ET INCONSTANTES
NÉVROSES
Les maladies précédemment décrites sont spécialisées par leurs symptômes qui permettent de les rapporter à une région déterminée de l’appareil d’innervation, et par leurs lésions tellement constantes et immuables qu’elles ont pu servir à les dénommer. Elles ont donc une double caractéristique, l’une symptomatique ou physiologique ( question de siège), l’autre anatomique ( question de nature). Les maladies qui se présentent maintenant à notre étude, et qui sont connues sous le nom général de névroses, ne possèdent que la première de ces caractéristiques. Par l’interprétation physiologique de leurs symptômes, on peut les localiser respectivement dans les diverses parties de l’appareil nerveux, et résoudre ainsi la question de siège ; mais le critérium anatomique fait défaut et la question de nature demeure indécise. Cette incertitude ne tient pas absolument, comme on l’a cru longtemps, à l’absence de lésions, elle résulte aussi de la variabilité de ces dernières ; pour qu’une maladie puisse être anatomiquement spécifiée, il ne suffit pas qu’on trouve toujours à l’autopsie quelque altération matérielle, il faut que cette altération soit aussi constante dans ses caractères que dans son existence; or, cette fixité manque aux névroses. Les cas sont nombreux dans lesquels l’examen cadavérique révèle des lésions suffisantes pour la conception pathogénique de la maladie, mais ces lésions sont disparates et perdent par cela même toute valeur qualificative. Cette distinction est fondamentale, je ne puis trop y insister; quand bien même les progrès de l’anatomie pathologique démontreraient qu’il existe dans toute névrose des lésions notables de l’appareil nerveux, la situation serait la même qu’aujourd’hui si la lésion n’a pas de caractères particuliers et immuables pour chaque espèce de névrose ; en somme, ce qui manque aux névroses, ce n’est pas une lésion anatomique quelconque, c’est une lésion fixe et univoque.
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comme le sont l’hémorrhagie et la sclérose cérébrales, par exemple, pour les maladies de ce nom.
Par suite de l’absence d’un critérium anatomique constant, les névroses ont été dénommées d’après leurs symptômes, et les divisions de la classe ont été fondées sur le caractère des phénomènes prédominants; de là les névroses de l’intelligence, du sentiment, du mouvement, et les névroses complexes. J’ai abandonné celte division, qui fut classique; à défaut de classification anatomique, j’ai voulu tout au moins tenter la classification physiologique, et j’ai réparti les névroses en trois groupes, savoir : les névroses cérébro-spinales, — les névroses spino-bulbaires, — les névroses des nerfs périphériques (1).
Quelques autres caractères distinguent les névroses des maladies nerveuses de notre première section ; ce sont l’apyrexie (la fièvre n’existe que dans le cas de complication), la marche paroxystique irrégulière, l’intégrité des fonctions organiques en opposition avec le désordre des fonctions de relation, la mobilité des accidents, la substitution possible des diverses formes, enfin la chronicité. Ce dernier caractère est moins général, car le tétanos et la contracture des extrémités, par exemple, sont des maladies tout à fait aiguës. Au point de vue de l’étiologie, les névroses sont remarquables par leur subordination fréquente aux maladies constitutionnelles et aux intoxications, et par l’influence puissante de l’hérédité.
(1) L’étude de l’aliénation mentale n’entre pas dans le plan de ce livre; c’est pour ce motif que les névroses cérébrales ne figurent pas dans cette énumération.