‹ Traite de pathologie interne (volume 4)Chapitre 145 sur 161 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

CATARRHE NASAI,. — CORYZA.

Le coryza (1) est aigu ou chronique. La forme chronique, selon les lésions qu'elle présente, est simple ou ulcéreuse.

(1) Synonymes : Rhinite, enohifrènement, rhume de cerveau, gravedo.

Deschamps, Traité des maladies des fosses nasales, etc. Paris, 1804. — TbAWÈITschek, Natur und Heilung des Nasencatarrhs. Brï'nn, 1813. — Rayer, Note sur le coryza des enfants à la mamelle. Paris, 18:20. — H. Cloquét, Ophrésiologie, etc. Paris, 1821. — Boucher, thèse de Paris, 1826. — J. Cazenave, Du coryza chronique et de l'ozène non vénérien. Paris, 1835. — Williams, Cyclop. of pract. Med., art. Coryza. London, 1833. ■ — Anglada, Du coryza simple, thèse de Paris, 1837. — Billard, Maladies des enfants nouveau-nés. Paris, 1837. — Piorry, Maladies des voies respiratoires. Paris, 1842. — Damoiseau, Gaz. hop., 1845. — Trousseau et Lasègue, De la syphilis constitutionnelle des enfants du premier âge{Arch. gén. de méd., 1847). — Barthez et Rilliet, Maladies des enfants. Paris, 1853. — Friedreich, Krankhciten der Nasenhôhlen in Virchoiv's Handbuch. Erlangen, 1854. — Bouchut, Maladies des nouveau-nés. Paris, 1855-1867. — Lahory, On Peenash (ludion Annals of med. Se, 1855). — Jgoun'et, Emphysème des sinus frontaux (Union méd., 1857). — Elliotsoîî, Med. Times and Gaz., 1857. — Piedxoel, Ulcères des fosses nasales, thèse de Paris, 1857. — Froriep, Froriep's Notizen, 1859. — Trousseau, De fozène (Gaz. hôpit., 1860). — Bazin-, Leçons sur la scrofule. Paris, 1861. — Barrier, Maladies de l'enfance. Paris, 1861. — Auer, Ueber Punaisic (Aerztl. Intellig. Blutt, 1861). — Hedenus, Die Sfinknase (Deutsche Klinik, 1862). — Rizet, Hernie de la muqueuse nasale à travers l'os frontal (Gaz. méd. Paris, 1863). — Duciiek, Krankheiten der Nasenhôhlen, in Dessen Handbuch. Erlangen, 1864. — Desaivre, Sur les ideères simples de la membrane de Schneider, thèse de Paris, 1865. — Guéneau de Mussy, Traité de l'angine glanduleuse. Paris, 1867. — Hickman, Brit. med. Journ., 1867. — Cousin, Étude sur l'ozène constitutionnel, etc. (Bullet. de thérap., 1868). — Desnos, art. Coryza, in Nouv. Dict. de méd. etchir. pratiques, IX. Paris, 1868. — Pinkham, Chrbnic nasal Catarrh (Boston medandsurg. Journal, 1868). — MeyerW. (de Kopenhague), Végétations pharyngo-nasales (Hospitals Tidende, 1868).

GENÈSE ET ÉTIOLOGIE.

Le coryza aigu est le plus souvent de cause externe (voy. page 68) ; le refroidissement général ou partiel, notamment le froid aux pieds, le passage d'une atmosphère chaude dans un milieu plus froid, ou inversémentla transition brusque du froid au chaud, l'action du soleil printanier succédant aux sombres journées de l'hiver, l'humidité de l'air, les changements subits de la pression atmosphérique (orages), sont les causes les plus communes. Comme ces influences peuvent agir au même moment sur un grand nombre d'individus, on conçoit que la maladie se développe à l'état d' épidémie ; mais, comme d'un autre côté une foule de personnes subissent journellement de semblables modifications atmosphériques, il faut bien reconnaître que la prédisposition a un rôle prépondérant. Cette prédisposition, très-variable chez les divers individus, est au maximum chez les enfants nouveau-nés et très-jeunes, puis dans les diverses périodes de l'âge adulte. — Les autres causes externes du coryza sont des irritations directes de la pituitaire par des vapeurs acides ou ammoniacales, par des poudres sternutatoires, par des émanations odorantes (ipécacuanha, parfum des fleurs, du foin), etc. Les violences extérieures qui étendent leur action jusqu'à la pituitaire déterminent ordinairement des accidents bien plus sérieux qu'un symple coryza.

