‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 166 sur 176 · DU FLUX DE LAIT, GALACTORRIÎÉE · texte numérisé non relu

DU FLUX DE LAIT, GALACTORRIÎÉE

X immodéré de lait, produisant une altération plus ou moins grave dans

Je la femme, caractérise la galactirrhée ou galaclorrhée. Cette maladie

;s nourrices ou les femmes qui ont sevré récemment.

fiâmes. — Le lait sécrété s'écoule en grande abondance par le fait de

jn de l'enfant, ou bien indépendamment de cette excitation, c'cst-à-

' me manière spontanée; le flux s'opère alors spécialement ({uelques

^ après le repas; les linges dont la femme se garnit sont traversés. Cette

*^' >n peut s'accompagner de douleurs et de tiraillements vers les mamelles

^ ^ lisselles. Quoique ces pertes aient pour effet d'augmenter d'abord Tap-

^m ne tarde ps pourtant à remarquer que la femme pftlit, qu'elle maigrit,

ses forces déclinent; bientôt elle est essoufflée, oppressée, elle est tour-

e par des palpitations ; l'appétit diminue ou cesse ; enfin la fièvre hectique

"* me, des accidents coUiquatii's, tels que la diarrhée et les sueurs, survien-

^ et accélèrent la terminaison lAchcnse. Cependant il est douteux que le

"^ Je lait produise à lui seul ces accidents d'étisie ; presque toujours les

itômes dont nous parlons se lient à la présence de tubercules dans les

.nous. Cette grave complication sunient sous Finfinence de l'épuisement

la galaclorrhéc détermine; nous verrons le même effet se proiluire dans-

2 ours du diabète. Si les poun)ons ne sont pas envaliis par le travail de tu-

^ Gulisation, le flux de lait cesse après un (emps plus ou moins long, et la

Àté se rétablit sous l'influence seule d'un régime convenable.

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Le diagnostic de la maladie ne présente aucune difOculté. Son pronasiic peut être grave si le flux est spontané, s'il est considérable, et si la constitution est détériorée, car dans ces conditions les femmes deviennent souvent tuberculeuses. Causes. — La galactorrhée dépend le plus souvent de la trop forte excitalion des seins produite par un enfant vorace, et par l'allaitement de plusieurs nourrissons à la fois, ou bien encore par un allaitement trop prolongé. La maladie a paru aussi survenir quelquefois par l'abus des excitants, d'une alimentation trop réparatrice, ou bien, au contraire, par suite d'un régime débilitant, ou de la mauvaise constitution des femmes.

Traitement. — La première indication consiste à sevrer l'enfant, non brusquement, ce qui pourrait avoir des inconvénients, mais lentement et en ajant soin de ne donner le sein que longtemps après les repas. On soutient et on relève les forces par une alimentation réparatrice, à laquelle on associera souvent avec avantage l'usage des ferrugineux. Les seins seront soutenus convenablement, et l'on exercera sur eux une certaine compression. Les femmes ne feront aucun effort; elles devront surtout s'abstenir d'exécuter des mouvements avec les membres supérieurs. Enfin on produira des révulsions par des pédiluves, par des laxatifs, par les diurétiques et les sudorifiques ; le petit-kit de Weiss remplit plusieurs de ces indications. Lorsque nonobstant le sevrage de l'enfant, la galactorrhée continue, on a proposé de faire des lotions vineuses ou aromatiques sur les seins, ou bien encore de les oindre avec un Uniment camphré. M. Riesemberg (de Berlin) a conseillé l'usage de Tiode, et surtout de l'iodure potassique à l'intérieur, comme propre à tarir la sécrétion du lait. L'expérience ne s'est pas encore prononcée sur l'efficacité de ce moyen dont l'emploi pourtant est rationnel, puisque l'iode a souvent pour effet de diminuer l'énergie de la sécrétion lactée. N'est-il pas permis d'espérer qu*on obtiendrait de meilleurs effets de l'emploi de l'hydrothérapie, qui peut agir et comme un agent énergique de révulsion, et comme un reconstituant des plus puissants?

DES FLUX d'urine

Sous le nom de diabète^ on a longtemps confondu deux maladies distinctes ayant pour caractères communs un flux plus ou moins considérable d'urine et une soif proportionnée à cette excrétion. L'analyse du liquide, l'examen, la comparaison des symptômes, ont démontré, en effet, qu'il y avait deux flux urinaires essentiellement différents. Dans l'un l'urine, sécrétée en très-grande abondance, est seulement plus aqueuse et contient moins de principes fixes que l'urine normale : c'est la polyurie. Dans l'autre, l'urine a acquis une densité exceptionnelle, et renferme un produit nouveau, du sucre de fécule^ c'est la glycosurie ou diabète sucré.

De la polyurie.

Synonyvib. ^ HydrurUt polydipsie; diuresU; diabèto insipide ou faux diabète» etc.

La polyurie est une maladie caractérisée par une émission très-abondante d'urines aqueuses ayant une très-faible pesanteur spécifique, et ne contenant aucun principe sucré : les malades sont, en outre, tourmentés par une soif exclusive qui les oblige à ingérer une très-grande quantité de boissons. C'est en raison de ce symptôme prédominant que quelques auteurs ont donné à

DE LA POLYURIE. 867

cette affection le nom de polydipsie; d'autres, en plus grand nombre, en ont fait une variété de diabète, et Tout désignée sous les noms de diabète insipide ou de faux diabète. Cependant nous dirons plus tard que quelques diabètes insipides appartiennent au diabète véritable, puisqu'il existe alors dans l'urine un sucre de fiscule qui est masqué seulement par sa combinaison avec d'autres substances. Ces cas exceptés, nous croyons que la polyurie doit comprendre à peu près tous les faits décrits autrefois sous la dénomination de diabète insipide ou non sucré. M. Lacombe, dans sa thèse (1841), a tracé de cette affection une description très-exacte.

Symptômes. — Dans la polyurie, les malades peuvent rendre des quantités d'urine plus considérables que dans le diabète ; mais le liquide n'a pas, dans les deux cas, la même composition. Dans l'affection que je traite ici, l'urine est claire, limpide, à peine colorée, plus ou moins semblable à de l'eau filtrée, et peu ou point odorante; elle est neutre ou légèrement acide; la chaleur et l'acide nitrique ne la troublent pas. Elle contient enfin moins d'urée, d'acide urique et de sels fixes; elle a une pesanteur spécifique qui varie de 1,001 à 1,009. Plusieurs fois j'ai trouvé celle-ci inférieure de 1 ou 2 degrés à celle qu'avait l'eau de Seine qui servait aux besoins de la salle. La quantité de boisson que les malades prennent est en rapport avec cette exagération de la sécrétion urinaire. Il est, en effet des individus auxquels il faut deux ou trois seaux de liquide pour étancher leur soif. Celle-ci est presque incessante; la plupart des malades se réveillent souvent pendant la nuit pour obéir aux besoins impérieux de boire et d'uriner (Lacombe). Au milieu d'un trouble si remarquable, les digestions se font bien; l'appétit est rarement augmenté, comme il l'est dans le diabète; il est généralement conservé; parfois pourtant il est diminué, et les malades préfèrent, pour la plupart, une alimentation vé^ gétale et les boissons acidulés. La bouche est pâteuse, la salive rare ; il existe une sensation de sécheresse dans la bouche et dans le pharynx ; il y a vers l'estomac un sentiment de gêne, comme dans le besoin exprimé par la faim (Lacombe). Les fonctions respiratoire et circulatoire sont à l'état physiologique; la peau est sèche et rugueuse; les malades sont impressionnables au froid; ils ont généralement peu d'embonpoint; cependant leurs forces sont conservées, et ils ont presque l'aspect extérieur de la santé, à moins pourtant que l'appétit ne fasse défaut.

Marche. Durée. Terminaisons. — Cette affection, qui commence souvent dans l'enfance, va en augmentant jusqu'à la puberté, puis elle reste stationnaire. Lorsque la polyurie affecte les adultes, elle acquiert en peu de jours son summum d'intensité (Lacombe). Les saisons n'ont aucune influence sur les principaux symptômes de la maladie, tandis que le développement d'une affection fébrile produit pendant toute sa durée une diminution dans l'intensité de la soif (Lacombe). La polyurie a une durée indéterminée; elle est rarement moindre de plusieurs années, et se prolonge souvent pendant toute la vie. Lorsqu'elle cesse, la guérison n'est le plus souvent qu'éphémère. Les récidives sont fréquentes; je ne sais s'il existe aucun cas authentique de guérison définitive. Il ne pardt pas que cette maladie ait jamais occasionné la mort par elle-même ; cependant elle laisse les individus dans un état habituel de faiblesse, et lorsqu'elle commence dans l'enfance ou pendant la puberté, elle peut, comme nous l'avons vu une fois, retarder le développement régulier du corps. Contrairement aussi à ce que nous verrons pour le diabète, la polyurie ne semble pas provoquer le développement des tubercules. Cependant j'sd vu pendant l'année 1861 succomber dans le dernier degré d'une phthisie pulmo-

naire un homme âgé de quarante-huit ans, polyurique depuis plus de trente années, et non prédisposé à la phthisie par voie d'hérédité.

Diagnostic. — On ne pourrait confondre la polyurie qu'avec le diabète; mais la première diffère de celui-ci par la composition des urines, qui ne contiennent jamais de sucre, et ont une pesanteur spécifique peu considérable; par rinfluence beaucoup moindre qu'elle exerce sur l'embonpoint et les forces, par sa durée illimitée, et parce qu'elle n'a peut-être jamais une issue funeste.

Pronostic. — Si la polyurie ne compromet pas prochainement rcxistcnce, elle ne doit pas moins être considérée comme une maladie fâcheuse, en raison de sa persistance, de son opiniâtreté et de l'état maladif qu'elle entretient pendant toute la vie.

Causes. — Les causes de la polyurie sont inconnues. Cette maladie semble affecter préalablement les sujets débiles ou de constitution moyenne. Les hommes, surtout à l'âge adulte, y sont davantage prédisposés. D'après un fait que M. Lacombe a rapporté dans son excellente thèse, il semblerait que la polyurie pourrait se montrer héréditairement dans certaines familles.

La maladie survient presque toujours spontanément; on cite pourtant un certain nombre de cas où elle a succédé à un coup sur la tête, à une chute sur le siège, à une contusion sur la région hépatique, ainsi que j'en ai rencontré un exemple ; on l'a vue enfm se déclarer dans le cours d'affections cérébrales chroniques (1).

La polyurie n'est pas spéciale à l'homme, elle a, dit-on, quelquefois régné cpidémiquement sur les chevaux : c'est ce qui eut lieu à Paris en 1837. Les vétérinaires l'ont décrite sous le nom de pisse.

