CHAPITRE XIII
IIYDROCÉPIIAIJE.
On désigne sous le nom d’hydrocéphalie ou hydrocéphale, l’hydropisie encéphalique ; d’après les caractères que nous avons attribués à l’hydropisie en général, il est clair que les épanchements séreux ou séro-fibrineux, qui prennent naissance dans le cours de la méningite simple ou tuberculeuse, n’appartiennent pas à l’hydrocéphalie, et que ce nom doit être strictement réservé pour les épanchements non inflammatoires ; c’est cette conclusion que j’entends exprimer en disant que I’hydrocéphalie est I’hydropîsie de l’encéphale. Selon que l’épanchement est postérieur ou antérieur à l’occlusion définitive de la cavité crânienne, I’hydrocéphalie est dite acquise ou congénitale. La première seule doit nous occuper ici (1).
Le liquide produit par l’exosmose vasculaire peut siéger dans l’intervalle compris entre la dure-mère et l’arachnoïde ( hydropisie sus-araàhnoïdienne), dans la cavité sous-arachnoïdienne (hydropisie sous-arachnoïdienne), dans l’épaisseur de la pie-mère (œdème de la pie-mère), dans
(I) Blache et Guersant, art. Hydrocéphale in Dict. en 30 vol. — Monneret et Fi.evry. Compendium de médecine, IV. Paris, 1841. — Moiir, (Jasper s Wochenschrift, 1842. — Pohl, Oesterreichische Jahrhiieher, 1845.— Barthez et Rilliet, Traité des maladies des enfants. Paris, 1861. — A. Pasquali, SulV Idrocefalo acuta, cronico e lento. Milano, 1 860.
Mettenheimer, Ueber erypipelatüse Ilanleiitzündung bei llgdrocephalus naît us (l)eutsehes Arch. /'. hlin. Med., 1866). — Kennedy, Farlher ohs. on Ifijdrucephalus and ils treatment ( Dublin quart. Joum. of med. Sc., 1867). — Odmansson, F ail af Eneephalitis corticalis oe.h Ilijdrocephalus aculiis ( Medic . Arkiv, 1867). — Boncati, Go:-:-, med. ital. Lomh., 1868. — Johnston, Case of hydrocephalus ( Dublin quart. Joum., 1860). ■ — Kennedy, Case of hgdroeephalus advanced to second stage ; recoverg under the me of an issue ( Ilrit . med. Joum., 1869).
l’épaisseur du tissu nerveux ( œdème cérébral), enfin dans les cavités ventriculaires ( hydrocéphalie ventriculaire , hydrocéphalie interne). Celte dernière variété est de beaucoup la plus fréquente ; elle coïncide souvent avec l’œdème du cerveau ou de la pie-mère, c’est elle que l’on a en vue lorsqu’on emploie le mot hydrocéphalie sans autre qualification.
GENÈSE ET ÉTIOLOGIE.
L’hydrocéphalie acquise est, au point de vue de sa genèse, mécanique ou dyscrasique ; la première résulte d’un obstacle à la circulation du sang veineux ou d’une dilatation atonique des capillaires cérébraux; la seconde reconnaît pour cause fondamentale l’altération hydrémique du sang.
