‹ Traite de pathologie interne (volume 3)Chapitre 60 sur 132 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

COMGKSTIOft DU FOI K.

GENÈSE ET ÉTIOLOGIE,

Par les conditions spéciales de son appareil vasculaire, par ses rapports anatomiques, le foie est exposé plus qu'aucun autre organe aux hyperémies de toute sorte. Son double système de capillaires converge dans des troncs efférents dépourvus de valvules, et tandis qu'il subit par les veines sushépatiques et la veine cave inférieure l'influence immédiate des désordres du cœur et des poumons, il ressent par la veine porte l'insuffisance motrice du diaphragme et des muscles abdominaux, dont les contractions sont à l'état normal un auxiliaire puissant pour le cours du sang porto-hépatique. Ces conditions constituent pour le foie une prédisposition constante aux congestions passives ou par stase ; il est même très-vraisemblable que l'action des muscles intestinaux et spléniqucs, que la contractilité de la veine porte, de l'artère et des veines hépatiques sont nécessaires à la circulation régulière de l'organe, et que le trouble de ces mouvements peut concourir à la formation des stases : ce côté de la question est peu connu, mais il ne doit pas être passé sous silence. D'une autre part, les rapports incessants du foie avec les éléments puisés dans l'intestin par les radicules portes l'exposent à des influences irritantes, qui sont une source féconde de congestions actives. — La genèse de l'hypcrémie hépatique (1) ne diffère pas de celle que j'ai assignée à la congestion en général (voy. tome I, pages 2, h et 10).

Fluxion. — La FLUXION PAR AUGMENTATION DE PRESSION DANS LES VAISSEAUX

(1) Andral, Clinique médicale, t. II. — Bonnet, Traité des maladies du foie. Paris, 1828. — Bitdd, On Diseuses of the liver. London, 1845. — Camray, Traité des maladies des pays chauds. Paris, 1847. — llASPEf., Maladies de l'Algérie Paris, 1852. — Hf.vocii, Klinik der llnterleihskrankheiten. Berlin, 1852. — Fr.Ei'RY, Monit. des ht'pit., 1855. — Frkriciis, Klinik der Leberkrankheiten. Braunscliweig, 1858, 2e edit., 1861. — MoifPfERET, Sur la congestion non inflammatoire du foie (Ârch. gén. de méd.,

afférents est physiologiquement observée pendant le travail de la digestion, alors que les vaisseaux portes sont turgescents par suite de l'absorption intestinale; l'apport augmente, la dépense reste la même, l'hyperémie est certaine. Celte fluxion physiologique est momentanée, elle cesse quand l'absorption est achevée j mais elle devient permanente et pathologique chez les gros mangeurs adonnés aux; excès de table, surtout lorsqu'à cette condition première vient s'ajouter l'une ou l'autre des influences dont il va être question. — La suppression des régies ou d'un flux hémorrhoîdaire produit une fluxion de même ordre par le mécanisme de la congestion collatérale ou compensatrice.

La fluxion mitiTATivE est très-fréquente ; elle peut être produite par le traumatisme (cas de Bright, Piorry, Frerichs), par les productions morbides contenues dans le foie ; mais le plus souvent elle résulte de la présence habituelle de substances irritantes dans le sang porte, ou de l'absorption de certains poisons.

Au premier groupe se rattache la fluxion produite par l'abus des épices et de l'alcool; quant au second, il peut être divisé selon l'origine du poison, qui est tellurique, morbide ou minéral. La fluxion hépatique ou hépato-splénique provoquée par le miasme paludéen, celle que causent le poison dysentérique et le typhique, celle enfin qui résulte de l'absorption du plomb et du phosphore, sont les types les plus nets et les plus communs du genre. L'hyperémie miasmatique et la dysentérique sont infiniment plus fréquentes dans les pays chauds que dans nos climats ; il est probable d'après cela que l'influence thermique ajoute à la puissance nocive du poison palustre, mais l'action pathogénique prépondérante me semble appartenir à la malaria. C'était déjà l'opinion de Pringle, et une remarque intéressante d'Haspel en démontre la justesse : en 18/i6, la province d'Oran subit des chaleurs étouffantes, les marais se desséchèrent, les fièvres intermittentes disparurent, et avec elles les affections du foie.

La fluxion d'origine nerveuse n'est pas rare; tous les cas d'ictère prétendu spasmodique appartiennent à cette variété de congestion. Elle est produite par les émotions morales vives, surtout par la peur et la colère ; toujours subite dans son développement, elle peut être de très- courte durée, mais l'un de ses effets, l'ictère, lui survit plus ou moins longtemps. Cette fluxion par trouble de l'innervation vaso-motrice est démontrée par l'hyperémie

1 86 1). — Bamberger, Lebert, loc. cil. — Davidson, Obs. quœdam nova> ad physioloyiam et pathologiam hepatis secretionum pertinentes. Berolini, 1862. — Duhamel, Gaz. hôpit.f 1866. — BIAISE, Considérations générales sur la symptomatologie des affections hépatiques, thèse de Strasbourg, 1867. — Fenn, Congestion of the lirrr (Med. Times and Gaz., 1868). — Ebstein, Catarrh der mikroskopisch sichtbaren feû nen Gallcngunge (Arch. /'. Hcilkunde, 1868). — Saint-Vel, Traité des maladies 'Ifsrégions intertropicales. Paris, 1868.

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