CONGESTION DU FOIE
SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC
La fluxion compensatrice et l'irritative n'ont pas une symptomatologie Lien précise; cependant elles sont, dans la plupart des cas, suffisamment caractérisées par des sensations anormales dans l'hypoehondre droit, par une augmentation dans le volume du foie, et par le fait que ces phénomènes apparaissent subitement après que le malade a été soumis à l'une des causes connues de la congestion active. Avec ces symptômes fondamentaux, on peut observer de l'ictère, des troubles gastro-intestinaux et un léger mouvement fébrile qui, rare dans nos pays, est constant dans les climats chauds.
Les sensations anormales sont un sentiment de poids, de tension dans l'hypoehondre droit ; la construction des vêtements n'est pas tolérable, et le développement de la région entrave le jeu du diaphragme et rend la respiration pénible et même douloureuse. Ces sensations augmentent par la pression et par le décubitus latéral droit ; il est rare qu'elles acquièrent spontanément le degré de la douleur proprement dite ; lorsque cela a lieu, la douleur est sourde et contusive. — Ces phénomènes n'ont aucune valeur diagnostique, tant qu'ils existent seuls; mais la coïncidence d'une hyper* mégalie hépatique rapidement développée les rend signiticatifs. L'augmentation de volume du foie a lieu dans tous ses diamètres, de sorte que la matité est accrue sur la ligne axillaire, mamelonnaire et médiane. Les recherches de Monneret ont assigné aux divers segments de l'organe les hauteurs moyennes suivantes : ligne médiane, centimètres 5,62; — ligne mamelonnaire, 12,64 ; — ligne axillaire, 10,57 ; — ligne scapulaire, 9,11. Cet observateur a sans doute tenu compte de la zone transitoire supérieure où l'on trouve de la submatité et non une matité absolue, car Krerichs a obtenu comme moyenne de quarante-neuf observations des chiffres inférieurs pour les deux lignes les plus importantes, savoir : ligne axillaire, 9,36 ; — ligne mamelonnaire, 9,5. L'accroissement déterminé par la tluxion n'atteint jamais les dimensions énormes que présente parfois celui de la stase ; l'augmentation ne dépasse guère U à 5 centimètres sur les lignes antéro-latérales, et souvent même elle n'est que de 2 ou 3 (Monneret) ; aux limites inférieures de la matité, on trouve par la palpation un rebord tranchant et oblique nettement délimité, qui est le bord inférieur du foie ; on constate en même temps que la forme de l'organe n'est pas modifiée, que la consistance est accrue, et que la surface est tout à fait lisse et unie. Cette tuméfaction hépatique est remarquable entre toutes par ses changements brusques en plus ou en moins; ces modiUcatious sont spontanées,
ou bien elles sont causées par la diète, par l'alimentation, par un flux diarrhéique, etc.
Les symptômes précédents sont seuls constants ; dans bon nombre de cas, cependant, on observe un ictère léger et transitoire que caractérisent à la fuis la teinte jaunâtre des téguments et des conjonctives, et la présence du pigment biliaire dans l'urine. Lorsque cet ictère est réellement lié à la congestion du foie, c'est-à-dire lorsqu'il ne dépend ni d'un catarrhe des voies biliaires, ni d'un catarrhe gastro-duodénal concomitant, il est la conséquence des modifications mécaniques de la circulation hépatique; par suite de la dilatation des vaisseaux fluxionnés et de l'augmentation de pression du sang, les origines des canalicules biliaires sont comprimées, et la diffusion, la pénétration de la bile dans leur intérieur est entravée : cette gène de l'excrétion a pour conséquences la rentrée (résorption) partielle du produit sécrété dans le sang, et l'ictère.
Ebstcin a récemment signalé le catarrhe des canalicules biliaires microscopiques, et cette condition peut également être invoquée comme cause de l'ictère dans la congestion aiguë.
