‹ Traite de pathologie interne (volume 4)Chapitre 110 sur 161 · NÉVROSE DES ÉCRIVAINS. — OYSK1NÉS1E PROF I . SSIONNELLE · texte numérisé non relu

NÉVROSE DES ÉCRIVAINS. — OYSK1NÉS1E PROF I . SSIONNELLE

GENÈSE ET ÉTIOLOGIE.

l/intelfigenee étant intacte, les voies qui unissent les organes de l'idéation à l'appareil moteur étant libres, la conductibilité de cet appareil étant normale, les mouvements délicats et complexes de l'acte d'écrire, peuvent néanmoins être troublés et empêchés par des désordres de motilité qui ont cela de particulier, de caractéristique, qu'ils ne se manifestent en gênerai qu'à l'occasion de cet acte déterminé (1). Il suffit de songer un instant aux

(1) Synonymes : Crampe des écrivains (Brucr). — Mogigraphie (Hirsch). —

NÉVROSE DES ECRIVAINS. — DYSK1NÉSIE PROFESSIONNELLE, tm

conditions requises par ce mouvement pour pressentir qu'il est exposé à des perturbations multiformes ; ce a'eil pas tout, en elfet. È[tte l'impulsion volontaire arrive sans encombre aux muscles intéressés, il faut que l'excitation soit assez forte et assez prolongée pour que le pouce et les deux premiers doigta maintiennent solidement la plume pendant toute la durée de l'exercice ; il faut que cette excitation soit normalement irradiée dans le département spinal qui innerve les muscles conducteurs et leurs antagonistes ; il faut enfin que cette excitation soit uniforme, ou plutôt qu'elle ne soit pas accrue par une influence antre que celle de la volonté. Que la première condition fasse défaut, et au bout d'un temps variable les muscles impuissants laisseront tomber la plume; que la seconde condition manque, et des mouvements intempestifs témoignant du trouble des irradiations spinales viendront altérer l'acte commencé ; que la troisième condition soit absente, et l'b\ perkinésie provoque des crampes spasmodiques qui entravent l'acte patun mécanisme analogue. I.'obsonatiou démontrant que l'impuissance des muscles fixateurs de la plume se révèle tantôt par une parésie vraie (paralysie incomplète), tantôt par du tremblement, la névrose des écrivains présente en réalité' quatre modalités pathogéniques ; elle est constituée par une faiblesse paralytique, par du tremblement, pat des mouvements d'association, par des contractions spasmodiques. On voit par là ce qu'il faut penser de la désignation de crampe des écrivains souvent imposée à cet état morbide ;

Spasmes fonctionnels (Duchenne). — Névrose coordinatrice des professions (Benedikt).

— Dyskinésie des écrivains, dyskinésie professionnelle (Jaccoud).

Bkieck, Casper's krit. Heperto) ium; XXX, 1831. — Hufeland's Journal, 1835. — Gierl, Salzburg. med.-chir. Zeit., 1832. — Heyfelder, Med. Zeit. vom Vereiu f. Heilk. in Preussen, 1835. — Studien im Gebiete der Heilwissensch. Stuttgart, 1838.

