DE LA MÉTRITE INTERNE, OU MÉTRITE CATARRHALE
De la métrite interne, ou métrite catarrhale.
L'inflammation de la muqueuse utérine est une des formes les plus communes de la métrite; elle peut exister à Tétat aigu ou à l'état chronique. Dans Tun et l'autre cas, la phlegmasie peut envahir toute la muqueuse ou être circonscrite, soit à celle qui tapisse la cavité du col, soit à celle du corps.
Anatomie pathologique. — A Tétat aigu la membrane muqueuse utérine est rouge uniformément ou par places; elle est épaissie, friable, dénudée de son épithélium dans une étendue plus ou moins considérable, et par conséquent très-superficiellement ulcérée; elle est tapissée par du mucus rarement transparent, le plus souvent jaunâtre et d'aspect puriforme. Le col peut présenter quelques érosions, il est entr'ouvert, souvent comme boursouflé; il en est de même du corps utérin. Cette intumescence peut dépendre de la concomitance d'une métrite parenchymateuse, le plus souvent pourtant elle résulte de Tampliation que la cavité a subie, soit partiellement, soit dans toute son étendue. Cette disposition a surtout été notée dans la métrite interne chronique.
Cette dernière est en outre caractérisée par une coloration d'un rouge foncé ou ardoisé de la membrane muqueuse. Celle-ci est épaissie plus ou moins généralement, l'épithélium est détruit en divers points, et la surface est hérissée de saillies qu'on a considérées comme des villosités. Les follicules, surtout ceux du col, sont plus développés, ils ont souvent l'apparence de petits kystes.
Au lieu de cette lésion, ou bien concurremment avec elle, on peut trouver sur la muqueuse du col des fongosités soupçonnées par Récamier, niées par plusieurs, mais prouvées microscopiquement et bien étudiées par BtM. Ch. Robin (1), Rouyer (2) et Goldschmidt (3). Elles peuvent se développer dans toute l'étendue de la cavité utérine, mais ont peut-être une prédilection pour la face postérieure du corps; elles sont en nombre plus ou moins grand, tantôt sessiles, tantôt pédiculées, d'un volume qui varie depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'une framboise. Elles sont molles, gorgées de liquide et d'un rouge plus ou moins vif. M. Ch. Robin les considère comme un produit d'hypertrophie de la membrane muqueuse, car il y a trouvé les mêmes élé- .ments histologiques que dans celle-ci.
Dans la métrite, la cavité de l'utérus est toujours tapissée par un mucus plus ou moins abondant et d'aspect variable; séreux, opaque dans la cavité du corps, il est visqueux, albumineux, demi-transparent, jaunâtre, opaque ou puriforme dans le col, parfois il est mêlé à du sang.
Enfîn, chez les femmes atteintes de métrite interne et ancienne, surtout si c'est après la ménopause, on peut observer une oblitération du col portant en général sur l'un de ces orifices, spécialement sur l'orifîce interne. Comme conséquence on trouve communément une atrophie de l'organe, et exceptionnellement une hypertrophie des parois et une dilatation de la cavité, lorsque la sécrétion catarrhale se continue derrière l'obstacle. C'est sans doute à une métrite contractée après la fécondation qu'il faut rapporter ces cas rares, mais incontestables, d'oblitération partielle ou totale de la cavité du col, constatés au moment de l'accouchement.
(1) Archives de médecine, année 1841, t. XVII, et thèse de M. Ferrier. Paris, 1855.
(2) Thi>se de Paris, année 1858. ,
(3) Thèse de Stra8t>ourg, année 1859.
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Symptômes. Marche de la métrite interne à Tétat aigu. -^ Les symptômes locaux sont souvent peu accentués. C'est à peine si les femmes éprouvent de la gène dans la cavité pelvienne, de la pesanteur au périnée, de la fatigue pendant la marche et un écoulement leucorrhéique plus ou moins copieux.
