CHAPITRE
GENÈSE ET ÉTIOLOGIE.
Les symptômes de l’hystérie (1) ne sont pas seulement en très-grand nombre et très-variés, ils ont encore cela de particulier entre toutes les maladies, qu’ils ne suivent aucune règle, aucun type constant, et 11e sont qu’un assemblage confus et désordonné. Cette remarque de Sydenham est d’une vérité absolue; mais, malgré la multiplicité de ces symptômes, qui, dans leur extension multiforme envahissent toutes les sphères de l’appa-
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Il Y STEM K.
liïo
reil d’inuervajlion, la caractéristique physiologique de l’hystérie est aussi brève que précise, et nous pouvons saisir ici dans tout son jour l’importance de l’opposition que j’ai établie entre l’innervation volontaire ou cérébrale, et l’innervation involontaire ou spinale.
Le fonctionnement régulier de l’appareil nerveux dépend de la subordination naturelle et innée de l’activité spinale à l’activité cérébrale ; cette hiérarchie préétablie (que démontre, entre autres, l’élude expérimentale de la motilité réflexe) est la condition absolue de l’harmonie normale des fonctions nerveuses. Or, dans l’hystérie, cet équilibre harmonique est rompu et toujours dans le même sens, toujours au profit de la moelle ; ainsi est produit un désordre qui porte fatalement sur l’ensemble des fonctions d’innervation, véritable ataxie cérébro-spinale que constituent et caractérisent la déchéance de l’action cérébrale et la prédominance de l’action spinale.
Le physiologiste obtient une ataxie de même ordre par trois méthodes : 1° en exagérant l’excitation qui est transmise à l’appareil spinal par les nerfs centripètes; 2° en exagérant l’excitabilité de cet appareil lui-même (substances excito-molrices, strychnine, etc.); 3° en supprimant l’action du cerveau. Ces trois modes expérimentaux sont représentés en pathologie, et ils contiennent à eux trois l’ensemble des conditions pathogéniques du désordre hystérique.
Quel que soit le mode générateur, la maladie, une fois réalisée, présente toujours réunis ces deux éléments fondamentaux, l’affaiblissement de l’action cérébrale, de la volonté en particulier ( parésie cérébrale), et l’exagération de l’action automatique ou spinale ( hyperkinésie spinale ). Or, en admettant même que la puissance cérébrale ne soit pas directement atteinte et que le désordre résulte simplement de l’accroissement de la puissance spinale, il est bien certain que, dans cette condition, l’activité cérébrale est dans un affaiblissement relatif; de même la puissance spinale restera vainement dans ses limites naturelles, si l’action cérébrale est directement diminuée; la première arrive nécessairement alors à une prédominance relative, et les mêmes effets sontproduits. C’est pour ce motif que 1 hystérie ne peut êtrequalifiée névrose spinale ou névrose cérébi ale , la formule physiologique que je lui assigne est au contraire constamment vraie, c est une ataxie cérébro-spinale constituée parla déchéance de l’innervation volontaire, et la prédominance de l’innervation involontaire. La hiérarchie physiologique est renversée au profit de cette dernière; ainsi est engendrée une maladie de 1 être moral et physique, laquelle est caractérisée par la prédominance des impressions sensibles et affectives sur les déterminations volontaires et raisonnées, par des spasmes et des convulsions paroxystiques qui occupent à la fois le système spinal et
e sympathique, et par des modifications variables dans l’excitabilité de^ nerfs.
'»2-'i NÉVROSES CÉRÉBRO-SPINALES.
Telle étant la motilité de l’hystérie, on conçoit que la maladie est infiniment plus fréquente chez la femme que chez l’homme; essentiellement impressionnable et mobile, la femme porte en elle une prédisposition véritable dont elle ne triomphe que par l’éducation ou par la force innée de son organisation cérébrale; plus accessible que l’homme aux impressions qui affectent le moi sensible, la femme est moins apte à les dominer, elle est impuissante à prévenir les réactions automatiques et involontaires que ces excitations provoquent en elle, et souvent lasse de la lutte, avant même de l’avoir entreprise elle laisse subjuguer sa volonté et sa raison par des impressions sensibles ou psychiques dont ces deux facultés devraient être les souverains régulateurs. — La maladie se développe rarement avant Y âge de la puberté ; c’est à ce moment, en effet, qu’interviennent les émotions passionnelles et affectives, et les excitations génitales qui concentrent l’activité nerveuse dans les sphères inférieures de l’animalité, et favorisent ainsi l’affaiblissement de la volonté et des facultés cérébrales supérieures. C’est, de la puberté jusqu’à quarante-cinq ans que l’hystérie présente sa plus grande fréquence, mais elle peut naître plus tardivement, car, à partir du moment où commence la lutte de la vie, aucun âge n’est à l’abri des perturbations psychiques ou somatiques qui peuvent briser la hiérarchie harmonique des deux centres d’innervation. La reproduction si fréquente de la personnalité des parents chez les enfants fait pressentir la transmission héréditaire de l’hystérie; tous les observateurs sont d’accord sur ce point, et alors même qu’on a soin d’éliminer les cas dans lesquels l’éducation ou la vue de la maladie de la mère a pu influer sur ]lc développement de l’affection chez la fille, il ne reste pas moins un grand nombre de faits qui démontrent la puissance pathogénique de l’hérédité pure., — L 'éducation qui, bien dirigée, est un des meilleurs préservatifs de la maladie, en devient, dans les conditions opposées, une des causes les plus efficaces, et cela doit s’entendre à la fois de l’éducation physique et de la morale : l’absence d’exercice physique, la vie confinée, la fatigue cérébrale résultant, d’études prématurées, sont autant de circonstances qui favorisent et préparent le développement de l’hystérie; il en est de même des lectures qui exaltent l’imagination et les sens, et de la tolérance coupable qui permet aux enfants de s’abandonner à des colères, à des larmes ou à des tristesses intempestives, à la suite des impressions les plus légères. Ces vices d’éducation deviennent, chez les jeunes tilles, un état de sensiblerie qui est déjà l’indice de l’assujettissement de la volonté aux excitations sensibles et affectives, et qui constitue une opportunité morbide véritable. Pour les mêmes motifs, la vie isolée, la méditation constante des chagrins ou des déceptions qu elle a éprouvées, sont, pour la femme de tout âge, des causes au moins prédisposantes dont l’influence ne peut être mise en doute. — Les causes psychiques les plus puissantes sont les émotions dépressives, les chagrins
de toute sorte, surtout ceux qui sont produits par la perte des affections, par l’amour malheureux, ou par l’humilité d’une situation sociale qui n’est pas en rapport avec les rêves de l’imagination.
