NÉVROSE DES ÉCRIVAINS. - DYSKINÉSIE PROFESSIONNELLE
pas commencer à écrire; c'est au bout de quelques moments, dont la durée varie, que l'acte est brusquement interrompu par l'une des anomalies caractéristiques ; dans les cas extrêmes, cependant, les choses vont autrement : il suffit que l'individu prenne sa plume ou même que, sans la saisir, il mette sa main et ses doigts dans la position spéciale, pour que le désordre apparaisse aussitôt et prévienne toute réalisation de l'acte; il est évidemment provoqué dans ces circonstances par les impressions centripètes des ne i ls cutanés ou des nerfs musculaires; on a vu, mais le fait est bien plus rare, la simple représentation idéale de l'acte amener dans la main les mêmes perturbations musculaires que l'exécution. Deux autres particularités sont communes à toutes les formes, c'est l'aggravation du désordre quand le malade se sait observé, ou qu'il surveille avec une attention soutenue les mouvements de sa main ; c'est l'existence d'une sensibilité anormale spontanée ou provoquée sur quelque région de la colonne vertébrale. 11 y a dans tout cela plus d'une analogie avec l'état choréique.
Dans la forme paralytique, la parésie porte, soit sur les fléchisseurs, soit sur les extenseurs du pouce et des deux premiers doigts ; dans le premier cas, la contraction des extenseurs antagonistes devient prédominante, et les doigts subitement étendus lâchent la plume ; dans le second, ce sont les fléchisseurs qui prennent le dessus lorsque l'impuissance des extenseurs se prononce, et les doigts se ferment entraînant le bec de la plume d'avant en arrière vers la paume de la main. Cette parésie intéresse les trois doigts indiqués, ou l'un d'eux seulement, c'est le plus souvent le pouce. Ces phénomènes sont propres à la variété paralytique, ils la caractérisent ; les suivantes lui appartiennent en commun avec la variété tremblante, ce sont la diminution de la contractilité électrique dans les muscles atteints, les contractions fîbrillaires, et souvent des troubles de sensibilité cutanée ou musculaire. Quand la maladie est ancienne, on peut observer l'atrophie non-seulement dans les muscles qui participent directement à l'acte d'écrire, mais aussi dans ceux du bras. — La forme tremblante peut précéder la paralytique ou être combinée avec elle; lorsqu'elle est pure, elle n'en diffère que par la nature du mouvement anormal qui trouble l'acte commencé, c'est une trémulation croissante en intensité et en étendue, qui des muscles de l'avant-bras peut gagner ceux du bras et même ceux de l'épaule. Quand le tremblement commence, il est très-léger et l'individu peut encore écrire, mais son écriture est comme brisée par des oscillations plus ou moins régulières.— La forme ataxioue pourrait être confondue avec la forme spasmodique réflexe ; dans l'une comme dans l'autre, il n'y a ni tremblement ni signes de parésie dans les muscles fléchisseurs ou extenseurs des trois premiers doigts, et l'acte est troublé par des contractions involontaires plus ou moins fréquentes; mais là s'arrête l'analogie. Dans la variété ataxique, ces contractions résultent de la diffusion exagérée des irradiations spinales, l'exoi-
tation motrice atteint des muscles qui devraient rester en repos, aussi la contraction anormale ne siège pas dans Les muscles des trois premiers doigts, elle se montre dans les deux autres ou bien dans les pronateurs ou les supinateurs, et dans tous ces cas Je renversement de la main ouïes mouvements insolites des deux doigts internes entravent l'acte commencé. Les mouvements posléro-antérieurs et antéro-poslériours de la plume, qui sont au nombre des mouvements fondamentaux de l'écriture, exigeant l'action simultanée et harmonique des premiers inlerosscux et des premiers lombricaux, on conçoit que l'ataxie peut encore résulter d'un défaut de rapport dans l'action de ces muscles, mais ce n'est là jusqu'ici qu'une présomption théorique qui n'a pas même été signalée. — La forme spàsmodique est. constituée par une crampe réflexe qui occupe les fléchisseurs ou les extenseurs. De là deux variétés déjà indiquées par Canstatt ; celte forme, qu'une observation superficielle pourrait facilement confondre avec la paralytique, en diffère par l'absence de tremblement, par l'absence de la sensation spéciale de fatigue, par l'intégrité ou l'exagération de la contractilité électrique, par l'absence de troubles anesthésiques ; la sensibilité est intacte, ou bien il y a de l'hyperesthésie. — Dans toutes les formes, il est de règle que le désordre soit limité aux muscles de l'avant-bras et de la main, et qu'il n'apparaisse que pendant l'accomplissement de l'acte professionnel ; ce fait est la base du diagnostic, les exceptions signalées sont trop peu nombreuses pour en amoindrir la valeur.
La marche de cette névrose est continue, à peine interrompue çà et là par une amélioration temporaire; et la résistance habituelle de la maladie à toute thérapeutique en rend le pronostic sérieux, non pas au point de vue de la santé générale de l'individu, mais au point de vue des entraves qu'elle apporte dans ses travaux.
TRAITEMENT
Le repos prolongé, l'abstention totale des plumes métalliques, ont rarement été utiles; on peut engager les malades à apprendre à écrire de la main gauche, mais on ne peut leur promettre le succès, car on a vu la dyskinésie frapper l'autre côté une fois l'éducation achevée. Le traitement médical doit être basé sur la distinction des formes akinésiipies et hyperkinésiques; pour les premières, l'électricité, surtout la galvanisation, a produit des guérisons définitives, et l'on peut, selon la recommandation de Zuradelli, en seconder les effets par l'administration de la brucine ou de la strychnine, ou bien encore par les bains de mer, les douches froides, les vésicatoires et les topiques irritants. On aura soin, en outre, de ne pas négliger les indications qui pourraient être fournies par l'état constitutionnel. Les formes
ataviques cl spasmodiques sont plus tenaces encore ; la ténotomie n'est indiquée que dans la dernière, ci c'est sans doute parce qu'on la pratique indillerenmient dans tous les cas, qu'elle ne compte qu'un succès, celui de Stromeyer, qui a guéri son malade par la section du long fléchisseur dy pouce. Qn pourrait tenter dans ces formes le traitement par la belladone ou le bromure potassique, mais le plus souvent on asl obligé, eu lin de compte, de recourir à quelque appareil mécanique, qui permet au malade d'écrire malgré la persistance de son Infirmité.