Dans nos climats, la congestion irritative du foie ne donne lieu à aucun autre phénomène ; les troubles gastro-intestinaux, la fièvre rémittente ou intermittente à reprise vespérale, qui l'accompagnent souvent, dépendent non de l'hyperémie elle-même, mais du catarrhe gastrique ou intestinal qui la complique. Il n'en est plus de même dans les climats chauds; l'hyperémie prend le caractère d'une congestion sécrétoire, elle détermine une exagération de la sécrétion biliaire ou polycholie, et, bien que les voies d'excrétion soient libres, l'élimination devient insuffisante, eu égard à la quantité du produit sécrété, et l'ictère est produit; ictère par polycholie, dont la genèse diffère totalement de la variété précédente. L'hypersécrétion provoque en outre une diarrhée et des vomissements bilieux abondants ; il y a de la céphalalgie, une fièvre rémittente plus ou moins forte, et la maladie, marchant avec la régularité d'une affection aiguë, se termine en huit à dix jours par la guérison, à moins que cette fluxion ne soit le début d'une hépatite suppuréc, ce qui n'est pas rare dans les pays à malaria et dans la congestion dysentérique.
La marche de la fluxion irritative dans nos climats est tout à fait irrégulière : si la cause qui la produit est accidentelle, elle disparaît en quelques jours ; si au contraire elle est entretenue par de mauvaises habitudes hygiéniques, par des tumeurs hémorrhoïdalcs tantôt fluentes, tantôt sèches, par l'influence de la ménopause, etc., alors elle subsiste comme la condition qui lui donne naissance, et après diverses oscillations en bien et en mal, elle devient stationnais et définitive. C'est la seule terminaison fâcheuse qui lui appartienne en propre. On a dit que la congestion répétée ou persistante du foie peut aboutir à la cirrhose, à l'inflammation supputée, etc.,
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il n'en est lien ; toutes ces lésions sont accompagnées à leur début d'un état hyperémique qui fait partie tic leiu évolution; nuiis cotte hyperémie, elles la provoquent, elles n'en sont point la conséquence : on a pris la cause pour l'effet,
La fluxion d'origine nerveuse est soudaine et de tres-cnurte durée, aussi peut-elle ne produire ni sensations douloureuses, ni tuméfaction appréciable du foie; mais un de ses effets lui survit, et cet effet c'est l'ictère. La résorption de la bile, longtemps attribuée à tort à un spasme des canaux excréteurs (ictère spasmodique) résulte, comme dans la fluxion irrilative, du désordre survenu dans les rapports de diffusion entre la bile, les canalicules et les vaisseaux (Freriehs), c'est-à-dire de la modification plus ou moins durable de la pression sanguine.
Cet icteke nerveux peut à bon droit être dit simple, car il n'est accompagné que des phénomènes qui résultent directement du passage dans le sang de la matière colorante (pigment) biliaire : pas de troubles gastro-intestinaux, pas de fièvre, pas de céphalalgie, pas d'inappétence, pas de symptômes objectifs dans la région du foie; rien que la coloration jaune (jaunisse) des conjonctives et de la peau, parle pigment déposé dans les couches profondes de l'épiderme, le ralentissement du cœur et du pouls, la teinte rouge-acajou de l'urine qui élimine une partie des matériaux résorbés, et des démangeaisons plus ou moins vives, indices de l'hyperesthésie produite par l'imprégnation pigmentaire de la peau.
Cette variété de fluxion hépatique que caractérisent suffisamment la spécialité de la cause, l'instantanéité du développement, l'absence de catarrhe gastrique ou gastro-duodénal, est la moins sérieuse de toutes; c'est une indisposition bien plus qu'une maladie, et la teinte jaune, qui dans cette variété d'ictère est le seul phénomène symptomatique, disparait au bout de dix à quinze jours, quand la rénovation épidermique a emporté les éléments infiltrés de pigment.