Mais lorsque la maladie a plus d'acuité, il existe une douleur notable ressentie surtout à rhypogastre et s'exaspérant par la pression qu'on exerce sur cette région, qui semble plus tendue, non par suite d'une intumescence do l'utérus, mais en raison d'un peu de pneumatose intestinale. L'excrétion urinaire est parfois douloureuse et plus souvent répétée; l'urine est parfois troublée par la grande quantité d'urates qu'elle contient. Mais alors il n'existe pas de trouble sympathique très-notable; la fièvre manque tout à fait. Un peu d'anorexie, quelques selles diarrhéiques, plus rarement une légère constipation, sont les seuls troubles que les voies digestives présentent.
L'exploration par le toucher fait constater que le vagin est plus chaud et plus humide que d'habitude, le col est entr'ouvert, souvent un peu boursouQé et parfois sensible. L'utérus a sa mobihté, et l'application du spéculum ne fait constater rien autre que l'écoulement par l'orifice du col d'un mucus visqueux, albumineux, d'abord demi-transparent, pouvant, à une époque plus avancée, devenir tout à fait puriforme.
La maladie peut présenter des exacerbations à la suite de fatigues et d'excès, ou par le seul fait de l'époque menstruelle; elle se termine le plus souvent par la guérison après une ou plusieurs semaines, mais souvent elle passe à l'état chronique, soit que la phlogose persiste encore dans la muqueuse, soit que celle-ci ne présente qu'un vice de sécrétion sans altération appréciable de texture : c'est là, à proprement dire, le catarrhe utérin dont nous parlerons plus tard.
Symptômed. Harchede la métrite interne chronique. — Généralement il n'existe aucune douleur, c'est à peine si quelques malades accusent un sentiment de gêne, de tension à l'hypogastre. La leucorrhée est un symptôme constant, et c'est souvent le seul qui appelle l'attention sur l'état de l'utérus. L'écoulement est plus ou moins abondant; ses qualités physiques diffèrent beaucoup. Rarement c'est un liquide homogène; il est le plus souvent blanc, crémeux, opaque, parfois verdâtre, mêlé à des flocons albumineux provenant du col. Ce fluide, quand il est abondant, irrite souvent par son contact la vulve et même la peau de la partie interne des cuisses qui présentent des rougeurs et des érosions. Presque toujours la menstruation est troublée, soit que les règles soient suspendues ou irrégulières dans leur retour, ou plus douloureuses pendant leur cours, ou bien diminuées de quantité, ou, au contraire, plus abondantes.
Le toucher vaginal fait constater que l'utérus, parfois un peu plus sensible, un peu tuméfié, mais sans dureté, a conservé sa mobilité normale. Le col est plus ou moins dilaté, et si on le met à découverte l'aide du spéculum, on constate souvent l'existence d'érosions superficielles; la sonde utérine le traverse aisément, et si le corps lui-même est envahi, l'instrument y pénètre facilement à travers l'orifice interne agrandi.
Pour peu que l'écoulement soit abondant, on voit bientôt les femmes devenir dyspeptiques, s'étioler, maigrir, perdre leurs forces, et présenter une foule d'accidents nerveux que nous avons notés dans la chloro-anémie. Les troubles fonctionnels s'aggravent surtout lorsque, indépendamment de l'écoulement .\!anc, les femmes éprouvent des hémorrhagies plus ou moins répétées, plus
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OU moins abondantes, provoquées, dit-on, par le développement de fongosités dans la cavité de Tutérus.
La métrile catarrhale est une affection des plus rebelles, persistant souvent des années entières. Si l'on ne peut la considérer comme pouvant faire naître des lésions organiques vers Tutérus, il est certain du moins que par les troubles qu'elle provoque du côté de la nutrition, elle peut, chez les sujets prédisposés, favoriser le développement de tubercules pulmonaires.
Diagnostic. — Le diagnostic de la métrite interne ne présente aucune difficulté. Une exploration complète faite avec le doigt et à Taide du spéculum la fera aisément distinguer d'une vaginite, d'une métrite parenchymateuse ou de toute autre lésion utérine. Il est peut-être moins facile de déterminer dans la forme chronique s'il existe une phlegmasie de la muqueuse utérine ou ce simple vice de sécrétion caractérisant le catarrhe utérin. L'abondance de l'écoulement, son opacité, son caractère plus ou moins purulent, une souffrance habituelle dans l'abdomen, l'amaigrissement, des troubles sympathiques trèsnombreux, et à l'exploration un utérus un peu volumineux, sensible, présentant quelques érosions à l'orifice, sont les principales circonstances qui feront reconnaître qu'il existe plutôt une métrite interne qu'une simple affection catarrhale.
