CATARRHE AIGU. — LARYNGITE STRIDULEUSE
altération persistante de la voix ; de là résulte que cette maladie, insignifiante an point de vue de la santé générale, peut entraver l'exercice de certaines professions ; cette éventualité ne doit pas être négligée dans le pronostic.
Chez les enfants au-dessous de dix ans, la laryngite catarrhalc peut être de tous points semblable à celle de l'adulte; niais elle en diffère souvent par l'adjonction des accès de suffocation (1), dont le mécanisme a été précédemment indiqué. Dans le cours d'une laryngite ou d'un catarrhe nasal des plus légers, ou même dès la première nuit qui suit le début de l'enrouement, l'enfant, qui s'est endormi aussi tranquillement que d'habitude, est brusquement arraché au sommeil par une sensation de suffocation imminente ; frappé de terreur, éperdu sous le péril dont il se sent menacé, il se lève, fuit son lit si son âge le lui permet, et cherche dans les bras d'une personne amie un refuge et un secours ; la dyspnke toujours forte est caractérisée par des inspirations rapides, entrecoupées ou saccadées ; la pénétration de l'air est bruyante en raison de la sténose glottique, et chaque inspiration, chaque tentative d'inspiration est accompagnée d'un sifflement prolongé à timbre sec, à tonalité plus ou moins aiguë; la voix est enrouée, criarde, déchirée, la toux est rauque, sonore, éclatante, souvent aiguë, de manière à rappeler le cri d'un jeune chien (toux stricluleuse) . Pendant l'accès, l'agitation du malade est extrême, il y a parfois des phénomènes convulsifs extérieurs, le pouls est accéléré, et si cette situation dure plusieurs minutes sans rémission, la face se congestionne, les lèvres deviennent violettes, les veines cervicales sont turgescentes, ce sont les signes de l'asphyxie commençante. Le paroxysme peut cesser au bout de quelques instants ; lorsqu'il dure, il se prolonge rarement au delà d'une heure, et il présente des moments de l'émission qui préviennent l'asphyxie confirmée, en permettant au patient de reprendre haleine. La terminaison de l'accès est brusque sans avoir cependant la brutale instantanéité du début ; quelques enfants conservent, à la suite, de la fatigue et un peu de fièvre, mais la
(1) Miixar, 1769. — Crawford, De cynanche stridula. Edinb., 1771. — Hamilton,
Hints for the Treatment of the principal Diseases of Infants and Children. London, 1813. — Bretonneait, Des inflammations spéciales du tissu muqueux. Paris, 1826. — Caspari, Etwas ùbereine besondere Form von Asthma im kindlichen Alter (Fleidelberg Annalen, 1831). — Blache, art. Laryngite, in Dict. en 30 vol., 1838. — Hughes Ley, An Essay on the Laryngismus stridulus. London, 1836. — Jan, Einige Fàlle von Laryngismus stridulus (Iiay. Corresp. Blatt, 1844. — HELPFT, Krampf und Lfthmung der Kehlkopfmuskeln. Berlin, 1852. — Manch, Die asthmatiseken Krankheiten der Kinder. Berlin, 1853. — ■ Luzsinsky, Die Laryngitis bei Kindern {Wiener med. Woc/i., 1860). — Jacory, Laryngismus stridulus. New-York, 1860. — Venot, De la laryngite striduleuse, thèse de Paris, 1866. — Krishaber et Peter, loc. cit.
plupart reprennent leur sommeil interrompu, et achèvent leur nuit dans un calme parfait. Le paroxysme peut être unique, le fait est rare, mais je l'ai observé chez un enfant, qui a été atteint de laryngite striduleuse deux années de suite, presque jour pour jour. Ordinairement les accès reviennent pendant quelques jours, soit la nuit, soit durant la journée, mais ils vont s' affaiblissant, la toux devient franchement catarrhale, et après un rhume léger tout rentre dans l'ordre. Cette phase de transition peut être moins accentuée encore, et caractérisée tout simplement par un peu d'enrouement le matin. — Cette terminaison favorable est presque constante, et la maladie est plus effrayante que sérieuse ; toutefois quelques cas de mort par suffocation ont été observés, dans des conditions qui ne permettent guère de croire à une erreur de diagnostic. — La rougeole provoquant toujours un catarrhe laryngé, et étant très-fréquente au-dessous de dix ans, on conçoit que la laryngite catarrhale de forme striduleuse a pu être rangée parmi les suites de cette fièvre éruptive.