Les lésions qui provoquent I’hydrocéphalie mécanique en gênant la circulation en retour sont nombreuses et diverses; elles siègent dans l’encéphale ou en dehors de la cavité crânienne. Parmi les lésions encéphaliques figurent au premier rang les tumeurs cérébrales, méningées ou osseuses, qui exercent une compression sur les grands canaux du sang veineux, notamment sur les veines de Galien et le sinus droit; les oblitérations des sinus, en augmentant la pression dans les voies perméables, agissent de la même manière ; les altérations du rocher, de simples brides, des exsudais méningés de la base et des régions postérieures produisent quelquefois des désordres analogues. Dans la plupart des cas la lésion est grossière, et le rapport qui l’unit cà l’hydropisie est facile à saisir; parfois pourtant il n’en est plus ainsi et la relation pathogénique semble plus obscure. On rencontre l’hydrocéphalie avec des tubercules disséminés de la pie-mère sans méningite appréciable; les tubercules sont fort petits; il se peut même qu’ils ne soient pas situés de manière à agir sur les grandes voies veineuses, et l’on reste surpris de la disproportion paradoxale qui existe entre la faiblesse de la cause et la grandeur de l’effet; on peut être alors tenté de chercher ailleurs que dans une influence mécanique l’origine de l’épanchement ou de l’infiltration. Ces difficultés ne sont qu’apparentes, elles s’évanouissent si l’on prend en considération le mode de développement des tubercules de la pie-mère ; nous avons vu, en étudiant la méningite tuberculeuse, que la production de ces granulations coïncide avec l’oblitération des petits vaisseaux de la région où ils prennent naissance, et, pour peu que ce processus se répète sur plusieurs points, la circulation veineuse sera gênée par ces lésions diffuses, sinon autant que par une lésion unique plus puissante, autant du moins qu’il est nécessaire pour amener l’hydrocéphalie. Au surplus, tout en faisant la part de cet élément mécanique, il faut reconnaître que le plus souvent cette hydrocéphalie par granulations méningées
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
sans méningite atteint des individus phthisiques, et que la dyscrasie n’est pas étrangère à son développement; remarque d’autant plus légitime que nous verrons bientôt la dyscrasie engendrer seule et par elle-même l’hydropisie cérébrale. Toutes les lésions qui, siégeant en dehors du crame, mettent obstacle a la circulation encéphalique veineuse, soit en comprimant les jugulaires, les veines innominées, la veine cave supérieure, soit en gênant le cours du sang dans les cavités cardiaques ou dans le poumon, peuvent devenir une cause d’hydrocéphalie; c’est à ce titre que les tumeurs du cou et du médiastin, les lésions du cœur, surtout celles du cœur droit, les altérations chroniques du poumon (emphysème, sclérose, atrophie) figurent dans l’étiologie de la maladie. Cette première forme d’hydrocéphalie est observée indistinctement à tout âge, dès que la lésion génératrice est constituée; il en est une autre qui est propre aux vieillards, c’est celle qui marche de pair avec l’atrophie du cerveau ( atrophie sénile, hydrocéphalie ex vacuo), et que nous rapportons à la dilatation atonique des capillaires.
Les causes de I’hydrocéphalie cachectique sont celles de I’hydropisie dyscrasique en général; V inanition, 1 emal de Bright, la cachexie cancéreuse e lia tuberculeuse, voilà les principales d’entre elles. L’hydrocéphalie brightique est une des variétés de l’encéphalopathie dite albuminurique ou urémique ; mais elle est loin d’en embrasser tous les cas. Deux fois déjà j’ai vu la cachexie de misère être incurable, et deux fois la mort fut le résultat d’une hydrocéphalie ventriculaire qui était, avec l’œdème des jambes, la seule manifestation hydropique; l’urine n’était pas albumineuse.
Pour que Ton soit autorisé à rapporter l’hydrocéphalie à la cachexie tuberculeuse, il faut que les méninges et le cerveau ne contiennent pas de tubercules, que l’encéphale et ses sinus ne présentent aucune lésion qui ait pu déterminer une hydropisie mécanique; ces conditions sont rarement réalisées, elles le sont pourtant dans quelques cas, et l’hydrocéphalie dyscrasique pure est au nombre des effets possibles de la cachexie tuberculeuse. Rapprochons cette éventualité des autres déterminations cérébrales auxquelles les tuberculeux sont sujets, et nous verrons que ces malades peuvent mourir par le cerveau de quatre manières différentes, savoir : par méningite simple, par méningite tuberculeuse, par tuberculose méningée sans méningite, mais avec hydrocéphalie, par hydrocéphalie simple. — J’ai observé deux fois l’hydrocéphalie ventriculaire comme accident ultime de la cirrhose du foie; dans les deux cas l’autopsie a montré que le cerveau et ses enveloppes étaient intacts, et que l’hydropisie était indépendante de toute influence mécanique locale. Ici donc, tandis que la lésion hépato-splénique avait produit l’ascite par la gène de la circulation porte, elle avait modifié la composition du sang et préparé par là une hydropisie cérébrale d’origine dyscrasique.