Aucun signe certain ne saurait faire reconnaître les fongosités de la cavité utérine ; les hémorrhagies répétées ne sont qu'une présomption. On dit qu'en introduisant la curette on peut sentir les inégalités de la surface, et que si l'on racle celle-ci, on ramène des débris qui justifîent le diagnostic. Aran a judicieusement fait remarquer (i) combien on s'illusionnait en croyant pouvoir sentir avec une tige de fer d'un pied de long des tumeurs piriformes, molles, souvent peu nombreuses; et même en ramenant quelque chose avec le bout de l'instrument, on n'a pas encore résolu le problème, puisqu'il esta peu près impossible de dire si le fragment qu'on a sous les yeux est le débris d'une fongosité ou la muqueuse elle-même simplement hypérémiée.
Pronostic. — La métrite interne chronique est une affection sérieuse, non qu'elle compromette directement l'existence, mais à cause de la résistance au traitement et des troubles variés qu'elle provoque dans la santé des femmes.
Étiologie. — La métrite interne peut être observée à tout âge, mais elle est surtout commune de vingt à quarante ans; elle peut affecter les femmes de toute constitution, mais on l'observe surtout chez celles qui sont molles, lymphatiques. Les fatigues, les chagrins, les excès vénériens, les accouchements répétés, et surtout les avortements, en sont les causes les plus communes. La mahdie peut aussi être l'effet de l'extension à la muqueuse d'une phlegmasie voisine : c'est ainsi que la métrite interne est fréquemment consécutive à une blennorrhagie.
Traitement. — La métrite catarrhale à. l'état aigu exige rarement des moyens actifs. Le repos, quelques bains émollients, des injections calmantes, quelques laxatifs et un régime doux suffisent dans la majorité des cas.
Contre la métrite interne chronique l'intervention doit être plus active, et il faut aux moyens locaux associer une médication générale. Les malades étant plus ou moins anémiées et dyspeptiques,onprescrirales ferrugineux, les amers, un régime substantiel, des frictions stimulantes sur la peau, des bains sulfureux, des allusions et douches froides; les bains de mer et les bains thermaux, que nous indiquerons bientôt à propos de la métrile parenchymateuse, pour-
(!) Leçons cliniques sur les maladies de l*utéru8, p. 476.
ront également convenir ici. On a jadis donné à Tintérieur plusieurs médicaments dans le but de modifier plus ou moins directement la muqueuse utérine, je citerai spécialement les balsamiques, surtout le copahu, l'ergot de seigle, etc. Ces moyens sont sans utilité ; j'en dirai autant des purgatifs.
L'opiniâtreté de la maladie, l'impuissance des médicaments, ont excité les médecins à porter sur la muqueuse elle-même des agents capables de la modifier; on a surtout employé dans ce but le nitrate d argent. Un crayon a pu être porté dans le col et jusque dans l'intérieur du corps, mais il faut alors employer un porte-caustique analogue à celui dont Lallemand se servait pour i'urèthre. La cautérisation de l'intérieur du corps étant difficile par ce procédé, on a conseillé depuis vingt-cinq ans les injections intra-utérines avec une solution de nitrate d'argent, d*alun,de tannin, de perchlorure de fer, ou avec de la teinture d'iode mitigée.
Des injections faites avec précaution en se servant d'un liquide tiède, peu irritant et poussé sans violence et en petite quantité, quelques grammes par exemple, ont produit néanmoins des accidents graves et même des péritonites mortelles; le plus souvent pourtant les injections intra-utérmes ne déterminent que des douleurs vives dans le ventre, et parfois des accidents bystériformes qui cèdent à des applications sédatives et à l'opium donné par la bouche ou en lavement. La généralité des médecins, et je suis de ce nombre, a proscrit cette médication comme pouvant être dangereuse.
En fait d'injections, on se bornera à faire dans le vagin, plusieurs fois par jour, des irrigations plus ou moins froides avec de l'eau pure ou rendue astringente avec l'alun, le tannin, etc. Ces injections convenablement faites pourront agir sur l'utérus lui-même ; elles combattront d'ailleurs la vaginite qui existe presque toujours aux environs du col, et qui est probablement provoquée par la stagnation du mucus puriforme qui provient de Tintérieur de l'utérus.