L’hystérie est fréquente chez les femmes qui deviennent veuves de bonne heure, chez celles qui restent stériles dans l’état de mariage, chez celles qui sont unies à des hommes avancés en âge et voisins de l’impuissance. Dans ces diverses circonstances, on attribue la maladie à la privation ou à l’insuffisance des jouissances sexuelles; mais cette interprétation est certainement trop exclusive, car elle néglige entièrement une des faces de la question ; il faut compter en outre avec le chagrin qui résulte d’une affection ou d’une position brisée, avec la déception profonde que cause à certaines femmes la stérilité même, abstraction faite de toute autre cause; enfin avec la peine morale incessante qui est la conséquence des unions mal assorties. Ces réserves sont légitimées par le développement de la maladie chez les filles-mères, qui ne sont soumises qu’aux causes morales, et chez les vierges, qui, tout en se livrant à la masturbation, deviennent hystériques lorsqu’elles se voient vieillir sans arriver au mariage, dont elles ont fait le but et l’idéal de leur existence. Je n’entends pas nier l’influence de l’excitation génitale, mais je crois que dans toutes ces circonstances la pathogénie est complexe, et que l’état moral en est l’élément le plus important. Un autre fait bien probant peut être invoqué «à l’appui de cette opinion : il est des femmes qui sont atteintes d’hystérie après le mariage, alors même qu’au point de vue des besoins physiques il leur donne toutes les satisfactions désirables ; mais elles n’ont pas trouvé dans leur mari le caractère ou le développement intellectuel qu’elles avaient espéré, ou bien leur union ne leur a pas donné la position sociale qu’elles en attendaient, et ces déceptions, dont leur imagination exagère l’étendue, les conduisent graduellement ci la maladie, bien que le sens génital n’ait plus rien à demander.
Les causes somatiques siègent le plus souvent dans l’appareil génital ; ce sont en première ligne les troubles de la menstruation, aménorrhée, dysménorrhée, et toutes les grandes phases organiques qui se rattachent à la fonction d ovulation (puberté, conception, puerpéralité, lactation). Toutes les lésions de l’utérus et de ses annexes peuvent déterminer l’hystérie, mais elles n’ont pas toutes à cet égard la même action ; les altérations grossières qui modifient notablement le volume des organes (corps fibreux, kystes ovariques), les maladies franchement aiguës (métrite, métro-péritonite, pelv i— péritonite), ont une influence nulle, tandis que les irritations chroniques et les déplacements (versions, flexions) de la matrice coïncident fréquemment avec l’hystérie. Bien des femmes, il est vrai, sont affectées de ces incommodités sans présenter aucun symptôme hystérique; c’est qu’il en est ici comme dans toutes les névroses, il ne suffit pas que la cause excitante soit présente pour que la perturbation nerveuse se manifeste, tout
dépend de la manière dont le système nerveux supporte l’action de cette cause, c’est-à-dire du mode réactionnel de l’individu. Au surplus, l’importance étiologique de ces altérations de l’appareil utérin, qui manquent dans un grand nombre de cas, me paraît avoir été exagérée; elles peuvent bien être la cause déterminante des accès convulsifs, mais je ne pense pas qu’elles suffisent pour créer dans l’organisme cette modification générale qui constitue la personnalité hystérique. Les expériences de Romberg et de Schutzenberger (1) sont à l’appui de cette opinion; dans beaucoup de cas, ils ont déterminé un accès complet d’hystérie en exerçant une pression sur la région des ovaires ; mais chez d’autres malades cette manœuvre ne produisait rien, tandis que la pression sur l’épigastre ou sur la colonne vertébrale provoquait l’attaque ; cela revient à dire qn’il existe chez les hystériques des points dont l’excitation produit l’hypcrkinésie spinale paroxystique, que ces points siègent plus souvent sur la région ovariqne que sur toute autre, mais rien ne prouve qu’ils soient l’origine et le point de départ de la maladie elle- même; la situation est la même que pour Y aura epileplica. D’autres causes somatiques peuvent être signalées, mais elles sont plus rares que les précédentes; ce sont les perles de sang, les sécrétions surabondantes (lactation prolongée), les accouchements répétés, les maladies aiguës qui affaiblissent le système nerveux, et plus généralement la chlorose et toutes les anémies. — L’hystérie est extrêmement rare chez l’homme, mais des observations positives en démontrent l’existence; les, individus qui en sont atteints ont une organisation physique délicate et un caractère impressionnable qui les rapprochent de la femme, et ils sont ordinairement débilités par l’onanisme ou par des excès de coït.
SYMPTOMES
Il est extrêmement rare que la maladie débute d’emblée par l’attaque convulsive tonique ou clonique qui en est le caractère le plus frappant; la phase spasmodique est précédée d’une période souvent tort longue, durant laquelle on n’observe qu’une altération continue dans la personnalité morale, sensible et affective. L’irritabilité du caractère, la mobilité non motivée de l’humeur et des déterminations, l’impressionnabilité exagérée à l’égard des excitations sensorielles, la vivacité des réactions qui les suivent, les manifestations intempestives et insurmontables de tristesse ou de joie, sont les traits dominants de cette première période ; il s’y joint parfois des phénomènes d’un ordre plus matériel, à savoir des fourmillements et des crampes dans les membres, des sensations illusoires de froid ou de chaleur
(1) Romberg, loc. cil. —Schutzenberger, Étude sur les causes organiques et le mode île production des affections dites hystériques (Gai. mèd. Paris. L8'(6).
