CIRCULATION
Les battements du cœur sont accélérés, et l’impulsion appréciée par la palpation est fortement accrue; ce dernier caractère, qui peut s’effacer dans le cours de la fièvre et faire place à un phénomène inverse, est constant au début. Les tons normaux sont nets et bien frappés, mais dans les circonstances où l’impulsion faiblit, on peut observer l’atténuation des bruits; il n’est même pas rare que le premier disparaisse momentanément et qu’un souffle systolique soit produit.
L augmentation de fréquence (80,120,140) et l’exagération du dicrotisme normal sont les deux caractères constants du pouls fébrile ; les autres particularités sont variables selon la nature et la période de la fièvre, et selon la manière d être du malade. Pendant le frisson, les petites artères périphériques resserrées sont en état d’ischémie; la tension de la colonne sanguine y est accrue, et la peau, anémiée et revenue sur elle-même, prend une coloration bleuâtre par suite de la stase veineuse qui résulte de la diminution de la vis a lergo artérielle. Souvent alors les parties internes sont le siège de cette congestion compensatrice que nous avons appris à < onnaître sous le nom de congestion collatérale. Lorsque le frisson manque
PROCESSUS MORBIDES COMMUNS
ou lorsqu’il est terminé, la circulation à la périphérie présente des caractères opposés; les artères reprennent ou dépassent leur volume ordinaire,, la tension du sang 's’abaisse, les capillaires sont le siège d’une irrigation abondante qui donne aux téguments une coloration d’un rouge vif et une turgescence particulière. On a quelquefois attribué l’accélération fébrile du cœur aux conditions mécaniques de l’appareil circulatoire périphérique; dans le stade de chaleur, ditr-on, les vaisseaux sont dilatés, la tension artérielle diminue, et, pour celte raison, le cœur bat plus vite. Mais, comme dans le stade de frisson le cœur bat plus vite aussi, quoique les vaisseaux soient resserrés et la pression artérielle accrue, il est clair que celte interprétation est erronée, car, dans l’ordre mécanique, deux causes opposées ne peuvent produire le même effet. Jusqu’à plus ample informé, et pour éviter toute théorie hypothétique, il convient de voir, dans l’accélération du cœur, une excitation directe, produite soit par la cause pyrétogène, soit par la chaleur anormale que cette cause détermine. Cette dernièrealternative est la plus probable, parce que l’exagération de température est, dans l’ordre chronologique, le premier phénomène fébrile appréciable (1).
Il existe le plus souvent un rapport régulier entre la fréquence du pouls et la température, dans ce sens que les deux phénomènes s’accroissent et diminuent ensemble, et qu’ils présentent l’un et l’autre un accroissement vers le soir, et une rémission dans les heures du matin. Ce rapport n’est pourtant pas constant ; dans plusieurs maladies fébriles, notamment dans la fièvre typhoïde et la pneumonie franche, on observe assez fréquemment une discordance notable entre ces deux symptômes; les oscillations thermométriques coïncident alors ou avec un état stationnaire du pouls, ou même avec des modifications en sens inverse. Il résulte de là que l’examen méthodique du pouls ne peut, en aucun cas, tenir lieu de l’exploration biquotidienne de la température, et que cette dernière méthode d’observation est la seule qui révèle sûrement la marche et les caractères réels de la fièvre à ses dernières périodes. D’après mes observations personnelles, cette discordance du pouls et de la tempéra-
(1) On pourrait expliquer la production d’une tension artérielle faible après la tension forte du frisson par l’action du nerf dépresseur récemment découvert par E. Cyon ; lorsqu’on effet la sensibilité des parois du cœur est excitée par une réplétion sanguine trop forte, il en résulte une excitation du nerf sensitif propre, lequel réagit par acte réflexe sur les vaso-moteurs; par suite, les capillaires sont dilatés, le sang est attiré à la périphérie, et la dépression du manomètre révèle la diminution de la pression sanguine. Mais, alors môme qu’on accepterait celle interprétation, la difficulté subsisterait entière pour l’accélératiou du cœur lui-même, puisque celle-ci, je le répète, existe également a\ec la tension forte du frisson, et avec la tension faible du stade qui suit. 11 n est donc pas possible de subordonner la fréquence fébrile du cœur aux conditions mécaniques de la circulation périphérique, quelle que soit d’ailleurs la cause de ces dernières.
FIÈVRE. 91'
ture est observée à son maximum dans les inflammations inéningo-encéphaliques, lorsque la lésion siège dans les régions de la base de manière à agir sur les nerfs pneumogastriques et le bulbe ; la fièvre fait alors monter le thermomètre aux chiffres extrêmes qui sont propres à ces phlegmasies, mais l’accélération fébrile du cœur est composée en partie par l’effet propre de l’excitation des nerfs vagues et du bulbe (ralentissement) et avec une température de 39°, 5 à 41° on a un pouls qui ne s’élève pas au delà de 80 — 90. C’est dans les premiers jours de la maladie que ce phénomène apparaît ; plus tard, la persistance de l’excitation ou les progrès de la lésion amènent l’épuisement de cette action nerveuse spéciale, et la fréquence du pouls s’harmonise avec l’intensité de la combustion fébrile. Ce fait n’a pas été signalé, que je sache, et il mérite d’être re tenu, car celle notion peut venir en aide au diagnostic et, en tout cas, prévenir une faute de pronostic.
Le ralentissement du pouls dans la seconde période de la méningite tuberculeuse, alors que, cependant, le thermomètre reste au-dessus de la normale, est un phénomène de même ordre.
Tandis que l’élévation de température est par elle-même un signe positif de fièvre, la fréquence du pouls n’acquiert cette valeur que si l’on y joint la notion de durée; caries boissons chaudes et alcooliques, les repas copieux, la chaleur de l’atmosphère, la diminution de la pression de l’air, l’accélération de la respiration, les impressions morales vives, l’exercice musculaire, et tous les désordres nerveux non fébriles peuvent accroître momentanément le nombre des pulsations. Parfois même la notion de durée ne suffit pas; dans bien des cas d’asystolie cardiaque, le pouls conserve durant plusieurs jours une fréquence au moins égale à la fréquence fébrile, et pourtant il n’y a pas de fièvre; l’observation thermométrique tranche la question. On voit donc qu’au point de vue clinique aussi bien qu’au point de vue pathogénique, le désordre de la calorification est le symptôme pathognomonique de l’état de fièvre.