‹ Traite de pathologie interne (volume 4)Chapitre 101 sur 161 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

ANESTHÉSIES.

AftESTHÉSlE 1>U TUIJUilVAU.

GENÈSE ET ÉTIOLOGIE.

A l'exception des causes dyscrasiques et constitutionnelles dont l'influence pathogénique n'est point démontrée, les conditions étiologicpies de la paralysie de la cinquième paire (1) sont les mêmes que celles de la névralgie ;

(1) Laxdmaxx, Commentafio anatomicu exhibons morbum cerebri et oculi singularem. Lipsice, 1820. — Herbert Mayo, Anntom. and physiol. Commentâmes. London, jaccoud. I* — 31

ce sont des lésions directes ou de voisinage qui amènent la suppression temporaire ou définitive de la conductibilité du nerf dans une région plus ou moins considérable, dont l'étendue est toujours rigoureusement en rapport avec le siège et la sphère d'action de la cause génératrice. A ce point He Mie. .] ni fournit la meilleure base de classification, les causes de l'anesthésie trifaciale sont centrales ou périphériques. — Les causes centrales siègent dans l'encéphale au delà du noyau originel èa. nerf dans le bulbe, entre ce noyau et la couche corticale de l'hémisphère cérébral de l'autre côté. Tous les points de ce vaste territoire n'ont pas une égale influence pathogénique ; ce sont les lésions de la protubérance, des pédoncules cérébraux et des couches optiques qui sont le plus fréquemment suivies de la paralysie du trijumeau, pour la simple raison (pie le faisceau cérébral du nerf est plus facilement atteint, même par une lésion médiocre, dans le déûlé relativement étroit que représentent ces organes ; dans l'hémisphère, au contraire, le volume de ce faisceau n'est rien comparath ement à la masse du tissu qui le renferme, et de nombreuses altérations peuvent se produire sans que ses éléments soient intéressés; aussi la paralysie sensible de la face est-elle positivement rare dans les altérations bornées aux hémisphères. Les effets des causes centrales sont croises; l'anesthésie est

1822. — Serres, Journal de Magendie, 1825. — Magendie, De l'influence de la cinquième paire de nerfs sur la nutrition, etc. {Journal de physiol. expérimentale et path.,

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a.\ksiiii:sh: nu trijumeau. m

du côté opposé à la lésion i l ). Ces causes soûl les hémorrha^ies, les mllamuialions, les nécrobioses et les tumeurs du cerveau. — Les causes périphériques atteignent le ueii dans uu point quelconque de son trajet, depuis et y compris son noyau d'origine jusqu'à ses expansions terminales, ce trajet présentant plusieurs étapes qu'il importe de distinguer, je divise ces causes en trois groupes : intra-craniennes ou basilaires, elles agissent sur le nerf depuis son origine jusqu'au ganglion de Casser inclusivement; — interstitielles, elles atteignent les branches de division du trijumeau à leur origine, dans leur parcours à travers le sphénoïde et les régions profondes de la face et de l'orbite ; — superficielles, elles intéressent directement les rameaux terminaux du nerf. Les effets (tes causes périphcrùiues sont directs, l'anesthésie est du même côté que la lésion. Les principales de ces causes sont la sclérose du bulbe et de la protubérance, l'inflammation, l'atrophie, la dégénérescence cancéreuse du nerf ou du ganglion de Gasser, les tumeurs de la base du crâne, les exsudats méningés (syphilis, spedalskhed, méningite simple), les fractures du rocher, les altérations des os de la face et de l'orbite, les plaies, notamment les plaies par armes à feu; viennent ensuite les contusions de la face, surtout dans la région sus- ou sous-orbitaire, la section îles nerfs dans les opérations chirurgicales, la dilacération des rameaux dentaires dans l'extraction des dents. L'impression du froid sur les rameaux superficiels du nerf produit bien plus rarement la paralysie que la névralgie; cependant Romberg a vu deux faits de ce genre, et j'en ai constaté un autre exemple chez un malade, dont l'observation a été publiée par mon ami G. Dieulafoy, qui était alors mon interne.

SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC

La perte de la sensibilité tactile, qui est le symptôme univoque de la paralysie du trijumeau, est complète ou incomplète quant à son degré, partielle ou générale quant à son étendue. Lorsque la branche oimithalmique est seule atteinte, l'anesthésie occupe le front, la paupière supérieure, la conjonctive, l'aile du nez et la pituitaire. La pupille est resserrée et les mouvements en sont ralentis. La cornée peut conserver sa sensibilité, quoique la

(1) Nous avons vu, en étudiant le diagnostic topographique des lésions cérébrales,, que dans les régions de la base, et notamment dans la protubérance et les pédoncules, une lésion peut être, à l'égard de certains nerfs, à la fois centrale et périphérique. Une tumeur de la moitié droite du pont de Varolc est une lésion centrale pour le trifacial gauche ; mais la tumeur peut s'étendre par en bas de manière à comprimer le trifacial droit à son issue de la protubérance, et elle devient lésion périphérique pour le nerf de ce côté.

k$U NÉVROSES DES NERFS PÉRIPHÉRIQUES.

conjonctive l'ait complètement perdue ; cet antagonisme était très-net chez le malade de mon service. D'après Panum, ce phénomène serait constant, et résulterait de ce que la cornée ne reçoit que des filets sympathiques ; mais le l'ait pathologique est variable et l'explication anatomique devient par là fort douteuse; il est des cas dans lesquels l'insensibilité porte à la fois sur la cornée et sur la conjonctive, et celte diversité des symptômes est plus facilement conciliable avec l'opinion de CL Bernard : tandis que la conjonctive reçoit deux ordres de filets ciliaires, les filets directs du nerf nasal et les filets indirects du ganglion ophthalmique, la cornée ne reçoit que ces derniers; suivant donc que les nerfs ciliaires sont compromis en totalité ou dans le groupe direct seulement, la cornée perd ou garde sa sensibilité. Dans la paralysie du maxillaire SUPÉRIEUR, l'anesthésie distribuée comme le nerf occupe la région sous orbitairc, le nez, la joue, les gencives supérieures, les dents correspondantes, la lèvre supérieure jusqu'à la ligne médiane ; si le maxillaire inférieur est pris, la sensibilité tactile est perdue dans la région temporale, la joue, la muqueuse bucco-palatine, le tiers antérieur de la langue, les gencives et les dents inférieures, la lèvre correspondante et le menton. Le malade est alors incommodé par un écoulement incessant de salive, et la mastication est imparfaite parce que des parcelles d'aliments s'accumulent dans le sillon labio-gingival ; les objets placés suites lèvres semblent brisés par le milieu et composés d'une seule moitié, parce que la portion qui ropose sur la lèvre paralysée n'est point sentie.

Avec l'abolition de la sensibilité générale ou de contact, il y a souvent des désordres dans la sensirilité spéciale du goût et de l'odorat ; les premiers sont liés à la paralysie du nerf lingual, et ils sont limités à la moitié antérieure de la langue du côté malade; dans cette étendue, les substances les plus fortement sapides ne sont point perçues, tandis que le goût est intact dans la partie postérieure de l'organe qui est innervée par le glosso-pharyngien ; la diminution de l'odorat est parfois observée dans la paralysie des branches nasales, non pas que ces nerfs possèdent la sensibilité spéciale olfactive, mais simplement parce que l'intégrité de la sensibilité tactile est une condition nécessaire à l'olfaction normale; cet effet médiat de l'anesthésie pituitaire est loin d'ailleurs d'être fréquent. Quant aux troubles de la vue, que l'on a attribués indistinctement à toutes les paralysies de la branche ophthalmique, ils n'en sont qu'une conséquence plus indirecte encore, car ils n'existent que dans les cas où l'anesthésie est accompagnée de désordres nutritifs ; or, cette complication est inconstante, parce qu'elle est subordonnée au siège de la cause paralysante. Il en est de même de certains symptômes variables qui doivent maintenant être indiqués, et l'examen de ces phénomènes nous conduit naturellement au diagnostic topographique de la paralysie.

Paralysies périphériques. — La dissociation des filets nerveux n'étant

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