Congestion passive. — Stnae. — En raison des causes qui le produisent, cet étal est chronique, mais l'intensité des symptômes varie d'un jour à l'autre selon que le trouble circulatoire pathogénique est plus ou moins prononcé. Ces symptômes ne sont autres que la tension et la pesanteur de l'hypochondre, l'augmentation de volume du foie appréciable par la percussion et la palpation, et un ictère à teinte variable qui est ici bien plus fréquent que dans la congestion active. Comme la plupart de ces malades doivent à l'affection cardio-pulmonaire dont ils sont atteints une cyanose plus ou moins prononcée , ils présentent une coloration faciale complexe, dont la teinte jaune violacé ou verdàtre est tout à fait caractéristique. — Les autres symptômes, tels que diarrhée, dyspepsie, vomissements, sont le fait de la stase ou du catarrhe gastro-intestinal.
Cette forme de congestion persiste aussi longtemps que la cause qtii l'en*
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i02 MALADIES DE L'APPAREIL HÉPATIQUE.
gendre ; elle peut être momentanément atténuée par un traitement convenable, mois le bénéfice est temporaire. Aussi, quand les malades survivent assez longtemps, voit-on survenir de nouveaux phénomènes qui révèlent la seconde phase, ou phase atrophiqtje du l'oie cardiaque. L'organe diminue de volume, Yascite survient par suite de la compression intra-hépatique des capillaires de la veine porto, et l'absorption intestinale étant dès lors entravée, notamment en ce qui concerne les matières albuminoïdes, le malade commence à maigrir. La subordination exclusive de l'ascite à l'état du foie est démontrée par sa persistance, alors même que l'anasarque et l'œdème des membres inférieurs viennent à diminuer ou à disparaître. La situation est la môme que dans la sclérose, par la raison que l'altération des vaisseaux portes est identique ; il résulte pourtant de quelques observations de Niemeycr que la tuméfaction de la rate est moins constante dans le Muscatsnussleber que dans la cirrhose : ici la compression des vaisseaux portes va souvent jusqu'à l'oblitération, tandis qu'elle n'atteint pas ce degré dans le foie cardiaque.
TRAITEMENT
La fluxion active présente le plus souvent des indications causales trèsnettes qu'il faut remplir. La réglementation de l'hygiène alimentaire chez les gros mangeurs, la proscription des alcooliques chez les buveurs, sont les premières conditions du traitement; la congestion liée aux hémorrhoïdes ou à la suppression des règles doit être combattue par les sangsues au périnée ou par des applications de ventouses scarifiées à la partie supérieure des cuisses ; la fluxion d'origine miasmatique est justiciable du sulfate de quinine ; celle des pays chauds ne disparaît souvent que sous l'influence d'un changement de climat. — La congestion passive produite par les maladies cardio-pulmonaires présente aussi une indication causale trèspositive qui est d'abaisser la pression dans le système cave ; cette indication peut être remplie par la saignée générale. Mais dans toutes ces circonstances la congestion hépatique est un fait accessoire qui ne peut justifier la saignée, si elle n'est pas commandée par la maladie principale; de sorte que l'indication symptomatique est la seule qui puisse être constamment suivie.
En toute circonstance, I'indication symptomatique est de dégorger le foie ; les sangsues à l'anus et les purgatifs salins sont les meilleurs moyens d'atteindre le but. Parle premier on obtient, grâce aux anastomoses/ la déplétion directe des vaisseaux portes ; par le second on produit, grâce à la spoliation séreuse, un abaissement de pression dans les veines intestinales, et
HÉPATITE SI PPURÉE. — ABCÈS DLl FOIE. 403
l'on excite les sécrétions de l'intestin el du foie. L'action des purgatifs peut être soutenue par l'infusion de rhubarbe; le régime doit être doux, il faut en écarter les aliments gras et indigestes. — Dans les formas chroniques, la médication précédente peut également être instituée, mais toutes les fois que la chose est possible, il convient de recourir au traitement thermal (Carlsbad , Hombourg, Kissingen, Marienbad, Vichy), ou bien a l'hydrothérapie par les douches froides, dont les intéressantes observalions de Klemy ont établi l'efficacité.