ANGINES CATARRIIALES. — ANGINES MUQUEUSES
est de même de l'issue des solides et des liquides par les fosses nasales ou la bouche au moment de la déglutition : ce symptôme existe dans toute angine qui occupe le voile du palais, et qui est assez intense pour amener l'infiltration séreuse des muscles de cet organe ; dans cet état, vu l'impuissance des glosso-pharyngo- et uvulo-staphylins, la voie de retour par la bouche et le nez reste béante après que la substance a franchi l'isthme du gosier, et la contraction des muscles propres du pharynx a nécessairement pour effet le rejet des matières. Quand les muscles pharyngés sont altérés de la même manière, ce qui a lieu dans l'angine générale intense, la situation du patient est encore plus pénible, parce que les matières dégluties risquent de faire fausse route et de tomber dans le larynx.
L'altération de la voix n'est pas constante, elle dépend de la localisation du mal; elle appartient à l'inflammation du voile du palais et à celle des amygdales, à condition toutefois que le gonflement de ces organes soit assez considérable pour entraver l'action des muscles staphylins. Cette altération ne consiste qu'en une modification de timbre; la voix devient nasonnce, parce que l'orifice postérieur des fosses nasales n'est plus convenablement fermé au moment de l'émission vocale; chaque fois que le malade prononce une lettre, le son retentit dans les cavités nasales, tandis qu'à l'état normal ce retentissement n'a lieu que pour les consonnes dites nasales.
L'altération du goût est plus ou moins prononcée, mais elle appartient à toutes les angines, même les plus légères : du reste, elle résulte moins de l'angine que du catarrhe buccal qui l'accompagne ; c'est également ce dernier qui produit la salivation et la mauvaise haleine qu'on observe dans toutes les inflammations de la gorge, même dans celles qui sont apyrétiques. L'inflammation aiguë de la gorge se propage souvent à la trompe d'Eustache, plus rarement à la caisse du tympan ; de là une surdité plus ou moins prononcée, et dans le cas d'extension à l'oreille moyenne, des douleurs vraiment épouvantables qui ne cessent qu'avec la résolution complète de la plilegmasie, ou après l'évacuation du pus à travers la membrane tympanique déchirée.
Les phénomènes généhal'x manquent dans les formes très-légères; les autres débutent par une fièvre peu intense à exaspérations vespérales trèsmarquées, avec céphalalgie, courbature et inappétence. Chez les individus jeunes, cette fièvre peut présenter une vivacité notable qui est hors de proportion avec l'importance du travail local; chez les sujets impressionnables, notamment chez les jeunes filles et les femmes hystériques, on peut même observer du délire pendant quelques heures, et si l'on n'est prévenu de la possibilité du fait, on peut pécher par précipitation, et annoncer l'invasion d'une maladie beaucoup plus sérieuse. C'est principalement dans l'angine herpétique, et dans les angines ménorrhagiques auxquelles sont par-
fois sujettes les femmes mal réglées, que les symptômes généraux présentent celte violence insolite; ce sont en tout cas des accidents de début qui ne persistent pas au delà du troisième jour. — L'angine liée à un catarrhe gastrique est distinguée des autres formes par l'enduit saburral épais de la langue, les nausées, les envies de vomir ou les vomissements.
Dans toutes ses variétés, l'angine catarrhalc aiguë est une maladie légère qui se termine par résolution, dans l'espace d'un septénaire en moyenne; elle récidive facilement, cl chez les individus qui sont sous le coup des influences étiologiques précédemment indiquées, elle peut passer à l'état chronique.
Forme chronique (1). — Le siège ordinaire de cette forme est le voile du palais et la paroi du pharynx ; les amygdales peuvent être parfaitement saines, ailleurs elles présentent une tuméfaction bornée à la muqueuse, dont les orifices sont distendus par des concrétions caséeuses. h' hyperèmie est rarement générale, elle occupe irrégulièrement certains points, dans l'intervalle desquels la muqueuse a une couleur normale ou même plus pale que de coutume ; dans ce cas, les vaisseaux des points hyperémiés apparaissent dilatés et comme variqueux. Cet état fluxionnaire persistant amène à la longue un épaississement de la muqueuse et probablement aussi du tissu sousmuqueux ; et comme celte végétation exubérante n'est pas uniforme, le voile du palais et le pharynx surtout ont un aspect tout à fait caractéristique ; la surface est inégale, parsemée de saillies sphériques plus ou moins rapprochées, mais nettement isolées et résistantes ; bien souvent ces granulations descendent jusqu'au larynx, et l'examen rhinoscopique les révèle aussi dans l' arrière-cavité des fosses nasales, qu'elles peuvent même occuper exclusivement. 11 est vraisemblable que ces granulations sont constituées par les glandes et le tissu péri-glandulairc hypertrophié, mais le fait n'est pas démontré ; de sorte que le nom d'ANGiNE granuleuse exprime un caractère extérieur certain, tandis que celui d' angine glanduleuse ou folliculaire implique un caractère anatomique douteux. La sécrétion est visqueuse, épaisse et se dessèche facilement, mais l'abondance en est variable ; tantôt elle se concrète en traînées ou en masses assez volumineuses, tantôt elle est très-peu considérable, et elle est étalée sur le pharynx comme une couche mince de vernis transparent : c'est cette variété qui a reçu de Lewin le nom de pharyngite séchc. Les symptômes sont peu nombreux et plus gênants que
(1) Ciiomel, Angine granuleuse (Gaz. hâp., 1846). — Gueen, A Trcatise on Diseases of the air passages, etc. New-York, 1855. — Gueneau de Miissy, Traité de l'angine glanduleuse, etc. Paris, 1857. — Stifft, Die chronische Phargngitis [Deutsche K/inik, 1862). — Lacorde, Traitement de l'angine glanduleuse par le chlorate de potasse [Bullet. de thérap., 1864). — Desnos, Laségue, loc. cit. — Mosetig, Ueber Rachencatarrh (Wien. med. Zeit., 1866),