CHAPITRE PREMIER
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GENÈSE ET ÉTI0L0G1E.
L'inflammation des cordons nerveux (1) est le plus souvent secondaire j elle est provoquée parle traumatisme, par la présence de corps étrangers ou par l'inflammation des tissus qui entourent les nerfs; d'après Reau, la névrite des nerfs intercostaux serait constante dans la pleurésie, et chez les phthisiques qui se plaignent de douleurs thoraciques ; cette assertion est trop absolue, mais les observations de Scbroder van der Kolk et de Wundt établissent pour quelques cas la réalité de ce rapport étiologique. Une autre forme de névrite secondaire a été signalée par Leudet, c'est celle qui résulte de l'empoisonnement par la vapeur de charbon (oxyde de carbone). Pour ce qui est de la névrite primitive, la seule cause positive est l'action du froid ; il y a bien certainement d'autres influences étiologiques, mais elles ne sont point connues. La névrite spontanée est dite rare et même exceptionnelle; cela est vrai si l'on ne tient compte que des faits complétés par l'examen anatomique, mais si on se laisse guider par l'analogie des
(1) Nasse, De neuritide. Halffi, 1800. — Swan, On the Treatment of morbid local Affections of Nerves. Lontlon, 1820. — Descot, Sur les affections locales des nerfs. Paris, 1825. — Van der Lmi, De vitiis nervorum organicis. Àmstelodami, 1838. — Beau, Arch. gén. de méd., 1847. — Union méd., 1849. — Di breulïi, De la ?iévri(e, thèse de Montpellier, 1845. — Wundt, Uebcr das Verhaltm der Nerven in entzundeten und degenerirten Organen, Heidelberg, 1856. •— Baerensprung, Die Gùrtelkrankheit (Annalen des Charité-Krankenhaus. 1861). — Beitrâge zur Kenntniss des Zoster [Eod. loco, 1863). — Leldet, Recherches sur les troubles des nerfs périphériques, et surtout des vaso-moteurs consécutifs à l'asphyxie par la vapeur de charbon {Arch. de méd., 1865). — Ciiarcot et Cotard, Note sur un cas de zona du cou avec altération des nerfs du plexus cervical, etc. (Soc. de biologie, 1865). — Mougeot, Recherches sur quelques troubles de nutrition consécutifs aux affections des nerfs. Thèse de Paris,
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symptômes, on doit arriver, ce me semble, à une autre conclusion. Je suis convaincu que bon nombre de paralysies et de névralgies circonscrites, qui passent pour essentielles ou rhumatismales, sont l'effet d'une inflammation dans les nerfs correspondants ; les rapports récemment découverts entre la névrite et le zona sont un puissant argument en faveur de cette proposition. i
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
L'inflammation est bornée au névrilème ou bien elle atteint en môme temps les éléments nerveux; l'enveloppe du nerf et le tissu qui l'avoisine sont injectés, parsemés de petites ecchymoses; le contenu présente une couleur anormale, il est ramolli et on le dissocie facilement; l' exsudât tantôt séreux, tant séro-tibrineux, est épanché dans le névrilème seulement ou dans les interstices des libres nerveuses ; de là une augmentation de volume et un ramollissement proportionnels à l'abondance de l'exsudation. La terminaison a lieu par résorption, par suppuration ou par néoplasie conjonctive; le premier mode est le seul qui permette la restitution du tissu ad integrum; la suppuration transforme le contenu du nerf en une bouillie riche en globules purulents, et les fibres nerveuses sont détruites par fragmentation (Fôrster) ou par dégénérescence graisseuse. La néoplasie conjonctive épaissit le névrilème et ses prolongements, et produit, comme toutes les scléroses interstitielles, l'atrophie secondaire des éléments parenchymatcux. Ces derniers disparaissent quelquefois par résorption, et le nerf est transformé de la sorte en un simple cordon de tissu conjonctif. — La névrite qui succède à la division des nerfs a pour effet, dans les cas favorables, d'en établir la continuité au moyen d'un tissu cicatriciel, puis des libres nerveuses de nouvelle formation peuvent prendre naissance, et permettre le retour de la fonction disparue.
