MÉNINGITE
occupent la pie-mère et l'espace sous-arachnoïdien ; la membrane hyperémiée est turgescente et infiltrée d'un liquide séro-sanguinolent, elle est recouverte, à sa l'ace externe, par un exsudai fibrineux nieinbranifoiuie qui s'étend aussi parfois sur la face profonde de l'arachnoïde ; ces dépôts sont purement fibrineux, un bien ils sont infiltrés de pus; quant aux produits épanchés dans l'espace sous-araehnoïdicn, ils sont de deux espèces ; c'est du pus ou de la sérosité floconneuse et louche, qui peut être légèrement teintée en rouge par du sang ; avec cet épanchement, on peut bien trouver des fausses membranes sur ln nie-mère, mais alors ces exsudats ne renferment pas de pus. Cette méningite, avec effusion séreuse, a été longtemps désignée sous le nom d' hydronichis aiguo ; elle se développe principalement sous l'influence du froid et du rhumatisme (de là le nom d'hydrorachitiè rluuunatica qui lui avait été donné par J. Frank), mais ces deux causes produisent sou- 1 eut aussi la méningite purulente. Lorsqu'il n\ a pas coïncidence de myélite, la moelle est pâle et anémiée au niveau des parties malades, et présente parfois une légère diminution de consistance dans les couches blanches superficielles, sans altération des éléments du tissu.
Dans la forme chiiomoi s, les lésions sont moins accentuées; la congestion chronique avec épaississement et œdème de la pic-mère, des néoniembranes qui fusionnent par places celte méninge et l'arachnoïde, des brides dans la cavité sniis-aiachnoïdienne, et une augmentation plus ou moins notable du liquide sous-arachnoïdien {hydroracMs ekrowique), sont les altérations les plus caractéristiques ; souvent aussi la qualité du liquide est changée en ce sens qu'au lieu d'être limpide il est trouble, opaque et même sanguinolent ; c'est alors surtout qu'on est autorisé à rapporter l'épanchement à une phlegmasie chronique. Lorsque le liquide a conservé ses propriétés normales et que la quantité seule est modifiée, l'appréciation est plus difficile; cependant si l'on songe que l'hydrorachis, indépendante de la méningite, n'est observée que chez les individus atteints d'hydropisies générales ou d'une maladie hydrnpigène, ou bien comme lésion secondaire à la suite de l'atrophie de la moelle [hy drops ex vacuo) on pourra, même alors, et en tenant compte de l'état des membranes, déterminer la véritable origine de l'épanchement. Il est une autre variélé de méningite à marche lente ; c'est celle qui est caractérisée par l'épaississernent delà pie-mère et. le développement anormal (prolifération) des prolongements eonjorietifs, que cette membrane envoie dans l'axe rachidieu ; mais cette méningite srléreuse n'est jamais observée seule, et son histoire se confond avec celle de lasclérose spinale. — La méningite chronique est un peu plus souvent isolée que la forme aiguë.
SYMPTOMES
Il en est de la méningite spinale comme de la cérébrale; à l'exception
3<Mî MALADIES DIS LA MOELLE ÉPINIÈRE.
de la lièvre et de la douleur locale, les phénomènes initiaux ne sont pas l'expression directe de la phlegmasie des enveloppes, ils sont l'effet de l'irritation subie par le tissu nerveux au contact des membranes malades. Cette irritation ne peut se manifester au dehors que si elle porte sur des parties excitables ; or, dans La moelle, les racines nerveuses sont les seuls organes qui répondent à celte condition; c'est donc à l'excitation anormale des racines qu'il convient d'attribuer les symptômes primitifs de la maladi ■ Chaque ordre de racines réagissant d'ailleurs suivant ses attributs physiologiques, il est clair que ces phénomènes sont de doux espèces : des troubles de sensibilité (douleurs, hyperesthésies) irradiés selon la distribution des racines intéressées témoignent de L'excitation morbide des racines postérieures; des désordres de motilité {spasmes, hyperkinésies) révèlent l'irritation des racines antérieures. Plus tard, Lorsque l'épanchement des produits liquides ou membraneux est effectué, la compression de la moelle et • les racines en compromet la conductibilité; delà une paralysie toujours tardive et rarement complète ; ainsi, à toutes les périodes, les symptômes expriment simplement les effets de la lésion des méninges sur l'organe d'innervation qu'elles enveloppent.