— AXBERS, Med. Zeit. v. Verein /'. Heilk., 1835. — Von Siedold, eodem loco. — Troschel, eodem loco, 1836. — Strovievkk, Bayer, med. Corresp. Bl., 1840. — Fritz, Ocsterreichische Ja.hr bûcher, 1844. — Cazenave (de Bordeaux), De quelques infirmités de la main droite, etc. Paris, 1846. — Van Roggen, Ncderland Lancet, 1850. — Von Rasedow, Melki-e-Kr'tmpf '(Casper's Wochenschr., 1851). — Valleroux et Delthil, Union méd., 1853. — Ciemens, Sehusterkrampf (Zeitschr. f. rat. Med., 1851). — Locher-Balber, Niihekrnmpf (Sehweiz. Zeitschr. f. Med., 1856). — Crisanto Zi madkli.i , Del crmnpo detjli Scrittori (Gazz. med. ital. Lnmbnrdia, 1857). — Pitha, Zeitschr. d. Aerzte zu Wien. 1859. — Haupt, Ueber den Schreibekrampf, etc. Wiesbadon, 1860. — Tuppert, Acrztliches Intellig. Blatt, 1860. — Brown-Sequard, Med. Times and Gaz., 1860. — Diuienne, toû. cit. — Zuradelli, Délia cura elettrica délia Paralisi deyli Scrittori (Anaali univers., 1864). — Gkigel, Der Schreibekrampf, c\c.(Wïirzburyermed. Zeitschr., 1864). — Sollv, Lectures on Scriveners P 'a Isy (The Lancet, 1865). — Hflke, Med. Times and. Gaz., 1865. — Benëdikt, Vortrag iiber Schreiberkmmpf (Wochenblatt der K. K. Gesells. der Aerzte, 1866). — IbvsoRMEAUx, Gaz. hôp., 1866.

bien loin de constituer un trouble univoque, il présente toutes les formes connues des désordres de motilité qu'il semble résumer en lui : c'est une akinésie, c'est un trouble de stabilité (tremblement), c'est une ataxie (anomalie des irradiations spinales) , c'est une hyperkinésie (crampe ou spasme). Quelle que soit sa forme, la névrose a pour effet de gêner d'abord, puis d'empêcher l'acte de l'écriture (dysgraphie — agraphie).

Les causes sont peu connues; on ne peut nier l'influence de la pratique excessive de l'écriture, de là la fréquence relative de la névrose chez les écrivains de profession; mais comme la maladie a été observée chez des individus qui n'avaient pas été soumis à cette cause spéciale, elle ne peut rendre compte de la totalité des cas, et il est probable que là même où elle existe elle ne fait que mettre en jeu une prédisposition, constituée par l'irritabilité asthénique (faiblesse irritable) ou sthénique de l'appareil moteur. L'impression du froid (Eisenmann, Hasse), le traumatisme des doigts, ont été parfois la cause occasionnelle de la maladie ; ailleurs elle a été provoquée par une position vicieuse habituelle de la main, par la constriction trop forte d'une manche de vêtement, par l'usage de porte-plumes trop lourds ou de plumes métalliques trop dures qui exigent un effort musculaire excessif. Dans bon nombre de cas, il n'y a pas de cause saisissable. — Plus fréquente chez l'homme que chez la femme, la névrose des écrivains est une maladie de l'âge adulte. L'acte d'écrire n'est pas le seul qui puisse être troublé par ces anomalies ; on les observe, mais plus rarement, dans certains mouvements professionnels qui, comme ceux de l'écriture, sont le résultat d'une coordination artificielle acquise par l'exercice; les pianistes, les compositeurs d'imprimerie, les ouvriers en couture, les cordonniers, les trayeurs, les forgerons, sont exposés à cette névrose, qui pourrait recevoir, d'après cela, le nom générique de dyskinësie professionnelle.

SYMPTOMES ET MARCHE

Il est rare que le désordre arrive d'emblée à son summum; il y a d'ordinaire une période prodromique caractérisée par une sensation de fatigue dans les muscles, par des douleurs dans l'avant-bras, le poignet et la main, quelquefois même par des névralgies véritables dans la sphère du plexus brachial, ainsi que l'a observé Crisanto Zuradelli; l'individu peut écrire, mais il est obligé de s'interrompre pour laisser reposer sa main, et de fixer sa plume par une constriction exagérée ; cet effort ajoute au malaise et à la gêne, et hâte le moment de l'impuissance ; souvent aussi l'écriture devient irrégulière, les muscles des trois premiers doigts présentent des contractions fibrillaires, symptômes qui annoncent l'imminence de la névrose confirmée. Quelle que soit la forme qu'elle revête, il est rare que le malade ne puisse

Page 1