INSUFFISANCE URINA1RE. — URÉMIE
agitation nocturne, perte de la mémoire, amblyopie ou amaurose subite, troubles de l'ouïe, vomissements, convulsions partielles et passagères, voilà les symptômes qui, isolés ou réunis, annoncent l'urémie chez tout individu atteint (l'albuminurie avec lésions rénales; la cessation brusque de la diarrhée est un phénomène non moins significatif.
Les prodromes sont constants dans l'urémie lente dont ils constituent la première période; cette phase initiale peut durer plusieurs semaines, et être caractérisée uniquement par une céphalée intense; un peu plus tôt, un peu plus tard survient la période confirmée. Elle ne s'élablit pas brusquement, une aggravation progressive des accidents conduit insensiblement de la période prodromique à la période d'état, qui est constituée par de la somnolence et du coma avec persistance de la céphalalgie et des désordres sensoriels prodromiques ; les vomissements sont plus fréquents que dans toute autre forme ; quelques mouvements convulsifs peuvent agiter passagèrement les membres en résolution, et dans les derniers jours le délire n'est pas rare. Lorsque l'urémie lente tue dans l'espace de huit à dix jours, elle a une marche continue; mais lorsque le malade survit trois ou quatre semaines, ce qui n'est point insolite, le mal présente des rémissions momentanées signalées par la diminution de la torpeur, parfois même par le retour complet de l'activité cérébrale. Ces alternances sont liées à l'état de. i'uropoïèse et de la circulation encéphalique, dont les conditions ne restent pas toujours les mêmes. — Dans toutes les formes, on peut observer des épistavis, souvent aussi l'expiration est ammoniacale, phénomène que l'on constate soit au moyen d'une baguette de verre mouillée d'acide chlorhydrique, soit au moyen du papier imprégné d'hématoxyline, qui, sous l'influence de la moindre trace d'ammoniaque, vire au violet intense.
Tandis (pie la durée de L'urémie lente comprend plusieurs semaines, la lorme aiguë ne se prolonge pas au delà de trois à cinq jours; dans certains cas qui ne sont pas sans importance au point de vue médico-légal, l'urémie peut être réellement foudroyante, elle tue en quatre ou cinq heures.
Le diagnostic repose sur les circonstances pathologiques antérieures et sur l'état de la sécrétion urinaire ; la première notion éveille l'attention et montre la possibilité de l'urémie, la seconde révèle l'absence ou la présence de l'état morbide que l'autre a fait soupçonner. Trois conditions de l'uropoïèse sont également caractéristiques : la sécrétion est supprimée, il y a anurie ; — l'urine renferme avec de l'albumine les éléments microscopiques qui démontrent les lésions glandulaires des reins; en l'absence de ces éléments, il n'est permis de conclure que si le densimètre ou une analyse complète a révélé une diminution notable des matériaux azotés urinaires; — l'urine n'est pas albumineuse; mais par ses éléments microscopiques, par sa densité, par sa composition chimique, elle dénote le lésordre de la dépuration urinaire. — L'hydropisic n'a aucune valeur dia-
gnostique, parce qu'il n'y a aucune relation nécessaire entre elle et l'urémie. En revanche, deux particularités symptomatiques doivent fixer l'attention, l'absence de paralysie motrice et l'absence de fièvre. Ces deux caractères négatifs dégagent le diagnostic différentiel en éliminant un grand nombre de maladies qui pourraient l'embarrasser sérieusement : ce sont, entre autre, les méningites, les encéphalopathies des fièvres graves, et les maladies cérébrales à lésions circonscrites. Quant aux névroses et aux accidents nerveux produits par certains poisons (plomb, belladone, strychnine), c'est uniquementla connaissance des antécédents et des caractères de l'urine qui peut éclairer le jugement.
Les divers modes pathogéniques de l'urémie peuvent être distingués par une analyse complète de l'urine et du sang ; il est clair, en effet, que si l'urée et les matières extractives ne sont pas notablement diminuées dans l'urine, si le sang n'est pas altéré par la présence de ces mômes matières en excès ou du carbonate d'ammoniaque, il n'y a pas lieu de songer à une forme toxique, et que les accidents doivent être imputés à l'hydrocéphalie, ou à l'œdème et à l'anémie encéphaliques, deux modes cliniquement inséparables. Quant au diagnostic tiré de l'observation pure, il est fort difficile; c'est dans la néphrite diffuse chronique, et principalement chez les malades atteints d'anasarque ou d'hydropisies viscérales, que l'on observe l'urémie par anémie cérébrale; les symptômes gastro-intestinaux, diarrhée et vomissements, manquent ordinairement, le coma est précoce si l'urémie est aiguë, mais elle revêt souvent la l'orme lente ; au début de l'cncéphalopathie, les qualités de l'urine sont les mêmes que dans les jours antécédents, on ne voit pas cet abaissement considérable de densité, qui est observé dans les formes toxiques; enfin l'air expiré et les sécrétions ne contiennent point d'ammoniaque. — D'après Traubc, les malades présenteraient toujours dans ce cas une hypertrophie du cœur; j'ai déjà dit les raisons qui m'empêchent d'accepter cette proposition ; le fait important ici n'est point l'œdème, c'esl l'anémie du cerveau, laquelle peut être produite sans désordre cardiaque, par un simple trouble de l'innervation vaso-motrice.
Dans l'empoisonnement par le carbonate d'ammoniaque, que j'ai nommé ammmièmie, c'est l'élément convulsif qui domine, la bouche est sèche, la soif vive, l'élimination quotidienne de l'urée tombe au minimum, les vomissements et la diarrhée sont très-fréquents, les matières renferment soit de l'urée, soit de l'ammoniaque, et cela, alors même qu'il n'y en a ni dans l'air expiré, ni dans le sang; l'urine est parfois ammoniacale, sans que l'on puisse attribuer cette anomalie au séjour du liquide dans la vessie ; il est sécrété avec cette propriété (Graves).
Quant à l'empoisonnement par les matières extractives, variété que j'ai appelée par abréviation créatinémie, elle ne peut être soupçonnée que par exclusion, c'est-à-dire que si, dans un cas donne, l'encéphalopathie ne peut