L’hydrocéphalie coïncide souvent avec d’autres hydropisies nées sous l’influence des mêmes causes; celte remarque, qui est d’une grande valeur diagnostique, est surtout applicable aux hydrocéphalies dyscrasiques. On conçoit aisément en effet que la maladie hydropigène détermine une hydropisie générale ou des épanchements disséminés, puisque l’exosmose dépend alors d’une altération du sang; de même, lorsque l’obstacle mécanique est situé dans la poitrine, il est ordinaire que les hydropisies soient multiples. En fait, 1 hydrocéphalie par obstacle cervical ou encéphalique, et l’hydrocéphalie par dilatation capillaire, sont les seules qui soient normalement et constamment isolées.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE (1)
V hydropisie sus-arachnoïdienne ( hydrocéphalie externe ) est difficile à apprécier, parce que l’ablation du cerveau amène le mélange du liquide sous-arachnoïdien ; du reste cette hydropisie, toujours peu abondante, n’existe pas seule, et dans la série des hydrocéphalies elle n’a qu’une fort médiocre importance. L hydropisie sous-arachnoïdienne ( épanchement sous-arachnoïdien et œdème de la pie-mère) est plus fréquente; mais elle perd beaucoup de sa valeur par ce fait qu’elle est observée dans toutes les maladies à agonie longue, dans toutes celles qui gênent la circulation supérieure; elle n’acquiert la signification d’une lésion caractéristique que si elle est très-abondante, ou accompagnée d’une hydrocéphalie ventriculaire. L’infiltration sous-arachnoïdienne est générale ou partielle; dans ce cas l’arachnoïde est parfois soulevée en forme de vésicule oscillante. Les anfractuosités et les confluents sont gorgés de liquide, le cerveau est pâle ou congestionné, souvent il est ramolli ou œdémateux à la surface ; c’est dans ce cas seulement que la séparation des membranes entraîne quelques fragments de tissu nerveux. L 'œdème cérébral est souvent méconnu; c’est sans doute parce qu’on ne songe pas à le chercher, car il n’est pas difficile de l’apprécier; quand il est prononcé, le cerveau a une consistance à peu près normale, mais la coupe a un reflet brillant,
(1) Étoc-Deïiazy, De l’œdème du cerveau, thèse de Paris, 1833.— Buhl, Ueber den Wassergehall ïrn Gehirn bel Typhus ( Ilenle md Pfeufer’s Zeilsclir., III 11. ; IV B.), — Biroer, Das Wasser der Nerven in pliysiolog. und palh. Beziehung. Augsburg, 1837. — Zenker, Virchow' s Archiv, XII. — Fürster, Wasserbruch der millleren Ilirnhôhle (Virclww’s Archiv, 1838). — Wallmann, Eod. loco, XIII, 1858. — Marcé* Sur l'œdème du cerveau ( Bullet . de la Soc. anal., 1859). — Rokitansky, Lehrbuch der palh. Anatomie. Mien, 1859.
Barinc, Ein monlroser Hydroceplialus im achizcknlen lebemjahre ( Uannov . Zeils. f. Ueilk., 1866).
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insolite, cl au bout d un instant quelques gouttelettes de liquide transparent se montrent sur la surface de section. Quand l’infiltration est plus abondante, la consistance est diminuée, la coupe est humide et garde 1 empreinte du doigt; la sérosité se réunit parfois dans cette espèce de godet; au plus haut degré enfin, le ramollissement est comme pulpeux, les éléments nerveux sont brisés et dissociés par le liquide qui s’écoule en abondance à chaque section. Dans certains cas, ce n’est pas seulement de 1 eau interposée qui est en plus, l’eau de constitution est également en excès; ainsi Bulil a constaté que dans le typhus la proportion de 1 eau .dans la substance blanche subit une augmentation dont le minimum est de 5,98 pour 100, c’est-à-dire que du chiffre normal 69,5 pour 100 elle s’élève au moins à 75,03. C’est là, pour cet éminent observateur, un œdème cérébral aigu qui peut n’être appréciable que par l’analyse chimique ; les symptômes observés pendant la vie sont alors regardés à tort comme des troubles purement fonctionnels. V hydrocéphalie ventriculaire {hydrocéphalie interne) n’est pas abondante lorsqu’elle est aiguë; l’épanchement ne dépasse pas 50 à 80 grammes; conséquemment la dilatation des cavités est peu prononcée, mais cet accroissement de pression suffit souvent pour produire l’anémie des parties périventrieulaires, et l’aplatissement des circonvolutions de la convexité. Le ramollissement des parois ventriculaires est à peu près constant, et pour peu qu’il soit prononcé, la limpidité du liquide est troublée par des débris provenant du tissu ramolli. Dans l’ hydrocéphalie chronique l’épanchement peut être de 300, 400 grammes et même au delà; la dilatation des ventricules est considérable, l’épendyme est épaissi, induré, granuleux, les plexus choroïdes sont œdémateux et présentent parfois des productions kystiques ; enfin le tissu cérébral est tassé, condensé et exsangue; il est rare qu’il soit imbibé de sérosité et ramolli ; le liquide est clair et transparent. C’est, au liquide de l’hydrocéphalie ventriculaire que se rapportent les conclusions précédemment exposées de Cari Schmidt; il contient à peine quelques traces d’albumine, et, au lieu des sels du sérum (soude et chlorures), il renferme surtout les sels des globules (potasse et phosphates). Au contraire, le liquide des autres variétés d’hydrocéphalie (sus- et sous-arachnoïdienne) se rapproche par sa composition des transsudats séreux ordinaires, il contient une proportion pondérable d’albumine (11,4 pour 100), et les sels minéraux du sérum. Le plus ordinairement l’hydrocéphalie occupe les ventricules latéraux et elle est symétrique ; cependant elle peut être plus abondante d’un côté que de l’autre, et d’après Rokitansky elle peut même être strictement unilatérale. Ce sont là des faits exceptionnels, de même que ceux qui ont été rapportés par Fôrsler et Zcnker, dans lesquels l’épanchement limité au ventricule moyen avait gagné la glande pituitaire, et produit pendant la vie des symptômes semblables à ceux d’une tumeur de la base du crâne. Wallmann a vu un cas non moins
insolite dans lequel la cavité du septum lucidum était seule hydropique.
