PATHOGÉNIE ET ANATOMIE PATHOLOGIQUE
L’inflammation (1) est une lésion qui caractérise anatomiquement toute une classe de maladies, colle des inflammations ou phlegmasies. Durant, •dos siècles, l’inflammation a été définie par quatre phénomènes symptomatiques : rubor, calor, dolor , lumor ; c’étaient là les quatre symptômes Hits cardinaux dont la réunion était jugée une caractéristique suffisante; ■elle ne l’est point cependant, puisque la fluxion ou congestion active présente à un certain degré l’ensemble de ces quatre phénomènes. On voulut remédier à celte confusion en ajoutant aux symptômes cardinaux un •cinquième caractère qui fut le désordre fonctionnel (functio lœsa) de la partie enflammée, caractère évidemment illusoire, puisqu’un travail pathologique quelconque a pour effet de troubler la fonction normale de l’organe où il siégé. Ces définitions symptomatiques ont été abandonnées lorsqu’on fut mieux éclairé sur les modifications circulatoires locales que.
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PROCESSUS MORBIDES COMMUNS
présente à son début l’inflammation des parties vasculaires, et l’on tenta la définition anatomique. Une congestion active est le phénomène initial; l’inflammation fut définie et caractérisée par cette fluxion et par les changements parallèles de la circulation capillaire; c’était mieux, mais la définition était insuffisante comme les précédentes. Dans les parties vasculaires, la fluxion est sans contredit un fait primordial et constant, mais a elle seule elle ne caractérise pas, elle ne constitue pas l’inflammation. La chose est clairement démontrée par les congestions qui succèdent à la section du sympathique; elles peuvent durer des jours entiers sans cesser d être de simples fluxions. Mais si l’on substitue à I idée de fluxion l’idée de la stase qui y succède; si l’on fait entrer en outre dans la définition l’idée d’un liquide qui, sortant des vaisseaux, se répand dans le tissu et en occupe les éléments et les mailles (exsudation); alors l’inflammation est nettement séparée de la fluxion, et la définition, parce qu’elle est plus exclusive, est plus rigoureusement vraie; de là le succès et le légitime retentissement de cette formule célèbre, émanée de l’école de Vienne (Rokitansky) : L 'inflammation est un travail morbide qui, débutant par la stase, aboutit à l’exsudation.
Le progrès était grand, il ne contenait pourtant pas en lui toute la vérité; il y a, dans cette formule, une erreur et une lacune. L’erreur, c’est la préformation de l’exsudai; la lacune, c’est l’exclusion des tissus privés de vaisseaux rouges. La définition implique une formation intra-vasculaire préalable du liquide qui transsude dans le tissu enflammé; c’est là ce que je désigne sous le nom de prèformation de l'exsudât, et ce que je repousse comme une erreur. Que du liquide fibrineux, ou plus exactement un suc nourricier surabondant, sorte des vaisseaux par exosmose, cela n’est pas douteux; mais que ce liquide constitue à lui seul le produit complexe qui occupe les mailles ou les éléments du tissu malade, c’est autre chose. Comme ce produit n’est point semblable par sa composition à la sérosité du sang, il faut admettre, dans l’hypothèse de la préformation, ou bien que celte substance particulière prend naissance par élection spéciale dans les vaisseaux de la partie enflammée, à l’exclusion de tous les autres; ou bien que, née dans l’ensemble du système vasculaire, dans la masse du sang, elle vient transsuder fatalement au niveau de la région malade, ce qui nous ramènerait à la théorie de Simon, qui fait dépendre toute inflammation d’une altération préalable du sang par un excès de fibrine (hyperinose). Laissons ces hypothèses qui sont des impossibilités ; si l’on a soin d’énoncer la question en termes non équivoques, la réponse surgit et s’impose : le produit liquide, qui occupe le tissu péri-vasculaire dans les régions enflammées, diffère par sa composition chimique et par sa composition microscopique du liquide contenu dans les vaisseaux; il faut donc que quelque chose s’ajoute pour le modifier au sérum qui transsude des vaisseaux; c’est alors seulement, c’est après celte addition, que
INFLAMMATION
le liquide prend les caractères de ce qu’on appelle l’exsudât inflammatoire ; donc l’exsudât n’est pas préformé dans les vaisseaux, et ce quelque chose cl’ additionnel est fourni par les éléments du tissu enflammé. — D’un autre côté, la définition de l’inflammation par la stase et l’exsudation est incomplète, puisqu’on observe dans les tissus sans vaisseaux rouges (cartilages, cornée) des. altérations semblables à celles qu’on appelle inflammatoires dans les tissus vasculaires; il n’y a là ni fluxion ni stase, puisqu’il n'y a pas de vaisseaux sanguins; il y a seulement une modification de tissu. En résumé, dans les organes à vaisseaux rouges, deux éléments concourent à la production de l’état dit inflammatoire : un trouble de la circulation et de l’ exosmose locales, c’est le désordre vasculaire ; une modification des éléments propres du (issu, c’est le désordre cellulaire. Le premier ne suffit, en aucun cas, pour constituer l’inflammation; le second la crée à lui seul et par lui-même dans les tissus qui ne reçoivent pas de vaisseaux sanguins; le désordre cellulaire est donc le seul élément, constant; conséquemment, c’est lui seul qui peut fournir la caractéristique générale du processus inflammatoire.
En quoi consiste ce désordre fondamental ? En une exagération de la nutrition des cellules plasmatiques et épithéliales. La nutrition de ces éléments est effectuée par l’échange de matériaux qui a lieu entre la cellule d’une part, et les vaisseaux ou les canaux plasmatiques intercellulaires, d’autre part; l’activité vitale de la cellule est à la fois le principe et le régulateur de cet échange; cette activité est à son minimum quand l’organe auquel appartient la cellule est en repos; elle est à son maximum lorsque l’organe fonctionne {irritation fonctionnelle). Indépendamment de ces oscillations qui sont physiologiques, la nutrition en présente d’autres, qui sont accidentelles, qui dépassent les limites de la fluctuation normale, et qui constituent une manière d’être contre nature, une modalité pathologique des éléments qui composent le tissu. La plus fréquente, la plus commune de ces perturbations est celle qui est caractérisée par la suractivité temporaire du processus nutritif; l’échange des matériaux augmente au profit de la cellule, c’est cet accroissement qui est l’acte fondamental de 1 inflammation ; la présence ou l’absence de vaisseaux
i o uge s est une question secondaire. Les agents qui provoquent celle modalité particulière de la nutrition sont appelés irritants, et la modalité elle-même a reçu de Virchow le nom d 'irritation nutritive. Dans les tissus vasculaires, celte irritation est accompagnée dès le début de troubles circulatoires, lesquels ont précisément pour effet d’apporter aux cellules les matériaux surabondants qu’elles appellent; mais dans les tissus blancs, les changements que l’irritation détermine dans l’afflux des liquides demeurent inaperçus, et le désordre cellulaire est en définitive seul appréciable. De là cette définition :
L’inflammation est un désordre