SYMPTOMES ET TERMINAISONS
Dans les parties vasculaires exposées à la vue, l'inflammation présente ses quatre symptômes cardinaux, savoir : La rougeur, duc à l'afflux du sang; la tumeur, résultat de cette même cause, du gonflement du tissu dans son ensemble et de l'exosmose vasculaire; la chaleur, produite parla fluxion sanguine et par l'exagération de l'échange nutritif; la douleur, causée par la compression et peut-être aussi par l'irritation des nerfs sensibles. La chaleur interne que le malade accuse au niveau de la partie enflammée n'est pas imputable tout entière à une production réelle de chaleur en ce point; il faut tenir compte aussi de l'accroissement considérable du rayonnement déterminé par la surabondance du sang artériel ; cette modification du pouvoir rayonnant a été démontrée par Barensprung. Dans la fièvre sans inflammation, la colonne mercurielle (à la température de 15 degrés) monte de 6°, 9 dans la première minute qui suit l'application de l'instrument, et dans les inflammations cutanées, elle s'élève de 8°,6 dans le même temps. Cette restriction faite, il est certain que la température réelle de la partie enflammée est légèrement accrue; au moyen d'observations thermo-électriques, Becquerel et Breschet ont constaté une augmentation de 1 à 2 degrés. — Dans les régions qui ne sont pas accessibles à l'examen, les trois premiers de ces symptômes manquent ; la douleur seule existe, et en raison des variétés qu'elle présente, et de la diversité des causes qui peuvent lui donner naissance, elle n'a vraiment qu'une très-médiocre importance; mais toute inflammation aiguë (à moins qu'elle ne soit très-limitée) développe la fièvre, qui devient ainsi le symptôme le plus constant et le plus frappant de l'inflammation des parties internes. Cette fièvre a le type continurémittent avec exacerbation lé soir; elle présente dans certaines phlegmasies franches une marche régulière où sont nettement accentués les trois stades d'ascension, d'état et de déclin ; ce dernier est graduel ou brusque, auquel cas, il est appelé défervescence (crise). Dans les inflammations de ce genre, dont la pneumonie est l'exemple le plus parfait, la lésion locale subit une évolution parallèle, également régulière, qui la conduit à la résolution, seul mode de terminaison compatible avec cette marche ordonnée ; l'ensemble de ces périodes constitue le cycle inflammatoire. Avec cette fièvre d'origine inflammatoire, marchent de pair certaines modifications de l'urine, dont les plus importantes sont Y augmentation du chiffre de l'urée et de l'acide urtque, et la diminution des chlorures ; ces phénomènes sont au maximum durant le stade d'état, et font rapidement place à l'état normal au moment
de la défervescence. Tels sont les symptômes communs do l'inflammation ; quant aux troubles fonctionnels et aux modifications de tissu appréciâmes par la percussion, l'auscultation et la palpation, ils appartiennent aux phlogmasies localisées, et non point à l'acte morbide général inflammation.
La M.vnciiR de ce processus pathologique est avjuc ou cJtronique, et, dans ce dernier cas, l'état chronique est primitif ou il succède à la pbase aiguë; ce n'est pas seulement par la durée que doit être apprécié ce caractère de l'inflammation, c'est aussi par la vivacité et la continuité de la fièvre ; de là l'impossibilité d'assigner une limite de temps rigoureuse et absolue à la période qui mérite le nom d'aiguë, et de fixer ainsi à l'avance le moment oii la maladie doit prendre le nom de chronique. Le chiffre de 21 jours est une simple approximation; tant que la fièvre est bien marquée, tant qu'elle présente le caractère continu rémittent du début, l'état aigu existe, quel que soit d'ailleurs Làge de l'inflammation ; si, au contraire, la fièvre est tombée, si elle a pris un caractère rémittent ou intermittent (fièvre du soir), tandis que la lésion locale persiste, alors l'état chronique a pris la place de l'acuité initiale. Parmi les inflammations chroniques, il en est une qui présente une marche véritablement paroxystique, c'est l'inflammation conjonctive interstitielle qui aboutit à la sclérose viscérale ; la prolifération des cellules plasmatiques se fait par poussées successives séparées par des intervalles silencieux plus ou moins longs. Chacune de ces poussées coïncide avec une fluxion active, qui s'exprime par de l'excitation générale, des douleurs, souvent même par un léger mouvement fébrile.
L'inflammation peut causer la mort à toutes ses périodes : pendant la phase d'irritation initiale, par l'intensité des phénomènes fébriles, ou encore si l'organe atteint est de ceux dont la fonction ne peut être entravée sans péril (cerveau, cœur, poumons); pendant la phase de formation, parla suppuration, ou par la nécrobiose d'éléments indispensables à l'accomplissement d'un acte organique important (néphrite parenchymateuse) ; plus tard enfin par les désordres organiques et fonctionnels résultant des formations anormales et de leur métamorphose régressive (sclérose (h1 la moelle, lésions valvulaires du cœur, pneumonie caséeuse).
L'inflammation n'est par elle-même la source d'aucune indication thèm* peutique définie ; elle ne relève d'aucune méthode exclusive, pas plus de la médication dite antij^tlogistique que de la médication tonique ou Btirnulante. Les indications sont fournies par la manière d'être générale de l'organisme en présence de l'acte morbide qu'il accomplit, et accessoirement par le siège de la lésion, c'est-à-dire par l'importance et le mode fonctionne de l'organe atteint. Ces indications et les moyens de les remplir seront exposés dans l'histoire particulière de chaque phlcgmasiej il est néanmoins
une conséquence pratique de premier ordre qui est directement fournie par l'étude de l'évolution anatomique du processus inflammatoire, c'est la suivante : lorsque le tissu vivant a répondu à la provocation irritativo qu'il a subie, c'est-à-dire lorsque l'inflammation est constituée, la résolution est la terminaison la plus prompte qui puisse être obtenue; or, quelque rapide, quelque précoce qu'elle soit, elle ne peut avoir lieu avant que la phase d'irritation nutritive ait accompli son évolution naturelle. En démontrant que cette évolution comprend des opérations multiples (exosmose vasculaire, formation de l'exsudat, etc.) qui exigent fatalement un certain temps, la pathogénie et l'anatomie pathologique nous enseignent avec une lumineuse évidence que l'inflammation ne peut être arrêtée dans sa marche; que, dès lors, il n'y a pas de traitement qui puisse couper court a l'hypernutrition locale, et que la résolution est avant tout l'œuvre du temps, de là une indication fondamentale et constante, qui est celle-ci : Mettre le malade en des conditions telles qu'il puisse attendre et seconder l'accomplissement normal du travail pathologique; ce précepte domine toute la thérapeutique.