Les causes internes du catarrhe nasal sont de deux ordres : les unes sont des altérations locales qui amènent par propagation l'inflammation de la membrane de Schneider ; les autres sont des maladies générales, dont le coryza est l'une des manifestations régulières ou accidentelles. Au premier groupe appartiennent les amygdalites, l'angine simple, glanduleuse et pseudomembraneuse, les conjonctivites, les inflammations de l'appareil lacrymal, les néoplasmes et les polypes des fosses nasales, les éruptions eczémateuses ou impétigineuses delà lèvre supérieure; dans le second groupe prennent place la rougeole, les autres fièvres éruptives, le typhus, la morve, la syphilis et la scrofule. Au point de vue pathogénique, il faut rapprocher de ces formes le coryza qui apparaît comme manifestation initiale de l'absorption iodique.

Le Coryza chronique peut succéder à l'une quelconque des formes aiguës; les individus entachés de scrofule sont particulièrement exposés à cette mutation, en raison de l'opportunité morbide créée par la maladie constitutionnelle; les causes spéciales delà forme chronique sont, indépendamment de la scrofule, la syphilis, la morve chronique et les lésions des fosses nasales. Quelle qu'en soit la cause, le coryza chronique est provoqué et entretenu par le défaut de propreté, et par l'étroitesse congénitale ou acquise des cavités du nez. — Le coryza qui ne dépend pas d'une maladie virulente

n'est pas contagieux ; tout au moins, les transmissions tentées par Friedreich avec le produit de sécrétion sont-elles restées négatives.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Forme aiguë.— Les lésions sont celles de l'inflammation calarrhale(wy. page 68); la muqueuse est rouge et tuméfiée par la fluxion et l'imbibition œdémateuse, la sécrétion est peu abondante, fluide, incolore, riche en matières salines; un peu plus tard, l'épithélium tombe, les couches sous-épithéliales entrent en prolifération, et produisent un grand nombre de jeunes cellules, qui rendent le liquide opaque et visqueux; en même temps, il devient plus abondant, puis il reprend peu à peu les caractères du mucus normal. L'hyperémie et le gonflement de la muqueuse diminuent alors, et en un temps très-court l'état physiologique est restitué. Quand la fluxion du début est très-intense, elle peut amener l'hémorrhagie (épistaxis), parfois aussi de petites excoriations sont produites, dont la réparation est assez longue. Enfin, l'exsudatpeut être pseudo-membraneux, mais le fait est assez rare. Le coryza des maladies infectieuses est accompagné d'un engorgement considérable des ganglions cervico-maxillaires.

Forme chronique. — La muqueuse est épaissie et d'un rouge livide, ses vaisseaux veineux sont dilatés et comme variqueux, la prolifération des couches superficielles donne lieu à des saillies qui ont quelquefois un aspect polypiforme ; dans les cas anciens, le tissu sous-muqueux participe à l'irritation nutritive, et son développement anormal amène un rétrécissement plus ou moins notable des cavités. Dans la variété ulcéreuse, des pertes de substance plus ou moins étendues, plus ou moins nombreuses, entaillent la surface de la membrane ; d'abord superficielles, ces ulcérations peuvent gagner en profondeur, le. travail inflammatoire s'étend au périoste ou au périchondre, et à ce niveau l'os ou le cartilage est nécrosé; après l'élimination des séquestres, la voûte du nez se déprime et s'aplatit ; cette terminaison, qui n'est pas rare dans la syphilis, est également observée chez les scrofuleux. — Le produit de sécrétion dont l'abondance est très - variable, est épais, visqueux et puriforme ; en raison de son peu de fluidité, il se concrète en croûtes d'un jaune-verdàtre sale qui tapissent et obstruent les narines ; dans les cornets et les sinus, ces masses peuvent subir une condensation définitive, et s'incruster de sels calcaires (rhinolithes) . La sécrétion du catarrhe chronique subit très-fréquemment la décomposition putride, surtout chez les malades qui ne s'astreignent pas aux soins de propreté les plus minutieux ; cette putridité, connue sous le nom de punaisie ou ozène se produit aussi bien dans la forme simple (ozœna non ulcerosa seu spuria) que dans la forme ulcéreuse (ozœna ulcerosa).