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dans les extrémités ou au visage, des accès de palpitations plus ou moins fréquents, avec sentiment de plénitude thoracique ou de suffocation imminente, enfin des troubles très-variés dans les fonctions digestives. Ces symptômes, qui échappent à toute description précise, sont souvent indiqués comme les prodromes de l’hystérie; c’est une erreur qui provient de ce qu’on réduit la névrose à l’attaque de convulsions; ces phénomènes dits prodromiques sont les premiers effets de la maladie confirmée; une fois qu’ils existent, que les attaques viennent ou non, la femme n’en est pas moins transformée dans tout son être; elle sent, elle réagit, elle vit comme une hystérique. Cela est si vrai, que les malades qui n’éprouvent que les accidents précédents, sans attaques proprement dites, sont cependant exposées aux désordres de la motilité et de la sensibilité que l’on observe dans l’intervalle des attaques de la forme convulsive; bien loin donc que l’état qui vient d’être décrit soit une période prodromique, il constitue cà vrai dire une des formes de la maladie, c’est la forme non convulsive ( vaporeuse des anciens) ; cette forme est souvent l’avant-coureur de l’autre, mais elle peut rester isolée.
La forme convulsive présente à la fois les symptômes de l’étal hystérique, témoignage permanent de l’ataxie cérébro-spinale, et des attaques de convulsions, manifestations temporaires de l’hyperkinésie spinale. Ces attaques sont assez souvent précédées 4e prodromes qui les devancent de plusieurs heures ou même d’un ou deux jours ; ce sont des frissons suivis de palpitations, de bâillements ou de pandiculations, une courbature ou une fatigue douloureuse, une sensation pénible d’agitation dans les jambes, des envies fréquentes d’uriner, un sentiment de constriction et de pression à l’épigastre, dans la poitrine et dans le larynx; cette constriction ascendante est comparée par la malade à une boule qui remonterait de la région xiphoïdienne vers la gorge ( boule hystérique ) ; plus rarement des éclats de rire sans motifs, une loquacité incessante, de l’agitation intellectuelle, de l’incohérence dans l’idéation, des hallucinations même, sont les phénomènes précurseurs de l’attaque; celle-ci est dans tous les cas un acte réfiexe provoqué par une excitation, appréciable ou non, qui met enjeu l’excitabilité morbide de l’appareil spinal. Cette attaque présente deux variétés qui peuvent se succéder chez la même malade; dans 1 une la convulsion est localisée et tonique, dans l’autre elle est générale et clonique.
La forme tonique est constituée par un spasme qui occupe la sphère du sjmpathique et des nerfs crâniens, plus particulièrement celle des nerfs vagues et des faciaux ; la contraction spasmodique de l’œsophage, des bronches, de la glotte, donne aux malades la sensation de la houle ascen- •mte, et l’angoisse d’une suffocation immédiate (strangulatio hysterica); elles sont tourmentées en même temps par une toux bruyante, métallique’ pardes sanglots, des bâillements ou un hoquet incoercible ; le spasme des
muscles innervés par le facial et le nerf masticateur produit le rire sardonique, le trismus, le grincement de dents; enfin l’ischurie ou la rétention momentanée de l’urine témoigne de l’excitation des plexus hypogastriques. Lorsque l’attaque est bornée à ces spasmes toniques, elle se dissipe en général assez rapidement après vingt ou trente minutes au plus, et la termainison est souvent accompagnée d’une émission abondante de gaz ou d’une sécrétion lacrymale, phénomène purement réflexe et tout involontaire (1) ; mais il n’est point rare que ces spasmes soient le prélude de F attaque clonique ou commune, et le passage de l’une à l’autre est marqué par la généralisation de l’acte convulsif cà la totalité du système cérébro-spinal et par la prédominance de la contraction clonique. Lorsque l’attaque est d’emblée générale (attaque de nerfs), l’hystérique tombe souvent en poussant des cris; mais, à l’inverse de l’épileptique, elle a le temps de choisir le lieu de sa chute, et elle a bien soin d’éviter tout ce qui pourrait la blesser; du reste, il n’v a pas de perte de connaissance, et les malades, dont les sens sont parfaitement éveillés, au début du moins, entendent et apprécient ce qui est dit autour d’elles; tantôt l’attaque est silencieuse, tantôt les cris, les sanglots, le hoquet, sont incessants; la déglutition est impossible, les femmes portent violemment les mains à leur cou pour en arracher l’obstacle qui les empêche de respirer librement; en même temps le corps, la face et les membres sont agités par des secousses d’une violence telle que le concours de plusieurs personnes est parfois nécessaire pour les réprimer; ces mouvements impriment au corps des déplacements étendus qui sont tout à fait étrangers à la convulsion épileptique; l’abdomen est distendu par des gaz, l’intestin est agité de mouvements bruyants, et dans quelques cas la convulsion prédomine dans les muscles du bassin, qui présente une projection rhythmique ( hystérie libidineuse des anciens) avec laquelle coïncide souvent une constrietion de l’anneau vulvaire. La fin de l’attaque, dont la durée varie de quelques minutes à plusieurs heures, est graduelle ou subite, et elle est ordinairement marquée par une abondante évacuation de larmes, ou d’une urine limpide, incolore ( urine nerveuse ), qui est très-pauvre en urée et en matières organiques, et ne contient guère que des sels minéraux; plus rarement il y a un écoulement vaginal.
Dans des circonstances plus rares, la convulsion fait place à un état d 'extase ou à une syncope qui se prolonge assez longtemps pour simuler la mort réelle; ces phénomènes surviennent aussi sans convulsions antérieures (Dugès, Brachet), et ils peuvent donner lieu à une redoutable
(1) Celte forme tonique a été décrite comme une forme non convulsive; c est une erreur évidente, car tous les phénomènes qui la constituent sont des mouvements convulsifs, seulement ils ont ce double caractère d’ètre limités à la sphère de certains nerfs, cl de se présenter presque exclusivement sous forme de contractions toniques.
erreur (Vésale); il n’est pas rare que l’extase coïncide avec l’état cataleptique (voy. Catalepsie) du système musculaire. J’ai observé dans le service de mon regretté maître, Nat. Guillot, une hystérique qui, durant un séjour de plusieurs mois à l’hôpital, n’a pas présenté une seule attaque convulsive ; mais deux ou trois fois la semaine elle tombait dans un état d’extase avec catalepsie qui se prolongeait au moins pendant quatre heures; à la suite d’un de ses accès, cette femme mourut subitement, et l’autopsie faite par nous avec le plus grand soin ne révéla aucune lésion appréciable du système nerveux ; Nat. Guillot me dit avoir observé deux autres cas semblables. — Pendant l’attaque commune, la motilité réflexe est accrue, et l’on trouve souvent sur les téguments des régions circonscrites dont l'attouchement exagère les convulsions, ou les reproduit lorsqu’elles viennent de cesser (Romberg) ; d’après cet observateur, ces points siègent surtout à la tête, à la face et sur les vertèbres cervico-dorsales; on les rencontre aussi au niveau des ovaires, plus rarement dans les membres.