Autopsie. — On ne trouve aucune lésion qui soit propre à la maladie. D serait naturel de croire que les reins doivent toujours avoir acquis un Tolume plus considérable; il n'en est pas toujours ainsi. Le malade dont je parlais tantôt, resté polyurique pendant trente ans, avait des reins au-dessous du volume et du poids normaux, et la substance corticale, du moins dans un des reins, était sensiblement décolorée ; la vessie et même les uretères avaient une ampleur au moins double de ce qu'elle est à l'état physiologique.

Traitement. — Le traitement de la maladie dont je viens de parler est encore à trouver. On a tour à tour essayé, sans grand avantage, les antiphlogistiques, les émétiques, les narcotiques, les toniques, les martiaux, les astringents, les antispasmodiques, spécialement la valériane â haute dose, le régime exclusivement végétal ou animal. Chez une malade que j'ai traitée en 1819, après avoir expérimenté la plupart de ces moyens, ainsi que les bains de vapeur et la valériane, je parvins à produire momentanément un mieux notable avec l'extrait d'opium. M. Debout a prôné de nouveau le nitrate de potasse fondu, ou sel de Prunelle, à la dose de 4 grammes par jour. Mais tous ces moyens sont assez précaires. Pourrait-on obtenir des effets plus durables à l'aide de l'hydrothérapie? C'est à une expérience ultérieure à le prouver.

Nature. — On n'est pas encore fixé sur la nature et sur le siège de l'afTeclion. Est ce primitivement un flux rénal, ou bien une névrose de l'estomac analogue à la boulimie? et alors le flux urinairc ne serait-il pas la conséquence de l'ingestion du liquide? C'est ce qu'il est impossible de déterminer dans Télat actuel de la science.

(1) Gatette hebdomadairCf année 1860, et ÂrcMves, année ISCd.

Du diabète sacré.

SmoNTifii. — DUbétèt, phthUurM merde, glucMorie ou glycosurie; urinœ profluvium, llenUriti urinalUt Il ^ùbetet mellitus, anglicut, etc. — [Habite vient de li«C«tv«, je passe à travers.

fe On désigne sous le nom de glycosuriey ou diabète sucréy une maladie apyi rétique caractérisée par Texcrétion abondante d'une urine contenant une quant iité plus ou moins considérable de sucre de fécule.

« Historique. — Il ne parait pas qu'avant Celse aucun auteur ancien ait i connu le diabète. Les indications et les descriptions qu'on trouve dans les ouvrages de Celse, d'Ârétée et de Galien jusqu'à Willis, sont peu précises, puisi que le diagnostic de la maladie ne reposait guère alors que sur l'abondance de I la sécrétion urinaire. Cependant Willis, ayant dit en 1764 que dans le diabète ^ l'urine était sucrée, provoqua les recherches des chimistes. Mais ce ne fut , pourtant qu'en 1775 que Pool et Dobson, et surtout Cowley, trois ans plus tard, démontrèrent dans l'urine la présence du sucre. Depuis cette époque, les recherches sur le diabète ont été très-nombreuses : nous citerons en particulier, pour l'Angleterre, le travail remarquable de Rollo et de Prout ; en France, les recherches de Nicolas et Gueudeville (de Caen); celles de Dupuy tren et Thenard; une excellente thèse de H. Contour (1844). Mais nous devons surtout mentionner de la manière la plus honorable les beaux travaux de notre vieil ami le professeur Bouchardat, insérés dans deux de ses Annuaires (1841 et 184G), et dans le XVP volume des Mémoires de V Académie de médecine. Citons enfin les admirables recherches de M. Cl. Bernard; car en démontrant que le foie sécrète normalement un sucre identique avec celui que les diabétiques rejettent, cet éminent physiologiste a éclairé d'un jour tout nouveau l'histoire du diabète*

Anatomie pathologique. — On ne connaît point encore le caractère anatomique du diabète. Les reins, dans lesquels on a pendant longtemps voulu localiser la maladie, sont le plus souvent exempts de toute altération. Si dans quelques cas fort rares on y a trouvé des productions accidentelles (calculs, hydatides, etc.), si parfois on les a vus atrophiés, il est constant que ces lésions sont purement accidentelles. L'altération la plus commune du tissu rénal, qui serait Uée plus ou moins directement à l'affection, consisterait dans une hypertrophie qui porterait ordinairement sur les deux reins à la fois ; le tissu serait aussi plus vasculaire : ceci s'expliquerait par l'activité insolite des reins. On peut trouver la même lésion chez ceux qui ont une simple polyurie, tandis qu'elle manquerait, d'après M. Bernard, chez les diabétiques qui ne sont pas en même temps polyuriques.

Depuis que les travaux de M. Bernard ont porté à localiser le diabète dans le foie, cet organe a été l'objet d'une attention toute spéciale dans les autopsios. M. le professeur Andral, dans une communication faite le 23 juillet 1855 à l'Académie des sciences, nous a appris qu'ayant eu l'occasion d'ouvrir récemment le cadavre de cinq diabétiques, il a trouvé invariablement chez tous une altération du foie. C'était une coloration d'un rouge brun tellement prononcée que l'organe, au lieu de présenter cette apparence de deux substances qu'on y trouve toujours, l'une jaune, l'autre rouge, n'offrait plus dans toute son étendue qu'une teinte rouge parfaitement uniforme, c'est-à-dire que le foie était fortement congestionné ; mais l'hypérémie avait un autre aspect que ces congestions qui se produisent si fréquemment dans le foie sous l'influence de causes très-diverses. H. Bernard a trouvé la même lésion chez un ^-^^^'

mort subitement. Elle cesserait d'exister, d'après lui, lorsque, le diabète amenant rétisie, les malades succombent lentement. Chez les diabétiques emportés rapidement, le foie contiendrait aussi une quantité de sucre beaucoup plus considérable.

Chez tous ou presque tous les malades qui succombent aux progrès de la maladie, on trouve en outre quelques lésions graves du côté des poumons, telles que pneumonie ou tubercules à divers degrés de développement. Les altérations qu'on rencontre du côté des autres viscères, surtout vers* les or^ ganes digestifs, ne diffèrent pas de celles qui se développent dans le cours des autres affections chroniques. Si l'estomac offre parfois une capacité insolite, si sa muqueuse est épaissie, si les villosités sont plus saillantes et si les fibres de la tunique musculeuse sont plus visibles, cela tient à l'excitation du tube digestif chez les diabétiques, qui, ainsi que nous le dirons sous peu, mangent des quantités considérables d'aliments.

Le sang est généralement plus séreux, moins riche en globules et parfois même en fibrine; mais il est surtout remarquable par la grande quantité de sucre qu'il contient. Pour l'y trouver, on doit le rechercher à certains moments, ne pas trop tarder à le faire, car il se détruit bientôt : c'est ce qui explique pourquoi des chimistes, comme Vauquelin, d'Arcet, Wollaston, Marcé,cn ont nié l'existence. M. Bouchardat a surtout établi que, si l'on analyse le sang deux ou trois heures après le repas, on y trouve toujours du sucre ; mais qae cette substance devient d'autant moins saisissable qu'on s'éloigne davantage des repas. Il importe aussi de savoir que, si l'on tarde trop longtemps à procéder à l'analyse, le sucre, après vingt-quatre heures, disparaît entièrement et se transforme en acide lactique (Bouchardat) ; c'est dans ce cas seulement que le sérum acquiert une réaction alcaline moindre. Mais il n'est pas exact de dire, avec un chimiste habile, M. Mialhe, que ce soit là un état normal du sang des diabétiques; les expériences comparatives faites par M. Bouciianiat ont prouvé, en effet, qu'en agissant sur le sang peu après sa sortie de la reine, on lui trouvait une réaction alcaline aussi prononcée qu'à l'état de santé. Tous les organes, tous les tissus, sont imprégnés de glycose ; c'est là un phénomène purement cadavérique. Le sang étant saturé de sucre, l'infiltration qui se fait après la mort imprègne de celte matière toutes les parties du corps. C'est ce que M. Bernard a parfaitement établi. Si, dit-il, on rend deux lapins diabétiques par la picjûre de la moelle allongée, et si, au moment de la plus grande intensité du phénomène, on les fait périr, l'un d^hémorrhagie, l'autre par strangulation, on verra que le premier n'offrira aucune trace de sucre dans ses tissus, tandis que tous les organes du second en seront imprégnés.

Symptômes. — Le diabète débute presque toujours d'une manière obscure. Les malades, après avoir présenté pendant plus ou moins longtemps du malaise, une diminution de l'embonpoint, des forces ou des troubles divers du coté des organes digestifs, spécialement une sécheresse des plus incommodes de la bouche et de la gorge, une ^alive épaisse et une augmentation de la soif, s'aperçoivent d'un changement notable dans la sécrétion urinaire. Celleci pourtant doit être le phénomène initial de la maladie; mais l'augmentation de la sécrétion urinaire passe aisément inaperçue même des malades, et la soif elle-même n'est pas toujours aussi marquée qu'on pourrait le croire. Copondant, tôt ou tard les malades constatent qu'ils urinent plus abondamment. Ils rendent en moyenne 5 à 8 kilogrammes d'urine par vingt-quatre heures, et celle proportion souvent augmentée du double, triplée parfois, a pu être, dit-on, plus que décuplée. Cependant il est rare que dans le diabète

Turine soit aussi abondante qu'elle i*est dans la plupart des polyuries. La supersécrétîon d'urine n'est pas pourtant dans le diabète un phénomène absolument nécessaire. D est des cas, très-rares il est vrai, où des diabétiques n'urinent guère plus que dans l'état de santé. Si l'urine de ces individus contient beaucoup de sucre, on comprend qu'elle puisse avoir, comme dans un cas cité par Walt, l'aspect d'un sirop un peu clair.

La quantité d'urine excrétée est presque toujours en rapport avec celle des boissons ingérées dans les vingt-quatre heures : on a pourtant cité quelques cas dans lesquels la proportion d'urine rendue dans un temps donné était à la quantité de boissons prises dans le même espace comme 5 : 1 ; mais ces faits sont tout à fait exceptionnels. Quelle que soit d'ailleurs la quantité d'urine excrétée, ce liquide a des propriétés physiques et chimiques remarquables. Il est moins coloré que l'urine normale ; son odeur est presque nulle, ou bien elle est fade comme celle du petit-lait; conservé, il n'exhale pas ou à peine d'odeur ammoniacale au bout de plusieurs heures; sa saveur est sucrée. Il est presque toujours acide; sa pesanteur spécifique est considérable: elle varie entre 1,020 et 1,074 à la température de 12 degrés centigrades (Bouchardat). Marlin-Solon et M. Contour ont trouvé, après une série d'expériences, 1 ,027 pourminimum et i, 049 pour maximum. Il subit la fermentation alcoolique, à cause du sucre qu'il renferme : c'est aussi pour la même raison qu'en le plaçant dans l'appareil de Biot, il a la propriété de dévier à droite la lumière polarisée, comme le ferait une solution de sucre de fécule.