La localisation des lésions est variable; tantôt elles sont limitées aux fosses nasales proprement dites, qu'elles n'occupent même pas dans toute leur étendue, tantôt elles s'étendent aux méats et aux sinus, et elles peuvent persister dans ces cavités secondaires, alors qu'elles sont fort amendées ou guéries dans les cavités principales; enfin, la forme chronique, ulcéreuse ou non, peut siéger exclusivement dans les régions qui avoisinent l'orifice postérieur des fosses nasales.

SYMPTOMES ET PRONOSTIC

Forme aiguë. — Le caractère aigu débute par une céphalalgie frontale gravative, et par des picotements incommodes dans les fosses nasales; ce chatouillement caractéristique est parfois précédé de quelques heures par une sensation de sécheresse ou d'obstruction. Ces picotements, dont le siège précis varie suivant la localisation du catarrhe àson début, résultent de l'excitation anormale des rameaux de la cinquième paire ; à un certain degré d'intensité, l'excitation transmise au bulbe provoque par action réflexe la contraction spasmodique des muscles inspirateurs, laquelle est aussitôt suivie d'une expiration bruyante également involontaire, c'est là l'éternuement, dont la fréquence est tout à fait variable. Les premiers qui ont lieu peuvent se faire à sec, mais bientôt à la sécheresse initiale succède une sécrétion d'abondance croissante ; elle consiste en un liquide incolore, aqueux ou légèrement filant, de saveur salée, qui doit ses propriétés irritantes à sa richesse en chlorhydrate d'ammoniaque (Donders) (1); dans les cas intenses, il baigne incessamment l'orifice antérieur des fosses nasales et la lèvre supérieure, et il y détermine toujours une rougeur plus ou moins vive et souvent des excoriations. — L'extension de l'inflammation à la conjonctive, au sinus maxillaire, à la trompe d'Eustache ou au pharynx produit la rougeur de la muqueuse oculaire et le larmoiement, une douleur vive dans la joue au niveau du sinus d'Hygmor, des bourdonnements d'oreille et un affaiblissement momentané de l'ouïe, enfin la gêne de la déglutition. Dans tous les cas, l'odorat et le goût sont altérés ou même complètement perdus. — Cet état local peut être apyrétique, mais il est souvent accompagné et même précédé d'un mouvement fébrile avec courbature générale; chez certains individus particulièrement irritables, la fièvre peut acquérir une violence inusitée, et faire craindre pendant un ou deux jours l'apparition d'une maladie bien plus sérieuse qu'un simple catarrhe nasal.

Après deux jours, trois au plus, tous les symptômes s'amendent, la douleur de tête cesse, la fièvre tombe et la sécrétion change d'aspect; elle de-

(1) Donders, Neederl. Lancetf 1849.

vient opaline, puis blanc-jaunâtre ou verdàtre, et elle prend en même temps plus de consistance. Le liquide ne s'écoule plus de lui-même, et malgré le soin avec lequel le malade se débarrasse d'un produit qui le gêne, il se concrète en partie dans les fosses nasales, et par suite il donne lieu à des symptômes nouveaux, l'enchifrènement, la gêne de la respiration et le nasonnement de la voix, phénomène qui résulte de ce que le son ne retentit plus dans les cavités nasales obstruées. Chez l'adulte et chez l'enfant qui n'est plus à la mamelle, la gêne de la respiration n'est qu'un ennui, chez le nouveau-né elle devient un danger; le petit être ne pouvant respirer que quand il a la boucbc largement ouverte, il suffoque s'il tente de prendre le sein, et la prolongation de cet état amène un amaigrissement rapide ou même la mort par inanition.