SYMPTOMES
.Sauf complication, la névrite circonscrite ne provoque pas de lièvre ; lorsque le nerf malade est superficiel, on peut le sentir sous forme d'un cordon dur, tuméfié et douloureux, au niveau duquel les téguments présentent une coloration rouge plus ou moins marquée. Souvent aussi il existe au niveau du point malade une tuméfaction limitée, rouge, douloureuse, analogue à la tumeur du phlegmon et qui est remarquable par des alternatives d'augmentation et de diminution (Remak). En général, les seuls symptômes sont àm Imublesfmiclionnels dans la sphère du nerf affecté. S'il s'agit d'un nerf sensitif, le phénomène le plus important est la douleur; comme la douleur
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névralgique, elle suit le trajet du nerf, et se l'ait sentir jusque dans ses ramifications terminales ; elle est exaspérée par la pression (alors même que celle-ci ne porte pas sur le point enflammé), et par les excitations les plus légères de la périphérie du nerf. Un peu plus tard, lorsque la lésion compromet la conductibilité, les excitations périphériques n'ont plus d'effet sur la douleur; loin de là, la sensibilité tactile s'émousse graduellement, puis elle disparait quoique la douleur spontanée persiste, c'est une des tonnes de I'anestblésee douloureuse : l'interruption de la conductibilité empêche l'arrivée à l'encéphale des impressions portées sur le nerf au-dessous du point malade, de là l'anesthésie ; mais au-dessus de ce point, les voies de transmissions sont libres, et le cerveau perçoit la sensation anormale provoquée par le travail pathologique, de là la persistance de la douleur. Ce complexus de phénomènes est passager; si l'inflammation guérit, l'anesthésie et la douleur disparaissent en même temps; si la lésion aboutit à la désorganisation du nerf, l'anesthésie est permanente, mais la douleur cesse avec la phase irritative du processus. — Dans les nerfs mixtes, les symptômes précédents sont accompagnés de secousses et de contractures musculaires douloureuses, auxquelles succède bientôt une paralysie motrice avec abolition des mouvements réflexes et de la contractilité électrique, dès les premiers jours qui suivent l'akinésie confirmée. Si la paralysie persiste, ï atrophie des muscles est très-rapide, elle est déjà appréciable dans le cours du second septénaire. — Dans les nerfs purement moteurs, les troubles du mouvement sont isolés, et si l'exsudation est rapide et abondante, la période d'excitation initiale peut manquer, et la maladie produit d'emblée la paralysie avec les caractères particuliers qui viennent d'être indiqués. — On observe assez fréquemment sur les téguments de la région innervée par le nerf malade des lésions de nutrition qui témoignent de l'état morbide des filets trophiques contenus dans les nerfs spinaux; les plus fréquentes de ces lésions sont Vérythème et les éruptions vésiculeuses (herpès zoster) ou huileuses (pemphigus) ; dans la névrite chronique, on a constaté, en outre, l'apparition de taches pi{)tm:ntuires et des arthropathies (Duménil). Il résulte de là que l'atrophie des muscles n'est pas le seul désordre nutritif produit par la névrite, et qu'elle peut provoquer des altérations cutanées et articulaires, semblables à celles qui résultent du traumatisme des nerfs.
Indépendamment des symptômes localisés dans le département du nerf malade, la névrite des nerfs sensitifs et des nerfs mixtes provoque parfois des phénomènes à distance, savoir : des ihhaih ai m.xs mmb><MH)HHH et des mouvements réflexes. Ces symptômes secondaires sont toujours paroxystiques ; ils se montrent d'abord dans la sphère des nerfs dont les origines spinales sont voisines de c elles du nerf malade, mais Us peuvent dépasser cette limite, et l'excitation motrice gagnant le mésocéphale peut se ma -
nifester sous forme de convulsions générales, qui ne diffèrent de l'accès d'épilepsie vraie que par l'absence des accidents cérébraux. 11 paraît même que la perte de connaissance peut être produite (Hasbach) par cette excitation centripète anormale, auquel cas la ressemblance est complète. C'est surtout dans les névrites provoquées par le traumatisme ou par un corps étranger que l'on observe ces phénomènes d'irradiation ; ils éclatent spontanément, ou sous l'influence d'une excitation portée sur le nerf malade.
