‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 104 sur 176 · DE L'OTITE. GS · texte numérisé non relu

DE L'OTITE. GS

de brides membraneuses dans les différentes parties de la cavité du tympan ; elles sont parfois si nombreuses, d'après lui, qu'elles la remplissent presque tout entière. Ces adhérences sont surtout très-prononcées entre les jambes de rétrier et les parois contigués de la cavité du tympan. Il doit en résulter, on le comprend aisément, un trouble plus ou moins profond dans les fonctions de Toi^ne de l'oule. (Tome VIII des Transad. fnéd.'Chir. de Londres^ année 1845.)

Symptômes. Marche de l'otite aiguë. — l"" OtUe externe. — Dans sa forme la plus légère, c'est-à-dire dans l'inflammation érysipélateuse du conduit auditif, lorsque la rougeur ne s'accompagne d'aucune tuméfaction, les malades accusent dans l'oreille un peu de chaleur, et surtout un prurit incommode. Bientôt surviennent quelques élancements avec des douleurs de tète : il y a des bourdonnements, puis de la surdité, et le méat rougit. Dans cette affection on voit des squames peu épaisses se former, et le cérumen, plus coii> sistant, devenir parfois brunâtre et même noir; ailleurs il est blanchâtre et quasi fluide; sa sécrétion peut être augmentée. C'est souvent à la suite de cette inflammation légère que se forment dans le conduit auditif des espèces de bouchons ou de tampons durs comme un morceau de craie, qui irritent, enflamment la portion du conduit avec lequel ils sont en contact, parfois la membrane du tympan elle-même, qu'on a vue être perforée de manière à permettre au bouchon cérumineux de pénétrer dans l'oreille moyenne. Le plus souvent ces corps étrangers, outre la surdité, ne provoquent guère qu'un écoulement plus ou moins puriforme.

Ces concrétions de l'oreille ont souvent les apparences des calculs biliaires; ils ne sont pas seulement constitués par du cérumen et par les débris épidermiques, mais, comme Ménière le fait remarquer, on y trouve encore une grande quantité de poils roides et courts, qui peuvent provenir en partie du tragus et des bulbes pilifères qui garnissent l'oriflce du méat externe ; ce médecin croit aussi que l'inflammation de la peau du conduit auditif peut provoquer le développement de ces villosités.

Dans une forme plus intense de l'otite, le conduit auditif est le siège d'une chaleur brûlante; souvent il y a des élancements, il est plus ou moins rétréci, et Ton voit sur le méat des vésicules et des pustiiles d*un petit volume, ou des espèces de végétations fongueuses ou charnues; la peau rouge et sèche sécrète bientôt un liquide séreux ou mucoso-purulent. Cette espèce d'otite, dans laquelle le tissu glandulaire est peut-être plus spécialement atteint, a été nommée catarrhale; elle persiste souvent des années entières sans s'étendre, dit Kramer, au delà de l'épaisseur de la peau, sans gagner les os, sans provoquer la perforation de la membrane du tympan, qui pourtant est rouge ; mais il arrive néanmoins quelquefois que sous l'influence d'un refroidissement, la phlegmasie se propage à l'oreille interne, et jusqu'au cerveau lui-même. Chez quelques sujets l'écoulement peut cesser tout à fait, de manière à faire croire à une guérison complète; mais si en pareil cas, dit Kramer, on examine le fond du conduit auditif à l'aide du spéculum, on trouve les parties intérieures toujours altérées, le fluide sécrété est plus épais ; il s'accumule et se condense profondément.