L’attaque n’est pas toujours simple, elle est souvent composée de plusieurs paroxysmes séparés par des rémissions de quelques minutes à quelques heures de durée ; c’est alors que l’attaque dans son ensemble peut embrasser une période de plusieurs jours ; il est à remarquer que les rémissions passagères ne présentent pas les évacuations sécrétoires qui signalent le terme réel de l’accès ; au surplus, les femmes conservent durant ces intervalles un état de malaise auquel elles ne se trompent guère et qui les avertit que leur attaque n’est pas terminée. Le retour et la fréquence des accès n’ont rien de régulier; ils se développent sous l’influence des circonstances les plus variables, au nombre desquelles les émotions morales sont les plus fréquentes ; ailleurs, ils sont provoqués toujours par les mêmes causes; ailleurs, enfin, ils éclatent avec l’apparence de la spontanéité. ,En général, la période menstruelle favorise le retour des attaques; en revanche, la grossesse, les maladies aiguës en retardent assez souvent la production ; contrairement à l’épilepsie, l’hystérie n’a pas d’accès nocturnes.
Nous venons d’étudier l’état hystérique, fond commun de la maladie, et les épisodes paroxystiques qui en rompent la continuité ; nous avonsmaintenant à signaler les désordres nerveux qui naissent à la suite ou dans l’intervalle des attaques. Ces symptômes éminemment variables et mobiles occupent l’innervation sensible, la psychique, la motrice et la vaso-motrice.
Les troubles de sensibilité sont des modifications quantitatives ou qualitatives de l’excitabilité des nerfs centripètes ou de leurs récepteurs. L’accroissement morbide de celte propriété est connu sous le nom A’ hyperesthésie, il est général ou limité; dans le premier cas (c’est sans doute alors la délicatesse des récepteurs qui est exagérée), les malades sont
dans un état permanent d’impressionnabilité craintive que décèlent surtout les impressions qui atteignent les organes des sens; elles sont incommodées par la lumière, elles tressaillent au moindre bruit, elles entendent des sons qui ne sont pas encore appréciables pour les personnes saines, le parfum d’une fleur les fait évanouir; bref, ces femmes deviennent de véritables sensitives qu’anéantit la plus légère excitation; bien souvent cet état est simulé ou exagéré par l’imagination, mais cette susceptibilité du système nerveux appréhensif et récepteur n’en est pas moins un des traits les plus communs de l’hystérie. Indépendamment de cette hyperesthésie générale, qui n’est mise en jeu que sous l’influence d’une excitation périphérique, il en est une autre qui est limitée à certains nerfs, et qui est assez vive pour acquérir le caractère de la spontanéité ; c’est-àdire qu’en l’absence de tout excitant appréciable,' et par le seul fait de l’altération de leur excitabilité, ces nerfs ou leurs récepteurs centraux sont le siège d’impressions douloureuses spontanées, que fait cesser au bout d’un temps variable un épuisement momentané. Ces douleurs, qui portent le nom de névralgies, sont très-fréquentes chez les hystériques ; il n’est pas de région qui ne puisse en être atteinte, mais elles occupent plus communément le trijumeau, le sciatique, les nerfs intercostaux, ceux de la mamelle (mastodynie), et le nerf sous-occipital. A cet ordre de phénomènes doivent être rattachées la migraine, et la douleur céphalique très-limitée connue sous le nom de clou hystérique ( clavus hystericus) ; cette douleur, qui a le caractère de la térébration ou d’une pression continue, siège au sommet de la tête sur un point circonscrit de la suture sagittale. Les douleurs dorsales et articulaires sont fréquentes et elles méritent une attention spéciale, en raison de l’erreur à laquelle elles peuvent donner lieu; les premières augmentent d’ordinaire par la pression, et chez une hystérique paraplégique elles peuvent inspirer l’idée d’une lésion de la moelle ou de ses enveloppes; les autres sont tenaces et continues, et peuvent faire croire à une lésion grave de la jointure; par suite de la souffrance, les malades immobilisent leur membre; par suite de leur apathie cérébrale, elles ne font aucun effort pour mouvoir l’articulation, alors même qu’on le leur demande; bientôt l’inertie du membre lui fait prendre une position vicieuse plus ou moins analogue à celle qui caractérise la tumeur blanche, et il est arrivé plus d’une fois que pendant des mois on a soigné pour une coxalgie des femmes qui n’avaient en somme qu’une arlhropathie hystérique (1). L’examen du membre pendant le sommeil chloroformique préviendra une semblable erreur.