La névrite a une marche aigué ou chronique, mais sa durée ne peut être précisée; elle se termine, soit par la guérison complète, c'est-à-dire par la cessation des douleurs et le retour de la fonction normale, soit par une paralysie de la sensibilité ou du mouvement. Lorsque la maladie a été causée par un corps étranger ou par la compression du nerf, les douleurs (s'il s'agit d'un nerf sensitif ou mixte) persistent, ainsi que les symptômes d'irradiation, aussi longtemps que la désorganisation n'est pas totale ou que la cause provocatrice n'est pas enlevée. Lorsque cet état de choses dure un certain temps, il peut arriver que l'extraction du corps étranger ne fasse pas disparaître les accidents convulsifs ; la perturbation accidentelle du système nerveux central a été transformée par Phabitude en une modalité durable, qui survit à sa cause génératrice.
Dans quelques cas, la névrite, débutant par les ramifications terminales des nerfs, envahit par une progression ascendante un plus ou moins grand nombre de nerfs périphériques, et elle tue par l'extension des phénomènes paralytiques ; cette forme généralisée et grave de la névrite doit être rapprochée, au point de vue clinique, de l'atrophie nerveuse progressive dont elle constitue une variété.
DIAGNOSTIC
La névrite des nerfs sensitifs et mixtes diffère de la névralgie simple par la continuité de la douleur, par l'apparition rapide de la paralysie qui, poulies nerfs mixtes, est souvent précédée de tremblements, de contractions fibrillai'res ou de contractures. D'après Benedikt, la sensibilité électrique des nerfs atteints de névrite n'est pas accrue, tandis qu'elle est exagérée dans la névralgie idiopathique. — Lorsque la névrite des nerfs moteurs détermine, avant la paralysie, des symptômes d'excitation motrice, elle peut être distinguée par là de 1' atrophie simple et de la compression des cordons nerveux; mais si l'akinésic est le premier phénomène observé, il n'y a pas de diagnostic possible entre ces trois ordres de faits ; car cette paralysie a dans les trois cas les mêmes caractères, qui sont l'abolition rapide des mouvements réflexes et électriques, et l'atrophie précoce des muscles. En
revanche, ces signes distinguent nettement la paralysie motrice par lésion des nerfs, des paralysies circonscrites qui ont leur cause dans la moelle ou dans l'encéphale.
TRAITEMENT
Dans la névrite circonscrite, au début, il convient d'appliquer sur le trajet du nerf des ventouses scarifiées ou des sangsues ; après quoi, on aura recours aux frictions d'onguent napolitain et aux applications froides (compresses d'eau glacée ou de glace), dans le double but de favoriser la résolution du travail inflammatoire et de calmer les douleurs. Si malgré l'emploi de ces moyens les souffrances persistent, il est utile de pratiquer quelques injections sous-cutanées de morphine. Lorsque cette médication a échoué et que la maladie traîne en longueur, les révulsifs sont indiqués ; des vésicatoires volants successifs seront placés au niveau du siège présumé de la lésion, et on pourra les panser avec 1 ou 2 centigrammes d'un sel de morphine. 11 arrive parfois qu'après la cessation des douleurs et la résolution de l'inflammation, le malade conserve une paralysie plus ou moins complète de la sensibilité ou du mouvement; ces accidents consécutifs doivent être combattus par les bains sulfureux, et surtout par l'électrisation. Lorsqu'on emploie les cornants induits, l'électricité n'est pas indiquée avant cette période, elle est donc dirigée contre les effets persistants de la névrite, et non pas contre la névrite elle-même; mais si l'on fait usage des courants galvaniques, l'électrisation peut être appliquée dès le début, et avec succès, en raison de l'action catalytique de ces courants. Le traitement par la galvanisation n'échoue que dans la névrite symptomatique (Bcnedikt). — Si la maladie est causée par un corps étranger, l'extraction de ce dernier est l'indication fondamentale.