BRACH1ALE
La névralgie cervico-occipitale siège dans les rameaux sensibles des quatre premiers nerfs cervicaux ( plexus cervical ); la névralgie cervicobrachiale occupe les branches sensitives des quatre derniers nerfs cervicaux et du premier dorsal ( plexus brachial) ; toutes deux sont rares, mais la première l’est plus que la seconde (1).
Les causes ne diffèrent pas de celles qui ont été étudiées à propos de la névralgie faciale ; parmi les causes intrinsèques, le refroidissement est de beaucoup la plus commune; la névrite et la congestion du névrilème ont vraisemblablement la même importance que dans le tic douloureux, mais l’absence d’autopsie ne permet d’accepter celte opinion qu’à titre de présomption ; dans certains cas, pourtant, les caractères des symptômes et la ténacité du mal sont assez significatifs pour la justifier, même sans examen cadavérique; l’observation de névralgie cervico-brachiale publiée parRosenthal est à cet égard aussi démonstrative que possible. — Les causes extrinsèques sont plus fréquentes dans la névralgie brachiale que dans l’occipitale, ce qui tient simplement à l’étendue plus considérable du trajet parcouru par les nerfs du plexus brachial ; la connaissance de ces causes a, dans l’un et l’autre cas, une importance extrême, puisque les
(1) Valleix, loc. cit. — Romberg, Klinische Ergebnisse. Berlin, 1846. — Bright, Cases illustrative of the e/fecls produced when llie arteries of tlie Brain are diseased (Guy’s Hospital Reports, I). — Bühler, Ueber Wirbeltuberkulose und Krebs der Wirbelsaule. Zurich, 1846. — Flamm, Oesterr. med. Jahrbücher, 1844- — Lussana, Monogr. dette Neuralgie bracchiali. Milano, 1859. — Bergson, Zur hist. Pathologie der Brachialneuralgien. Berlin, 1860. — Woillez, Névralgie cervico-brachiale ( Ga< . Iidp., 1863). — Rosexthal, Neuralgie des Plexus cervico-brachialis ( Wiener allg. Zeitung, 1864). — Wietfeld, Neuromatose Neuralgie des Ramus palmaris, etc. ( Deutsche Klinür, 1863). — Fübjni, Neuralg. cervico-brachialis, etc. (Gaz%. med. di Torino, 1865). — Forsythe Meigs, Neuralgia localised in circonflex New, etc. ( New-York med. Rec., 1866).
Louis Chaussy, Etude sur la névralgie du membre supérieur, thèse de Paris, 1869. — Seemgmüller, Ueber Sympathicus Affectioncn bei Verlctiungen des Plexus brachialis (Berlini Klin. Woclicn., 1870). —Sorbets , Deux cas de névralgie cervico-brachiale nocturne (Gaz. hâp., 1871). — G. du Jardin, l'ArsenÛtto di cliinino in quattrocasi di neuralgia del plesso bracchiale (la Liguria medlca, 1871).
.NÉVRALGIE CERVIC0-0CC1P1TALE ET CERVICO-BRACHIALE. m
les douleurs névralgiques sont bien souvent la première manifestation d’une lésion profonde. Les plus fréquentes sont les périostites, les arthrites vertébrales, l’altération tuberculeuse et cancéreuse des vertèbres, la tuméfaction des ganglions lymphatiques voisins de l’émergence des nerfs, les tumeurs anévrysmales ou solides de la région sus-claviculaire et axillaire ; les plaies de l’aisselle (avec présence de corps étrangers), la piqûre de la saignée, déterminent souvent des névralgies brachiales extrêmement rebelles. On a vu le cal d’une fracture de la première côte (Canstatt), la dilatation des artères vertébrales (Bright), produire le même effet; enfin, dans quelques cas rares, l’exercice immodéré des muscles du membre supérieur (travail du piano, de la couture) est la seule cause appréciable du mal. Par le mécanisme de l’irradiation, les maladies du cœur, du foie et de la rate provoquent parfois des douleurs plus ou moins étendues dans la sphère du plexus brachial, notamment dans les branches acromiales et scapulaires. — Les causes constitutionnelles sont les mêmes que dans la prosopalgie, il est inutile d’en répéter l’énumération.
