guttural en général, et principalement dans ses rapports avec les troubles de la menstruation (Union méd., 1866). — Gerhardt, Jahresb. iiber die Leistungcn und Fortschritte in der gesammten Medicin, II. Berlin, 1867.
qui, d'après plusieurs auteurs, serait propre à cette dernière. Cette affirmation, selon moi, n'est pas acceptable, c'est-à-dire que ce signe n'a pas de valeur diagnostique absolue. Les dispositions individuelles ont ici une grande importance : il est des malades qui ont les ganglions tuméfiés et douloureux à propos du mal de gorge le plus insignifiant; je l'ai observé maintes fois chez d'autres; je l'ai observé maintes fois sur moi-même, je suis certain du fait, et tout ce que je puis concéder comme caractère différentiel, c'est le degré de l'engorgement; il est plus prononcé et plus persistant dans l'angine pseudo-membraneuse que dans les angines catarrhales.
A coté de ces symptômes objectifs, les angines catarrhales aiguës donnent lieu à des symptômes subjectifs qui varient selon l'intensité et l'étendue du processus local. Les seuls constants sont les troubles dépendant de la lésion, savoir, la douleur provoquée par les mouvements de déglutition, l'altération de la voix et celle du goût. — La douleur varie depuis une simple gène jusqu'à une sensation extrêmement pénible qui rend difticile ou impossible la déglutition de la salive même. Lorsque la douleur est vivo, le malade diffère autant qu'il est en lui les mouvements de déglutition que tend à provoquer l'hypersécrétion des liquides pharyngo-buccaux, et il les rejette par expuition ; parfois même la salive est assez abondante pour s'écouler incessamment au dehors, filante et visqueuse. Dans les cas où la douleur est modérée, elle est calmée parfois pour un certain temps après la déglutition de bols alimentaires solides d'un certain volume; il semble que la compression exercée au passage sur la muqueuse engorgée en diminue la tuméfaction. L'intensité de la douleur dépend surtout du siège de l'inflammation : elle est médiocre quand l'angine est purement gutturale ou pharyngée; elle est déjà plus marquée quand le voile du palais est pris en totalité ; elle est au maximum quand les deux amygdales sont atteintes, soit soûles, soit avec la muqueuse palato-pharyngéc. Accessoirement l'acuité de la douleur est subordonnée au caractère de la lésion : ainsi, la forme vésicule dite herpétique, est de toutes les angines muqueuses celle qui provoque les douleurs les plus vives. Quel qu'en soit le degré, la douleur a toujours les mêmes causes. C'est, en premier lieu, le déplacement et la compression de la muqueuse et des tonsilles par la contraction des muscles qui concourent aux mouvements de déglutition; c'est, en second lieu, la compression des minuscules nerveux intra et sous-muqueux par le fait du gonflement et de l'infiltration inflammatoires. Cela étant, on conçoit que les mouvements de déglutition ne sont pas toujours les seuls qui soient entravés : ainsi, dans l'angine tonsillaire, dans celle qui occupe le voile du palais et ses piliers, l'abaissement de la mâchoire est toujours douloureux et par suite incomplet, à ce point que l'examen de la gorge est souvent très-difficile. Cette occlusion forcée de la bouche est beaucoup plus marquée dans l'angine parenehymateuse, mais elle est aussi observée dans l'angine catarrhale intense. 11 en