Un frisson initial est chose assez rare, mais il y a dès le début une élévation notable de température et tous les phénomènes généraux de l'état de fièvre; en même temps apparaissent les signes de l'exaltation de la sensibilité. Les douleurs sont de trois sortes : douleur rachidienne, douleur en ceinture, irradiations douloureuses dans les membres; ces deux dernières sont des phénomènes excentriques qui dénotent l'irritation des racines postérieures. Les hyperkinésies provoquées par L'excitation des racines antérieures sont des contractures musculaires spasmodiques dont L'étendue est en rapport avec le siège de la lésion ; limitées aux membres inférieurs, à la vessie et au rectum (rétention de l'urine et des matières) lorsque la méningite ne s'élève pas au delà des dernières dorsales, elles occupent les muscles du tronc et des membres supérieurs, les muscles respirateurs et les cenicaux postérieurs (opisthotonos), si le travail inflammatoire intéresse le renflement cervical. Alors aussi le patient est en proie à de la dysphagie, et à une dyspnée intense, produite, soit par la rigidité des muscles thoraciques, soit par l'excitation du bulbe, et l'on observe parfois un ralentissement marqué du cœur et du pouls qui contraste étrangement avec l'ensemble des symptômes fébriles.— Les douleurs rachidienncs ne sont pas toujours augmentées par la percussion vertébrale, mais elles le sont constamment par les mouvements du tronc et du bassin ; de même les contractures, qui sont toujours exagérées par les mouvements, le sont rarement parle contact de la peau, à l'inverse de ce qui a lieu dans le tétanos. Ce phénomène négatif démontre que les contractions ne sont pas dues à dn accroissement du pouvoir réflexe de la moelle, mais à une irritation directe des racines motrices. Avec les don-
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leurs spontanées coïncide une exaltation marquée de La sensibilité tactile et douloureuse (hyperesthém, h#peralgêsië) qui est mise en lumière par l'excitation artificielle des téguments.
Lorsque la méningite est étendue et que les muscles respirateurs sont, atteints des Le début, la mort est rapide. Qu'il ail été ralenti ou non, le pouls prend une fréquence excessive (130-160), la dyspnée augmente et le malade succombe à L'asphyxie, Si Les muscles thoraciques sont épargnés, la marche des accidents est plus lente, les phénomènes aigus du début peuvent s'amender, et alors deux choses sont possibles : La rémission est le signal d'une amélioration soutenue qui aboutit à la guérison, cela est trèsrare ; plus souvent La diminution des symptômes spasmodiques coïncide avec le développement d'une paraplégie qui révèle la compression de la moelle; celte paralysie est toujours tardive, mais il faut avoir soin, pour constater ce caractère, de ne pas prendre pour une paraplégie l'immobilité des membres, qui est le fait de la douleur. Du reste, cette paralysie n'est pas aussi complète que dans les lésions de la moelle elle-même (myélite, ménin go-myélite), et, bien loin qu'elle soit accompagnée d'une abolition parallèle de la sensibilité, il n'est pas rare que l'hyperesthésie persiste à un degré [dus ou moins prononcé. Des contractures partielles peuvent également être observées dans les membres paralysés. A cette période, la rétention des matières fait quelquefois place à l'incontinence, mais il n'y a rien de constant à cet égard. Les mouvements réllexcs sont normaux (la moelle étant supposée saine), et la contractilité électrique demeure intacte jusqu'à la lin. — Dans la forme caractérisée par un épanchement séreux abondant (hydrorachis aiguë), les phénomènes d'excitation du début sont en général moins marqués, la fièvre est moins vive, et la paraplégie est plus précoce; ce dernier caractère est Le plus important de tous. Du reste, c'est cette forme qui offre le plus de chances de guérison, et dans les cas heureux elle a d'ordinaire une marche très-rapide. — La durée de la méningite aiguë mortelle \arie dans d'assez grandes limites; elle tue en deux ou trois jours Lorsqu'elle est générale ou qu'elle atteint d'emblée la région cervicale dans le cas contraire, la vie peut se prolonger pendant deux ou trois septénaires.
