‹ Traite de pathologie interne (volume 4)Chapitre 95 sur 161 · NÉVRALGIE DU TR1JUMEAI · texte numérisé non relu

NÉVRALGIE DU TR1JUMEAI

sont souvent domptées par les émissions sanguines locales, et les grands vésicatoires volants dont on peiit encore accroître l'ell'et par une application d onguent gris sur la surface dénudée. C'est dans ces cas spéciaux que la méthode de Bell trouve son emploi; elle consiste à opérer par la surface de l'intestin une spoliation dérivatrice persistante au moyen de purgatifs énergiques; Bell se servait de l'huile de croton incorporée dans des pilules à base d'aloès et de coloquinte ; mais il a eu le tort de ne pas préciser l'opportunité de ce traitement. — Tandis que dans les névralgies palustres et syphilitiques la médication réussit alors même qu'elle est bornée à l'indi- Cfttion causale, il n'en est plus de même dans les autres variétés éliologiques ; il faut obéir à cette indication, cela va sans dire ; mais cela ne suffit plus, il faut en outre combattre directement Fhyperesthésie. Indépendamment des indications causales précédentes, il en est une autre qui est ré\élée par l'exploration de la région malade; il faut, avant tout traitement, déterminer si l'hyperesthé>ie est provoquée par quelque lésion locale; l'altération des maxillaires et de leurs sinus, la carie dentaire, doivent être particulièrement recherchées ; on n'oubliera pas non plus que la prosopalgie peut être un phénomène réflexe provoqué par une lésion plus ou moins éloignée.

1. indication pathogénlque, la seule qui se présente dans les névralgies atypiques, sans cause locale ou générale saisissable, est remplie par des substances diverses auxquelles l'expérimentation ou l'expérience a reconnu une action sédative sur l'excitabilité des nerfs. En tète de ces agents prennent place les opjaus; la forme médicamenteuse la meilleure est l'extrait thébûique ou Je (•hlorlujdrntc île morphine; l'administration a lieu par ingestion, par la méthode rudermique ou par l'injection hypodermique. J'ai l'habitude, dans les cas graves, de combiner l'absorption sous-cutanée avec l'absorption gastrique, et il m'a paru que les effets sont ainsi plus rapides et plus sûrs. Malheureusement il en est de cette médication comme de toutes celles que je vais passer en revue, elle soulage presque à coup sûr, mais la guérison est chose rare. La dose d'opium ou de morphine ne peut être précisée, car elle doit être proportionnée à l'intensité des douleurs étala susceptibilité! individuelle ; la contraction persistante des pupilles, les nausées et les vomissements indiquent la limite de la tolérance. — Les pilules de Mkolin, qui sont composées avec extrait de jusquiame, extrait de valériane et oxyde blanc de zinc (5 centigrammes de chaque) méritent réellement leur ancienne réputation, je les ai maintes fois employées avec avantage. La dose initiale est de deux par jour, et l'on arrive progressivement à dis, quinze ou même plus ; des vertiges signalent le début de l'intolérance. — L' acomtink , agent toxique qui ne doit être manié qu'avec de grandes précautions, est employée en pilules, en teinture on en pommade ; les formules de Turnbull doivent être préférées. Les pilules soi d faites avec

m NÉVROSES DES NERFS PÉRIPHÉRIQUES.