Nous avons dit que dans quelques cas de métrite interne il survenait des hémorrhagies rebelles attribuées plus ou moins gratuitement à ces végétations que nous avons décrites précédemment dans la cavité du col et dans celle du corps. C'est dans ces conditions qu'à l'exemple de Récamier, quelques personnes pratiquent à l'aide d'une curette l'ablation de ces fongosités, opération dangereuse ayant été parfois suivie de mort, et pour laquelle on n'est dirigé par aucune indication précise.
De la métrite parenchymateoBe non puerpérale.
Caractères anatomiques. — Dans les cas rares où l'on peut examiner l'état de l'utérus atteint d'inflammation simple, on trouve l'organe augmenté de volume; le tissu, d'un rouge plus ou moins foncé, est plus consistant, mais nriable, ou bien il est ramolli et se laisse déchirer ou pénétrer par le doigt; les vaisseaux, et surtout les sinus veineux, sont plus développés. Si du pus a été produit, il est infiltré dans les parois, ce qui donne à celles-ci une coloration grisâtre ou bien une teinte feuille-morte. Plus rarement on a trouvé le pus réuni en plusieurs foyers isolés, les uns libres, les autres enkystés, ayant toujours un petit volume (depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'une noix). Lisfranc en a vu deux pourtant qui égalaient à peu près la moitié du poing ; plus récemment M. Depaul et Scanzoni ont rapporté chacun un cas analogue.
Dans la métrite parenchymateuse la membrane interne de l'utérus peut être intacte; le plus souvent elle est injectée, friable, tapissée par un mucus diversement coloré ou par du pus.
DE LA METRITE PAREiNCHYMATEUSE NON PUERPÉRALE. 549
L'inflammation peut être exactement limitée au tissu de l'utérus^ mais le plus souvent (cela du moins arrive presque toujours lorsqu'on fait Texamen anatomique), les annexes, spécialement les trompes, les ovaires ainsi que le péritoine et le tissu cellulaire ambiant, participent également plus ou moins^ au travail phlegmasique.
La métrite pouvant être partielle ou générale, les lésions qui la caractérisent occuperont donc l'utérus en entier ou quelques-unes de ses parties, spécialement le col, la paroi antérieure ou la paroi postérieure, ou bien Tun des bords de Torgane.
Symptômes. — La métrite débute généralement sans prodromes et par des symptômes locaux. Les malades accusent dans la profondeur du bassin une douleur plus ou moins vive que la pression hypogastrique réveille, et qui force les femmes à garder aussitôt la ppsition horizontale ; la fièvre se déclare bientôt, ainsi que divers troubles sympathiques vers les organes digestifs. Hais les symptômes variant suivant que la métrite est partielle ou générale, suivant qu'elle affecte le col ou le corps de l'organe, il importe, pour la clarté des descriptions, d'établir tout d'abord quelques divisions.
l"" Métrite du col. — Lorsque le col est phlogosé, la douleur peut manquer; le plus souvent pourtant elle existe, et elle est localisée profondément dans l'hypogastre ; elle peut s'irradier dans les lombes, les aines et les cuisses, comme le. font toutes les souffrances utérines. Si l'on pratique le toucher, on reconnaît que le col est chaud, sensible à la plus légère pression, lisse ou inégal, dur ou bien mou, comme boursouflé et fongueux ; l'orifice est plus ou moins entr'ouvert; le col a acquis un volume plus considérable, souvent double ou triple, ou quadruple de ce qu'il est à l'état normal. On comprend aisément que le col ainsi devenu plus volumineux, et partant plus lourd, entraîne l'u térus, le rapproche davantage de la vulve (prolapsus), ou bien, le col se portant un peu en arrière, le corps peut être légèrement incliné en avant {antéversion).
L'examen au spéculum fera reconnaître par la vue la plupart des changements que le col utérin a subis, il permettra en. outre de constater à sa surface des érosions, parfois des pseudo-membranes, ainsi que la nature de l'écoulement.
