INFILTRATION LARYNGÉE
varie de quelques heures à quelques jours ; quand les accès sont fréquents et rapprochés, ils tuent parieur répétition même, sans augmentation d'intensité, parce que la résistance du malade faiblit à chaque lutte nouvelle. Ces accès sont dus à un spasme des muscles constricteurs de la glotte.
J'ai dit les symptômes anatomiques ou laryngoscopiques de l'infiltration laryngée ; chez les individus qui ont déjà eu des accès de suffocation, cette exploration ne doit être faite qu'avec les plus grands ménagements, et il est sage d'y renoncer si le contact du miroir provoque des spasmes réflexes ; chez les malades qui n'en sont encore qu'à la dyspnée simple, l'examen peut être pratiqué pourvu qu'on y apporte la dextérité convenable, et il renseigne aussitôt sur le degré de la sténose, sur le siège de l'infiltration, sur les lésions qui l'accompagnent, et par conséquent sur son origine. — L'exploration avec le doigt porté profondément derrière l'épiglotte exige les mêmes ménagements que la précédente ; on peut souvent apprécier ainsi la tuméfaction de l'opercule, et les bourrelets ary-épiglottiques, mais dans d'autres cas les notions obtenues sont nulles ou vagues, parce que le contact du doigt ne peut être prolongé assez longtemps.
Un rapport utile à connaître existe entre la marche de l'infiltration laryngée et sa cause ; celle de la laryngite aiguë, suite de brûlure ou de refroidissement, celle qui, dans la variole, coïncide avec le gonflement des extrémités, ou, dans la scarlatine, avecl'anasarque, ont une marche rapide, parfois même foudroyante ; le premier accès peut tuer avant que l'attention soit portée sur le larynx. L'infiltration des laryngites chroniques de toute nature est plus lente; la dyspnée s'établit graduellement, les premiers accès de suffocation peuvent être séparés par un intervalle de plusieurs jours, et la mort survient, soit par aggravation continue de la dyspnée, soit par suite du rapprochement des accès. L'infiltration de la fièvre typhoïde, et celle du mal de Bright ont des allures plus rapides que les autres variétés à marche lente. — Il résulte de là que la durée de l'œdème de la glotte oscille entre quelques heures et plusieurs semaines.
Abandonnée à elle-même ou traitée avec une énergie insuffisante, l'infiltration laryngée tue presque invariablement; dans les formes chroniques les rémissions ne sont que temporaires, puisque la lésion pathogénique persiste ; et ce n'est guère que dans les formes aiguës d'origine inflammatoire, qu'on a pu observer la guérison spontanée, à la suite de l'évacuation d'un abcès formé dans les replis ary-épiglottiques; mais le fait est trop rare pour modifier le pronostic.
Le diagnostic est basé sur cette notion fondamentale : l'œdème de la glotte est un accident secondaire développé dans le cours d'une laryngite ou d'une maladie hydropigène ; ce principe d'appréciation est un guide beaucoup plus sur que la considération des nuances particulières du cornage, ou des bruits respiratoires. Qu'on joigne d'ailleurs à ces renseignements pathogéniques les jaccoud. I. — 48
résultats tournis par le miroir, par le doigt, par l'examen de la gorge, et il devient impossible de confondre l'intiltration laryngée avec l'une quelconque des maladies produisant du cornage et des accès de suffocation ; le croup, les corps étrangers, les polypes du larynx, les anévrysmes de l'aorte, tombent sous le coup de cette remarque. —La laryngite striduleuse diffère de l'œdème par l'âge des malades, par l'apparition nocturne des accès, et surtout par l'absence des troubles respiratoires dans l'intervalle des paroxysmes ; pratiqué dans cette période, l'examen laryngoscopique ne montre que les altérations à peine appréciables d'un léger catarrhe superficiel. — Le spasme de la glotte est caractérisé par l'instantanéité de la suffocation, par l'absence de phénomènes laryngés antérieurs ou consécutifs, par l'absence du cornage, enfln par la nature même du désordre respiratoire qui consiste en une véritable apnée; après une ou deux inspirations accompagnées d'un sifflement aigu, l'inspiration est totalement suspendue. — La paralysie des muscles dilatateurs de la glotte (crico-aryténoïdiens postérieurs) ressemble à l'œdème par ce fait que l'inspiration est pénible et bruyante, tandis que l'expiration est facile et silencieuse; cet accident ne peut être reconnu qu'au moyen du laryngoscope ; on constate ainsi qu'au moment de l'appel inspiratoire la glotte ne subit pas la dilatation active, quià l'état normal efface la saillie des cordes vocales. — La paralysie des muscles tenseurs des cordes produit de la dysphonie ou de l'aphonie, mais elle ne provoque pas de dyspnée, puisqu'elle a pour effet d'empêcher le rapprochement des cordes vocales, et leur excursion vers la ligne médiane.
TRAITEMENT
Quand la suffocation est imminente, la trachkotomie est le seul moven qui puisse conjurer le péril ; il faut avant tout faire respirer le malade, le traitement viendra ensuite; cette opération est encore la ressource suprême dans les cas où l'on a eu le temps d'instituer une médication, mais où l'on n'a pas réussi à triompher de la sténose laryngée et de l'asphyxie ; il importe même alors de ne pas différer trop longtemps, il ne faut pas attendre que la vitalité soit compromise par une anhématosie prolongée ; en se conformant à ces règles on obéit à Yindicatio vitœ, et l'on sauve plus de la moitié des malades (56 pour 100, Obédénar). La principale, pour ne pas dire l'unique contre-indication est tirée de l'existence de lésions pulmonaires trèsavancées; la situation est la même que dans les laryngites ulcéreuses,
Quant au traitement proprement dit, il varie selon l'origine de l'infiltration. Dans la forme franchement inflammatoire, les émissions sanguines locales et même générales, les vomitifs, les vésicatoires autour du cou, sont les premiers moyens à mettre en œuvre; puis il faut recourir à la médication topique, c'est-à-dire aux insufflations ou aux pulvérisations d'alun, de
tannin, et à la cautérisation vigoureuse avec le nitrate d'arpent. Ce traitement est le seul qui convienne dans le laryngo-typhus, et dans les infiltrations qui ont pour origine une laryngite ulcéreuse. Dans le cas enfin où l'œdème laryngien dépend d'une maladie hydropi'géne, c'est aux évacuants, aux diurétiques et aux révulsifs cutanés qu'il convient de s'adresser.
On a proposé de scarifier les replis ary-épiglottiques avec le bistouri (Lisfranc, Gordon-Buck) ou de les déchirer avec l'ongle (Legroux) ; cette manœuvre est difficile ; elle est souvent inefficace ; et dans la laryngite ulcéreuse, surtout chez les phthisiques, elle est nuisible, parce que les points scarifiés deviennent autant de foyers d'ulcérations nouvelles (Ch. Fauvel).
Pour les infiltrations qui dépendent des laryngites ulcéreuses, et ce sont en somme les plus communes, il y a un traitement préventif d'une puissance incontestable, c'est la médication topique des ulcérations laryngées; la négliger aujourd'hui est une faute véritable.