aconitine 5 centigrammes, poudre de réglisse 1 gramme, sirop quantité suffisante pour 5 pilules. 1-e médecin anglais va jusqu'à cinq par jour, je n'ai jamais dépassé trois, et j'ai réussi dans des névralgies qui avaient résisté à bien des médications ; la teinture est composée avec aconitine 1 gramme, alcool rectifié 8 grammes ; on l'emploie en frictions en commençant par deux ou trois gouttes seulement. La 'pommade a été plus anciennement employée; la formule que je donne est celle de Watson : 6 centigrammes d'aconitine pour h grammes d'axonge ; cette quantité doit durer trois jours, la friction étant répétée deux ou trois fois par jour. — La belladone sous forme d'extrait à doses croissantes depuis 1 centigramme en vingt-quatre heures jusqu'à production des premiers phénomènes de saturation (dilatation des pupilles, sécheresse de la gorge) réussit parfois là où l'opium a échoué, mais il s'en faut que cet heureux résultat soit constant. Quant aux injections sous-cutanées d'atropine, j'y ai totalement renoncé ; non-seulement elles exposent à de redoutahles inconvénients, mais les accidents qu'elles provoquent ont ce danger particulier que leur intensité, variable jusqu'à la mort presque subite, déjoue toute prévision. — Les préparations cyAMQnES (bleu de Prusse, acide cyanhydrique), vantées outre mesure, ne sont guère plus que de simples palliatifs; il en est de même de la pommade à la v lin at ri ne préconisée par Turnhull (l gramme de vératrine pour 30 d'axonge). On fait la friction au moment de l'accès et on la prolonge jusqu'à ce que la chaleur et le fourmillement ainsi produits soient aussi pénibles que la douleur névralgique elle-même. — Les applications réfrigérantes, Yéther et le chloroforme en inhalations, en topiques ou en pulvérisations, sont de bons moyens pour donner au patient quelques moments de répit, mais ce ne sont pas des moyens curateurs. — 11 n'en est plus de même d'une pommade trop ignorée que j'ai pour ma part employée plusieurs fois avec un succès complet ; elle a pour base I'éther chlorhydrique chlore, et elle est ainsi formulée : éther ehlorhydrique chloré 6 grammes, axonge 30. On emploie cette pommade en frictions et en applications. — L'utilité de I'.v.ihe arsénieïïx n'est pas bornée aux névralgies périodiques, pas plus que celle de l'iodure potassique n'est limitée aux névralgies syphilitiques ou rhumatismales; ces deux médicaments ont donné des succès positifs dans des cas qui n'appartiennent pas à ces catégories étiologiques. — J'ai eu occasion d'expérimenter le bromure de potassium, et contre mon attente il n'a. produit aucune amélioration ; peut-être serait-il plus efficace dans les prosopalgies, fort rares d'ailleurs, qui appartiennent à l'épilepsie larvée (1).— L'électricité, déjà proposée par Magendie, donne des résultats fort variahles suivant le procédé d'application ; avec les courants induits

(1) Tnoi-ssEAV, Névmtgie èpileptiforme (.Intimai de méd. et de ehir. prof ., 1864).— BehnttZj Gaz. des hôpitaux, 1866.

NÉVRALGIE CERMCO-OCCIPITÀLE ET CBRYICO-BRACHIALE. /i69

on réussit moins bien que dans d'antres névralgies, la sciatique, par exemple ; cependant on obtient parfois des guérisons durables ; en revanche, avec les courants constants, la guérison a lieu, selon Benedikt, dans toutes les névralgies qui ne dépendent pas d'une lésion matérielle; elle serait obtenue également dans les névrites qui ne sont pas causées par une altération de voisinage. — Dans les' cas tout à fait rebelles, on serait autorisé a tenter le moyen proposé par Yalleix, c'est-à-dire la cautérisation xramscur- HENte avec le fer rouge.

Je termine cette longue énumération par une remarque qui peut expliquer l'incertitude et la contradiction des résultats thérapeutiques ; ces moyens, du premier jusqu'au dernier, n'ont chance de succès que dans la névralgie simple d'origine superficielle, me materia ; dans la névralgie d origine profonde ou intra-crànienne, tous les traitements sont condamnés d avance à l'impuissance, à moins que la lésion génératrice ne soit par fortune de nature syphilitique. Cette même considération rend compte des filets variables obtenus par la section des nerfs, suprême ressource de la thérapeutique (1) ; cette opération, qui compte à côté de beaucoup de revers les succès de t'atruban, Schuh, Beck, Bruns et Sédillot, n'est justifiée que dans les névralgies superficielles ; encore faut-il que le couteau puisse atteindre le nerf entre le point de départ de l'hyperesthésie et l'encéphale; dans les prosopalgies superficielles qui ne répondent point à cette condition, dans toutes celles qui ont une origine profonde ou intra-crànienne, l'opération est inutile, parce qu'en vertu de la loi de l'excentricité les douleurs persistent comme par le passé dans les branches terminales du nerf sectionné ou réséqué. Le diagnostic pathogénique est ici, comme dans bien d'autres cas, la seule base d'une thérapeutique rationnelle.

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