Le sucre extrait de l'urine des diabétiques est identfque avec le sucre de fécule : il n'y en a jamais d'autre dans ce liquide. Les diabétiques prendraientils une grande quantité de sucre de canne, leur urine ne renfermerait encore que de la glycosc. Le sucre ingéré a donc subi alors une transformation : M. Bernard suppose que celle ci se fait dans le foie. Le sucre contenu dans les urines des diabétiques est en plus ou moins grande abondance; M. Bouchardat a analysé des urines qui en contenaient jusqu'à un septième de leur poids, tandis que d'autres n'en renfermaient qu'un trentième. Sa quantité serait en rapport, d'après lui, avec la proportion de fécule contenue dans les aliments; mais beaucoup d'autres causes la font varier : c'est ainsi qu'une maladie aiguë ou chronique intercurrente, même un simple accès fébrile, ou l'application de nombreux vésicatoires, sont capables de diminuer et même de faire cesser momentanément la production du sucre. Les auteurs, depuis Thenard, avaient aussi parlé d'un sucre insipide dans certaines urines de diabétiques ; H. Bouchardat parait avoir démontré que ce prétendu sucre insipide n'est autre chose qu'un mélange de sucre de fécule ordinaire, de laclate d'urée, de soude, de chlorure de sodium et d'une matière extractive. Quand on le trouve, il parait indiquer que la maladie est encore peu avancée, ou qu'elle est sur son déclin.

Des recherches exactes faites en Angleterre par Mac Gregor et par Kane, en France par H. Bouchardat, etc., ont prouvé combien était erronée l'opinion qui a longtemps régné et qui règne peut-être encore, savoir : que les urines des diabétiques ne contenaient ni acide urique ni urée. Des analyses plus exactes ont, en effet, démontré dans ce liquide la présence de l'acide urique ; celui-ci est parfois assez abondant pour former des concrétions, comme MM. Bell, Rayer et Bouchardat en rapportent des exemples. Ce dernier a, en outre, trouvé que la proportion d'urée était, chez les diabétiques comme chez les individus sains, en rapport avec la quantité d'aliments azotés pris dans les vingt-quatre heures. Enfm, dans Turine diabétique on a encore rencontré exceptionnellement de l'acide hippurique et de l'albumine. Ce dernier produit ne se verrait, d'après

Thenard et Dupuytren, que lorsque la maladie rétroj^e; tandis que Prout n'en a trouvé que dans la forme la plus grave. H. Bouchardat n'a reconnu également dans cette coïncidence qu'une complication, et une complication toujours fâcheuse; cette opinion est parfaitement exacte.

L'urine des diabétiques, sujette à de grandes variations, est rendue sans douleur, à des intervalles plus ou moins rapprochés; chez beaucoup, les emries d'uriner arrivent subitement et sont tout de suite très^impérieuses.

Les symptômes présentés par les organes digestifs sont non moins remarquables. Presque tous les diabétiques ont un appétit irrégulier, vorace, porté parfois jusqu'à la boulimie : ils affectionnent le sucre, le pain et les autres aliments féculents; c'est un fait sur lequel H. Bouchardat a beaucoup insisté. La soif est plus énergique encore que la faim ; c'est un des premiers symptômes qui fixent l'attention du malade et du médecin. Suivant H. Bouchardat, elle serait en raison directe de la quantité de pain ou de substances sucrées et féculentes que les malades mangent. Ce savant professeur a calculé que les diabétiques buvaient 3500 grammes d'eau pour une quantité de pain représentant 500 grammes de fécule. Quelque grande d'ailleurs que soit leur voracité, presque tous les malades digèrent facilement la quantité parfois énorme d'alimenCs qu'ils dévorent : cependant quelques individus, surtout à une période avancée de leur affection, ont des renvois acides; leurs digestions sont lentes, pénibles; il y a de la constipation ou de la diarrhée, et même des vomissements. C'est aussi dans des cas exceptionnels que la langue se couvre d'un enduit, que les gencives deviennent molles et saignantes, que l'haleine exhale une odeur acide pénétrante. Au milieu de ces symptômes, le pouls est sans fréquence, la peau sans chaleur, mais elle est sèche; la perspiration est presque nulle. La respiration est libre, elle ne présente de troubles qu'autant qu'il existe quelqae complication, mais les forces et l'embonpoint diminuent, preuve d'une grande altération dans les fonctions nutritives; les malades tombent bientôt dans la tristesse et dans l'abattement, leur vue finit par s'affaiblir ; quelques-uns deviennent tout à fait amaurotiques ou sont atteints de cataracte ; la plupart perdent prématurément et souvent dès les premières atteintes du mal toute énergie virile ; leurs dents s'altèrent, ou bien elles tombent sans que leur tissu ait été malade.

L'analyse chimique a fait découvrir plusieurs altérations dans les liquides autres que l'urine. Mac Gregor avait cru trouver du sucre dans la matière des vomissements, dans les selles et dans la sueur. Je l'ai vainement cherché deux ou trois fois dans ce dernier liquide, dont on avait activé la sécrétion par un bain de vapeur. La salive est acide (Bouchardat et Dumas), et il a été reconnu par plusieurs qu'elle renfermait du sucre : c'est ce que j'ai cru voir moi-même une fois, c'est aussi ce que semblent prouver les expériences plus nombreuses faites par Mac Gregor, ainsi que par Martin-Solon et par M. Contour. Si j'expose ces résultats avec une certaine hésitation, c'est parce que, dans ces derniers temps, M. Bernard a professé que le sucre en excès dans l'économie n'avait que deux voies d'élimination : les reins et la muqueuse stomacale, et qu'on n'en trouvait ni dans la salive, ni dans les larmes, ni dans le suc pancréatique, ni dans la bile, ni dans la sueur; mais il est avéré qu'on peut en rencontrer dans la sérosité épanchée sous Tépidermc après Tapplication d'un vésicatoire, ainsi que dans celle des hydropisies, liquides qui ne sont autres que le sérum du sang.

Marche. Durée. — En général, le diabète a une marche progressivement lente; les symptômes restent parfois longtemps stationnaires, quelques-uns peuvent s'aoïender, mais il est rare que la maladie rétrograde. Le diabète a

donc le plus souvent une marche continue. On a cité pourtant des diabètes in* termitlents. M. Rayer en France, et M. Traube en Allemagne, ont vu des individus qui n'avaient de sucre dans leur urine que pendant le travail de la digestion; dans l'intervalle des repas, les urines cessaient d'être sucrées. Cette sorte d'intermittence finit par disparaître, et alors le diabète devient continu. Ailleurs le sucre n'apparaît qu'à de longs intervalles.

Le diabète est presque toujours une affection chronique. On Ta vu pourtant revêtir la forme d'une maladie aiguë. Il apparaît alors subitement et avec force, le plus ordinairement, d'après H. Bernard, soùs l'influence d'une cause morale; il disparait ensuite rapidement à la suite d'un traitement quelconque. On a cité des cas de diabète devenus mortels après deux mois. Le plus souvent la maladie continue durant une ou plusieurs années, elle peut même exceptionnellement exister plus longtemps encore, comme vingt ou vingt-cinq ans, sans troubler notablement les fonctions, les individus conservant à peu près leur embonpoint et toutes leurs forces. C'est ce que j'ai vu déjà plusieurs fois. H. Contour cite aussi, d'après M. Bassereau, l'exemple d'un médecin qui, depuis trente ans, serait atteint d'un diabète sucré, sans que cette maladie l'ait empêché de vaquer aux soins habituels de sa clientèle ; cette heureuse exception ne saurait contredire la règle générale que nous avons posée. Tôt ou tard la constitution s'épuise et les individus meurent de la même manière que ceux dont la maladie a suivi une marche moins chronique.

On a parlé, dans ces derniers temps, de diabètes alternants^ c'est-à-dire se succédant sous forme d'accès avec d'autres maladies, spécialement avec des accès de goutte et de rhumatisme. M. Bernard a vu un cas de ce genre, et H. Rayer, d'après lui, en aurait observé plusieurs.

Complications. Accidents. — U n'est pas ordinaire que les diabétiques succombent par les progrès seuls de la maladie; presque tous, en effet, sont emportés par quelque maladie intercurrente, comme la pneumonie. Il en est qui, à une période avancée, meurent subitement ou en quelques heures, les uns avec les symptômes de l'indigestion, les autres avec les accidents de l'apoplexie séreuse. Chez la plupart des glycosuriques, on voit tôt ou tard se former des tubercules pulmonaires ; à mesure que ces produits accidentels se développent, la proportion du sucre diminue souvent dans les urines, quelquefois même on n'en trouve plus de traces, ce qui pourrait faire croire à une amélioration ou à une guérison qui n'existe réellement pas. Cependant dans les cas que j'ai vus, le sucre était toujours abondant, même à une période avancée de la maladie. Cette explosion de tubercules dans le cas de diabète s'explique assez bien, si l'on considère l'état d'épuisement que la glycosurie entraine après elle. Il est d'autres accidents, signalés dans ces derniers temps comme survenant dans le cours du diabète, ayant avec lui une relation intime, mais dont l'explication échappe à toute théorie : je veux parler surtout de la gangrène, sur laquelle H. Marchai (de Calvi) a le premier appelé l'attention. Elle peut affecter la peau seulement, mais le plus souvent elle se montre avec le caractère de la gangrène dite spontanée ; elle affecte, comme celle-ci, les orteils. Ce qui prouve l'intime relation de cet accident avec le diabète, c'est qu'on l'a vu s'aggraver, guérir, puis récidiver, suivant que l'affection glycosurique s'amendait ou devenait plus grave. On a cité aussi diverses affections pustuleuses de la peau, mais surtout les clous, les anthrax, les phlegmons, comme pouvant se rattacher à la même affection. Les faits sbnt aujourd'hui suffisants pour que dans les cas où Von voit apparaître quelques-unes des lésions dont je parle, on recherche si elles ne coïncideraient pas avec la présence du sucre dans l'urine^

:87i DES SÉCRÉTIONS PROPRES A QUELQUES ORGANES.

Parmi les accidents sur lesquels Tattention a été aussi éveillée dans ces de^ niers temps, je citerai Tamblyopie et la cataracte. M. le docteur Lécorché, qui a surtout bien étudié ce dernier accident (1), a reconnu que la cataracte était fréquente, que presque toujours elle était molle, et que, rare dans les diabètes légers ou récents, elle n'apparaissait guère que dans les formes graves et à une période avancée de la maladie.