La méningite chronique peut succéder à une méningite aiguë de médiocre intensité, mais le plus communément elle est primitive ; elle présente, elle aussi, des symptômes de deux ordres, des phénomènes d'excitation résultant de L'irritation des méninges, et des phénomènes de paralysie produite par L' épanchement liquide ou membraneux. Les premiers sont presque toujours bornés à La sphère de sensibilité, les byperkinésies sont rares, partielles et transitoires; le symptôme dominant au début est la douleur, elle occupe la région vertébrale, quelquefois sur une très-grande étendue, et dans les membres elle présente des déplacements rapides, qui simulent complètement jaccoud. L — 20
les douleurs vagues dites rhumatismales. Aussi le diagnostic reste-l-il inccrlain jusqu'à l'apparition des premiers signes de paralysie, car les autres troubles de la sensibilité ne sont guère plus caractéristiques, l'hypcresthésie n'arrivant jamais au degré qu'elle présente dans la forme aigué. La paraplégie débute lentement par de la faiblesse qui permet encore la station debout et une marche peu prolongée; avec cette débilité apparaissent une sensation plantaire de dm et, et des fourmillements qui sont l'indice d'une anestbésie prochaine, laquelle pourtant est rarement totale ; bientôt la faiblesse est remplacée par l'akiuésie. Elle envahit graduellement, par une extension symétrique, tous les muscles des membres inférieurs, puis ceux de la vessie et du rectum (incontinence complète ou incomplète), et se propage très-fréquemment aussi aux membres supérieurs, envahissant parallèlement les deux moitiés du corps. Il résulte des observations de Salomon que la paralysie de la méningite, ascendante ou non. est toujours symétrique, caractère qui manque à la paralysie de la myélite chronique. Bien que le développement de l'akinésie soit en général lent et graduel, il peut arriver cependant que la paralysie fasse en un temps très-court de rapides progrès ; dans ce cas un épanchement a eu lieu (hydrorachis chronique), qui a modifié subitement les caractères de la maladie. Indépendamment de sa symétrie et de sa lenteur habituelles, la paraplégie de la méningite est encore caractérisée par ses oscillations très -fréquentes, elle augmente, elle diminue d'un jour à l'autre, selon les fluctuations de l'épanchement rachidien.
On trouve parfois dans les autopsies des traces de phlegmasie ancienne des méninges; il est probable d'après cela que la maladie peut rétrocéder jusqu'à un étal compatible avec la vie; cependant la mort est la terminaison la plus ordinaire, elle est causée par la progression ascendante des accidents, par des escharcs, par une cystite purulente, ou par quelque complication du côté des organes respiratoires.
DIAGNOSTIC
Les deux seules maladies de la moelle qui aient un début fébrile sont la méningite et la myélite aiguës ; or, la coïncidence de ces deux inflammations est la règle, et le diagnostic différentiel n'est vraiment qu'une subtilité, ou une question de prépondérance relative. Voici pourtant quelques signes qui appartiennent à la méningite pure : absence de paraplégie, ou développement tardif d'une paraplégie incomplète, absence d'anesthésie, absence de troubles nutritifs dans les membres inférieur*, et d'altérations urinaircs, conservation des mouvements réllexes et de la conlractilité électrique. Dans la forme chronique, les caractères distinctifs de la méningite sont les phénomènes douloureux apyrétiques qui précèdent les premiers signes d'im-