Diagnostic. — Le siège de la douleur, l'entrave notable de ladéglution, l'absence d'altérations vocales, la constatation directe des lésions distinguent 1' angine pharyngée ou TONsiLLAiRE. — La laryngite grave de l'adulte, et à fortiori la laryngite striduleuse pourraient être confondues avec le croup; cette erreur a fait le succès de plusieurs médications. Dans le croup, les accès de suffocation n'éclatent pas brusquement pendant la nuit, ils sont l'aboutissant naturel d'une dyspnée de plus en plus forte ; l'état général est grave dans l'intervalle des paroxysmes ; la voix et la toux sont sourdes et éteintes, et non point rauques et éclatantes; il y a de l'engorgement ganglionnaire, et souvent de l'angine pseudo-membraneuse. Mais on a vu celle-ci coïncider avec la laryngite pseudo-croupale, de sorte que les meilleurs signes diagnostiques sont encore les caractères propres des différents symptômes.
TRAITEMENT
Le repos absolu de l'organe, le séjour à la chambre dans une température égale et pas trop élevée, les diaphorétiques légers, tels que l'infusion de sureau, enfin les sinapismes ou les pédiluves sinapisés constituent tout le traitement des formes légères de la laryngite simple. Dans les cas plus sérieux, il convient d'administrer d'abord un éméto-cathartique, puis pour combattre l'agitation et l'insomnie on a recours aux narcotiques, en particulier à la poudre de Dower ; si les accidents persistent au bout de quelques jours, l'indication des révulsifs est positive ; on appliquera des vésicatoires à la nuque ou au devant du cou, ou bien l'on fera sur la région laryngo-trachéale une friction d'huile de croton. — L'enrouement qui survit quelquefois au catarrhe laryngé exige de grands ménagements eu égard aux
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fatigues vocales, et aux impressions de température ; souvent même on est obligé de le combattre directement par les pulvérisations médicamenteuses qui seront indiquées à propos de la laryngite chronique. — Pour les personnes prédisposées aux fluxions catarrhales sur le larynx le meilleur traitement prophylactique est l'hydrothérapie, simple ou sous forme de bain russe, et la cure thermale d'Emsou d'Obersalzbrunn. Les causes de refroidissement doivent être évitées, mais il est mauvais de surcharger le cou d'écharpes et de cache-nez, qui peuvent provoquer et entretenir par eux-mêmes l'état fluxionnaire de la muqueuse.
Dans la grande majorité des cas, la laryngite striduleuse n'exige aucun traitement énergique ; si les accidents de catarrhe laryngé sont manifestés avant 1 apparition de l'accès, on les combattra par la médication ordinaire en ayant soin d'insister sur les vomitifs; quant au paroxysme lui-même, le traitement en est des plus simples, l'essentiel est de ne pas perdre la tête et de ne pas se laisser tromper par l'apparence du danger; des révulsifs cutanés, l'application réitérée d'une éponge imbibée d'eau chaude sur le devant du cou (Graves), l'inhalation de vapeurs aqueuses, un vomitif si ces moyens échouent, suffisent le plus souvent pour mettre fin à l'accès. Dans quelques cas rares, la suffocation se prolonge assez pour mettre les jours du malade en danger; il n'y a pas alors à hésiter, il faut pratiquer la trachéotomie, et ne pas se laisser détourner de ce devoir par la bénignité ordinaire de la maladie. — L'obligation est la même dans la laryngite grave de l'adulte.