Terminaisons. — Quelques personnes contestent qu*on ait jamais gnéri complètement, radicalement un diabète. Cette proposition est un peu trop absolue, car s'il est vrai que la plupart des guérisons qu'on a dit avoir obtenues n'ont été que momentanées, si la plupart de ces malades ne pouvaient impunément abandonner leur régime, il semble néanmoins incontestable que dans quelques cas fort rares la guérison a été définitive. On peut la considérer comme telle lorsqu'elle persiste depuis plusieurs années ; mais il importe d*ajouter que tôt ou tard la maladie récidive et qu'elle finit par être définitive. Ce sont précisément ces alternatives, ces retours des accidents, après une suppression plus ou moins longue, qui ont fait émettre des doutes sur la réalité d'une guériso& radicale.

Diagnostic. — La présence du sucre dans l'urine constitue le signe vraiment pathognomonique du diabète. Mais il faut que la glycose y existe en proportion notable et d'une manière continue. On a cité, en effet, divers états morbides, comme Tépilepsie, l'asphyxie, dans lesquels on verrait parfois l'urine contenir passagèrement un peu de sucre; il en serait de même après l'usage d*une grande quantité de matières sucrées. Il y aurait, dans ce dernier cas, un diabète qu'on pourrait peut-être nommer physiologique.

Tout le diagnostic du diabète se réduit à constater le sucre dans l'urine; maïs il est souvent difficile de préciser le début de l'affection. Diverses circonstances pourtant, futiles en apparence, pourront éclairer le médecin. On peut, par exemple, soupçonner 1 existence du diabète chez les individus dont les pantalons offrent à la partie inférieure de nombreuses concrétions blanchâtres et comme amidonnées, qui se renouvellent sans cesse sur les points qui^ pendant la miction, ont été éclaboussés par des gouttes d'urine (2).

Il ne faut pas oublier que tous les diabétiques ne sont pas polyuriques; il en est, en effet, quelques-uns chez lesquels la quantité d'urine n'est point augmentée : les malades alors ne présentent point ou ne présentent qu'à un trèsfaible degré le symptôme de la soif ; on les voit seulement maigrir, perdre leurs forces et dépérir peu à peu. La connaissance de ce fait devra donc nous porter à examiner attentivement la sécrétion urinaire chez les individus dont le dépérissement ne s'explique par aucune des causes qui le produisent le plus communément. Quoique l'augmentation considérable de la densité d'une urine décolorée et la propriété qu'elle a de faire dévier à droite la lumière polarisée soient des caractères à peu près pathognomoniques de la présence du sucre, nous croyons pourtant qu'il faut toujours, pour bien assurer le diagnostic, procéder à l'extraction de ce produit. On y parvient en évaporant d'abord le liquide à 30 degrés, puis en l'exposant dans un lieu sec à l'évaporation spontanée ; dans cette opération il se dépose des cristaux, plus ou moins rapidement^ suivant la quantité plus ou moins grande de sucre. Un moyen plus expéditif encore consiste à faire bouillir l'urine diabétique avec parties égales d'eau, de potasse, de

(1) Archives générales de médecine, année 1861.

(2) Chez une dame, j'ai pu fixer à plusieurs années le début d'un diabète, par cette circonstance assez étrange qui me fut révélée, que le chien de la maison lapait tous les matins avec avidité l'urine de la malade, probablement à cause de la saveur sucrée qu'il y trouvait*

soude ou de chaux. Le mélange brunit et prend une couleur d'autant plus foncée qu'il contient une plus forte proportion de sucre de fécule. On peut déceler ainsi, d'après M. Bouchardat, la présence d*un décigramme de glycose dans un lilre d'urine. La couleur brunes ou noire s'explique par la destruction du sucre, qui se trouve alors caramélisé. On peut recourir préférablement au réactif de Fromraherz, qui est d'une exquise sensibilité (i), ou à la liqueur analogue de Trommer (2), ou bien à la liqueur de Fehiing (3). Pour essayer l'urine avec ces solutions, on en met dans un tube ; on y ajoute une quantité assez grande du réactif pour lui donner une faible réaction alcaline, puis on chauffe jusqu'à ébullition. Si l'urine ne contient pas de sucre de fécule, la liqueur restera bleue; si, par contre, elle en renferme, le sel de cuivre est réduit, la liqueur se colore en jaune rougeàtre, et il se forme bientôt un dépôt de protoxyde de cuivre rouge. Il importe cependant de dire ici que diverses substances, et en particulier Turée, sont, comme l'ont trouvé MM. Barreswil et Lecomte, capables de réduire Toxyde de cuivre. La chose est surtout à craindre lorsque la solution est ancienne. Il faudra donc n'employer qu'un liquide cupro-potassique récemment préparé; on devra d'ailleurs, pour plus de sécurité, varier les expériences, et se servir des divers procédés indiqués plus haut. De ces divers réactifs, celui de Fehiing paraît devoir être préféré, car, quoiqu'un peu moins sensible peut-être, il permet de mesurer assez exactement la proportion de sucre que l'urine renferme. On a calculé, en effet, que 10 centimètres cubes de cette liqueur sont complètement précipités par II, 5 centimètres cubes d'une dissolution contenant 5 pour 100 de glycose.

Au lieu d'une liqueur titrée, on peut, pour apprécier plus exactement encore la proportion de sucre contenue dans une urine diabétique, se servir de certains instruments, tels sont : le polarimètre de Biot, le saccharimètre de M. Soleil, le diabétomètre de Robiquet.

La polyurie serait la seule maladie qu'on pourrait confondre avec le diabète, car les deux affections ont pour symptômes communs une soif vive et une augmentation de la sécrétion urinaire. Mais, dans la première, la soif est ordinairement plus intense, l'appétit est peu augmenté, l'urine est aqueuse ; elle ne contient pas de sucre, et l'on n'observe pas de dépérissement comme dans le cas de diabète.

Pronostic. — Ce que j'ai dit précédemment prouve que le diabète est une des affections les plus graves dont l'homme puisse être atteint.

Étiologie. — Les causes du diabète nous sont à peu près inconnues. C'est une affection qui semble spéciale à l'espèce humaine. Rare dans l'enfance,

(1) Voici comment se prépare le réactif. On dissout dans de Teau parties égales de sulfate de cuivre et de tartraie de potasse ; on mêle les deux dissolutions, et Ton y ajoute de la potasse caustique en quantité suflisante pour dissoudre en grande partie le précipité : on a ainsi une liqueur d'une belle couleur bleue.

(i) La liqueur de Barreswil contient :

Crème de tartre 50 grammes.

Carbonate de soude 40 —

Sulfate de cuivre * 30 —

Potasse à la chaux 40 —

Eau q. s. pour que le tout fasse un litre.

(3) La liqueur de Fehiing contient :

Sulfate de cuivre 40 gramme*.

Solution concentrée au tartrate de potasse 160 —

Lessive de soude ayant un poids spécillque, 1,12. 560 — Eau q. s. pour que le total fasse exactement un titre à -f 1$*.

presque inconnu chez les vieillards, le diabète se rencontre spécialement dans la période de trente à quarante ans, et peut-être plus encore entre quarante et cinquante; il paraît sévir plus souvent chez l'homme que chez la femme, et semble avoir une sorte de prédilectiçn pour les sujets vigoureux. L'influence des climats n'est pas encore bien prouvée ; cependant tout porte à penser que c'est en Angleterre et en Hollande que la maladie est le plus commune, ce q^ui tient peut-être moins au climat, à l'humidité, qu'au régime et à la manière de vivre des habitants, puisque, ainsi que le note M. Contour, le diabète est plus rare dans des pays plus froids, tels que la Russie, et qu'il est assez commun dans certains pays chauds, comme au Bengale, à Ceylan, à Saint- Domingue, en Egypte. Cependant les faits manquent encore pour apprécier d'une manière rigoureuse la fréquence relative de la glycosurie dans les difl'érentes régions du globe. L'influence de l'hérédité n'est pas encore prouvée. Parmi les principales causes prédisposantes et occasionnelles du diabète que les auteurs ont mentionnées, nous citerons l'impression du froid, de l'humidité, les passions tristes, les excès vénériens, alcooliques, mais surtout une nourriture insuflisante, composée spécialement d'aliments féculents, amylacés, et de boissons fermentées, etc.; cependant rien n'a encore démontré d'une manière rigoureuse l'action des causes que je viens d'énumérer. On a parlé aussi d'un diabète traumatique succédant à des chutes et à des commotions. Ce fait n'a rien d'extraordinaire : on se rappelle que M. Bernard a pu à volonté rendre momentanément diabétiques les animaux auxquels il piquait la ligne moyenne du plancher du quatrième ventricule, c'est-à-dire un point déterminé de la moelle allongée. Des affections organiques du cerveau, les maladies surtout qui s'accompagnent de mouvements convulsifs, ont paru aussi quelquefois provoquer le développement d'une glycosurie. Des faits de ce genre ont été rapportés par H. Leudet et surtout par H. Fischer (1). En consultant les observations qui existent aujourd'hui dans la science, on voit que le diabète a été quelquefois la conséquence de traumatismes ayant intéressé le cerveau, la moelle, les nerfs rachicQens ou le grand sympathique. Il ne parait pas toutefois que le diabète survenu dans ces conditions acquière une gravité plus grande que lorsqu'il naît sous l'influence des causes ordinaires.

Traitement. — Il est peu de maladies contre lesquelles on ait employé autant de médicaments que le diabète : parmi les remèdes externes, je citerai les bains de vapeur, les frictions de toutes sortes, les révulsifs, les vésicants, les exutoires profonds, les saignées générales et locales. A l'intérieur on a donné les acides minéraux, les astringents, les toniques, les stimulants, les diaphorétiques, les évacuants, les diurétiques, les préparations de créosote, de cuivre et de mercure, l'opium, le sulfate de quinine, les alcalins. Dans cette longue liste d'agents thérapeutiques aucun n'est spécifique, mais il en est qui peuvent être utiles pour remédier à quelques-uns des symptômes de la maladie.

Un médecin m'ayant dit, il y a une quinzaine d'années, qu'il s'était guéri avec du sulfate de quinine, j'administrai ce sel à plusieurs malades, à la dose croissante de 1 à 2 grammes, sans résultats avantageux; dans un cas même, je crois que le médicament eut pour effet d'altérer gravement les fonctions de l'estomac.

L'opium donné parfois dans le but de modérer le flux urinaire n'agit guère qu'à titre de sudorifique, mais il a l'inconvénient, quand on en prolonge

(1) GautU mêdicaU, année 1858, et ArcfUves de médecine, année 1862.

