OBLITÉRATION DES CAPILLAIRES
impatientes de toute lésion, traduisent la moindre altération par des symptômes nettement appréciables; c’est dans la masse blanche, dans la couche corticale des hémisphères, c’est dans le centre du corps strié qu’on les rencontre de préférence, et à moins que les noyaux ramollis ne soient nombreux, la lésion reste muette, elle n’est reconnue qu’à l’autopsie.
L’obturation embolique forme deux classes, selon la nature de l’embolus : les uns n’agissent que mécaniquement, en tant que corps obturateurs, et ne produisent que les lésions ordinaires de la nécrobiose ischémique; les autres ( embolies spécifiques ) doivent à leur siège origine! des propriétés spécifiques qu’ils transportent avec eux, de sorte que, partout où ils s’arrêtent, ils provoquent des lésions de même nature que celles du foyer primitif. Il n’est pas encore bien établi que l’embolie simple ou mécanique puisse être effectuée par des parcelles de matière granuleuse ou fibrineuse provenant de caillots en régression ; en conséquence cette première classe d’embolies capillaires doit être limitée à trois variétés, qui sont l’embolie pigmentaire, la calcaire et la graisseuse. La première est la plus fréquente, la calcaire vient, ensuite, la dernière est vraiment insolite.
L ’ embolie pigmentaire (1) ne peut se produire que lorsque le sang contient une quantité anormale de corpuscules pigmentaires, c’est-à-dire dans l’état connu sous le nom de mélanémie ; cet état n’a été vu jusqu’ici que chez les individus affectés actuellement ou antérieurement de fièvres intermittentes; ces fièvres sont donc la cause unique et de la mélanémie et de l’embolie pigmentaire. Que les corpuscules pigmentaires, dont le sang est alors chargé, prennent naissance exclusivement dans la rate ou bien aussi dans le foie, cela importe peu en ce moment; ce qui est certain, c’est que ces granulations celluleuses ou cylindriques peuvent s’accumuler dans les capillaires cérébraux, et en produire l’ obstrue lion, soit directement, soit par la coagulation sanguine qu’elles provoquent. Cette oblitération a pour siège de prédilection la couche corticale des hémisphères; quand elle est généralisée, le changement de couleur quelle produit peut être appréciable à l’œil nu; la substance est d’un gris sale, parfois semblable a du graphite, et la consistance en est diminuée ; il est exceptionnel de trouver des tractus grisâtres dans la substance blanche. De petites hémorrhagies capillaires coexistent parfois avec cette obstruction, et
(1) Meckel, Allg. Zeitschr. f. Psychiatrie von Damerow , 1847. — Deutsche Klin il,- , 1&j0. Hesciil, Zeitschr. d. K. K.-Gesellsch. der Aerzde zu Wien, 1850. — Planer, eod loco, 185/,. — Fuerichs, Klinik der Leberkrankheiten. Brauaschweig, 1858. — Duchek, Frayer Vierteljahrs., 1858. - Wechselfieber ( Spital’s Zeitung , 1859). - Virchow,
dessen Aichiv, 1849-1853. Giioiie, Zur Geschichte der Melandmie (Virchow’ s Archiv 1860).
MALADIES DE L'ENCÉPHALE
dans deux cas Frerichs a observé une hémorrhagie méningée. — Lalenle, lorsqu’elle est très-limitée, l’embolie pigmentaire se révèle, dans le cas contraire, au début par de la céphalalgie, des hallucinations, du délire, des convulsions, c’est-à-dire par des phénomènes d’excitation, et ensuite par un coma plus ou moins profond. Les paralysies sont extrêmement rares, elles peuvent être partielles ou affecter la forme hémi ou paraplégique. Ces symptômes n’ont rien de caractéristique par eux-mêmes; ils ne deviennent significatifs que par la connaissance des antécédents du malade, par la tuméfaction de la rate ou du foie, et par la coloration brun grisâtre du tégument externe. Ce serait une erreur que de rapporter constamment à l’obstruction pigmentaire les symptômes cérébraux de la fièvre intermittente dite accompagnée céphalique; alors même que cette forme de fièvre est bien nettement caractérisée, l’embolie capillaire peut manquer; elle manquait en- effet six fois sur vingt-huit cas observés par Frerichs. D’un autre côté, tant que les accidents céphaliques sont rigoureusement intermittents, il est bien difficile de les attribuer à une lésion fixe du genre de celle qui nous occupe. Le sulfate de quinine à hautes doses, les applications froides sur la tête, les révulsifs cutanés, sont les bases du traitement; mais le pronostic est toujours sérieux.
L 'embolie calcaire (1) est caractérisée par une incrustation calcaire oblitérante des capillaires; le tissu cérébral résiste à la coupe, et les vaisseaux apparaissent sur la surface des sections, rigides comme les crins d’une brosse; cette altération, toujours limitée aux plus petits vaisseaux, coïncide souvent avec des lésions semblables dans les poumons, dans la muqueuse gastrique. C’est d’après la théorie de Virchow que je place cette oblitération parmi les embolies et non parmi les obturations aulochlhones; pour lui, il s’agit ici de métastases calcaires. La résorption qui a lieu dans les os fait pénétrer dans le sang ces éléments minéraux, lesquels, par suite de causes inconnues, se déposent dans les parenchymes au lieu d’être éliminés par les organes de sécrétion. Au surplus, rien de connu touchant les effets de cette obstruction ; il est probable, par analogie, qu’elle provoque aussi de petits foyers de ramollissement, mais en résumé l’obscurité est complète.
Même situation pour Yembolie graisseuse qui est démontrée comme fait par quelques observations, mais dont les effets anatomiques et cliniques sont totalement ignorés (2).
(1) Virchow, Archiv /'. patlioloy. Anatomie , VIII, IX. — Bamberger, Würiburger Verhandlungen , VI. — Deeacoer, Cas. des hôpitaux, 1850. — Durand-Fardel, Roki- TANSKY, loc. cil.
(2) Todd, loc. cil. — Traube, Deutsche Klinik, 185, V — Cohn, Klinik der cmbolischen Gefasskrarikheilen . Berlin, 1800. — Bergmann, Zur Lehre von der I‘ et t embolie. Dorpat,