2° Métrite du corps. — Si l'inflammation envahit le corps de l'organe dans la totalité ou dans la plus grande partie de son étendue, on observe généralement un ensemble de symptômes généraux et locaux plus graves que les précédents. C'est ainsi qu'un frisson plus ou moins violent marque parfois le début de la maladie. L'hypogastre est aussitôt le siège de douleurs vives et lancinantes, qui s'exaspèrent par la pression, par les secousses de la toux, par les inspirations profondes, et généralement par la plupart des mouvements imprimés au corps. Les malades ne peuvent le plus souvent tenir le tronc dans sa rectitude normale ; elles sont presque toujours obligées de se courber fortement en avant lorsqu'elles marchent. La plupart éprouvent également un sentiment de pesanteur au sacrum, à l'anus, ou même un véritable ténesme ; l'excrétion de l'urine est souvent douloureuse et difficile; il y a aussi presque toujours des tiraillements ou des élancements aux aines, à la partie interne et supérieure des cuisses, ainsi qu'à la région sacrée. Ces divers accidents peuvent exister dans la mélrite du col, mais ils sont plus constants, et surtout plus accentués, lorsque le corps est envahi ; ils s'expliquent d'ailleurs aisément par la compression que l'organe, devenu plus volumineux, exerce sur le rectum, sur la vessie, sur les nerfs sacrés; l'utérus^ devenu plus lourd, tiraillant les ligaments qui le
iixcnt au bâssin, fend compte aussi de ces douleurs que certaines femmes accusent dans les aines et à la partie interne des cuisses.
La palpation de Tabdomen ainsi que le touclier vaginal et rectal feront aisément constater le siège de la métrite et le degré d'intumescence éprouvé par le corps utérin. Lorsque la douleur hypogastrique n'est pas très-vive, on peut, en déprimant suffisamment la paroi abdominale antérieure, sentir souvent que le fond de l'utérus est au niveau du pubis, ou même qu'il le dépasse de quelques centimètres. L'introduction du doigt dans le rectum fait mieux encore constater une augmentation dans le volume de l'organe, tant dans ses diamètres antéro-postérieur et transverse «que dans son diamètre vertical. En pressant sur la paroi recto-vaginale, et souvent par la seule introduction du doigt, on excite des douleurs vives. Le toucher vaginal indique si le col est sain ou s*il participe à la maladie du corps. En portant le doigt dans les culs-de-sac latéraux, on pourra reconnaître l'intumescence éprouvée par le corps. Ce renseignement est pourtant en général assez confus. Mais par le toucher vaginal on constatera les changements survenus dans la position de l'utérus, qui est ordinairement abaissé ou dans un état d'antéversion ou de rétroversion; il fait reconnaître aussi que l'organe est devenu plus lourd, moins mobile et parfois comme enclavé, soit à cause des adhérences qu'il a contractées, soit en raison de la phlegmasie concomitante des tissus environnants.
Il n'est pas rare que dans la période la plus aiguë de la métrite du corps il n'existe aucun écoulement vaginal; cependant tôt ou tard- il s'échappe par la vulve, en plus ou moins grande abondance, un liquide blanc ou jaunâtre, parfois sanguinolent ou muco-purulent.
Les phlegmasies utérines, quel que soit leur siège, ont pour effet à peu près constant de proToquer des troubles sympathiques du côté de plusieurs appareils, surtout vers les organes digestifs : les malades ont de l'inappétence, beaucoup ont des nausées et des vomissements aqueux ou bilieux ; le ventre est un peu tendu et météorisé; les selles sont rares : parfois, au contraire, il existe des selles dysentériques accompagnées de ténesme ; la fièvre est plus ou moins forte, la figure exprime de l'anxiété; il y a de la céphalalgie et de l'insomnie.