La marche du coryza aigu est franchement rémittente ; le matin les symptômes sont au minimum, à partir de l'après-midi ils vont croissant jusqu'au soir; la fièvre a les mêmes allures (comme toutes les fièvres catarrhales), souvent aussi elle est intermittente, en ce sens qu'elle est nulle au matin. — La durée est de quatre à huit jours, la terminaison ordinaire est la résolution; quelquefois l'enchifrènement et l'altération du timbre de la voix persistent quelque temps, dans d'autres cas la maladie passe à l'état chronique ; enfin, l'inflammation des sinus peut être l'origine de leur occlusion et de leur réplétion par un liquide séreux, ou séro-purulent [hydropisie des sinus). Ces dernières éventualités sont les seules circonstances qui puissent modifier le pronostic bénin du catarrhe nasal aigu; j'ai signalé déjà la gravité exceptionnelle de celui des nouveau-nés ; quant à celui des maladies infectieuses, la situation est tout autre, ce n'est plus avec le coryza que la prognose doit compter, c'est avec l'affection générale dont il est l'expression.

Forme chronique. — Les symptômes d'excitation sont nuls, l'éternument même fait défaut le plus souvent, tous les accidents dépendent des deux pbénomènes que voici, altération de la sécrétion nasale, hypertrophie de la muqueuse; de là, la gène habituelle de la respiration qui devient bruyante, et l'écoulement d'un liquide épais, jaune-verdàtre, qui forme des croûtes encombrantes dans les fosses nasales, les méats, et parfois jusque sur la paroi du pharynx; l'adhérence de ces concrétions est assez solide, de sorte que leur décollement est souvent suivi d'une petite hémorrhagie, ou d'une érosion superficielle. La quantité de la sécrétion varie, elle est ordinairement en raison inverse de la viscosité; quand le produit est très-fluide, il peut être d'une abondance surprenante, une demi-once ou une once par heure ainsi que l'a noté Morgagni; on dit alors qu'il y a rhinorrhée ou phlegmatorrhagie. Le timbre de la voix est toujours nasonné.— Tels sontles symptômes constants; mais trop souvent, la sécrétion subit la décomposition putride, les produits altérés vicient l'air qui traverse la bouche ou les cavités nasales, et le malade exhale une odeur fétide caractéristique ; il y alors pu-

CATARRHE INASAL. — CORYZA. 717

misie ou ozène ; ce phénomène n'est point spécial à la rhinite ulcéreuse ; il y est plus fréquent, c'est incontestable, mais même dans la forme simple, il peut être tellement prononcé que les individus sont forcément arrachés à la vie commune, et que leur carrière en est grandement compromise. Le caractère scrofuleux ou syphilitique du coryza influe bien plus puissamment que l'ulcération sur le développement de la punaisie, qui est en tout cas favorisée par le défaut de propreté; enfin, l'ozène peut apparaître chez des malades parfaitement soigneux, en dehors de toute influence diathésique, par le fait d'une idiosyncrasie dont on ne peut donner aucune interprétation satisfaisante. — Dans la forme ulcéreuse, on constate, soit par le simple examen, soit par le spéculum nasi, soit par la rhinoscopie, que la muqueuse présente des ulcérations, dont la profondeur varie depuis la simple érosion jusqu'à la perte de substance intéressant toute l'épaisseur de la membrane ; suivant que le fond de l'ulcère est plus ou moins complètement détergé, il est d'un rouge livide ou d'un gris jaunâtre, la forme en est irrégulière, le pourtour est souvent taillé à pic. Dans certaines situations, l'ulcération échappe totalement à la vue ; on a conseillé de porter alors dans les fosses nasales d'avant en arrière un stylet mousse que l'on ramène ensuite d'arrière en avant, en le tenant appliqué successivement sur les diverses parois de la cavité; la sensation d'un obstacle rencontré par Finstrument, d'un changement de niveau dans la position de la pointe révèle la perte de substance; le moyen est bon, mais il peut tromper, si le stylet passe sur des croûtes séparées par des intervalles sains.

Le coryza chronique limité à la cavité pharyngo-nasale (coryza postérieur, Desnos) est caractérisé par une sensation de gêne et d'embarras derrière le voile du palais; les malades sont incommodés par les mucosités qui encombrent l'orifice postérieur des fosses nasales et la partie supérieure du pharynx, et ils s'efforcent de les détacher soit par des mouvements répétés de déglutition, soit par des aspirations bruyantes, par une sorte de raclement pharyngien (hawking des Anglais). Le timbre de la voix est altéré, et l'examen rhinoscopique montre la tuméfaction variqueuse et ardoisée de la membrane nasale postérieure, les mucosités plus ou moins volumineuses qui y adhèrent, et des granulations, rares ou confluentes, sur la face supérieure du voile du palais et dans le pharynx. Cette forme de coryza coïncide le plus souvent avec l'angine glanduleuse ; mais elle peut être isolée, elle l'est souvent chez les chanteurs, et si l'on n'est prévenu du fait, on cherchera vainement ailleurs les causes d'une altération vocale, que l'examen rhinoscopique peut seul révéler.

