DE LA VACCINE, OU DE LA PROPHYLAXIE DE LA VARIOLE
sieurs fois avant d^obtenir un bon résultat. Cette résistance se remarque surtout chez les jeunes gens et chez les adultes. Mais il est infiniment rare de rencontrer des individus qui soient absolument réfractaires à l'inoculation vaccinale : je connais un interne des hôpitaux qui est dans ce cas. Chez les individus dont je parle, il vaut mieux, ainsi que le remarque Husson, multiplier les essais indéfiniment, que de s'endormir dans une fausse sécurité.
Traitement. — Il n'y a rien à changer aux habitudes d'un sujet vacciné. Si l'inflammation locale était trop vive, on couvrirait la partie de cataplasmes émoUients; s'il y avait un peu de fièvre, on prescrirait la diète et l'usage de quelques délayants.
La vaccine n'est pas une affection purement locale. — En effet, la vertu préservatrice de la vaccine, et les cas bien constatés de boutons surnuméraires y prouvent suffisamment que le virus absorbé agit sur toute l'économie.
Époque à laqudle la vaccine est préservatrice de la variole. — On n^est pas d'accord sur l'époque à laquelle la vaccine commence à être préservatrice. Les uns disent que ce n'est qu'au neuvième jour, c'est-à-dire à l'époque où l'on suppose que le virus absorbé agit sur toute l'économie ; d'autres, au nombre desquels il faut citer H. Bousquet, prétendent que l'infection s'accomplit pendant la période d'incubation, et, regardant le développement du bouton conmie la conséquence ou comme la preuve de cette infection, ils admettent que la vaccine est préservatrice dès le troisième jour au plus tiard. On ajoute même que l'éruption peut manquer complètement; que du malaise et de la fièvre arrivant du troisième au huitième jour peuvent être les seuls accidents de l'affection, et qu'ils suffisent pour préserver les individus de la variole aussi bien que ceux qui ont eu une vaccine régulière. Cette opinion ne semble pas encore être appuyée sur des faits suffisamment nombreux et parfaitement authentiques. Nous doutons aussi que la vaccine ait acquis toute la plénitude de sa vertu préservatrice avant le sixième ou le septième jour. Ce qui semble le prouver, c'est que plusieurs médecins, notamment Hongenot, Eichhorn, H. Taupin et M. Bousquet lui-même, ont donné une vaccine régulière à des enfants avec du vaccin pris sur ces derniers, et provenant d'une inoculation faite sur eux cinq ou six jours auparavant.
A quelle époque peut-on prendre du vaccin dans les boutons? — M. Bousquet s'est assuré qu'un bon vaccin existe déjà dans un bouton qui ne fait que de naître ; mais il est en petite quantité, et on ne l'extrait qu'avec peine. Ce n'est que du septième au huitième jour qu'il convient de s'en servir. Il n'y a aucun inconvénient pour les enfants qui donnent du vaccin. La préservation est aussi complète chez eux que chez les individus dont on a respecté les pustules.
Qualités du bon vaccin. — Le bon vaccin est liquide, clair, limpide, diaphane, parfois un peu jaunâtre, légèrement visqueux ; il sort lentement du bouton piqué, et se dessèche promptement à l'air sous la forme d'un enduit gommeux. Ce fluide n'est point volatil ; appliqué sur l'épiderme, il n'y exerce aucune action; il faut, pour qu'il soit absorbé, que la peau soit dénudée. En règle générale, plus le vaccin est jeune, plus aussi il est actif; ses effets sont d'autant plus sûrs, que le bouton en contient moins. Toutes choses égales d'ailleurs, le vaccin qu'on prend sur les jeunes enfants a des effets plus certains que celui provenant de personnes âgées. Dans le monde, les parents se préoccupent beaucoup de l'idée que leurs enfants pourraient être vaccinés avec de mauvais vaccin, c'est-à-dire provenant de sujets malsains. Quoiqu'il n'y ait
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pas plusieurs qualités de vaccin, quoique le virus qu'on retire d'un enfant fort ou faible, d'un individu ayant la syphilis, les scrofules, etc., ait en général la même efficacité, cependant il y a toujours intérêt à prendre du vaccin chez des sujets vigoureux, attendu que, chez les individus faibles, on voit le virus dégénérer promptement : c'est du moins ce que les expériences de M. Bousquet semblent établir.
Relativement à la syphilis, il est certain aussi que le vaccin fourni par un vérole ne peut transmettre que la vaccine lorsqu'il est pur, c'est-à-dire sans mélange de sang : il n'en est plus de même lorsque la pointe de la lancette, qui est chargée du vaccin, est salie par la plus minime quantité de sang. Dans ee cas seulement on peut, avec la vaccine, transmettre en même temps la syphilis. H. le docteur Viennois a réuni, dans ces derniers temps, des faits qui paraissent concluents (1). D a prouvé que, lorsqu'on a inoculé simultanément du vaccin et du sang de syphilitique, la vaccine se développe la première et régulièrement, mais plus tard la pustule vaccinale acquiert des caractères nouveaux, insolites; elle s'ulcère, ses bords s'indurent, les ganglions de l'aisselle s'engorgent ; il se forme, en un mot, un chancre, et après un temps plus ou moins long éclatent les accidents de syphilis constitutionnelle. On ne devra donc jamais emprunter du vaccin à un sujet syphilitique ou soupçonné de Tétre. H. Viennois conseille même, pour plus de sécurité, que lorsqu'il s'agit d'un nouveàu-né, on ne lui emprunte pas le vaccin avant l'âge où la syphilis héréditaire a l'habitude de se manifester, c'est-à-dire six semaines ou deux mois après la naissance.
Il résulte de ce qui précède que, lorsque avec le vaccin on inocule la syphilis, toujours on déterminera une manifestation locale, un chancre. Il ne faut pas confondre ce fait avec ces cas, rares d'ailleurs, d'accidents secondaires qui éclatent tout à coup chez des sujets récemment vaccinés ; ici la vaccine n'a agi que comme cause déterminante. En raison du trouble qu'elle a produit dans l'économie, elle a fait éclater une syphilis encore latente. Nous verrons qu'une foule d'autres causes agissent de même et que la vaccine n'a rien ici qui lui soit spécial.
Le virus vaccin devra être renouvelé le plus qu'on pourra; mais comme le cowpox n'est pas aujourd'hui chose commune, quelques personnes avaient pensé qu'en transportant le vaccin de l'homme à la vache on lui donnerait une nouvelle énergie. Des milliers d'expériences faites par ordre du gouvernement bavarois il y a un certain nombre d'années, confirmeraient cette doctrine; mais en France elle a trouvé un adversaire redoutable dans H. Bousquet, qui, ayant répété les mêmes expériences, a vu que la vache rendait le vaccin tel qu'on le lui donnait, c'est-à-dire ni plus ni moins actif.
Mode de conservation du vaccin, — Le vaccin est conservé généralement entre deux plaques de verre lutces avec de la cire et entourées d'une lame de plomb. On se sert aussi de tubes de verre capillaires. Pour les remplir, ils doivent être ouverts à leurs deux extrémités ; on en met une en contact avec une goutte de vaccin, qui pénètre par capillarité. Le petit tube rempli, on le ferme à la lampe. Quand on veut s'en servir, on casse les deux bouts du tube, et, soufflant par une des extrémités, on projette sur une cuiller, ou tout autre corps poli, le vaccin qui y est contenu. Comme on le voit, la conservation du vaccin dans les plaques est plus commode et partant préférable à la méthode
(i) Archives générales de médecine^ année 1860, 1. 1** p. d42.