Lorsque l’hydrocéphalie est chronique, elle détermine parfois dans les os des altérations profondes qui consistent dans la disparition du diploé, le rapprochement, la fusion et l'amincissement des deux tables. Lorsqu’elle coïncide avec l’atrophie du cerveau, on constate en général un épaississement notable des os du crâne.
SYMPTOMES
L’hydropisie, étant symétrique dans l’immense majorité des cas, produit des symptômes diffus et non pas des symptômes de foyer circonscrit; lorsqu’elle est d’emblée très-abondante, la compression qu’elle fait subir aux éléments nerveux est assez forte pour en abolir l’aptitude fonctionnelle, et les phénomènes sont ceux de la dépression cérébrale; lorsque l’épanchement est graduel, la phase d’inertie peut être précédée ou mêlée de quelques symptômes d’excitation. D’ailleurs, à quantité égale, l’hydropisie produit des phénomènes d’autant plus marqués qu’elle a lieu plus rapidement; l’accoutumance cérébrale a ici son influence ordinaire. Ces faits généraux contiennent toute la symptomatologie de la maladie qui nous occupe, elle présente trois formes qui sont basées sur la rapidité de l’épanchement, savoir : la forme apoplectique, la forme rapide, la forme lente.
Dans la forme apoplectique, l’épanchement est brusque et abondant, ou bien un épanchement, plus ou moins latent jusqu’alors, augmente soudainement; dans l’un et l’autre cas les fonctions cérébrales sont subitement anéanties, il y a apoplexie. Le malade perd connaissance, les membres sont dans la résolution, les pupilles sont peu ou point mobiles, les évacuations sont involontaires ; le coma est parfois interrompu par quelques manifestations délirantes; bientôt la déglutition et la respiration s’embarrassent, et le patient succombe après quelques heures; rarement la vie se prolonge deux ou trois jours. Dans celte forme, l’hydrocéphalie n’est pas bornée aux ventricules, il existe en même temps un œdème cérébral, et lorsque celui-ci occupe les régions du mésocéphale, la mort peut être presque instantanée ; j’ai vu mourir en dix minutes un garçon de vingt-cinq ans, qui fut frappé devant moi, dans le cours d’une carie du rocher. Cette hydrocéphalie apoplectique, dès longtemps connue sous le nom d 'apoplexie séreuse, ne peut être distinguée par ses symptômes de l’hémorrhagie cérébrale grave, qui lue pendant la phase de résolution générale; les éléments de diagnostic doivent être exclusivement puisés dans la considération des circonstances spéciales au milieu desquelles survient l’apoplexie. Or, c’est chez les invidus atteints de tumeurs cérébrales, de lésions du rocher, c’est chez les malades déjà hydropiques. que l’hy-
m MALADIES DE L’ENCÉPHALE.
drocéphnlie apoplectique est observée; on a dit qu’elle peut frapper aussi des individus en parfaite santé ( apoplexie séreuse essentielle), la chose est possible, mais non démontrée.