DU DIABETE SUCRE. 877

l'usage, de dimiQuer l'appétit^ circonstance fâcheuse chez des malades qui ont l)esoin de lutter contre des pertes incessantes.

Depuis une vingtaine d'années, les alcalins, spécialement le bicarbonate de soude, ont joué un grand rôle dans le traitement du diabète. Les glycosuriques ont pour ces médicaments une grande tolérance; ils peuvent prendre chaque jour, et presque indéfiniment, iOà^Ogrammesdebicarbonatedesoude; mieux vaut encore les envoyer à Vichy. On peut de la sorte diminuer beaucoup la proportion du sucre, et même on peut, après quelques jours, ne plus en trouver dans l'urine; mais cette amélioration n'est que passagère, et l'on n'a jamais pu obtenir par ces moyens aucune guérison durable.

On a essayé la cure du diabète par le régime seul. Depuis Kollo, les médecins ont surtout conseillé une alimentation azotée, exclusivement animale. Mais cette alimentation fatigue les malades, surtout lorsqu'on leur donne, à l'exemple de quelques médecins, beaucoup de lard et de graisse. Les corps gras sont utiles pourtant : H. Bernard a vu, par exemple, que, sous l'influence d'une alimentation exclusivement grasse, le sucre diminue dans le foie comme si l'animal avait été soumis à une abstinence absolue. Les aliments gras devront donc être associés en proportion convenable à des aliments appétissants; on peut aussi, avec la viande, permettre les œufs, le poisson et l'usage des légumes herbacés, chicorée, laitue, oseille, aspei^es, artichauts, haricots verts, choux, épinards, ainsi que les diverses espèces de salades; mais il faut être sobre de fruits, en raison du sucre que la plupart renferment. M. Bouchardat insiste surtout pour qu'on administre aux malades le moins de pain et le moins d'aliments féculents possible; il pense, en effet, que c'est là l'origine du sucre qui est éliminé. H. Bernard croit cette doctrine erronée, mais il reconnaît pourtant que l'alimentation féculente, chez un diabétique, a pour effet immédiat la production et l'élimination d'une plus grande quantité de sucre. Les féculents n'auraient-ils d'autre action que d'exciter la sécrétion glycosurique du foie? Peu importe; mais la question pratique si bien établie par M. Bouchardat n'en est point ébranlée, et quelque opinion qu'on ait sur l'origine du sucre diabétique, il n'en reste pas moins certain que, dans le traitement du diabète, il faut restreindre le plus possible l'usage des féculents. C'est pour obéir à cette indication que M. Bouchardat a fait confectionner du pain de gluten, qui est léger, d'un goût agréable, et qui ne contient guère qu'an sixième de fécule, ce qui fait qu'un diabétique peut, en mangeant 200 grammes de ce pain, ne consommer que 35 grammes de fécule. A ces moyens, H. Bouchardat unit l'usage d'un vin généreux de Bordeaux ou de Bourgogne, à la dose de 1 à 2 litres par jour. On le boit pur ou coupé avec les eaux de Spa, de Seltz ou de Vichy. Il proscrit la bière, à cause de la dextrine qu'elle renferme ; il regarde les limonades comme préjudiciables ; il en est de même du lait, qui fournirait chez un glycosurique fortement atteint 50 grammes de sucre par litre d'urine, par suite de la transformation de la lactine. La crème bien pure, constituée presque exclusivement par du beurre, serait au contraire un aliment favorable. Tous les fromages peuvent être également permis. Le café, pourvu qu'il soit pris sans sucre, est un excellent adjuvant. Après l'alimentation, M. Bouchardat veut qu'on surveille avant tout les fonctions de la peau ; il les excite par l'usage des sudorifiques : tel est le carbonate d'ammoniaque, à la dose de i ou 2 grammes, pris peu avant les repas, seul ou associé à parties égales de thériaque;dans ce dernier cas, les malades le prennent au moment de se mettre au Ih. Le même médecin insiste, en outre, beaucoup pour que ces malades soient Tétos de flanelle. C'est pour obtenir le même effet qu'on prescrit des frictioiis sèches et

aromatiques, qu'on administre des bains alcalins, sulfureux, ferrugineux, salés; les bains de rivière et de mer, ainsi que les douches froides et les enveloppements dans un drap mouillé, peuvent aussi être très-avantageux, pourvu que les malades ne soient pas trop affaiblis, et que la réaction puisse se faire aisément.

L'exercice est un complément utile du traitement; il se fera en plein air. Si les forces le permettent, les malades se livreront aussi à quelques travaux champêtres. M. Bouchardat a reconnu que, dans ces conditions, beaucoup de malades pouvaient prendre impunément un peu plus d'aliments féculents.

Les glycosuriques étant fréquemment anémiques, il y a indication de leur prescrire les ferrugineux, les amers, le quinquina. On surveillera chez eux les fonctions de l'intestin, et l'on combattra la constipation par des lavements ou par quelques prises de magnésie calcinée hydratée. Si les digestions devenaient plus difficiles, on aurait recours au chlorure de sodium, dont les malades prendront un gramme au commencement des repas. Le sel marin n'agit guère que comme facilitant le travail de l'estomac ; par conséquent il aide à réparer les pertes incessantes que font les malades; quelquefois aussi il contribue à diminuer la sécrétion urinaire.

On voit que le traitement conseillé par M. Bouchardat est surtout hygiénique. L'abstinence des féculents, un régime succulent, mais non exclusivement animal, une nourriture variée, du vin en quantité notable, des vêtements chauds, l'exercice, et, dans quelques cas, les sudorifiques, spécialement le carbonate d'ammoniaque seul ou associé à une préparation opiacée, tel est le traitement vanté par le savant professeur d'hygiène de la faculté. Depuis vingt-cinq ans qu'il est employé par lui et par beaucoup de médecins, on a pu juger de ses bienfaits; j'ai moi-même, en le suivant, amélioré toujours l'état des malades, et cela pendant un temps parfois très-long, c'est-à-dire durant plusieurs années de suite, mais je n'ai encore constaté aucun cas de guérison définitive par ce traitement. Cependant les règles tracées par M. Bouchardat sont encore les meilleures qu'on ait indiquées, elles doivent être suivies avec une rigoureuse exactitude et une grande persévérance. Les malades devront en outre essayer chaque jour leurs urines en les faisant bouillir avec parties égales d'eau de chaux, afin que, par la connaissance qu'ils auront de la quantité de sucre que leurs urines contiennent, ils puissent modifier leur régime à propos.

Théorie du diabète. — Je ne dois pas indiquer ici les opinions plus ou moins ridicules qu'on a émises sur la nature et sur le siège du diabète. Les uns en ont fait une cachexie, une affection générale consécutive à une altération du sang, opinion sans fondement; d'autres n'y ont vu qu'une maladie spéciale des reins; mais l'anatomie pathologique seule donne un démenti à cette doctrine; beaucoup en ont placé le siège dans l'estomac : il avait paru, en effet, que du sucre se formait dans cet organe, et qu'absorbé aussitôt après, il était éliminé du sang par les reins, comme le serait tout autre corps étranger. Cette théorie, entrevue par Rollo, établie par Mac Gregor, avait reçu une sorte de sanction surtout par les recherches de MM. Bouchardat et Mialhe. M. Bouchardat avait cru que le sucre se formait anormalement dans l'estomac des diabétiques à l'aide d'un ferment, d'une diastase spéciale. M. Mialhe, partant de ce fait que le sucre diabétique est détruit quand on le met en présence d'un alcali, avait supposé que le diabète résultait de ce que le sucre introduit normalement dans l'organisme après la digestion du sucre ou des féculents, ne trouvait pas dans le sang une alcalinité suffisante pour se détruire ; de là son accumulation dans les vaisseaux et son élimination par les reins. M. Mialhe fut conduit, par sa

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théorie, à administrer des alcalins aux diabétiques, tandis que M. Bouchardat insistait davantage sur la nécessité de supprimer dans Talimentation des malades les matières féculentes et sucrées, conseils dont la pratique a démontré l'excellence. Hais les théories sur lesquelles ils s'appuyaient ont été renversées par les belles découvertes du professeur Bernard. Cet éminent physiologiste a prouvé que le foie avait pour fonction de sécréter non-seulement la bile, mais encore un sucre de fécule identique avec le sucre diabétique, matière réelle-* ment fournie par le foie et nullement par l'alimentation, quoique cependant il soit reconnu que cette sécrétion glycosurique est excitée par le travail de la digestion, par l'ingestion de certaines substances, et notamment par les fécu- V lents. Ce sucre, ainsi sécrété normalement par le foie, pénètre dans le sang pour être détruit suivant un mécanisme encore inconnu. Mais cette glycose, qui pendant le travail de la digestion se trouve dans tout le système circulatoire, n'est pourtant pas éliminée par les reins. La chose n'a lieu que lorsque la sécrétion dépasse certaines limites, et alors apparaissent les symptômes positifs du diabète, soit d'une manière continue, soit d'une façon intermittente. Cette sécrétion glycosurique est influencée par l'action nerveuse, c'est ce qui résulte d'une très-curieuse expérience de M. Bernard. Ayant piqué la paroi inférieure du quatrième ventricule, c'est-à-dire la moelle allongée, au milieu de l'intervalle compris entre les racines des nerfs acoustiques et celles des pneumogastriques, il a vu aussitôt le sucre apparaître dans l'urine. L'excitation du foie ne se transmet pas par les pneumogastriques, mais elle descend par la moelle épinière, et arrive au foiç par l'intermédiaire des filets et des ganglions du grand sympathique. Ce qui le prouve, c'est que lorsqu'on coupe, comme l'a fait M. Bernard, le pneumogastrique avant de piquer la moelle allongée, le sucre n'en apparaît pas moins dans le sang et dans l'urine, tandis que si, laissant le pneumogastrique intact,on coupe la moelle épinière au-dessus de l'origine des Olets sympathiques qui se rendent au foie, la production du sucre est interrompue.

En résumé, le diabète est une altération dans la fonction glycosurique du foie ; c'est donc dans le foie que semble résider le siège de l'affection; mais nous avons vu aussi que le système nerveux exerce une action évidente sur cette sécrétion. Cette influence nerveuse est-elle indispensable? est-elle primitive? Le vice de sécrétion du foie est-il consécutif? C'est là un point qui n'a pu encore être éclairci. Hais reconnaissons que, grâce à la physiologie expérimentale, l'histoire du diabète a fait dans ces derniers temps un pas immense.

DE LA SPERMATORRHÉE

STifONmiB. — PoUntions, pertes séminales.