Le coryza chronique est souvent compliqué de symptômes de voisinage tels que larmoiement et conjonctivite aiguë ou chronique, tuméfaction des sinus maxillaires, oblitération de la trompe d'Eustache ; souvent aussi il coïncide avec d'autres manifestations de la maladie constitutionnelle, dont il

dépend lui-même. — La marche est lente, la maladie n'a pas de tendance naturelle à la guérison, mais elle présente fréquemment des rémissions et des exacerbations ; ces dernières sont souvent la conséquence d'un coryza aigu intercurrent; quand il y a ozène, la durée, toujours très-longue, devient réellement indéfinie. Cette ténacité, cette résistance au traitement est déjà une cil-constance qui rend le pronostic sérieux; il faut compter en outre avec la solitude forcée à laquelle la punaisie condamne les patients, et avec les désordres irréparables du squelette du nez.

DIAGNOSTIC

Le coryza aigu, maladie qui a son ascension, son état et son déclin, ne doit pas être confondu avec les fluxions passagères dont la pituitaire peut être le siège ; ces fluxions sont le plus souvent d'origine réflexe, elles sont produites tantôt par l'impression subite du froid sur une partie du corps, tantôt par l'insolation, tantôt directement par l'irritation de la membrane, avec les doigts par exemple ; dans ces diverses circonstances, la sensation caractéristique de chatouillement survient, après quelques instants elle provoque l'éternument, celui-ci se répète dix, douze, quinze fois de suite ; à mesure qu'il se reproduit, la sécrétion nasale augmente, et en quelques minutes tout est fini. Il n'y a là qu'une fluxion vaso-motrice réflexe ou directe, et non pas l'évolution définie et durable du catarrhe.

Le diagnostic du coryza aigu ne doit pas être borné à la constatation du fait, il faut toujours songer aux rapports qui unissent le catarrhe nasal aigu à certaines maladies graves, et pour faire ce diagnostic de majeure importance, il ne faut compter que sur les phénomènes antécédents ou concomitants ; le coryza par lui-même ne dit rien à ce sujet. — Dans la forme chronique, il faut également s'attacher au diagnostic pathogénique, qui seul permet un traitement rationnel ; on n'oubliera pas que le catarrhe chronique peut être la manifestation initiale d'une tumeur ou d'un corps étranger des fosses nasales.

TRAITEMENT (1)

Le coryza aigu guérit de lui-même en quelques jours; dans les cas légers,

(1) Trousseau, Journ.des conn. méd. chir., 1835.— Cazenave, Williams, loc. cit. — Lockwood, Bull, de thérap., XX.— Prêtty, London med. Gaz., 1849.— Teissier, Bull, de thérap., XXVIII, 1850. — Saint-Martin, eod. loco, 1850. — Lombard, Bullet. de thérap., 1854.— Maisonneuve, eod. loco. — Yvonneau, Revue de thér. méd. chir,,