Dans une troisième forme d'otite, l'inflammation devient phlegmoneuse, c'est-à-dire qu'elle gagne jusqu'au tissu cellulaire. Les malades ressentent alors des douleurs vives, lancinantes, qui leur arrachent des cris; Touïe dé ce côté est diminuée ou perdue : les malades se plaignent d'éprouver des bourdonnements et des sifflements, par suite du gonflement de la membrane qui obstrue

ou qui oblitère le conduit. En même temps, il existe un état de malaise, quelquefois une fièvre intense avec céphalalgie, avec hémicrànie. Si la douleur d*oreille est très-vive, et si le sujet est nerveux, il peut survenir du délire. Cependant, vers le troisième ou le quatrième jour, les symptômes diminuent d'intensité, et cet amendement coïncide presque toujours avec l'écoulement d'un pus inodore ou fétide, qui a lieu par le conduit auditif, et qui s'arrête généralement au bout de quelques jours. Parfois la suppuration continue, mais le méat est alors tellement rétréci, que le pus ne peut s'en écouler; ce fluide, s'accumulant dans le conduit auditif, comprime la membrane du tympan et devient une cause de douleurs souvent très-vives.

i"* Inflammation aiguë de la membrane du tympan ou myringite. — Cette maladie, dit Kramer, débute tout à coup ; elle donne lieu à une douleur plus ou moins vive, occupant le fond du méat, s'étendant au sommet du pharynx et au cou; elle s'accompagne ordinairement de bourdonnements et de bruits variés. La membrane du tympan mise à découvert à l'aide du spéculum est rouge par places; lorsque la maladie est plus aiguë, toute la membrane est envahie; elle est d'un rouge vif et hérissée d'une foule de petites saillies glandulaires. Sa dépression centrale est effacée et l'on ne distingue plus l'insertion du manche du marteau. Les malades accusent en même temps des douleurs déchirantes; l'oule est faible; il y a de la fièvre, et la sécrétion du cérumen est suspendue. Si la maladie est mal traitée, ou si elle est abandonnée à ellemême, un écoulement puriforme, strié de sang, a lieu par l'oreille. La surdité fait des progrès, et si l'on examine de nouveau l'état de la membrane, on la trouve percée de plusieurs ouvertures qui peuvent n'être pas plus larges que celles que ferait une piqûre d'épingle ; mais quelquefois elles ont le diamètre d'un pois. Enfin, dans des cas plus graves encore, les deux tiers du tympan sont détruits et les débris de la membrane sont couverts d'excroissances ou de végétations. Si la maladie est convenablement traitée, la fièvre cesse, les douleurs se calment, les bourdonnements disparaissent; mais la surdité augmente en raison de l'épaississement que subit le tympan par suite d'une infiltration séreuse qui se fait entre les feuillets membraneux qui le composent. Il peut même subir la transformation cartilagineuse ou osseuse, et devient alors tout à fait insensible au contact des instruments.

3*" Inflammation catarrhale de l'oreille moyenne. — Celte maladie, soit qu'elle n'affecte qu'une oreille, soit qu'elle atteigne les deux, ne s'accompagne généralement d'aucune douleur; mais les malades ressentent profondément, les uns des démangeaisons, d'autres des craquements; il y a des bourdonnements et de la surdité dans tous les cas. Le cathétérisme de la trompe d'Eustachi et d'insufflation de l'air sont, dit Kramer, les deux moyens indispensables pour arriver à un diagnostic certain. On ne peut, en effet, ajoute le même auteur, conserver le moindre doute sur l'existence d'un engorgement muqueux de la caisse quand l'air qui est poussé par la trompe y arrive et vient éclater derrière le tympan avec un bruit de gros râle humide. Ce diagnostic est encore bien plus positif quand, à la suite de ces phénomènes, le malade remarque qu'il entend mieux. C'est dans ces cas d'engorgement catarrhal que Ménière a noté, comme un phénomène constant et en quelque sorte pathognomonique, une coloration insolite de la membrane du tympan, qui, d'un rouge foncé d'abord, affecte bientôt une couleur plombée et même ardoisée.

L'engouement de l'oreille moyenne est une affection de longue durée; il se lie souvent à une constitution strumeuse, et succède fréquemment à une aflection catarrhale de la gorge et à l'impression du froid humide.

Page 1