La forme rapide aboutit aussi au coma, mais cette phase d’anéantissement est souvent précédée d’ephénomènes cl’ excitation qui sont chez les enfants des accès convulsifs, chez les adultes du délire parfois furieux, des contractures, rarement des convulsions générales. Après une durée qui varie de un à quelques jours, ces symptômes font place à l’inertie comateuse, ou bien le malade est emporté dès la première période dans un accès de délire ou de convulsions. Il est essentiel de noter que cette succession des deux phases n’est pas constante; dans bon nombre de cas, il n’y a réellement pas de phénomènes d’excitation au début, et la forme rapide ne diffère de l’apoplectique que par son développement plus graduel. Les malades tombent dans un état de somnolence; ils sont difficilement excitables, ils ne paraissent plus impressionnés par les objets extérieurs, puis les membres perdent leur motilité, et l’assoupissement de plus en plus profond fait place à l’état comateux. Chose remarquable, il peut arriver que le coma se dissipe et que la connaissance revienne ; mais cette rémission, qui tient sans doute à une diminution de l’épanchement, est en général temporaire, et le retour des accidents, un moment atténués, amène la mort du malade. Cette forme rapide de l’hydrocéphalie acquise est la plus commune; elle est observée dans les mêmes circonstances que la précédente, mais on la voit surtout chez les phthisiques, dans le décours de la scarlatine et dans la maladie de Bright ; j’ai dit plus haut que je l’ai observée dans la cirrhose du foie. Chez les phthisiques on la distinguera des méningites par l’absence de fièvre, j’entends par l’absence de chaleur fébrile; deux fois déjà le thermomètre m’a permis un diagnostic que l’autopsie a vérifié. Chez les scarlatineux et chez les individus affectés du mal brightique, l’hydrocéphalie peut être sûrement différenciée des autres formes de l’encéphalopathie urinaire par une analyse complète de l’urine et du sang; mais le diagnostic tiré de l’observation clinique pure n’est pas impossible; ainsi c’est principalement chez les malades atteints d’anasarque générale ou d’hydropisies viscérales que l’on observe la forme hydrocéphalique; les symptômes gastro-intestinaux (diarrhée et vomissements) manquent en général, à moins qu’ils n’aient été amenés déjà par la maladie antérieure. En somme, les meilleurs caractères différentiels sont fournis par 1 examen de l’urine; nous les retrouverons ailleurs en traitant de l’urémie.
Dans des cas fort rares l’hydrocéphalie rapide produit des symptômes circonscrits ; ainsi, dans un fait de Bamberger, lequel n’est point passible des objections qu’on peut élever contre celui de Morgagni, un œdème cérébral partiel a déterminé une hémiplégie complète; mais cette circonstance est tellement exceptionnelle que Bamberger lui-même a repoussé dans le cas cité l’idée d’une hydropisie véritable et a rapporté cet œdème
circonscrit à une inflammation devenue mortelle dès son début. Cependant une plus récente observation de Colberg démontre de nouveau 1 influence d’un œdème cérébral partiel sur la production de l’bémiplégie (1).
Plusieurs auteurs ont décrit comme une forme particulière d’hydrocéphalie aiguë une maladie infantile, qui survient primitivement ou succède aux exanthèmes fébriles (sans complication rénale), et qui tue en deux ou trois jours, après un début marqué par de la lièvre et des convulsions. Cette forme fébrile , qui serait l’analogue de l’anasarqu'è ou de l’ascite aiguë dite essentielle, n’est pas assise sur des observations assez probantes, et jusqu’à plus ample démonstration je ne puis y voir qu une hydroméningite rapidement mortelle ; les faits de Matthey et de Cheyne cités comme types justifient pleinement ma conclusion.
La forme lente de l'hydrocéphalie est observée chez les jeunes enfants et chez les adultes ; l’hydrocéphalie chronique des enfants doit être réunie à l’hydrocéphalie congénitale, avec laquelle elle a plusieurs symptômes communs ; elle trouvera sa place dans le chapitre suivant. Quant à l’hydrocéphalie lente de l’adulte, elle succède à la forme rapide ou bien elle a dès le début une marche lente ; elle est caractérisée par du vertige, de l’obtusion des sens, de la torpeur intellectuelle, par l’affaiblissement de la mémoire, par des troubles variables de la parole et surtout par un état de parésie générale. Quand la locomotion est encore possible, la démarche est hésitante et chancelante, les mouvements des mains sont lents et incertains; puis au bout d’un temps variable cet état aboutit à la résolution et au coma, et le malade est tué par l’augmentation lente de l’hydrocéphalie; dans d’autres cas, l’épanchement subit un accroissement brusque, et une attaque apoplectique emporte le patient avant la période comateuse; ailleurs enfin c’est une maladie intercurrente qui amène la mort. Cette forme est observée dans les maladies cachectiques hydropigènes, mais surtout chez les phthisiques; dans ce cas il y a souvent des vomissements et des accès de subdéhrium ou de délire loquace ; la vie ne se prolonge guère au delà de trois ou quatre semaines, le terme de dix-sept jours est le plus long que j’aie observé. Mais l’hydrocéphalie lente prend encore naissance dans d’autres conditions, savoir : dans le cours ou à la suite des lésions méningo-cérébrales (tumeurs, méningites, hématomes, congestions répétées); elle se développe graduellement et peut
(l) Bamuekger, Wünburger Verhandlungen , VI, 1856.— Meissner, Fall von einsei tigen Hydrocephalus chronicus (Arch. der Heilkunde, 1861). — Figueira, Apoplexie t serosa (Gaz. med. de Lisboa, 1862).
