‹ Traite de pathologie interne (volume 4)Chapitre 93 sur 161 · GENÈSE ET ÉT10L0GIE · texte numérisé non relu

GENÈSE ET ÉT10L0GIE

I ne hyperesthésie morbide élevée à la puissance de la douleur spontanée constitue toutes les névralgies; les causes de ce désordre, qui est bien plus souvent un symptôme qu'une maladie, sont multiples, mais elles ont toutes un même mode d'action, qui est d'exagérer l'excitabilité sensitive du nerf. Cette modification est produite soit par un changement intrinsèque (matériel ou insaisissable) du cordon nerveux, soit par une lésion extrinsèque située en dehors du nerf dans son voisinage immédiat ou à distance, soit par une altération constitutionnelle. D'après ces divers processus pathogéniques , je divise les causes des névralgies, celles de la névralgie faciale entre autres, en quatre groupes, savoir : 1° causes intrinsèques; 2° causes extrinsèques directes; 3° causes extrinsèques réflexes ; 4° causes constitutionnelles.

Ce dernier groupe peut être utilement opposé aux trois premiers, qui ne contiennent que des causes localisées et circonscrites.

Causes intrinsèques. — La névrite , l'inflammation et la congestion

(1) Synonymie : Névralgie faciale — Prosopalgie — Tic douloureux — Douleur faciale de Fothcrgill.

Fothergill, Médical Obs. and Inquiries, V. Loudon, 1773. — Méglin, Recherches sur la neuralgie faciale. Strasbourg, i 8 1 G . — W. Barth, Mehrj&hr. sorgf. angestel/le Beobachtung ùber den Gesichtsschmerz. Halle, 1825. — Chaponnière, Essai sur le siège et les causes de la névralgie de la face. Paris, 1832. — Sciiauer, Ueber den Gesichtsschmerz als Sgmptom (Casper's Wochensch. , 1838). — Romberg, Si'tiralg. n. quint i spécimen. Berolini, 1840. — Valleix, Traité des névralgies. Paris, 1841. — Cerise, Névralgie faciale sgmpfomatique d'une tumeur fibreuse de la matrice, etc. (Ann. 1héd.-psychol. , 1845). — Britschm.ider, Versuch einer Begrûndung der Pathologie und Thérapie der ûusseren Neurtdgien. lena, 1847. — L. Turck, Beitr. zur Lehre von der Hyperesthésie und Anesthesic (Zeitschr. der K. K. Gcsells. der Aerzte, 1850). — Bérahd, Dictionnaire eu 30 volumes. — Marrotte, Sur les névralgies périodiques (Arch. gén. de méd., 1852). — ■ NOTTA, Sur les lésions fonctionnelles qui sont sous la dépendance des névralgies (Arch. gén. de méd., 1854). — Benedikt, Rcsultute der elektrischen Untersuchung ( Wiener med. Presse, 1864). — Gubler, Gaz. des hôp., 1864. — Vaulair, Des névralgies (Journal de méd. de Bruxelles, 1865). — Axstfe, On certain pain fui affections of the fifth Nerv (The Lancet, 1866) — Bierbaim, Deutsche Klinik, 1866. — Thompson, On facial Neuralgia (Glasgow med. Journal, 1867). — Brunelli, Giornale med. di Rorna, 1867. — Romberg, Zur Kritili der Valleix'schen Sohmerzipunckte (Griesinger's Archiv, 1868),

