GOG MALADIES DU MYOCARDE
(litière plus de celui qui appartient à la dilatation primitive du ventricule droit.
Asjrstoiic. — La réunion des désordres mécaniques et fonctionnels que nous venons d’exposer constitue un état morbide qui est toujours le même, au degré près, et qui appartient non-seulement à la dilatation du cœur, mais à toutes les maladies aiguës et chroniques de l’organe. C’est cet état qui est désigné depuis Beau sous le nom d’état d’asystolie, ou simplement d’asystolie (1). Quelle que soit en effet la cause éloignée de ce complexus pathologique, c’est l’impuissance relative des contractions cardiaques qui est la cause immédiate de tous ces accidents; de là dans leurs allures une mobilité particulière qui, paradoxale au premier abord, est pourtant la conséquence naturelle de l’origine des phénomènes. Engendrés qu’ils sont par le mode systolique imparfait du cœur, il est tout simple qu’ijs apparaissent à leur summum lorsque l’énergie cardiaque faiblit au minimum; il n’est pas moins logique qu’ils s’amendent et s’effacent, si la propulsion systolique recouvre une force suffisante pour rétablir les rapports normaux de pression dans le système circulatoire. Or comme la contractilité est subordonnée à des influences essentiellement changeantes et mobiles, celles entre autres de la nutrition et de l’innervation, les variations présumées du mode systolique ont réellement lieu, et cela quand bien même aucun changement n’est produit dans les conditions mécaniques proprement dites. C’est pour celte raison que la dilatation, et plus généralement toutes les maladies chroniques du cœur présentent, non pas une marche continue et régulière, mais une évolution saccadée, composée de phases tranquilles et de phases orageuses, irrégulièrement alternantes; les phases de calme, dont les symptômes fonctionnels peuvent être nuis, répondent à un mode systolique normal; les phases paroxystiques traduisent l’impuissance de la systole, Yasystolie; et pendant ces périodes opposées, la lésion mécanique est toujours la même, elle l’est encore à la mort du malade, lequel est tué sans changement appréciable dans les conditions physiques qui lui avaient permis plusieurs années de vie.
Ainsi l’état vital du muscle cardiaque est la condition- pathogénique prépondérante ; c’est lui qui crée les symptômes fonctionnels, c’est lui qui dicte le pronostic et le traitement; il primé, il efface à tous ces points de vue l'influence de l’obstacle mécanique, conclusion considérable sur laquelle je ne saurais assez fixer l'attention, car elle est applicable, non pas seulement à la dilatation, mais à toutes les maladies du cœur, et particulièrement aux lésions valvulaires; la connaissance de ces prin-
(l) Do à privatif et ov<tto)ùi , systole.
Beau, Traité expérimental et clinique d'auscultation appliquée à l'élude des maladies du poumon et du coeur. Paris, 1850.
cipes permet seule une conception clinique rationnelle et utile pour le malade.
De même que l’impuissance persistante des contractions cardiaques est la cause unique du complexus symptomatique (syndrome) qui a nom asystolie, de même la condition organique intermédiaire entre l’insuffisance systolique et ces divers phénomènes est une, c’est la rupture des rapports physiologiques entre la tension artérielle et la tension veineuse. L’abaissement de la pression artérielle amène l’accélération des battements du cœur, la fréquence et la faiblesse du pouls, 1 ischémie artérielle des viscères, la diminution des sécrétions (de l’urine entre autres) ; cà I’accroissement de la pression veineuse incombent les stases veineuses périphériques et viscérales, les thromboses, la teinte cyanique des téguments, les œdèmes et les hydropisies, et l’altération qualitative des sécrétions, notamment l’albuminurie. Enfin, il faut rapporter à l’influence combinée de ces deux modifications l’insuffisance de l’hématose et la dyspnée; dyspnée de cause chimique, qui s’ajoute à la gêne respiratoire produite mécaniquement, dès le début des accidents, par le désordre de la circulation cardio-pulmonaire.