Sous le nom de spermatorrhiey on doit comprendre les écoulements plus ou moins abondants et répétés de sperme se faisant hors des circonstances qui les provoquent ordinairement (coït, masturbation), et s'opérant spontanément sans aucune excitation ou par l'effet d'un stimulant qui serait insuffisant dans l'état de santé. Cependant, comme les effets fôcheux qu'on observe sur la constitution sont les mêmes, quelle que soit la manière dont l'excrétion du sperme s'opère, que celle-ci soit spontanée comme dans les pollutions, ou quelle soit provoquée par des excès de femmes ou par la masturbation, nous réunirons dans cet 9ût»j

ticle tous les accidents qui peuvent résulter des abus vénériens, de quelque manière qu'on s'y livre.

Historique. — Les accidents qu'entraînent à leur suite les excès vénériens ont fixé de tout temps Tattention des observateurs. Hippocrate en a donné une description succincte dans son deuxième livre De morbiSy sous le nom de œnsomption dorsale. Celse ne les a pas oubliés non plus dans son livre sur la conservation de la santé; mais le tableau le plus effrayant qu'on trouve dans l'antiquité est celui qui a été tracé par Arétée. Ce sujet important fixa plus spécialement l'attention des médecins pendant les deux derniers siècles : Hoffmann, Sénac, de Gotter, Yan Swieten, Storck, Gaubius, s'en sont occupés. Tout le monde connaît la célébrité du livre de Tissot; mais c'est avec raison qu'on a reproché à cet auteur d'avoir exagéré les fâcheux résultats de la masturbation ^ en'^résentant comme des effets ordinaires les accidents les plus graves, qui n'arrivent fort heureusement que dans des cas exceptionnels. Par conséquent, le lecture du livre de Tissot ne peut être utile pour le médecin, et elle est pernicieuse pour l'onaniste, qui, ne ressentant pas ordinairement les incommodités que l'auteur signale, croit qu'on a voulu seulement l'effrayer. Le traité que Deslandes a publié sur le même sujet n'offre pas les mêmes inconvénients, et il a le mérite peut-être d'être un peu plus scientifique que celui de Tissot. On ne peut ici passer sous silence une dissertation que Wichman publia en Allemagne en 1782, et qui était presque oubliée même dans son pays, lorsque Sainte- Marie en donna une traduction française en 1817. Mais le livre le plus remarquable que nous ayons eu jusqu'à présent est sans coqtredit celui de Lallemand sur les pertes séminales. Cet ouvrage, dans lequel l'auteur a trop souvent donné essor -à sa brillante imagination, et où les vues spéculatives et les inductions remplacent quelquefois l'observation directe, n'en est pas moins une œuvre d'une grande portée, l'œuvre d'un esprit éminent, et qui fourmille de faits pratiques, d'aperçus ingénieux, de pensées généreuses. Ce livre, que quelques personnes ont à tort essayé de discréditer, eût été d'une lecture encore plus attrayante, si l'auteur avait mis un peu plus d'ordre dans la distribution de son sujet, et surtout s'il eût été plus sobre de digressions, dont la plupart offrent néanmoins beaucoup d'intérêt.

Anatomie pathologique. — Nous ne possédons aucun renseignement précis sur l'état des organes génitaux chez les sujets qui succombent à la spermatorrhée. Lallemand a prétendu pourtant qu'on trouvait chez eux des traces d'inflammation dans les vésicules séminales, dans la prostate, dans les canaux éjaculateurs, et des érosions, des ulcérations ou des cicatrices à l'orifice de ces conduits, etc. Mais les faits, au nombre de neuf, rapportés par l'ancien professeur de Montpellier, ne sont pas concluants, puisque rien ne prouve qu'une spermatorrhée ait existé sur aucun des individus dont les organes génitaux internes ont présenté diverses altérations toutes consécutives à des phlegmasies anciennes.

Symptômes. — Il est des pollutions utiles : ce sont celles qui se manifestent de temps en temps pendant la nuit, dans les rêves lascifs, chez les adolescents et les adultes qui vivent dans la continence; elles remédient alors à une pléthore spermatique, et sont généralement suivies de soulagement et d'un sentiment de bien-être. On a même cité des états graves de l'économie qui avaient promptement cédé après une ou plusieurs de ces pollutions (P. Frank, Sainte- Marie). Il n'en est plus de même si les émissions de sperme se font à des intervalles rapprochés, soit que la perte de semence ait lieu dans l'acte du coït ou qu'elle ait été provoquée par la masturbation, soit enfin qu'elle s'opère sponta-

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némcnk comme dans les cas de pollutions. Celles-ci peuvent survenir primitivement chez les individus continents; plus souvent elles se déclarent chez des personnes qui ont abusé du commerce des femmes ou qui se sont livrées immodérément à la masturbation. Elles commencent presque toujours par avoir lieu pendant la nuit seulement; mais à mesure qu'elles se répètent, les phénomènes d'excitation qui les précédaient et qui les accompagnaient autrefois diminuent ou cessent. L'émission de la semence se fait alors spontanément sans être provoquée par rien, sans que la verge soit en érection complète; souvent même le pénis reste tout à fait flasque, l'éjaculation est faible, ou bien le sperme s'échappe en bavant sans que le malade en ressente le moindre plaisir. Au lieu de s'écouler au dehors, le liquide peut s'épancher en totalité ou en partie dans la vessie et être rendu plus tard pendant la première émission d'urine; c'est ce qui arrive quand il existe un rétrécissement considérable de l'urèthre dans ses portions bulbeuse et prostatique, ou lorsque, par suite de cicatrices ou d'adhérences vicieuses, l'orifice des conduits éjaculateurs est dévié et porté en arrière. Dans tous ces cas, les accidents sont les mêmes; en effet, que le sperme se soit écoulé au dehors ou qu'il se soit épanché dans la vessie, son émission hors des vésicules séminales s'accompagne de brisement dans les membres, d'une grande faiblesse, de céphalalgie, de torpeur et de somnolence; les individus à leur réveil sont courbaturés et inaptes à se livrer à leurs occupations, si celles-ci nécessitent quelques efforts intellectuels ou musculaires.

Cependant ce n'est pas seulement pendant la nuit que les pollutions ont lieu; on les observe, en effet, fréquemment dans Tétat de veille ; elles se font alors surtout pendant la défécation ou durant l'émission de l'urine. Chez d'autres, elles sont provoquées par Téquitation ou par les efforts,, par le moindre attouchement ou par le plus léger frottement du gland. Dans ces cas, le sperme peut être facilement reconnu à sa consistance, à sa couleur et à son odeur; mais à mesure que les pollutions se répètent, la liqueur séminale change d'aspect et devient plus ou moins séreuse : il importe donc de déterminer la nature du liquide à l'aide du microscope. L'emploi de cet instrument est surtout indispensable dans les cas où le sperme s'échappe pendant l'émission de Turine. On a dit qu'on pouvait alors reconnaître lexistence de la spermatorrhée par la nature du dépôt qui se formait dans le vase où l'urine avait été rendue. Ainsi, suivant Lallemand, on verrait d'abord des corpuscules transparents, irrégulièrement sphériques, d'un volume variable, et assez semblables à des grains de semoule; mais si la maladie est ancienne, on ne trouve plus ces granulations; il existe seulement alors un nuage épais, homogène, blanchâtre, parsemé de petits points brillants qui occupent les couches inférieures, et qu'on a comparés au dépôt qui se forme dans une décoction d'orge ou de riz un peu concentrée. Comme on le conçoit bien, ces dépôts n*ont rien de caractéristique; aussi fautil s'aider du microscope et rechercher s'ils ne contiennent pas des animalcules spermatiques.

L'examen microscopique fournit d'ailleurs des résultats intéressants : Lallemand a vu que, lorsque la spermatorrhée était toute récente, le fluide séminal conservait encore ses propriétés, et que les zoospermes ne présentaient rien de remarquable sous le rapport du nombre et du volume. 11 n'en est plus de même lorsque, par la répétition et l'abondance des pertes séminales, le sperme est devenu moins consistant et presque séreux; car alors, d'après le même observateur, les animalcules sont moins vivaces, puisqu'on les trouve morts peu de minutes seulement après leur expulsion: ils sont parfois d'un quart ou d'un tiers plus petits qu'à Tétat normal; leur queue est difficile à distinguer avec

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un grossissement de trois cents fois ; plus tard encore les animalcules deviennent rares et peuvent disparaître, quoique la liqueur conserve. encore l'odeur spermatique; alors, à la place des zoospermes, on ne trouve plus que des globules ovoïdes ou sphériques. Faut-il admettre, avec M. Donné, que des cristaux d'oxalate de chaux se rencontrent communément dans l'urine des spermatiques en raison d'une excitation sympathique des reins? C*esl là un fait qui n'est pas encore suffisamment établi.

Un des premiers accidents des pollutions nocturnes ou diurnes est une diminution dans l'énergie, dans la longueur des érections et dans la rapidité avec laquelle l'éjaculation se fait; peu à peu les érections sont impossibles, les malades sont alors devenus tout à fait impuissants.

Cependant les pertes séminales, en se reproduisant, finissent par produire sur l'économie tout entière des effets fâcheux : ainsi les malades pâlissent et maigrissent ; ils perdent leurs forces, ils tremblent des membres; ils ont des pesanteurs de tête, des vertiges, des éblouissements, des bourdonnements d'oreilles ; quelques-uns ont de temps en temps des congestions cérébrales qui ordinairement sont légères et fugaces, mais qui parfois sont alarmantes. Leur Tue est affaiblie ; ils sont tristes, mélancoliques ; leurs digestions sont lentes, accompagnées d'aigreurs, de flatuosités; ils sont essoufflés, asthmatiques, tourmentés par des palpitation^, et leur voix est faible. Quelques-uns éprouvent des convulsions ou de véritables accès d'épilepsie; d'autres ont un ou plusieurs de leurs membres roidés, contractures ou paralysés; enfin, à un degré plus avancé, les malades tombent dans un état de consomption connu sous le nom de tabès darsalis. Pâles, amaigris, se soutenant à peine, ces individus ressemblent à des cadavres ambulants; épuisés au physique comme au moral, leurs pieds s'infiltrent, les cheveux tombent, leurs sens et surtout la vue s'éteignent; ils ont du dévoiement alternant avec de la constipation; enfin ils succombent dans le dernier degré de marasme; quelques-uns, profondément découragés, ont recours au suicide pour mettre un terme à leurs longues souffrances. Au milieu de l'appareil des symptômes graves que je viens de dépeindre, les malades sont sans fièvre : c'est une circonstance remarquable déjà notée par Hippocrate, et sur laquelle Lallemand a beaucoup insisté. Les tabescents sont en effet sans fièvre, non-seulement au début, mais encore à une période avancée. Un appareil fébrile, quels que soient d'ailleurs ses caractères, qui se déclare à une époque quelconque de la spermatorrhée, est presque toujours l'indice d'une complication.