/,;,fs NÉVROSES PSS SERFS PÉRIPHÉRIQUES,

du némMme méritent de figurer en tète de ce groupe, sinon à cause de leur fréquence, du moins en raison de la netteté du mode pathogénique. Ou a souvent éliminé du «h. manie de La névralgie La douleur de la névrite, pour le motif que cette douleur fail rapidemenl place à la paralysie, el que d'ailleurs elle n'esl que le symptôme d'une lésion organique bien définie. Ces remarques son1 exactes, mais elles ne justifient point l'exclusion proposée ; la douleur dans la névrite n'est qu'un symptôme, mais il en est de même dans le plus grand nombre des cas. pour ne pas dire dans tous, et du moment que ce symptôme présente les caractères de la douleur dite iiorritliji'iiir, il n'y a pas de raison plausible pour rejeter la névrite de l' étiole-gle des névralgiesj au diagnostic pathogénlque Incombe l'obligation de distinguer entre cettecauseel les autres. — La oongestion du névriléme (Brètschueider, Romberg) est l'un des effets possibles des troubles de la circulalion céplialique el de la congestion de la lace; les branches volumineuses du trijumeau sont accompagnées et pénétrées de vaisseaux nombreux dont la dilatation cl la varicosilé sont tenues par les observateurs les plus autorisés pour des conditions efficaces de névralgie. Une byperémie active du nerf et de ses enveloppes est vraisemblablement la cause réelle des névralgies qui sont provoquées par le froid; mais sur ce point il y a encore bien des incertitudes; dans plusieurs cas de névralgie a frigore, les nerfs ont été trouvés intacts à l'œil nu, et connue l'électrologie démontre qu'un simple dérangement dans le groupement polaire des molécules d'un nerf suffll pour en altérer les réactions, il est possible que l'hyperesthésie produite par l'impression du froid sur les extrémités nerveuses périphériques soit reflet d'une modification intime plus ou moins analogue, qui échappe à nos moyens d'investigation. Ce qui est bien positif, en revanche, c'est l'influence prépondérante du froid dans le développement des névralgies en général, et de la trifaciale en particulier. — Les autres causes intrinsèques sont trèsrares ; l'œdème du névriléme (Sprengel), son hypertrophie, les formations kystiques et fibreuses dans l'interstice des faisceaux du nerf, enfin les néxromes (tubaruln. dolorosa de Romberg), et le cancer des tuniques nerveuses sont les principales d'entre elles.

Les causes extrinsèques directes siègent dans le voisinage immédiat du cordon nerveux, sur un point quelconque de son trajet depuis l'émergence à la protubérance jusqu'aux ramifications terminales; elles agissent directement sur lui par compression ou par irritation, et la névralgie os! Le produit de cette impression anormale ; ces causes sont nombreuses : dans le crâne, les tumeurs de la base, les exsudais méningés, les anévrysmes de la carotide (Romberg), la carie du rocher (Lippich) ; plus loin les réli écissemenls. J'osl(;o-|)èrioslile des canaux osseux traversés par les branches du nerf ; à la périphérie, les corps étrangers, les plaies, les cicatrices, les lésions des maxillaires el de leurs sinus, enfin la carie dentaire, ont mainte lois déter-

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miné dos prosopalgies remarquables entre toutes par leur ténacité et leur violence.

Les causes extrinsèques indirectes ou réflexes sont inliiiiinenl plue rares que les précédentes; elles n'allectent pas directement le trijumeau, elles agissent soi! sur un autre, nerf périphérique, suit sur les organes uer\ eux centraux, et l'excitation qu'elles produisent, irradiée de son point de départ jusqu'au luxer du l ri facial, en provoque l'hyperesthésie par le mécanisme de l'irradiation réllexe. Les lésions traumatiques des nerfs des membres (Sxvan, Denmarkj, les congestions, les lésions chroniques de l'encéphale et de la partie supérieure de la moelle, sont les causes les plus positives de ces prosopalgies réflexes. Eu égard à leur siège, ces causes indirectes pouxen! être dix isées en périphériques Si centrales, BÔ6 mots étant pris dans le sens physiologique (pie j'ai plusieurs fois précisé.