Les névralgies viscérales sont au moins aussi fréquentes que les autres, et dans le nombre la gastralgie, l’entéralgie, l’hystéralgie, l’hépatalgie, doivent surtout être signalées. Quand les organes internes ne sont pas le
O) Brodie, Lectures tlluslr. of certain local nervous Affections. London, 1837.
siéi>e de douleurs, ils sont souvent le point de départ de sensations perverties ou erronées (nié test lié si e) qui sont purement subjectives; les malades accusent des palpitations ou des pulsations artérielles qui n’existent pas; elles se plaignent de ne pouvoir respirer alors que l’examen direct démontre l’intégrité parfaite des organes; elles font une énumération terrifiante des sensations extraordinaires qu’elles éprouvent dans l’estomac ou dans le ventre au moment de la digestion; il n’est pas très-rare que ces hallucinations et ces illusions viscérales coïncident avec des hallucinations sensorielles qui occupent de préférence la vue, l’ouïe et le goût. Contrairement à la théorie, le sens génital est souvent endormi ; les hystériques accomplissent l’acte sexuel sans orgasme vénérien ; quelquefois le coït est douloureux, quoique les organes 11e présentent pas de lésion ; la condition opposée existe aussi, mais elle est plus rare. — Toutes les formes de Yanesthésie (1), anesthésie tactile, douloureuse ( analgésie ), thermique, musculaire, ont été observées chez les hystériques ; l’anestliésie musculaire a pour effet le désordre de la locomotion ou de la préhension lorsque le mouvement n’est pas dirigé par la vue. Quant à l’anesthésie cutanée, elle 11’existe que dans des régions limitées dont la découverte exige souvent une exploration prolongée, et elle peut coïncider avec de l’hyperesthésie sur d’autres points. Au surplus, la fréquence de l’anesthésie a peut-être été exagérée ; il faut être en garde contre une cause d’erreur déjà signalée parRomberg, savoir les caprices inexplicables des malades ; lorsque l’exploration est réellement douloureuse (piqûre profonde, brûlure, etc.) et que la femme n’accuse aucune sensation, on peut admettre l’anesthésie ; mais si l’exploration n’est pas pénible (contact, chatouillement, pincement), l’impassibilité et le silence de la malade ne prouvent pas grand’chose, en raison de la fantaisie et du mauvais vouloir inhérents à son état cérébral. L’anesthésie peut aussi porter sur les organes des sens ; l’amaurose et la surdité sont les variétés les plus communes.
Les désordres PSYCHrQUES ont déjà été signalés dans l’étude de la pathogénie et de l’état hystérique; il semble que l’activité cérébrale supé-
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NÉVROSES CÉRÉBRQ-SR1NALES.
rieure soil absorbée par la dépense excessive de l’innervation sensitive et automatique; aussi le trait dominant est-il le défaut de volonté (aboulie) et l’asservissement de la pensée et de la raison aux impressions qui allectent le moi sensible; ces deux symptômes 11e se retrouvent au même degré dans aucune autre maladie. Avec l’hyperesthésie physique il y a une véritable hyperesthésie psychique; des idées indifférentes, qui ne provoquent aucune réaction chez les individus sains, éveillent chez les hystériques la tristesse, la douleur ou la joie, et la mobilité incessante de leur imagination et de leur humeur lefe fait passer au même instant du rire aux sanglots. Le défaut d’attention est la conséquence de cet état, que caractérisent encore l’exagération des souffrances réelles, la conception de souffrances imaginaires, la tendance à la dissimulation et à la tromperie, enfin le besoin impérieux de se faire plaindre et d’éveiller chez autrui une sympathie proportionnelle à l’étendue des maux que l’on endure ou que l’on croit endurer. Envisagées en elles-mêmes, les facultés intellectuelles sont ordinairement intactes, mais leur puissance est déchue comme celle de la volonté ; c’est là, sauf complication, le seul changement quelles subissent; mais, dans certains cas, il en est autrement, et, sans parler du délire passager, sans gravité, qui spit parfois les attaques, il ne faut pas perdre de vue que la folie est une des complications fréquentes de l’hystérie; cette complication est d’ordinaire tardive, mais elle éclate indifféremment dans la forme non convulsive et dans la convulsive. Cette folie tire de son origine quelques caractères distinctifs qui. lui ont fait donner le nom de folie hystérique ;. elle est constituée tantôt par de la nymphomanie, tantôt par de la mélancolie avec perversion des facultés affectives, et obscurcissement de l’entendement par les hallucinations et les illusions qui le dominent; tantôt enfin ce sont des accès de manie avec tendance au suicide, qui surviennent principalement à l’époque des règles; ces diverses formes d’aliénation peuvent se remplacer chez une même malade mais il doit être bien entendu que ce sont là des complications, et non pas des symptômes de l’hystérie.
Les troubles de motilité ne sont pas moins variés que ceux de sensibilité ; et, comme ces derniers, . ils consistent en des modifications quantitatives ou qualitatives de la fonction normale, ces modifications étant d’ailleurs indépendantes de la volonté. L’ hyperkinésie hystérique, qui apparaît sous la forme de convulsions toniques ou cloniques dans les attaques précédemment décrites, se présente, dans leur intervalle ou en leur absence, sous forme de contractures ou de spasmes viscéraux.
La contracture est plus rare dans les muscles du tronc que dans ceux des membres, elle est passagère et mobile, et coïncide quelquefois avec des douleurs articulaires très-vives ; lorsque la contracture présente durant plusieurs mois les mêmes caractères et la même localisation, il est à
craindre quelle ne soit liée à une lésion irréparable de la moelle (1). Les spasmes viscéraux affectent les formes les plus diverses, entre lesquelles il convient de signaler les vomissements opiniâtres périodiques ou non, les accès de dyspnée, de toux quinteuse et sonore (2), le hoquet, le spasme de la glotte, de l’œsophage, celui du sphincter vésical, enfin les palpitations cardiaques et aortiques (battements épigastriques). — L’abolition de la motilité, Yalcinésie, porte sur le mouvement volontaire, plus rarement sur les mouvements organiques ; la paralysie du mouvement volontaire (3) peut marcher de pair avec celle de la sensibilité, mais il n’y a aucun rapport nécessaire entre ces deux accidents. Le mode et les conditions de développement de l’akinésie sont loin d’être toujours les mêmes. L’invasion peut être graduelle ou brusque, auquel cas la paralysie est totale d’emblée ; parfois elle est précédée de douleurs, de fourmillements, de tremblements ou de légères contractions toniques; ailleurs elle apparaît sans autres symptômes préalables; dans quelques circonstances, la paralysie succède à une série d’attaques convulsives, remarquables par leur nombre ou leur intensité, ou bien elle est provoquée par quelque impression physique ou morale; mais chez d’autres malades on n’observe rien de pareil, il est impossible de saisir la moindre cause occasionnelle.