La Douleur est paroxystique, à type régulier ou irrégulier; elle n’a pas ordinairement l’horrible violence de celle du tic douloureux, mais elle procède comme elle par des élancements diffus en tous sens, se faisant sentir bien plutôt dans les expansions terminales des nerfs que dans la longueur de leur trajet. — Dans la névralgie cervico-occipitale, la douleur siège surtout à la partie supérieure de la nuque, au niveau des deux premières vertèbres, c’est-à-dire dans le grand nerf occipital, et elle s’étend de là vers l’apophyse mastoïde, le pavillon de l’oreille, la région céphalique postéro-latérale; lorsqu’elle occupe les branches du plexus cervical superficiel, elle envahit la face, la mâchoire inférieure et toute la longueur du cou; pendant l’accès, le malade fixe sa tête et son cou par des contractions musculaires énergiques qui sont immédiatement exagérées par action réflexe lorsqu’on cherche à mouvoir les parties immobilisées; l’hyperesthésie des téguments est telle que le contact des cheveux suffit parfois pour exaspérer les douleurs. Dans l’intervalle des paroxysmes, une douleur sourde, profonde, continue persiste dans le cou et dans la région occipitale sans localisation distincte; les mouvements de la tête, la mastication, le rire augmentent cette douleur et provoquent souvent un paroxysme. Les points douloureux fixes sont plus constants que dans la prosopalgie ; il y en a un au niveau des deux premières vertèbres, à l’émergence du grand nerf occipital à travers le muscle complexus ( point occipital ); un autre sur l’apophyse mastoïde (point mastoïdien)-, un troisième vers la bosse pariétale (point pariétal)-, un quatrième sur la conque de l’oreille (point auriculaire ); un cinquième, enfin, un peu au-dessus de la partie moyenne du cou, entre le trapèze et le sternomastoidien ( point cervical superficiel).
Dans la névralgie ceiwico-braciiiale, la douleur lancinante, à décharges plus ou moins rapprochées, se fait sentir dans la région sus-claviculaire, dans la longueur du membre supérieur et jusqu’aux extrémités digitales;
lorsque les nerfs thoraciques sont intéressés, elle s’étend jusque dans la région mammaire; dans 1 avant-bras elle a un siège variable suivant quelle allecte le médian, le radial ou le cubital; ce dernier nerf est le plus fréquemment atteint, le musculo-cutané l’est rarement, et lorsque la cause siège dans l’aisselle ou dans la région inférieure du cou, tous les cordons du plexus sont plus ou moins compromis. Pendant l’accès, et quelque temps encore après sa terminaison, le malade accuse souvent une sensation de fourmillement et d’engourdissement dans les doigts, analogue à celle qui suit la contusion du nerf cubital derrière l’épitrochlée; en dehors même du paroxysme, les mouvements du membre sont douloureux et difficiles; mais la rapidité de la transmission motrice comparée à celle du côté sain n’est pas diminuée (Romberg). Les points douloureux principaux occupent l’angle formé par la clavicule et l’acromion, la gouttière radiale, la partie supérieure du creux axillaire, le côté postérieur de l’épitrochlée et la région antéro-inlerne du carpe ( point cubito-carpien).
Les irradiations sensitives de ces névralgies sont nombreuses; dans la cervico-occipitale, elles occupent la sphère du trijumeau; dans la cervicobrachiale, elles envahissent surtout les nerfs intercostaux; Cotugno a vu cette névralgie coïncider avec une sciatique du même côté. — Les irradiations motrices, presque nulles dans l’hyperesthésie du plexus brachial, sont fréquentes dans la cervico-occipitale; elles se traduisent par des secousses involontaires des muscles du cou et de la face. — Les synergies vaso-motrices sont fort peu connues, surtout pour la névralgie cervicooccipitale; Romberg a observé une femme chez laquelle il se formait, pendant chaque accès, à l’occiput et au vertex, de petites intumescences sous-cutanées qui disparaissaient rapidement d’elles-mêmes après le paroxysme; pour la névralgie brachiale, les faits sont plus précis; des éruptions analogues à celles du pemphigus et de l’urticaire ont été vues sur l’avant-bras et la main par Earle et par Romberg, et Flamm a signalé le cas d’une femme quia présenté à plusieurs reprises de petits foyers de suppuration aux extrémités des doigts. Un fait semblable a été vu par liasse, et depuis, d’autres observateurs ont mentionné des phénomènes du même genre; j’ai vu moi-même une belle éruption phlycténoïde sur les deux doigts internes dans une névralgie cubitale.
Les névralgies étant bien souvent le premier symptôme de lésions profondes des vertèbres, du cou et de l’aisselle, il faut rechercher avec le plus grand soin la cause véritable de ces douleurs; 1 arthrite cervicale en particulier donne lieu à des erreurs prolongées qui seront facilement évitées par un examen attentif; dans ce cas, d’ailleurs, la mobilité de la tête est entravée même dans l’intervalle des accès, et le mouvement de
NEVRALGIE INTERCOSTALE.
rotation surtout est extrêmement douloureux; de plus, lorsque les malades, étant couchés, veulent soulever la tête, ils sont obligés, sous peine de vives souffrances, de la faire soutenir ou de la soutenir eux-mêmes avec la main placée derrière l’occiput; ce dernier signe a été indiqué par Rust.
Le traitement ne diffère pas de celui qui a été exposé dans le chapitre précédent ; mais les injections sous-cutanées de morphine m’ont toujours paru plus efficaces que dans la névralgie de la cinquième paire.