DE L'HÉMORRHAGIE CÉRÉBRALE
remplir une indication contre-stimulante, ainsi que Laénnec paraît l'avoir fait plusieurs fois.
li est inutile de dire qu^avec les moyens que je viens d'énumérer les. malades seront soumis à une diète sévère, à l'usage d'une boisson acidulé, tempérante et laxative. On prescrira le repos le plus absolu, on éloignera toutes les causes d'excitation; la température de la chambre sera fraîche; la tète, découverte, ou du moins légèrement couverte, sera maintenue élevée et appuyée sur un oreiller de crin ou de balle d'avoine; enfin on évitera qu'aucun vêtement ne comprime la poitrine et le cou. En supposant que les moyens que j'indique produisent une amélioration rapide, on devra néanmoins ne pas se départir, pendant les sept ou huit premiers joura, du régime sévère que l'on a prescrit, car c'est à cette époque que se développent souvent les congestions cérébrales.
Dès que l'on constatera les signes du ramollissement inflammatoire, on reviendra à l'usage des émissions sanguines; on insistera aussi sur les dérivatifs intestinaux et cutanés : c'est dans ces cas qu'on a conseillé des révulsifs plus énergiques, tels que des vésicatoires ou des cautères sur les membres, mais surtout un large séton à la nuque. L'utilité de ce dernier moyen n'est pas mieux démontrée. On a encore préconisé les frictions mercurielles sur les tempes et sur le cuir chevelu, ainsi que l'administration à l'intérieur du calomel à doses fractionnées, afin d'exciter la salivation. C'est là un moyen qu'on ne devra pas sans doute négliger dans les cas graves, sans que cependant son efficacité ou même son utilité soit encore bien démontrée.
D est des apoplectiques qui sont tourmentés par l'insomnie, qui s'agitent et se plaignent sans cesse. On calme parfois ces accidents par l'administration d'un bain tiède donné avec beaucoup de précaution; mais on en triomphe plus sûrement encore en prescrivant l'opium à la dose de 2 à 5 centigrammes. C'est à tort que quelques médecins craignent d'administrer ce médicament dans les affections cérébrales, sous le faux prétexte qu'on peut produire ou aggraver une congestion cérébrale : l'expérience nous prouve tous les jours combien ces craintes sont peu légitimes.
Dans la convalescence, on évitera tout ce qui pourrait favoriser une nouvelle attaque. Je renvoie, pour l'indication du régime et des soins hygiéniques à prescrire, à ce que j'ai dit précédemment pour la congestion cérébrale. D'ailleurs les moyens à conseiller varient beaucoup : ainsi il est des individus pléthoriques chez lesquels le régime débilitant devra être continué pendant longtemps, tandis que, chez les personnes débiles et chez les vieillards, on insistera sur les toniques et les ansdeptiques.
Contre les paralysies qui persistent et qui rendent les individus impotents pour le reste de leurs jours, on a conseillé divers moyens, les uns impuissants, la plupart dangereux. Les frictions sèches, aromatiques ou rubéfiantes sur les membres paralysés, l'application de vésicatoires volants, les douches salines, sulfureuses et de vapeur n'ont aucune action utile. Il en est de même de l'électricité, du galvanisme, de bains de vapeur, ainsi que de l'emploi de la noix vomique et de la strychnine à l'intérieur ou par la méthode endermique. Ces derniera agents ne sont pas seulement impuissants, mais ils sont le plus souvent dangereux par l'excitation et les congestions cérébrales qu'ils provoquent. Il ne faudrait donc y recourir qu'à une période très-avancée, lorsque toute contracture a cessé, lorsque la lésion cérébrale étant cicatrisée, il parait utile d'exciter les muscles qui- semblent avoir perdu leur aptitude motrice. M. Duchenne dit avoir, en pareil cas, employé avec avantage l'électrisation localisée. Mais, je le répèto, il faut toujours procéder avec une extrême réserve.
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Ce que je dis de l'électricilé et de la strychnine s'applique aux eaux salines et sulfureuses, comme Bourbonne, Balaruc, Luchon, Baréges, qu'on conseille aux paralytiques dont nous parions, au risque de provoquer une nouvelle attaque. Tous ces moyens sont impuissants pour enlever, pour détruire l'épine qui existe dans le cerveau, pour réparer la perte de substance que celui-ci a subie. Il faut donc n'avoir foi qu'à l'hygiène, et, s'il est un service que le médecin puisse rendre encore à de pareils infirmes, c'est de les défendre contre les empiriques et les charlatans.
DE l'hÉMORRHAGIE DE LA MOELLE ÉPINIËRE.
Les hémorrhagies de la moelle épinière sont très-rares. Jusqu'à présent on D*en connaît guère que six ou sept exemples, dont un a été recueilli par moi et publié en 1836 dans le Journal hebdomadaire.
Anatomie pathologique. — Dans les faits observés il y avait tantôt un, tantôt plusieurs foyers sanguins; toujours ils occupaient le centre de l'organe, c'est-à-dire, la substance grise. Dans quelques cas, le sang ayant déchiré le pulpe médullaire elle-même, on l'a trouvé épanché sous les méninges ou dans la cavité rachidienne. L'épanchement est tantôt circonscrit à une moitié latérale de moelle; mais le plus souvent il occupe toute l'épaisseur de l'organe. La moelle est plus ou moins ramollie autour du foyer; celle-ci suit la même marche et subit les mêmes transformations que les foyers du cerveau qui sont consécutifs à une hémorrhagie.
Symptômes. — Dans la plupart des cas l'hémorrhagie spinale offre un début presque sans prodromes; d'autres fois elle est précédée de douleurs vives dans un point du rachis, de fourmillements et de faiblesse dans les membres. L'épanchement sanguin a pour effet de produire instantanément la paralysie de toutes les parties situées au-dessous de lui. Lorsque l'hémorrhagie siège dans le renflement lombaire, )a paralysie porte sur les membres pelviens, sur le rectum et sur la vessie; les membres thoraciques sont en outre paralysés, lorsque la lésion atteint le renflement cervical : alors les muscles destinés à mouvoir les parois thoraciques cessent bientôt de se contracter, et la dilatation de la poitrine ne se fait plus que par l'abaissement du diaphragme. Au milieu de ces désordres l'intelligence se conserve intacte. L'hémorrhagie simple du bulbe rachidien produit généralement une mort instantanée, car, le nerf phrénique étant lui-même paralysé, il en résulte une suspension de la respiration, et partant de l'hématose. Nous avons vu que l'épanchement pouvait n'occuper qu'une moitié de la moelle; dans ces cas la paralysie est limitée à une moitié du corps ; elle peut même être bornée à un seul membre, mais toujours elle est directe; cependant, pour peu que la maladie se prolonge,* la paralysie ne tarde pas à s'étendre aux membres qui d'abord avaient été épargnés, soit en raison de l'extension du foyer, ou bien à cause d'un ramollissement consécutif.
Marche. Durée. Terminaisons. — L'hémorrhagie spinale a une marche en général rapide. Un seul malade a vécu quarante jours; la plupart succombent au bout de quelques jours par la suspension de la respiration ; chez d'autres, la mort est accélérée ou produite par le développement d'eschares sur les points qui supportent le poids du corps. Cependant l'hémorrhagie spinale n'est pas une affection nécessairement mortelle : c'est d'ailleurs ce que prouve un exemple de guérison rapporté par H. Cruveilhier dans son grand ouvrage d*anatoroie pathologique; ce fait est le seul que l'on connaisse jusqu'à présent.