L’akinésie est une manifestation fréquente de l’hystérie ; Briquet l’a notée 130 fois sur 430 malades; les localisations varient, mais l’hémiplégie gauche, la paraplégie et l’hémiplégie droite sont, d’après le relevé
(1) Charcot, Sclérose des cordons latéraux chez une femme hystérique atteinte de contracture permanente des quatre membres ( Union méd., 1865).
(2) Lasègue, Sur la toux hystérique ( Arch . gén. de méd., 1854).
(3) Marx, Zur Lchre von den Làhmungen der untern Gliedmassen. Carlsruhe, 1838.
— Macarto, De la paralysie hystérique (Ann. méd.-psych., 1844). — Sur les paralysies dynamiques ou nerveuses. Paris, 1857. — Reinbold, Einige Bemerkungen über Paralysie, etc. ( Walther’s und Ammon’s Journal, 1844). — Helfft, Paralysishysterica ( Casper’s \\ ochens., 1848). — Mesnet, Des paralysies hystériques, thèse de Paris, 1852. — Rus- TEGHO, Sur les paralysies hystériques, thèse de Strasbourg, 1859. — Franque, Ueber hysterische Krampfe und hysterische Làhmungen. München, 1861. — Jaccoud, les paraplégies et l’ataxie. Paris, 1864. — Benedikt, Beobachtungen über Ilysterie. Wien, 1864.
- Canslalt's Jahresb., 1865. - Levinstein, Zur Gasuistik liysterischer Làhmungen (Berlin. klin. Wochens., 1867). - Gueneau de Mussy, Sur la paralysie hystérique (Union méd., 1867). — Lebreton, De la paralysie hystérique, thèse de Paris, 1868.
Mazellier, Des paralysies hystériques, thèse de Strasbourg, 1868.— Lasalee, Recherches sur la paralysie hystérique, thèse de 1 2 3aris, 1868. — Hélot, Étude sur quelques cas d’hémiplégie hystérique, thèse de Paris, 1870. — Bazin, Aphasie hyst. (Gaz. hôp., 1871). — Charcot, De la contracture hystérique (Gaz. hop., 1871). — Krafft-Ebing, Ein Beitrag zur Erkennung und Behandlung der hystcrischen Làhmungen (Berlin, klin. Wochen., 1871). De Fleury, De l'hémiplégie hyst. Bordeaux, 1871.
Jaccoud. — Path. int., 3° édit. . oa
du même auteur, les formes les plus communes; viennent ensuite les paralysies isolées d’un ou de plusieurs membres; celles du larynx et du diaphragme sont les plus rares. Dans les membres, l’akinésie n’est jamais bornée a quelques groupes de muscles, elle les atteint tous et elle y est complète ; l’abolition du mouvement volontaire est absolue. L’étal de la motilité réflexe est variable, il en est de même de la motilité électrique. On a cru longtemps que la réaction électrique des muscles paralysés est toujours conservée, et toujours normale quant à son degré; mais les observations de Benedikt établissent que cette contractilité est quelquefois affaiblie. 11 résulte de là que la paralysie n’a pas constamment la même origine; lorsque la motilité électrique est intacte, il est clair que cette origine est centrale (modification de l’excitabilité des cellules grises du cerveau et de la moelle); mais, dans le cas contraire, l’origine est périphérique, c’est l’excitabilité des cordons nerveux eux-mêmes qui est altérée. Cette seconde variété est beaucoup moins fréquente que l’autre, et en tout cas il faut admettre que ces modifications dans l’excitabilité centrale ou périphérique sont légères et facilement réparables; car les paralysies hystériques guérissent parfois très-rapidement, même après une longue durée, et Benedikt a constaté le rétablissement précoce de la contractilité électrique normale. Il est bon de noter que, dans quelques-uns de ces cas, la paralysie a survécu au retour des mouvements électriques, d’où cette conséquence qu’elle avait alors une origine complexe, savoir une altération périphérique passagère, et une altération centrale plus persistante. Le mécanisme de la paralysie hystérique est obscur (1) ; pour celle d’origine périphérique, on peut invoquer une modification dans l’arrangement polaire des molécules nerveuses et par suite une diminution de la conductibilité du nerf; mais quant à la paralysie d’origine centrale, je n’hésite pas à l’attribuer, avec Romberg, liasse, Brodie et d’autres observateurs, à l’apathie volontaire (aboulie) et à l’insuffisance de l’impulsion motrice émanée du cerveau (2). On sait que des excitations psychiques très-vives, la terreur entre autres, font souvent disparaître instantanément la paralysie, et que l’annonce pompeuse d’une médication nouvelle, ou la crédulité adroitement mise en œuvre, produisent parfois des guérisons, qui ont toute l’apparence du miracle.
L’akinésie hystérique ne produit pas de désordres nutritifs dans les parties paralysées, mais elle coïncide fréquemment avec l’incontinence ou avec la rétention d’urine. Ces paralysies, comme tous les troubles de sen-
(1) Romberg, Brodie, Hasse, Valentiner, loc. cit. — Eichmann, Beitrag sur Palhog • der Hystérie, etc. ( Zeitschr . (les deutsch. chirurg. Vereins, 1852).— Valeribs, Bullet. de la Soc. méd. de Gand, 1856.
(2) Voyez, pour plus de details, le chapitre de la paraplégie hystérique dans mon travail sur les paraplégies.
sibilité ou de motilité de cause hystérique, peuvent disparaître ou se déplacer subitement, et ce caractère joint à ceux qui viennent d’être indiqués, distingue ces symptômes de ceux qui sont liés à une lésion matérielle du système nerveux ; ce diagnostic est d’ailleurs complété par l’appréciation des antécédents et de l’état général de la malade. — L'aphonie produite par la paralysie des muscles du larynx est ordinairement de courte durée, mais elle persiste parfois pendant des semaines ou des mois, et même alors elle peut cesser tout à coup sous l’inlluence d’une impression morale vive. Celte aphonie est en outre caractérisée par l’absence de toux et de sécrétion, et ordinairement aussi par l’absence de douleur (1). Dans quelques cas on observe, au lieu d’une aphonie complète, une altération de la voix ( dysphonie ), qui devient enrouée et profonde (Althaus), plus rarement aiguë (Axenfeld). — La science possède un ou deux faits de paralysie des muscles de l’œil (France, Canton, Szokalski) et de la langue (Posner); mais ce sont là de véritables exceptions. — Parmi les muscles de la vie organique, ce sont ceux de l’œsophage ( dysphagie ), de la vessie, de l’intestin, qui sont le plus souvent frappés; la paralysie intestinale a pour conséquences une tympanite générale et une constipation opiniâtre.