Marche. Durée. Terminaisons. — Les pollutions ont toujours une marche très-irrégulière, très-inégale. Tantôt elles offrent des variations journalières tout à fait inexplicables ; d'autres fois celles-ci tiennent à l'influence manifeste de quelque cause extérieure. Ainsi les malades se trouvent communément mieux d'un temps humide, pluvieux, tandis que la plupart souffrent davantage lorsque le ciel est pur et sec. D'après Lallemand, le printemps agirait d'une manière fâcheuse sur presque tous les tabescents, et cette exaspération ces symptômes tiendrait évidemment à l'augmentation des pertes séminales. L'automne est la saison la plus favorable. Beaucoup de ces individus éprouvent un redoublement dans leurs maux, par suite d'une congestion hémolrrhoïdaire, par la présence d'ascarides dans le rectum, ou quand la constipation se prolonge, etc. ; mais la maladie présente, en outre, une foule d'oscillations qui paraissent inexplicables, quelque attention qu'on mette à en rechercher la cause. Dans les cas les plus graves, dit Lallemand, ces oscillations sont journalières et peu prononcées; la marche peut être alors rapide et comme continuey quoique

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toujours irrégulière. Ces spermatorrhées mériteraient d'être appelées aiguës, si leur durée n'était encore fort longue. Quant à celles dont les rémissions ou les intermittences sont plus tranchées, on conçoit que leur influence sur l'économie diminue dans la même proportion. Les suspensions les plus complètes et les plus prolongées sont évidemment celles qui sont les plus favorables à la conservation des forces et àTintégrité de la constitution. C'est alors que la maladie peut être regardée comme éminemment chronique; ces tabescents peuvent conserver pendant vingt, trente ans et plus, presque toutes les apparences de la santé. Ces cas se confondent d'une manière insensible avec ceux des pertes se fninales, qu'on ne peut plus regarder comme morbides, puisqu'elles n'altèrent pas la constitution.

La spermatorrhée a peu de tendance à se terminer spontanément. Il semble que les progrès de l'âge, en ralentissant la sécrétion spermatique, devraient diminuer la fréquence et Tabondance des pollutions. Cela est généralement vrai ; mais la moindre évacuation de liqueur séminale dans la vieillesse produit beaucoup plus de faiblesse qu'aux autres périodes de la vie; de sorte -que, quoique la maladie ait diminué, ses effets constitutionnels restent à peu près les mêmes. Beaucoup de pollutions cèdent quand on fait disparaître certaines causes d'excitation qui les entretiennent ou qui les ont fait naître. Enfin, on voit qu'elles se dissipent peu à peu par l'usage régulier du coït : cela n'a guère lieu pourtant qu'au début, lorsque les fonctions ne sont pas encore altérées, et que les pollutions sont l'effet de la continence ; mais aussitôt que la consomption est véritablement établie, les rapports sexuels sont plus nuisibles qu'utiles (Hippocrate, Lallemand). En résumé, dit Lallemand, les pertes séminales, arrivées au point de constituer une maladie, ont plus de tendance à s'aggraver qu'à diminuer spontanément; l'habitude seule suffirait pour en rendre la guérison de plus en plus difficile.

L'épuisement causé par les pertes séminales peut être porté au point d'occasionner la mort. Ces malades succombent alors par syncope ou avec les symptômes d'une congestion cérébrale; toutefois ces faits sont excessivement rares. Presque tous les tabescents, après être restés longtemps languissants, sont emportés par une maladie aiguë ou chronique intercurrente, qui généralement alors suit une marche beaucoup plus rapide, en raison de l'état constitutionnel du sujet.

Accidents consécutifs. — On exagérerait les effets pernicieux des abus vénériens, si on les regardait comme des causes très-actives de lésions viscérales graves. Il ne me paraît pas, en effet, que la spermatorrhée produise souvent, comme on l'a dit, comme semble aussi le croire Deslandes, des affections organiques du cœur, du cerveau, de l'estomac, etc. Les troubles fonctionnels «qu'on observe vers ces organes sont presque toujours purement nerveux. Les •excès vénériens sont, en effet, une cause très-active de névroses. Ainsi la masturbation, chez les enfants et les adolescents, occasionne souvent l'épilepsie •et la chorée; à un âge plus avancé, les pertes séminales peuvent produire la manie, la lypémanie, la démence et l'hypochondrie, indépendamment des autres troubles nerveux, comme les palpitations, l'essoufflement, la gastralgie, la dys- .pepsie, la paralysie des sens ou des membres, et les contractures musculaires, qui ne se lient non plus à aucune lésion organique, comme le prouve leur cessation rapide aussitôt que la spermatorrhée est guérie. Les abus vénériens sont-ils une cause de tubercules? La chose nous paraît incontestable.

Diagnostic. — Le diagnostic des pertes séminales présente souvent beaucoup d'obscurité. Peu de malades les dissimulent; mais il en est beaucoup qui

88i DES SECRETIONS PROPRES A QUELQUES ORGANES.

en ignorent l'existence, et qui, rattachant à d'autres causes les accidents qu'ils éprouvent, induisent souvent le médecin en erreur.

Les pertes séminales ne peuvent être confondues avec les écoulements chroniques de Turèthre, de la prostate ou des glandes de Cowper; car ceux-ci sont lenls^ continus, uniformeSy tandis que dans les perles séminales, le sperme sort subitement en quantité notable chaque fois, et à des intervalles plus ou moins rapprochés : dans aucun cas on ne le voit s'écouler d'une manière continue ou goutte à goutte (Lallemand). Lorsque des pertes séminales viennent compliquer des écoulements chroniques de l'urèthre, on voit alors un suintement continuel; puis, soit spontanément, soit à l'occasion d'un effort, etc., un écoulement plus abondant se fait tout à coup. Celui-ci a une odeur particulière, il est suivi des symptômes qui accompagnent chaque excrétion morbide de sperme; enfin, l'examen microscopique fait cesser tous les doutes en démontrant l'existence des zoospermes.

Lorsque les pollutions sont internes, c'est-à-dire lorsque le sperme, en raison surtout d'un rétrécissement de l'urèthre en avant de l'orifice des conduits éjaculateurs, n'est plus expulsé au dehors, mais s'épanche dans la vessie, on pourrait aisément méconnaître l'existence de la maladie. Cependant, lorsque chez un individu qui s'affaiblit, qui maigrit et devient impuissant, on ne trouve aucune lésion organique pour expliquer ces accidents; lorsqu'on apprend par l'interrogatoire du malade qu'une ou plusieurs fois le jour, à la suite des efforts de défécation, ou bien le malin à son réveil, il éprouve ce malaise, cette céphalalgie, ces élourdissements, cette faiblesse, ce brisement des membres, qui accompagnent les émissions morbides de sperme, on devra soupçonner celte affection, et pour éclairer les doutes il faudra recueillir l'urine, la laisser déposer, et, après l'avoir décantée, examiner au microscope la nature du dépôt qu'on trouve au fond du vase. On agira de même chez les libertins et les masturbateurs qui ne se rétablissent pas, quoiqu'ils aient cessé de se livrer à leurs excès ou à leur coupable habitude ; car, dans ces cas, il est très-commun que le rétablissement de la santé soit empêché par des pertes séminales qui se sont établies à l'insu des malades.

Nous avons vu que les sujets atteints depuis longtemps de pertes séminales finissaient par éprouver de la dyspnée, des palpitations, des élourdissements, de la dyspepsie, de la paralysie, des contractures des membres, accidents qui ont souvent donné lieu à des erreurs de diagnostic et ont fait croire à l'existence de maladies du cœur, des poumons, du cerveau, de la moelle, de l'estomac. Lallemand, dans son important ouvrage, parle d'un grand nombre de malades qui, par suite de ces méprises commises souvent par des hommes très-expérimentés, eurent à souffrir des traitements longs et douloureux, et qui ne faisaient qu'empirer leur état. On ne commettra pas des erreurs aussi préjudiciables, si l'on s'habitue de bonne heure à ne jamais négliger d'étucHer les phénomènes qui se passent du côté des organes génitaux. Le diagnostic de la spermatorrhée une fois établi, il faudra rechercher la cause qui l'a produite et qui l'entretient.

Pronostic. — Les pertes séminales constituent toujours une alfeclion grave, en raison des alteinles que la santé générale en éprouve, et parce qu'elles produisent souvent Timpuissance. D'ailleurs la gravité du pronostic sera proportionnée à l'ancienneté de la maladie, à l'influence plus ou moins fâcheuse que celle-ci a exercée sur la constitution, et enfin à la iiicilité avec laquelle on peut combattre et détruire la cause qui a produit l'affection. Les pertes diurnes sont toujours graves et incompatibles avec l'état de santé.

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Ëtiologre. — Les pertes séminales reconnaissent une infinité de causes. On les observe fréquemment chez des individus qui se sont livrés à la masturbation ou qui ont abusé du commerce des femmes. Les excès vénériens sont sans contredit une des causes les plus efficaces de la spermatorrhée ; c'est ce qu'on observe également chez les animaux. C'est ainsi que tous les vétérinaires reconnaissent que les pollutions qui affectent les étalons dépendent presque toujours des saillies trop prolongées ou trop rapprochées. La continence, surtout chez les individus qui ont le sens génésique très-développé, amène souvent le même résultat. La maladie est parfois Teffet de causes directes, c'est-à-dire de causes qui agissent plus ou moins médiatement sur les organes génitaux : telles sont l'accumulation des fèces dans le rectum, l'abus des drastiques, la présence d'un grand nombre d'oxyures ou d'hémorrhoïdes, une induration squirrheuse du rectum, affections qui, toutes, semblent agir en excitant les contractions des vésicules séminales. D'autres fois, ce sont des maladies qui produisent un état d'excitation sur les conduits éjaculateurs, et qui, en se propageant ensuite jusqu'aux vésicules séminales, les provoquent à se débarrasser du sperme qu'elles contiennent : tels sont l'accumulation insolite de la matière sébacée autour du gland, l'herpès du prépuce, l'inflammation chronique de l'urèthre, surtout celle de sa portion prostatique. Enfin, les pertes séminales peuvent survenir chez des sujets affaiblis par les jeûnes et les veilles, par les méditations profondes, par les chagrins, ou bien encore chez les individus qui nourrissent sans cesse leur imagination d'idées lascives. On trouve dans l'ouvrage de Lallemand des faits qui démontrent la réalité de chacune des causes que je viens d'énumérer.

