INNERVATION
Les troublés nerveux sont constants ou inconstants; parmi les symptômes du premier groupe les principaux 'sont les suivants : une sensation subjective de froid sans frisson proprement dit, un sentiment de lassitude générale, de courbature, des douleurs vagues et mal localisées, de l’agitation intellectuelle, l’impressionnabilité excessive des organes des sens, d’où le désir du silence et de l’obscurité; enfin il y a une insomnie opiniâtre ou un sommeil peu réparateur, fréquemment interrompu par des rêves pénibles ou du cauchemar. Les phénomènes inconstants sont des désordres qui résultent, soit d’une excitation plus forte, soit
PROCESSUS MORBIDES COMMUNS
d’une excitabilité naturelle plus grande du système nerveux ; aussi, à fièvre égale, apparaissent-ils de préférence chez les femmes, les enfants, chez les individus de constitution faible, et chez tous ceux enfin qui à l’approche de la maladie se laissent abattre par la crainte. Le délire, les convulsions, qui sont aux enfants ce que le délire est aux adultes, la jactitation, les soubresauts des tendons, sont des effets très-fréquents de la lièvre, abstraction faite de la cause qui provoque le mouvement fébrile ; au même ordre de phénomènes appartient le frisson, que l’on regarderait bien à tort comme un symptôme constant.
Le frisson est caractérisé pour l’observateur par le resserrement ischémique des vaisseaux périphériques, par la saillie des bulbes pileux (chair de poule) résultant du spasme des muscles folliculaires, et par des contractions plus ou moins énergiques des muscles de la vie de relation. Ces contractions comprennent tous les degrés, depuis un tremblement léger jusqu’aux secousses désordonnées de tout le système musculaire, avec claquement des dents par ascension rhythmique de la mâchoire inférieure. Ces caractères dénotent clairement une excitation anormale du système nerveux des vaisseaux et des muscles lisses, avec extension possible et fréquente au système nerveux des muscles striés (cérébro-spinal); en d’autres termes, le frisson est une convulsion subite qui, des muscles vasculaires et végétatifs, s’étend très-souvent à la totalité du système musculaire. La cause prochaine de celte convulsion est révélée par le rapport qui existe entre le frisson et l’élévation de température; le frisson n’est jamais le premier phénomène, toujours il est consécutif à l’augmentation de chaleur, et il est d’autant plus violent que la chaleur est plus grande et qu’elle atteint plus rapidement son chiffre supérieur. En général, les choses se passent ainsi : la température s’élève lentement d’un, puis de deux dixièmes de degrés en quinze à vingt minutes; l’élévation devient ensuite plus considérable, mais elle se fait toujours par fractions ; entre 39 et 40 degrés le frisson éclate, et, dans la fièvre intermittente, c’est ■ordinairement pendant le frisson que la température atteint son maximum. Dans les fièvres dont la chaleur ne dépasse pas la normale de plus d’un degré, le frisson manque constamment; il manque aussi lorsque 1 ascension très-lente se fait en plusieurs jours, et il n’est en revanche jamais plus certain que lorsque la chaleur s’élève de 1°,5 à i degrés en une heure ou une heure et demie comme cela a lieu au début de la variole, de la pneumonie et de la fièvre intermittente franche. Les modifications de l’urine, entre autres l’augmentation de l’urée, précèdent également le frisson, puisqu’il y a une relation constante entre 1 accroissement fébrile de l’urée et celui de la chaleur. Tels étant les rapports rigoureux qui unissent la calorification et le frisson, cette convulsion subite doit être tenue pour un acte réflexe, résultant de 1 impression anormale produite sur les nerfs sensitifs par la chaleur fébrile parvenue a un certain degré.
FIEVRE
En résumé, le frisson n’est pas constant, il n’est pas primitif, ce n’est qu’un épiphénomène qui modifie temporairement les symptômes fébriles, ces faits positifs condamnent toutes les théories qui font intervenir le frisson comme symptôme initial et nécessaire. <c Dans 1 opération organique qui constitue la fievre, le frisson n est qu un épisode inconstant, qui ne peut en aucun cas servir de base et de point de départ à une théorie pathogénique (1). »