L'altération qualitative de la motilitéporte sur la coordination motrice (2); j’ai déjà signalé les désordres de locomotion et de préhension résultant de l’anesthésie musculaire, mais, indépendamment de cette ataxie incomplète, qui est produite par l’altération de la coordination volontaire, et qui disparaît à peu près totalement lorsque la malade règle et dirige ses mouvements par la vue, on observe parfois chez les hystériques une autre forme d’ataxie qui résulte de l’altération de la coordination automatique (exagération de l’excitabilité réflexe et trouble dans les irradiations spinales). Cette variété d’ataxie n’est pas corrigée par la vue, elle est temporaire, elle peut être remplacée par la paralysie vraie, et elle ne présente pas le manifestations douloureuses qui caractérisent la sclérose spinale postérieure. On conçoit théoriquement la coexistence des deux formes chez la même malade, auquel cas l’ataxie serait absolument complète; mais je ne connais aucun fait qui réalise cette présomption.
Les désordres des vaso-moteurs (3) sont révélés par les oscillations irrégulières de la distribution du sang (rougeur et pâleur alternatives de la face, froid habituel aux pieds et aux mains) et par les modifications des sécrétions, entre autres par la salivation, la polyurie et l’écoulement vaginal qui suivent les attaques; quant aux gaz qui s’accumulent dans l’in-
(!) Hiktz, Gaz. méd. Strasbourg, 1842. — Bamberger, Deutsche Iilinik, 1850. — Althaus, Hystérie aphonia (Med. Times and Gaz., 1858).
(2) Eisenmann, Laségue, Jaccoud.
(3) Ramonet, Des troubles fonctionnels du système nerveux ganglionnaire observés chez les femmes hystériques , thèse de Strasbourg, 1867.
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(estin avec une rapidité incroyable, le mécanisme de leur production n’est pas élucidé.
Les fonctions digestives peuvent rester longtemps intactes, cependant la dyspepsie et les dépravations de l’appétit ( pica , malaria) sont fréquentes, et 1 anémie qui en résulte est une cause d’aggravation pour les accidents nerveux 5 si cette situation se prolonge, la nutrition générale devient languissante, les femmes maigrissent et tombent graduellement dans cet état de marasme qui a été justement désigné sous le nom de cachexie nerveuse.
L’anémie et les désordres intellectuels ne sont pas les seules complications de l’hystérie ; l’épilepsie s’y joint quelquefois ( hystéro -épilepsie] ), et cette coïncidence s’accuse de deux manières : tantôt chacune des affections conserve ses caractères propres, et la malade présente isolément des attaques d’hystérie et des attaques d’épilepsie, c’est le cas le plus rare; tantôt l’attaque est une, mais complexe, et l’on y retrouve mêlés et confondus les traits distinctifs de chacune des névroses. Cette complication, qui est la plus dangereuse de toutes au point de vue de la dégradation intellectuelle, est surtout observée chez les femmes épuisées, dont la maladie est déjà ancienne.
La marche de l’hystérie est chronique, et la durée en est indéterminée ; s’il est des femmes qui échappent à ses atteintes après quelques mois ou un petit nombre d’années, s’il en est même qui n’éprouvent quedeux ou trois attaques bien tranchées, ce sont là des exceptions rares, et en général la maladie abandonnée à elle-même ne présente aucune tendance à la guérison. Elle laisse des intervalles de répit plus ou moins longs, et frappe de nouveau au moment où l’on pourrait la croire épuisée; la ménopause même ne la termine pas toujours ; d’ordinaire les attaques franches cessent vers ce temps-là, mais les fonctions d’innervation gardent les traces du désordre prolongé qu’elles ont subi. La marche de la maladie est ordinairement interrompue par la grossesse (qui peut même amener une guérison définitive), et par les maladies aiguës; mais pour ces dernières, il importe de savoir que l’hystérie leur imprime parfois des allures spéciales, caractérisées par des désordres nerveux plus effrayants que dangereux. Cela est surtout vrai de la variole et de la fièvre intermittente; et si l’on n’était prévenu du fait, on tiendrait ces pyrexies pour malignes ou pernicieuses, alors qu’elles sont simplement modifiées par la nature du terrain sur lequel elles ont pris naissance.
PRONOSTIC
L’hystérie ne tend pas à la guérison spontanée, et, dans les cas bien accentués, la guérison artificielle est elle-même rare et difficile; les for-
mes légères sont naturellement moins tenaces, et en tout cas la situation est meilleure lorsque la maladie a été provoquée par une cause saisissable qui peut être supprimée (aménorrhée, célibat prolongé, chagrins, etc.). D’un autre côté, certains accidents de l’hystérie (spasmes, paralysies) arrachent les malades à la vie commune et les condamnent à un état d’infirmité, qui doit être pris en sérieuse considération dans le pronostic ; il en est de même des désordres intellectuels persistants qui sont une des suites possibles de la névrose; enfin, si elle ne menace pas souvent la vie, il n’est pas moins vrai quelle peut tuer de deux manières, par une mort subite que les autopsies jusqu’ici n’expliquent pas, et par des congestions ou des hémorrhagies cérébrales, causées par les attaques violentes et prolongées. Dans un cas que j’ai observé, la cause de la mort était une hémorrhagie méningée sous-arachnoïdienne qui occupait toute la base de l’encéphale. — On a dit que l’hystérie prédispose les femmes à la stérilité; la chose est possible, mais non démontrée.