Durée. Terminaisons. — La métrite aiguë simple, sans complication grave, a presque toujours une heureuse issue. La résolution est son mode de terminaison le plus ordinaire ; on l'observe presque constamment entre le premier et le second septénaire. La suppuration est, par contre, un accident extrêmement rare; elle se déclare plus souvent dans les mctrites Iraumatiques que dans celles qui sont spontanées. A cause du volume peu considérable des abcès, il est généralement difficile de reconnaître s'il y eu ou non suppuration ; cependant, dans quelques cas rares, on a pu en avoir la démonstration lorsque des collections purulentes très-volumineuses, formées dans l'épaisseur de l'uférus, se sont fait jour dans sa cavité, ou bien se sont frayé une issue dans le rectum ou bien à travers les parois abdominales. Ces faits sont rares d'ailleurs, et nous paraissent, pour la plupart du moins, appartenir plutôt à des abcès des ovaires ou des ligaments larges. Beaucoup nous semblent être presque aussi suspects que ceux qui sont relatifs à des métrites aiguës qu'on aurait vues se terminer par la gangrène et par l'élimination de Toi^ane tout entier. Il paraît constant toutefois qu'on a rencontré des gangrènes partielles du col. Très-fréquemmenl enfin la métrite passe à l'état chronique; on observe surtout cette terminaison chez les femmes lymphatiques ou chez celles qui ont subi un traitement irrégulier ou qui se sont livrées prématurément au travail.
Complications. — La métrite se complique souvent do phlegmasie du côté
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des ovaires, des trompes et des ligaments iai^es. L'inflammation peut aussi se propager au péritoine, et c'est là ce qui constitue un des principaux dangers de la maladie. La complication de la phlébite est possible, mais elle est moins à craindre que la précédente. Nous verrons qu'il n'en est pas de même dans la métrite puerpérale.
Suites. — La métrite aiguë qui s'est compliquée d'un peu de péritonite partielle peut avoir des suites plus ou moins Ôicheuses. L'oblitération des trompes ou des adhérences insolites de leur extrémité libre peuvent amener une stérilité incurable; par contre, des adhérences établies entre l'utérus et les parois du bassin peuvent être une cause d'avortement en s'opposant au développement régulier de l'organe (Boivin). La métrite qui atteint la femme grosse a pour résultat presque constant la mort du fœtus et son expulsion prématurée : on a même vu dans ces cas l'utérus enflammé se ramollir et se rompre, ce qui entraine comme conséquence inévitable le passage du fœtus dans le péritoine, et le développement subit d'une péritonite suraiguê trèsrapidement mortelle.
Diagnostic. — La péritonite, l'ovarite, la vaginite, le phlegmon péri-utérin et la cystite sont les principales maladies aiguës qu'on peut confondre avec la métrite. Nous parlerons plus tard du diagnostic différentiel des quatre premières; quant à la cystite, elle sera aisément distinguée de l'inflammation de la matrice par le siège superficiel de la douleur hypogastrique^ par les besoins fréquents d'uriner, par les souffrances et l'anxiété qui précèdent et accompagnent chaque excrétion, par l'absence des douleurs inguinales et sacrées, et par les résultats négatifs que fournissent le toucher vaginal et le toucher rectal. Il est à peine utile de dire qu'on ne pourra prendre pour une métrite les accidents, quelquefois violents, qui marquent l'établissement ou le retour des règles chez quelques femmes, ainsi que les douleurs qui accompagnent l'avortement et les déplacements de l'utérus; car la marche de la maladie, les résultats fournis par le toucher, ne laisseront aucun doute sur la cause des troubles qu'on observe. L'exploration par le doigt et la nature des symptômes révéleront enfin quelle est la portion de l'utérus qui est spécialement ou exclusivement affectée. Lorsque le col seul est malade, la douleur est concentrée dans le fond du vagin, et le doigt reconnaît que la partie affectée est chaude et très-sensible. Si, au contraire, la phlegmasie est bornée au bas-fond de l'utéru^, le toucher par le vagin, aussi bien que celui qu'on pratique par le rectum, ne donne aucun signe, tandis que la pression hypogastrique réveille les douleurs les plus vives. Le ténesme vésical et les difficultés d'uriner qui prédominent révéleront, suivant Chomel, que la lésion occupe la paroi antérieure, taudis que, d'après le même observateur, les douleurs se font spécialement sentir pendant la défécation, et occupent la région sacrée lorsque c'est la paroi postérieure «qui est spécialement atteinte. Enfin, Chomel nous dit encore que c'est principalement dans l'affection des parties latérales de la matrice qu'on observe des souffrances dans les aines et dans les cuisses ; la pression hypogastrique est alors plus douloureuse du côté malade, et le corps de Torgane est généralement incliné dans ce sens, tandis que le col Test en sens inverse. Observons cependant que, sans nier la possibilité de ces mélrites partielles, elles sont néanmoins rares; et peut-être les auteurs et Chomel en particulier ont-ils attribué à une métrite localisée des accidents produits par cette maladie complexe que nous étudierons plus lard sous le nom Ae phlegmon péri-ijUérin .