il n'est môme pas nécessaire de garder la chambre ; pourvu qu'il soit chaudement vêtu, le malade est beaucoup mieux à l'air, parce qu'il respire plus facilement ; le voisinage d'un foyer de chaleur augmente invariablement le gonflement de la pituitaire et la céphalalgie. Dans les cas intenses, le séjour dans la chambre ou au lit est nécessaire au moins pendant les deux ou trois premiers jours; en même temps, si le coryza a succédé à un refroidissement, on cherchera à provoquer une diaphorèse abondante au moyen de boissons chaudes, après quoi l'on aura recours aux pédiluves irritants, aux sinapismes pour atténuer la fluxion céphalique ; l'abstinence des boissons (Piorry) diminue l'abondance de la sécrétion, mais bien des personnes trouveront le remède pire que le mal. L'application de corps gras à la racine du nez et sur les sinus frontaux est un palliatif utile, il faut en outre enduire de coldcream frais la lèvre supérieure et le pourtour des narines, afin d'en prévenir l'excoriation. — Bien des moyens ahortifs ont été proposés ; j'en consigne quelques-uns pour mémoire, mais ils ne méritent pas grande créance parce qu'ils sont très-variables dans leurs effets : l'occlusion des narines par un corps gras, par une éponge, pour un linge imbibé de collodion (Yvonneau) , — la cautérisation de la muqueuse avec de la charpie imbibée d'une solution de nitrate d'argent, 25 centigrammes pour 30 grammes (Teissier, Lockwood), — les injections de sulfate de zinc, 15 centigrammes pour 30 grammes (Pretty), — & acétate de morphine, une cuillerée à café d'une solution de 10 à 15 centigrammes pour 30 grammes (Delvaux), — l'aspiration de la poudre de morphine (Schnydcr), d'opium (Forget), les fumigations avec les vapeurs d'opium (Lombard), — l'aspiration des vapeurs d'acide acétique (St. Martin), d'iode (Luc, Mèges), d'ammoniaque, les prises de camphre en poudre, sont les moyens qui ont été le plus préconisés. Ils ont tous leurs succès et leurs revers ; en raison de la facilité d'application, l'iode, l'ammoniaque et le camphre méritent la préférence, mais je dois dire que le camphre a sur les deux autres substances l'avantage de ne pas nuire quand il ne réussit pas, tandis que j'ai observé sur moi-même et sur d'autres personnes l'aggravation des accidents sous l'influence de l'iode et de l'ammoniaque. Au surplus, tous ces moyens abortifs n'ont quelque chance de succès que dans les premières heures de l'invasion. — Lorsque le coryza aigu à répétition est sous la dépendance de la scrofule, il faut obéir à l'indication causale et instituer le traite-

1855, Delvaux, eocl. loco. — Schnyder, Schweiz. Zeits., 1855» — Mascarel, Des

effets des eaux thermales du Mont-Dore dans le traitement du coryza et de l'aphonie (Gaz. hebd., 1862). — Thudicum, The Lancet, 1864.— Luc, Recueil de mém. de mèd, etchir. militaires, 1865. — Méges, Union méd., 1865. — Gailleton, Traitement de Vozène etc., par les douches nasales (Cornpt. rend, de la Soc. des Se. méd. de Lyon, 1865-1866). — Gardnek, Treatment of nasal-catarrh (Boston med. and surg. Jow n., 1867). — ThouveniN; Inject. de permanganate de potasse (Gaz. hôpi, 1868).

ment de la maladie générale. — Chez les enfants à la mamelle, il faut, si besoin est, suspendre l'allaitement et recourir à l'alimentation avec la cuiller; on aura soin en outre de désobstruer les narines au moyen de lavages, ou d'injections émollientes.

Le coryza chronique réclame un traitement plus actif ; en même temps qu'on remplit 1' indication causale par une médication appropriée, il faut modifier l'état de la muqueuse pour atténuer les symptômes qui en dépendent. Les cautérisations directes avec la pierre infernale, les injections de sublimé (1 gramme pour 100 d'alcool), de nitrate d'argent (25 centigrammes pour 30 grammes d'eau), l'inspiration des poudres mercurielles au précipité blanc ou au précipité rouge (25 centigrammes pour 15 grammes de sucre), sont les moyens les plus utiles. Dans le coryza avec punaisie, les grandes irrigations poussées fortement par l'une des narines, de manière que le liquide ressorte par l'autre, méritent la préférence ; on peut les pratiquer avec de l'eau simple, avec de l'eau additionnée de quelque substance astringente, caustique ou désinfectante (alun, chlorure de sodium, nitrate d'argent, permanganate de potasse, etc.), ou bien enfin, avec une décoction concentrée de feuilles de noyer, de ratanhiaou de quinquina. Le traitement exige toujours une grande persévérance.

Dans le coryza postérieur, la rhinoscopie permet de porter directement l'agent modificateur sur les parties malades au moyen d'une baleine porteéponge recourbée ; le nitrate d'argent et la teinture d'iode sont les topiques les plus efficaces, mais l'application de ce dernier cause d'assez vives douleurs.

Page 1