CHAPITRE II
MALADIE DR GRAVES , DE BASEDOW. — (.Ol I Hi:
EXOPHTH UNIQUE.
GENÈSE ET ÉTIOLOGIE.
Quatre phénomènes principaux: caractérisent cliniquement cette maladie, savoir : des palpitations, la dilatation des vaisseaux artériels, la tuméfaction du corps thyroïde et V ewophthalmie (1) ; mais eu égard à leur constance et à leur
(1) Synonymes : Cardiogmus strumosus (Hirsch). — Dyscrasie exophthalmique , maladie exophthalmique (Basedow). — Névrose thyro-exophthalmique (Corlicu). — Maladie de Graves (Jaccoud, Trousseau). — Tachycardia strumosa (Lebcrt). — Cachexie exophthalmique, exophthalmie cachectique.
Graves, Clinical Lectures. Dublin, 1835. (Dans une annotation de la traduction française, j'ai revendiqué pour Graves la découverte de ta maladie.)
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précocité ces phénomènes ne sont point similaires. Les palpitations et l'ectasie artérielle sont les seuls symptômes absolument constants, sans eux la maladie a'est pas constituée ; ce sont aussi les premiers par ordre de date ; l'intumescence thyroïdienne ou goitre vient ensuite ; l'exophthalmie, et plus généralement les phénomènes oculaires peuvent faire complètement défaut . ils sont en tout cas plus tardifs. Puisque ces symptômes sont successifs et non contemporains, il est vraisemblable par cela seul que les derniers sont les effets des premiers; si donc L'on veut arriver à une interprétation pathogénique satisfaisante, il ne fauf pas se préoccuper de trouver une condition unique qui rende compte de l'ensemble des phénomènes, il faut simplement rechercher l'origine des symptômes primordiaux et constants. La question conséquemment doit être posée en ces termes : Quel est, dans l'état actuel de la physiologie, la condition qui peut produire simultanément l'hyperkinésie du cœur et la dilatation des vaisseaux artériels? Une seule réponse est possible, elle découle de l'étude que nous avons faite des palpitations par abaissement de la pression artérielle : la condition pathogénique cherchée est évidemment la paralysie des nerfs vaso-moteurs cardiaques et cervicaux ; La dilatation vasculaire, qui en est la suite nécessaire, amène et entretient La palpitation : ainsi est constituée la première phase de la maladie. Secondaiement le développement des vaisseaux se prononce davantage en raison de
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La persistance de sa cause, et la glande thyroïde augmentée de volume donne lieu à la tuméfaction caractéristique. Une fois étendue à l'extrémité céphalique, la fluxion artérielle devient une cause d'excitation pour le système nerveux central, et particulièrement pour le centre cilio-spinal ; de là La saillie du globe oculaire par excitation du muscle orbitaire de Mùller, l'agrandissement de l'ouverture palpébrale par contraction des muscles palpébrau.v du même auteur, et la dilatation de la pupille par excitation des libres radiées de l'iris. Cette origine des phénomènes oculaires permet de comprendre leur apparition subite dans l'espace de quelques heures, fait qui a été vu par plusieurs observateurs. Dans certains cas l'excitation provoquée par la fluxion artérielle dépasse la zone eilio-spinale, et, gagnant le cerveau, elle provoque une. agitation psychique, très-accusée. — La théorie que je viens de présenter a de nombreuses analogies avec celles de mes savants amis Eriedreieh et G. Sée; malgré ses points faibles, que je reconnais, cette interprétation me parait encore la plus rationnelle.
La maladie de Basedovv est plus fréquente chez la femme que chez l'homme: c'est à la période de 20 à ^0 ans qu'appartiennent les cas les plus nombreux; les deux sexes présentent d'ailleurs, quant à l'âge, une différence assez notable ; l'homme est plus souvent atteint après trente ans, et la femme est frappée avant ce moment. Dans un grand nombre de cas les individus sont anémiques ou débilités déjà par quelque état pathologique, mais le fait n'est point constant, et ce serait une erreur que d'admettre une relation nécessaire entre la maladie de Graves et l'anémie; cette remarque n'est pas moins juste pour la scrofule et la tuberculose ; les malades sont parfois entachés de ces vices constitutionnels, qui ont sans contredit une influence prédisposante, mais il est loin d'en être toujours ainsi ; aussi les dénominations de cachexie et dyscrasie exnphtbalmiqu.es qui ont été proposées ne doivent-elles pas être accueillies. I/hystérie et le tempérament nerveux sont deux autres causes prédisposantes, dont la puissance est bien établie; quant aux causes déterminantes, les seules aujourd'hui positives sont les chagrins ètle traumatisme céphalique ; deux belles observations de Begbie et de von Gràfe démontrent nettement cette dernière influence.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE (1)
Les résultats des autopsies sont variables même pour les organes qui sont le siège des symptômes fondamentaux. Le cœur a présenté quatre états dil-
(1) Basedow, Marsh, Heusinger, lue. cit. — Smith BlDÛ Mac Dowel (cités par Stokes). — J. Begbie, Ediitb. monthly Joum., 1849. — Naumann, Deutsche Klinik , ^853. — Stokes, Diseuses oft/te Heurt. Dublin, 1854 . — Banks, Diddin HûSp. Gaz., 1855. — Taylur, Med. Times uud Gaz., 1850. — Prael, iïxophl/udmus mit Struma
NÉVROSES i)V COEUR.
férents : il est normal, il est atteint de dilatation simple, ou bien de dilatation avec hypertrophie, ou bien enfin de lésions valvulaires. On a dit que ces derniers cas doivent être éliminés, comme étrangers à la maladie qui nous occupe ; c'est aller un peu loin; certes il ne faut pas se laisser tromper par les palpitations et les battements cervicaux qui accompagnent les altérations d'orifice, mais lorsque, avec ces lésions et ces symptômes communs, on constate la tuméfaction thyroïdienne et l'exophthalmie caractéristiques, il n'y a pas de raison valable pour l'élimination, car il s'agit simplement de faits complexes, dans lesquels la névrose spéciale a pris naissance pendant le cours, et peut-être sous l'influence de la maladie valvulaire. — Les artères (parfois aussi les veines) du cou et de la tète sont le siège d'une dilatation notable, et le gonflement de la thyroïde est dû dans tous les cas à l'ectasie et au développement exagéré des vaisseaux artériels; plus rarement les veines participent à cet état. Dans quelques cas l'irritation produite par la fluxion permanente de la glande amène l'hyperplasie du tissu ; mais c'est là un fait secondaire; quant aux formations kystiques et colloïdes qui ont été quelquefois observées, ce sont de simples coïncidences. — L'examen de I'œil et des cavités orhitaires peut rester sans résultats, mais la chose est rare; on trouve le plus souvent isolées ou réunies les altérations suivantes : dilatation des branches de l'artère ophthalmique, congestion veineuse de la région orbitaire et des membranes propres de l'œil, développement anormal du tissu adipeux de l'orbite avec ou sans infiltration séreuse; plus rarement on a constaté l'athérome de l' ophthalmique (Naumann) et la dégénérescence graisseuse des muscles oculaires (Laqueur et Runge). Ces modifications concourent puissamment à la production de l'exophthalmie,
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