Pronostic. — La métrite simple est une maladie qui compromet rarement
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Texislence : aussi son pronostic est-ii peu grave; il faut en excepter pourtant les cas où la phlegmasie envahit tout Torgane, ou bien ceux où elle se propage au péritoine ou aux veines, ou bien encore ceux où elle atteint un utérus distendu par le produit de la conception. Enfin, nous avons vu que la métrite, tout en guérissant, pouvait entraîner après elle de grands inconvénients, comme la stérilité ou une tendance extrême aux avortements.
Étiologie. — Toutes les parties de Tutérus ne sont pas également prédisposées à rinflammation ; le coi est celle qui est le plus souvent affectée, ce qui dépend non-seulement de ce qu'il est plus exposé que le corps aux violences extérieures, mais aussi de ce qu'il renferme plus de tissu cellulaire et de vaisseaux que celui-ci. La métrite est une affection très-rare chez les filles non encore menstruées, comme chez les vieilles femmes qui ont cessé de l'être. Elle est non moins rare chez les femmes grosses : lorsqu'elle survient chez elles, presque toujours elle succède à quelque cause traumatique, surtout à des manœuvres criminelles pour provoquer Tavortement. A Tétat de vacuité, la métrite peut être tout à fait spontanée ; mais souvent elle est provoquée par quelque cause déterminante appréciable, comme une opération sanglante, des fatigues dans la marche, une chute sur les fesses, l'abus des plaisirs vénériens, des chocs trop violents portés sur le col utérin, la suppression brusque des règles, la présence d'un pessaire dans le vagin, l'impression subite du froid, ou l'abus d'injections trop fortement astringentes dans le but de supprimer une hémorrhagie; enfin l'extension à l'utérus d'une phlegmasie du vagin, surtout d'une blennorrhagie.
Traitement. — On oppose à la métrite aiguë le traitement antiphlogistique ordinaire, c'est-à-dire une ou plusieurs saignées générales, et surtout l'application de sangsues à l'hypogastre, aux aines, à l'anus, ou bien des ventouses sur les régions lombaire et sacrée. On a même proposé de placer des sangsues sur le col utérin probablement mis à découvert à l'aide d'un spéculum plein. C'est là une opération incommode, longue, souvent douloureuse, répugnante pour toutes les femmes, et qui, utile dans quelques cas, n'a pas cependant des avantages tels, qu'elle doive être préférée. Chez les femmes atteintes de métrite, l'hypogastre sera recouvert de larges cataplasmes émollients; des injections ou plutôt des irrigations émoUientes seront faites plusieurs fois par jour dans le vagin, et les malades seront en outre maintenues pendant une ou plusieurs heures dans un bain tiède. Aux moyens précédents on joindra une diète plus ou moins sévère, l'usage de boissons douces, de lavements émollients ou de quelques laxatifs, enfin on prescrira la position horizontale sur un lit dont les matelas seront de crin. Celle médication sera continuée pendant toute la durée de l'état aigu. Si la maladie est plus violente, lorsque surtout elle se complique de péritonite, on aura recours aussitôt aux frictions niercurielles et à l'usage du calomel à doses fractionnées. Enfin, si les souffrances sont vives, on donnera l'opium jusqu'à effet sédatif. La convalescence devra être surveillée avec soin, et l'on ne permettra aux femmes de reprendre leurs occupations qu'après le retour complet de l'organe à l'état physiologique.
De la métrite puerpérale.
Caractères anatomiques. — L'utérus est d'autant plus volumineux que la maladie a débuté à une époque plus rapprochée de l'accouchement; l'organe déborde toujours alors le rebord supérieur du bassin. Ses parois sont rouges et injectées; elles sont indurées, quelquefois flasques, toujours ramollies ou