Traitement. — La première indication est de faire cesser les causes qui donnent lieu à la spermatorrhée. C'est ainsi qu'il existe des faits nombreux dans la science qui prouvent qu'il a suffi de vaincre une constipation opiniâtre, d'expulser des oxyures, d'exciser des hémorrhoïdes ou une bride du rectum, de guérir un herpès du prépuce, d'empêcher l'accumulation de la matière sébacée autour du gland, etc., etc., pour faire cesser presque aussitôt des pertes séminales qui existaient depuis longtemps et qui avaient souvent exercé la plus fâcheuse influence sur la constitution. Lallemand a également prouvé que les pertes séminales qui dépendaient d'une inflammation chronique de la membrane muqueuse uréthrale, surtout de sa portion prostatique, guérissaient lors(iu'on modifiait cette surface par la cautérisation avec le nitrate d'argent. Dans ces cas, pourtant, l'amélioration n'est pas toujours immédiate; elle n'arrive en effet souvent que plusieurs semaines après : aussi Yie doit-on recourir à une nouvelle cautérisation qu'au bout d'un mois et même de six semaines. Ce traitement convient surtout dans les cas où les pertes séminales ont été consécutives à des hémorrhagies. On constate l'état maladif du canal à l'aide du calhélérisme : le bec de la sonde, en effet, en arrivant sur la portion de la membrane muqueuse qui est altérée, y excite une vive douleur. Les révulsifs puissants sur le périnée pourraient-ils, dans ce cas, être utiles? Je ne sais. Cependant Huzard rapporte avoir guéri promptement un étalon atteint de spermatorrhée, en portant un bouton de feu au périnée. Kaula dit, dans sa thèse (année 1846), que le même traitement a également été employé avec succès en Italie.

Il faut commencer aussi par éloigner tout ce qui pourrait provoquer l'excitation des organes génitaux : on renoncera donc aux lectures erotiques, et l'on évitera la société des femmes. Cependant, dans quelques cas, il sera utile que les malades se livrent de temps en temps au coït, surtout si les pertes sémi-

nales sont l'effet de la continence. Les malades coucheront sur la paille ou sur le crin, et conserveront autant que possible le décubitus sur un des côtés. On conseillera les distractioos, les promenades, un régime doux, l'abstinence des mets échauffants, épicés, des liqueurs alcooliques. On tiendra le ventre libre ; la vessie sera vidée plus souvent, surtout pendant la nuit. Dans cette forme de la spermatorrhée, dans laquelle les organes génitaux semblent surexcités, on pourrait tenter l'usage de la poudre de digitale à la dose de 30 centigrammes par jour. M. Corvisart a vu trois fois ce remède réussir. Son emploi est rationnel depuis que le docteur Brughmans a prouvé l'action dépressive, hyposthénisante, que la digitale exerce sur les organes génitaux. D'après M. Debout, la lupuline donnée à la dose de 1 à 2 ou 3 grammes, en poudre ou en électuaire, agirait de même. Enfin, quelques personnes ont, dans ces dernières années, administré le bromure de potassium à la dose d'un à plusieurs grammes, guidées dans cet emploi par l'action dépressive que cette substance exerce sur les organes génitaux.

Les moyens dont nous venons de parler conviennent toutes les fois que la constitution n'est pas encore affaiblie, et que les pertes séminales existent avec un état d'excitation ; mais la conduite devra être bien différente lorsque la spermatorrhée, remontant déjà à une époque éloignée, a beaucoup affaibli les individus, et lorsque l'écoulement du sperme semble s'opérer d'une manière toute passive. Il faut alors recourir aux toniques, aux aliments nutritifs, aux vins généreux, aux ferrugineux, aux boissons glacées, aux bains frais, aux bains de mer, aux lotions froides et aromatiques sur le périnée, sur la verge et sur le scrotum, aux lavements froids, aux douches froides générales ou dirigées spécialement sur les lombes, sur le sacrum et sur le périnée. Quelquefois la susceptibilité des organes digestifs est telle que les malades ne peuvent être soumis immédiatement à une alimentation réparatrice ; on commencera alors par leur donner des bouillons d'écrevisses, de grenouilles et de tortue, le lait de vache, d'ànesse, et même le lait de femme.

Il est des remèdes qui jouissent d'une réputation populaire pour réveiller les organes génitaux et faire cesser l'impuissance : tels sont le phosphore, et surtout les cantharides. Mais ce sont là des moyens dangereux et de plus inefGcaces. Le galvanisme n'offre pas le même danger. Lallemand l'a employé quelquefois avec beaucoup d'avantage. On doit, dans les cas qui en permettent l'usage, établir le courant entre les lombes et le pubis ou le périnée. Il paraît aussi que quelques ^permatorrhées chroniques, après avoir résisté à toules les médications, ont cédé assez rapidement à l'emploi de l'ergot de seigle administré à la dose de 30 à 120 centigrammes par jour. Toutefois l'utilité de ce remède n'est pas encore suffisamment établie. M. le docteur Duclos a inséré dans le Bulletin thérapeutiqtie de l'année 1849 un travail qui prouve que, dans cette forme atonique de la spermatorrhée, on peut recourir avec avantage aux préparations de noix vomique. M. Duclos emploie l'extrait alcoolique; il prescrit pendant cinq jours une pilule de 5 centigrammes, et augmente d'une pilule tous les cinq jours, jusqu'à ce que les malades en prennent huit. Il a pu même porter la dose plus loin. Il y joint souvent des frictions sur les lombes et aux cuisses, avec un mélange de teinture de cantharide et de noix vomique. Il faut savoir, enfin, que des spermatorrhées rebelles à toutes les médications ont cédé quelquefois au traitement antisyphilitique, comme si la maladie était alors entretenue par quelque lésion que la médication spécifique venait détruire.

Le commerce des femmes a pu être utile à quelques tabescents pour rompre des habitudes de mastnrbnlion ou pour faire cesser des pollutions nocturnes

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entretenues par une continence trop absolue; mais, hors ces cas, le coït est pernicieux pour ces malades. Il ne suffit pas cependant, ainsi que Ta établi Lallemand, que les tabescents observent matériellement la continence; il faut encore qu'ils s'efforcent de rester moralement chastes, en éloignant de leurs pensées tout ce qui peut éveiller des préoccupations erotiques. La moindre imprudence de ce genre, dit l'ancien professeur de Montpellier, leur est aussi funeste qu'une indigestion, qu'un excès de boisson ou qu'une équitation trop forte. Cependant il arrive une époque où les rapprochements sexuels doivent être permis et même ordonnés; mais on ne peut, avec Hippocrate, fixer aucun terme à la continence : la conduite à tenir sera ici subordonnée à l'état général du sujet. Quelquefois même il pourra être utile de conseiller le rapprochement sexuel à certains intervalles et avant la guérison complète, afin de prévenir des pollutions nocturnes.

Prophylaxie. — La prophylaxie des excès vénériens varie suivant que ceuxci sont l'effet du coït ou de la masturbation. Il n'y a que les adultes et les jeunes gens qui aient la possibilité de se livrer au coït avec excès. Pour les préserver des dangers qu'ils courent, il faut parler à leur raison, leur dépeindre sous les couleurs les plus sombres les périls auxquels ils s'exposent : si la chose est possible, on leur créera des obstacles aux rapports sexuels, et on les soumettra au régime dont nous allons parler pour la masturbation, dans le but de diminuer le plus possible la sécrétion du sperme et l'excitation des organes génitaux. Mais les bons conseils, les moyens moraux et religieux, ont rarement de l'enicacité pour faire cesser chez les jeunes gens la pernicieuse habitude de la masturbation. Tous les appareils de coercition imaginés sont insuffisants ou dangereux; la surveillance la plus assidue, la plus intelligente, est mise en défaut. Dans ces cas, pour diminuer l'activité des organes génitaux,' on doit surtout compter sur les exercices corporels, tels que les promenades, la gymnastique, la natation, l'escrime; car, ainsi que l'a dît avec juste raison Lallemand, aucune surveillance, aucun principe de religion ou.de morale ne sauraient avoir des effets aussi sûrs qu'une fatigue journalière qui amène chaque soir, au moment où les masturbateurs se livrent à leur manœuvre, un besoin urgent de repos : cet exercice forcé diminue, en outre, la sécrétion du sperme ; il modère l'excitation des organes génitaux et l'empire de l'imagination. Que faire pourtant lorsque l'hygiène, les moyens moraux, religieux, coercitifs, et jusqu'aux châtiments, ont tout à fait échoué? Que faire d'un adolescent qui, trompant la surveillance de tous les instants, se livre avec une sorte de fureur à une pratique qui épuise déjà sa constitution? Dans ce péril, il ne faut pas hésiter à adopter un parti qui, sans doute, est un mal, mais un mal bien moins grand que celui qu'on veut combattre. C'est ce que J.-J. Rousseau a admirablement exprimé dans les lignes suivantes : cDéfiez- vous de l'instinct : il serait dangereux qu'il apprît à votre élève à donner le change à ses sens, et à suppléer aux occasions de les satisfaire ; s'il connaît une fois ce dangereux supplément, il est perdu. Sans doute il vaudrait mieux encore... Si les fureurs d'un tempérament ardent deviennent invincibles, mon cher Emile, je te plains; mais je ne halanoerais pas un moment, je ne souffrirai pas que la fm de la nature soit éludée. S'il faut qu'un tyran te subjugue, je te livre par préférence à celui dont je veux te délivrer : quoi qu'il arrive, je t'arracherai plus aisément aux femmes qu'à toi. » L'opinion du grand philosophe est aussi celle de tous les médecins expérimentés qui se sont occupés du sujet dont nous traitons ici. Deslandes et Lallemand l'ont adoptée dans leurs ouvrages avec une grande franchise ; cependant il importe de dire ici, avec ce dernier, qu'il arrive un

moment où cette puissante ressource échappe elle-même, parce qu'on a trop longtemps attendu. La perversion de l'instinct génital est alors portée au point que toute femme est prise en aversion, en dégoût.

Ya-t'il chez la femme des pollutions analogues pour les effels de la spermatorrhée? — Pierre Frank a répondu affirmativement à cette question; Requin est porté également à l'admettre; enfin, un médecin des hôpitaux, H. Guibout, a publié en 1847, dans Y Union médicale , une observation concluante. On sait que, pendant le coït, le vagin et la vulve surtout sont lubrifiés par un mucus plus ou moins filant; ce fluide, spécialement fourni par les glandes vulvovaginales, est quelquefois extrêmement abondant, et il coule avec une instantanéité telle, qu'on peut dire qu'il est projeté par une éjaculation véritable. Un rêve erotique, la masturbation, et chez les femmes ardentes, le contact, la vue, le souvenir d'une personne, la marche même, suffisent pour déterminer cette excrétion, qui, en se répétant, amène à la longue à peu près les mêmes incommodités, les mêmes troubles que la spermatorrhée produit chez l'homme.

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