Lorsque la restauration de l’énergie cardiaque est complète et rapide, tous ces phénomènes graves s’évanouissent; mais si la modalité vicieuse de la circulation subsiste, alors intervient un nouvel élément qui dominera bientôt toute la situation; la composition gazeuse du sang est altérée au profit de l’acide carbonique, par suite l’échange nutritif interstitiel est ralenti, la température générale s’abaisse, les parois des vaisseaux et les tissus péri-vasculaires s’altèrent par insuffisance nutritive, leur vitalité s’amoindrit, le tissu du cœur, qui subit la même influence nocive, se ramollit ou s’engraisse : ainsi est constitué, au bout d’un temps qui varie suivant l’intensité des phénomènes mécaniques et la conslitution du malade, un état cachectique tout spécial. Il n’y a pas toujours d’amaigrissement, mais tous les éléments anatomiques sont vicieusement nourris, et leur résistance vitale tombe au-dessous du minimum physiologique ; les tissus s’ulcèrent et se gangrènent sous l’influence de la moindre irritation, et la déchéance de toutes les fonctions organiques se traduit et par le défaut d assimilation et par l’insuffisance de la dépuration. Souvent alors la rétention des produits excrémentitiels amène les accidents de l’urémie, ou bien 1 action de 1 acide carbonique sur le cerveau provoque des hallucinations, du délire et du coma ; ces derniers accidents appartiennent aux périodes ultimes. Du moment que .surgit la cachexie cardiaque, quand même elle n’est pas encore à son maximum de puissance, la situation du malade est tout autre; l’altération des vaisseaux et du cœur aggrave les desordres mécaniques; plus ceux-ci se prononcent, plus est profonde 1 atteinte portée à la vitalité des tissus; le patient est étreint dans un cercle sans issue, et lorsque l’état de cachexie asphyxique ou anoxémi -
MALADIES DU MYOCARDE.
que (t) a duré un certain temps, vainement réussirait-on à rétablir l’équilibre mécanique du cœur ; il est trop tard, c’est l’organisme tout entier qui est en état de mort imminente, et la mort réelle est la conséquence inévitable de cet état. C’est en effet par les progrès de l’asphyxie, plus rarement par l’urémie, que sont tués les malades frappés de cachexie cardiaque, lorsqu’ils ne sont pas emportés avant ce terme par une syncope, par un hydrolhorax, un hydropéricarde , ou par quelque complication phlegmasique de l’appareil respiratoire.
On voit par cet exposé combien il importe de dissocier par une analyse rigoureuse les phénomènes de l’asystolie. En fait, l’état complexe qu’on désigne sous ce nom comprend deux phases successives, la phase mécanique, la phase dystrophique ou cachectique. Les accidents de la première période sont amendés par la restauration de la force systolique du cœur; les accidents de la seconde période ne. sont plus subordonnés à l’élément mécanique, ils sont irréparables. Aussi convient-il de n’appliquer le nom d’asystolie qu’à la phase mécanique du désordre, et de qualifier l’autre de cachexie ou dystrophie cardiaque ; cette dénomination a le double avantage de rappeler l’altération du processus vital dans son ensemble, et d’écarter l’iclée d’un état purement mécanique.
La marche de l’asystolie est paroxystique, c’est-à-dire quelle revient par attaques dans l’intervalle desquelles l’état pathologique du cœur ne se révèle guère que par les signes physiques ou par quelques troubles fonctionnels de médiocre importance ; mais, en raison des rapports qui unissent la phase chimique à la phase mécanique du désordre, chaque attaque nouvelle est plus grave que les précédentes. Quelque rapide que soit en effet la guérison du paroxysme, il dure au moins de six à huit jours; pendant ce temps, le cœur, les vaisseaux, les tissus subissent l’action d’un sang vicié; dès lors leur vitalité est compromise, leur résistance amoindrie, et quand un nouveau dérangement de l’appareil mécanique reproduit les mêmes atteintes, la réparation est plus lente et moins complète. Aussi, par une conséquence fatale, l’intervalle des attaques diminue avec leur nombre ; au début, l’asystolie n’éclatait que sous l'action d’une cause déterminante, saisissable ; plus tard elle se montre avec l’apparence de la spontanéité, par le seul fait de l’altération continue et lentement progressive du sang et des tissus. Par cette succession de phénomènes qui s’appellent et s’enchaînent, le malade est amené à une cachexie persistante dont les progrès peuvent le tuer sans aucune modification nouvelle dans le fonctionnement mécanique de l’appareil circulatoire. .
Si j’ai rapproché l’étude de l’asystolie de celle de la dilatation du cœur, c’est que c’est réellement à la suite de cette lésion qu’elle est le plus souvent observée ; non-seulement elle est fréquente dans la dilatation simple,
(1) Anoxémie (Piorry), Insuffisance de l'oxygène dans le sang.