TRAITEMENT
Dans une maladie qui modifie peu à peu la personnalité physique et moiale de 1 être, le traitement prophylactique est le plus puissant; il consiste dans une sage éducation dont les moyens peuvent varier dans les différents cas, mais dont le but est toujours le même, savoir, la vigueur du corps, l’asservissement des impressions sensitives et des impulsions automatiques à la raison et à la volonté. Ce traitement fondamental ressort de notre etude de pathogénie, je n’y insiste pas davantage. Comme clans 1 epilepsie, comme dans toutes les névroses, l’indication fournie par la cause est de première importance; les causes, nous le savons, sont somatiques ou psychiques, et, avant tout traitement, il faut procéder à la recherche de la cause et la combattre, une fois saisie, par les moyens convenables. Il suffit d’un examen attentif pour découvrir les causes materielles, parmi lesquelles les troubles de la menstruation, les désorc res c es organes génitaux, et la chloro-anémie, tiennent la première place • ^es causes morales se dérobent plus longtemps à l’investigation. Il faut
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l indication fourme par la maladie est contenue dans sa pathogénie; il
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faut combattre 1 ataxie cérébro-spinale et restaurer la hiérarchie naturelle des deux centres nerveux. Malheureusement il n’y a pas de moyen qui remplisse diiectement ces deux conditions opposées : apaisement de l’excitabilité spinale, développement de l’innervation volontaire, et c’est là la cause de 1 impuissance de la thérapeutique. A défaut de moyens directs et rationnels, 1 indication est remplie par des médications dont l’expérience a établi 1 action salutaire, et qui ont pour effet de modifier la manière d être du système nerveux dans son ensemble. Au premier rang de ces médications, je place l’hydrothérapie; elle est appliquée de deux manières, sous forme de bains tièdes prolongés qu’on répète tous les jours, ou sous forme d’affusions froides; le premier procédé convient aux malades excitables qui ont des attaques convulsives violentes et fréquentes; le second convient aux formes plus calmes et torpides. Quel que soit le procédé, la méthode ne peut réussir qu’à la condition d’ètre continuée pendant plusieurs mois. A l’hydrothérapie on peut rattacher la médication thermale (Ragatz, Wildbad, Gastein) et les cures de lait ou de petit-lait, dont l’utilité a été plusieurs fois constatée. — Parmi les agents pharmaceutiques, les plus efficaces sont le bromure de potassium et l’arsenic; le premier est administré à doses croissantes, ainsi que cela a été indiqué à propos de l’épilepsie ; le second est donné sous forme de granules (granules de Dioscoride) contenant chacun un milligramme d’acide arsénieux, ou bien sous forme de liqueur de Fowler ou de Boudin. La dose initiale est toujours d’un milligramme par jour, et on élève graduellement, en surveillant la tolérance gastrique, jusqu’à 10, 12 et même 15 milligrammes. Chez les malades anémiques, on peut employer avec avantage l’arséniate de fer, dont la dose peut être portée, selon les cas, à 10 et 15 centigrammes. A côté de ces médications, mais avec une efficacité moindre, prennent place les agents connus sous le nom iV antispasmodiques : la Valériane, le castoréum, l’asa fœtida, le camphre, les sels de zinc et d’argent sont les plus renommés d’entre eux ; mais ces préparations répondent plutôt à certaines indications symptomatiques. Elles sont utiles pour atténuer la violence des attaques ou en diminuer la fréquence, pour combattre les spasmes fonctionnels; elles semblent agir moins efficacement que le,s méthodes précédentes sur la maladie elle-même. Il en est ainsi des narcotiques, qui sont d’ordinaire assez mal tolérés, surtout dans les formes peu ou point convulsives. Rostan, il est vrai, a préconisé la poudre de belladone à la dose énorme de GO centigrammes par jour, et Gendrin a vanté l’opium dont il donne d’emblée 50 centigrammes, allant ensuite jusqu’à 75 en vingt-quatre heures; mais l’universalité des praticiens rejette aujourd’hui ces médications. — A côté du traitement médical proprement dit, la nature de la maladie fournit une indication psychique que Romberg regarde comme la plus importante de toutes, et qu’il formule ainsi : il faut exercer les malades à opposer 1 impulsion
volontaire à l’impulsion réflexe; on conçoit que les moyens sont excessivement variables selon les conditions des individus, mais ce précepte général ne doit jamais être perdu de vue, car l’inertie de la volonté est une des conditions pathogéniques fondamentales de l’hystérie, et pour vaincre cette aboulie il y a plus à attendre des moyens moraux ou des artifices suggérés par la situation particulière des malades, que des médicaments, quels qu’ils soient.
Indépendamment des indications symptomatiques générales, auxquelles répondent les antispasmodiques, il en est d’autres particulières qui sont fournies par certains phénomènes. Les paralysies doivent être traitées avec persévérance par la faradisation ou la galvanisation, auxquelles on joint les douches froides si la malade peut se déplacer. Les contractures seront utilement combattues par l’anesthésie locale, ou par les injections sous-cutanées de morphine. Ce dernier moyen donne aussi de très-bons résultats contre le hoquet et la toux convulsive. Aux vomissements opiniâtres on opposera la glace, la potion de Rivière, la teinture d’iode, l’opium et la vésication de la région épigastrique ; dans quelques cas où tous les moyens avaient échoué, j’ai réussi avec les injections de morphine pratiquées au cou dans la région des pneumogastriques ; parfois, enfin, le symptôme résiste à tous ces traitements, et cède rapidement à la cautérisation ponctuée de l’épigastre avec le fer rouge. Les fonctions digestives seront attentivement surveillées, et la dyspepsie, dans toutes ses formes, sera combattue dès son apparition par une médication appropriée.
Le traitement doit être complété par un régime de vie sévère : l’alimentation tonique, la vie au grand air, l’exercice physique, poussé jusqu’à la fatigue, l’interdiction des plaisirs du monde, des spectacles, des lectures qui frappent et exaltent l’imagination, sont des conditions d’absolue nécessité. On a vanté le mariage comme le meilleur remède de l’hystérie; mais une distinction est indispensable : si le mariage donne satisfaction à un attachement antérieur, si la femme y trouve la réalisation de ses désirs, oui, sans doute, il a une utilité que rien ne peut remplacer, parce qu’il fait disparaître le chagrin qui a été la cause première des accidents ; mais s’il n’en est pas ainsi, le mariage n’a pas d’efficacité particulière, on l’a même vu aggraver la maladie.