Les causes constitutionnelles ont un modo d 'action plus obscur : il est probable que l'altération qu'elles produisent dans Le saut; est la condition qui modifie l'excitabilité du nerf; dans plusieurs cas, cette interprétation n'a pour elle que l'analogie ; mais, dans le cas simple qui est le type du groupe, dans la névralgie par anemie, cette manière de voir est clairement justifiée, puisque l'altération du sang est le seul désordre auquel puisse être imputée la perturbation nerveuse; la douleur, selon la célèbre métaphore de Romberg, n'est alors que la supplication des nerfs qui Implorent un sang plus généreux. Indépendamment de l'anémie, il faut ranger parmi les causes constitutionnelles certaines intoxication* [malaria, plomb, mercure) et quelques maladies dytorasiques, notamment la syphilis et La goutte. Le plus souvent la syphilis détermine la prosopalgie par l'intermédiaire de lésions matérielles dans les os, le périoste ou les parties molles; mais des observateurs compétents aflirment que le poison syphilitique peut être par lui-même, abstraction faite de toute altération anatomique, une cause efficace de névralgies, lesquelles se distinguent des premières par leur mobilité et la précocité de leur apparition. Je n'entends pas contester le fait, mais je ne l'ai jamais observé, et le professeur Hasse n'a pas été plus heureux. — L'âge de vingt a cinquante ans, le tempérament nerveux, sont les seules eu si. s pttfasisfô^ santés positives; on a admit théoriquement que le sexe féminin est particulièrement exposé à la névralgie faciale, niais les relevés statistiques n'expriment à ce sujet qu'une différence insignifiante.

SYMPTOMES

Les quatre lois qui régissent l'activité physiologique des nerfs sensibles, gouvernent également l'activité morbide de ces uerfs en étal d'hyperesthésie. Ces lois sont les suivantes : 1° Loi m la ootrouCTiraura isolée ; dans les

nerfs périphériques, L'impression reste confinée dans les lilets qui l'ont directement subie, ils la transmettent seuls, sans participation des lilets voisins non excités, quelque rapprochés qu'ils soient. — 2° Loi df. l'irradiation ; dans les appareils ganglionnaires et centraux, l'excitation peut s'étendre de la libre excitée aux autres fibres centripètes. — 3° Loi des manifestations excentriques; dans l'acte de la perception, la sensation est rapportée à l'extrémité périphérique de la fibre sensible, quel que soit le point de sou trajet qui ait été excité. — /i° Loi de l'épuisement ; les actions nerveuses ne sont pas continues, elles sont interrompues par des phases de repos <] ni surviennent fatalement par épuisement de l'excitabilité, alors même que l'excitation est persistante.

La connaissance de ces lois est indispensable pour la conception des phénomènes de la névralgie; les trois premières rendent compte du siège et du trajet des douleurs, la dernière fait comprendre le caractère pareœystique des symptômes, caractère qui est constant, encore bien que la cause de la névralgie soit souvent une lésion fixe et permanente.

Ordinairement sans prodromes, annoncé quelquefois par une sensation de pesanteur et de chaleur céphaliques, ou par des douleurs vagues mal localisées, le paroxysme de la névralgie faciale éclate sous forme d'une douleur circonscrite en un point de la face, ou dans l'une de ses cavités. Cette douleur, qui est unilatérale, reste très-rarement limitée dans le point où elle a pris naissance, et elle présente deux modes d'extension ; tantôt elle se répand suivant le trajet d'une ou de plusieurs des branches du trijumeau ; tantôt, et c'est le cas le plus fréquent, elle se manifeste avec la soudaineté de l'éclair sur divers points de la sphère du nerf, s' élançant en haut, en bas, en avant, en arrière, sans régularité aucune. Que l'extension soit anatomique ou diffuse, elle conserve ordinairement les mêmes caractères chez un même malade, de sorte que les accès ne diffèrent que par leur intensité ou par leur durée. Ce n'est pas seulement par leur brutale instantanéité, c'est aussi par leur intermittence que les secousses douloureuses sont caractérisées ; elles éclatent plus ou moins rapprochées les unes des autres, mais quelque précipitées qu'elles soient, un intervalle appréciable les sépare ; l'ensemble de ces secousses constitue l'accès ou paroxysme. Ce dernier se prolonge d'autant plus que la névralgie est plus ancienne ; dépassant rarement un quart d'heure dans les cas récents, il atteint dans les autres une heure, une heure et demie ; je l'ai vu chez un goutteux persister durant trois heures avec une indomptable violence. Cette douleur est atroce ; quand elle est arrivée à son acmé, les plus courageux se roulent par terre en poussant des cris, et les malheureux patients s'ingénient à chercher des comparaisons qui puissent donner une idée des maux qu'ils endurent. Pour peu que la névralgie soit intense ou ancienne, la douleur pamwstique est accrue et même réveillée par les excitations tactiles les plus

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