C.OLitERG, Hémiplégie, bedingt durch circumscriptes Gehirnôdem ( Apoplexia serosa) in Yerbindung mit circumscripler acuter Tuberculose der Pia mater ( Deulsclies Arch. f. Idin. Med., 1869). — ColiierS, Hydrocéphalies acutus venlriculorum mit Nackencontracturen ohne Erkranltung der Dasilanneninx (eodem loco, 1869).
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
durer alors des mois cl même des années; les fondions intellectuelles soid. anéanties avant les fonctions de locomotion, et le patient vit ainsi d’une vie végétative que termine le coma, une maladie accidentelle, ou quelque complication telle que catarrhe vésical, eschare, etc. Celle variété de l’hydrocéphalie lente est assez souvent la conséquence d’une hydrocéphalie congénitale ou d’une maladie cérébrale infantile ; lorsqu’elle dure un certain temps, elle détermine une atrophie cérébrale secondaire, dont le siège correspond à celui de l'épanchement. Ce rapport n’a jamais été mieux démontré que par l’observation de H. Meissner ; chez un homme de soixante et onze ans, une hydrocéphalie bornée au ventricule latéral gauche avait produit l’atrophie de l’hémisphère correspondant. L’hydropisie remontait peut-être à l’enfance, toujours est-il que les facultés intellectuelles de cet individu ne s’étaient pas développées, qu’il y avait eu à plusieurs reprises, à l’âge de cinquante ans, des attaques épileptiformes, (pie le côté droit du corps était atrophié, que la jambe droite était plus courte que la gauche, et que la motilité du bras droit était fort incomplète. La quantité du liquide dépassait 500 grammes, la voûte crânienne était épaissie ; il n’y avait pas trace de l’épendyme, l’hémisphère était transformé en un sac dont la paroi supérieure avait en moyenne deux à trois lignes d’épaisseur.
La description qui précède suppose que l’hydrocéphalie est toujours incurable ; cela est absolument vrai pour l’hydrocéphalie lente, l’état de végétation idiote que permet la phase stationnaire de la maladie ne pouvant en conscience être taxé de guérison; quant aux formes rapides, elles sont presque constamment mortelles; mais si la guérison est exceptionnelle, elle est au moins complète, bien plus complète même que celle de l’hémorrhagie cérébrale, car les malades ne conservent ni désordres de la motilité ni troubles de l’intelligence.
TRAITEMENT
Dans la forme apoplectique la saignée peut être utile, si le malade est robuste, si le pouls est fort, résistant et dur, et si la maladie antérieure ne fournit pas de contre-indication. En tout cas il faut agir vigoureusement sur l’intestin, sur les reins et sur la peau pour provoquer une spoliation séreuse rapide et abondante ; les purgatifs drastiques (en particulier le jalap, la teinture de jalap composée, la scammonée, la gomme-gutte), les diurétiques (infusion de genièvre avec addition de 0 à 8 grammes d’acétate de potasse par litre), les larges vésicatoires appliqués simultanément sur plusieurs points (à la nuque et aux cuisses par exemple), sont les meilleurs moyens de combattre l’hydropisie cérébrale à marche rapide. Dans la forme lente on peut recourir au calomel administré jusqu’à saliva-
HYDROCÉPHALIE CONGÉNITALE
tion, puis, sans négliger les diurétiques et les révulsifs cutanés, on emploiera les applications froides sur la tête; quant à la forme tout à fait chronique que j’ai indiquée en terminant, elle est justiciable de l’hygiène bien plus que de la thérapeutique.