DE U VACCINE, OU DE LA PROPHYLAXIE DE LA VARIOLE
des tubes. Mais il faut reconnaître néanmoins que la vaccination faite avec du virus conservé, n'importe par quel procédé, échoue plus souvent que lorsqu'on inocule un vaccin frais; il faudra donc, autant que possible, vacciner de bras à bras, c'est-à-dire prendre le vaccin directement sur un enfant.
Le virus vaccin est-il dégénéré depuis Jenner? — La chose me paraît incontestable. Il y a une trentaine d'années, H. le docteur Perdreau ayant découvert du covirpox sur une vache à Passy, M. Bousquet le recueillit, l'inocula sur un bras et vaccina avec l'ancien vaccin le bras opposé. Or il résulta de cette comparaison que le nouveau virus réussissait dans des circonstances où l'autre échouait : le premier donnait des pustules plus larges, plus belles, plus brillantes, et excitait une inflammation et une fièvre plus forUs. Des expériences semblables faites en Angleterre, en Allemagne, en Italie, et renouvelées il y a peu d'années en France par Hagendie et par Fiard, ont donné les mômes résultats. Le vaccin dégénère donc; d'où il suit qu'on doit, ainsi que Jenner l'avJt d'ailleurs conseillé, le renouveler le plus souvent possible.
La vertu préservatrice de la vaccine est-elle absolucy ou n'est-élle que tempth raire? — C'est là une question désormais résolue. Il est certain, en effet, que la plupart des vaccinés sont définitivement à l'abri d'une atteinte de variole; cependant on voit tous les jours des sujets portant les traces d'une vaccine régulière être frappés d'une variole légitime ou modifiée. On en a conclu que chez ces derniers la vaccine n'avait qu'une vertu préservatrice temporaire et qu'il fallait procéder à une vaccination nouvelle*
Revacdnations. — La pratique des revaccinations est généralement adoptée dans les pays du Nord; elle tend aussi à se répandre en France. On peut invoquer en sa faveur qu'une foule d'épidémies de variole, sévissant chez des vaccinés, se sont tout à coup arrêtées dès qu'on eut soumis à la revaccination les individus exposés à la contagion. Ces faits sont désormais acquis à la science. C'est à l'aide de la revaccination, appliquée comme méthode générale, qu'on a presque complètement éteint la variole dans les armées prussienne et wurtembergeoise.
Quoique tous les auteurs qui se sont occupés de la question que nous agitons ici s'accordent à reconnaître qu'il est difficile de préciser exactement l'âge où les revaccinations doivent être faites de préférence, cependant on croit assez généralement qu'il est prudent d'y recourir en cas d'épidémie entre la huitième et la neuvième année, et hors de ce temps à partir de la quatorzième jusqu'à la trente-cinquième. Cette limite est trop restreinte, et comme en définitive une revaccination n'a d'autre inconvénient que d'être inutile, il faut, quand la contagion est à craindre, y soumettre des individus même beaucoup plus âgés. J'ai revacciné, en effet, avec succès des personnes qui approchaient de la cinquantaine. On revaccinera sans avoir égard à l'aspect des cicatrices, car celles-ci, quelque belles qu'elles soient, n'indiquent pas que la vertu préservatrice de la vaccine sera ou non absolue.
La réussite des revaccinations ne trahit pas toujours d'une manière certaine une aptitude plus grande des individus à contracter la variole : c'est simplement une probabilité. On connaît, en effet, un grand nombre de médecins d'hôpital qui, ayant eu la variole dans leur enfance, qui, soignant journellement des varioleux, se sont vaccinés dans ces conditions, et ont vu une vaccine régulière se développer. Il est donc des organisations qui sont aptes à ressentir successivement les effets de la variole et de la vaccine, ou ceux dû
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b vaccine et de la variole; nous savons aussi qu'il en est chez lesquels une première atteinte de variole ne préserve pas d'une seconde, et qui! en est beaucoup d'autres qui peuvent ressentir plusieurs fois les effets du cowpox, ainsi que Jenner Ta d'ailleurs établi le premier. Si donc la variole n'est pas toujours un préservatif certain, absolu par elle-même, il serait injuste de vouloir exiger plus de la vaccine. Mais s'il est vrai (et cela est incontestable) que la vaccine ne met pas nécessairement à l'abri d'une variole consécutive, il est certain du moins qu'elle rend celle-ci tellement bénigne, que la mort en est rarement le résultat. Ainsi, tandis qu'en 1841 la variole a emporté en France plus d'un septième de ceux qu'elle a atteints et qui n'avaient pas été vaccinés, la mortalité n'a été que de 1 sur 100 pour ceux qui ont contracté la maladie après avoir eu la vaccine (Gaultier de Claubry). L'épidémie de Marseille de 1828, et celle que Thomson a observée à Edimbourg en 1818, ont même prouvé que la variole avait été moins souvent funeste chez les sujets vaccinés que chez les individus qui avaient eu antérieurement une petite vérole. Quoi qu'il en soit, presque tous les vaccinés qui sont impressionnés par la contagion variolique ont une varioloîde plutôt qu'une variole; et dans les cas rares où il y a variole, on trouve que l'éruption dans les trois quarts des cas est très-discrète. La variole peut même être modifiée dans ses symptômes et dans sa marche, lorsqu'elle se développe concurremment avec la vaccine. Cette modification sera d'autant plus marquée, d'autant plus sûre, que la vaccine sera parvenue à une période plus avancée au moment de l'éruption variolique. Il est également avéré, et je l'ai constaté moi-même, que, lorsque la vaccination est faite pendant la période d'incubation de la variole, celle-ci peut modifier la vaccine dans ses principaux phénomènes locaux : ainsi l'aréole inflammatoire est à peine marquée; l'engorgement du tissu cellulaire est peu sensible ou manque même complètement, et les cicatrices succédant à la chute des croûtes sont moins profondes. M. Clérault, qui a étudié cette question dans sa thèse (1845), a trouvé que, sur 40 cas de vaccine compliquée de variole, la première a présenté 35 fois les modifications que je viens de signaler. D'autre part, on voit en même temps cette vaccine, modifiée dans son aspect par le milieu dans lequel elle se développe, modifier à son tour l'éruption variolique, et transformer la variole en varioloide.
Qu'est-ce que le virus vaccin? — On a pu juger, d'après ce qui précède, de l'analogie et des différences qui existent entre l'éruption variolique et l'éruption vaccinale. Mais quel rapport y a-t-il entre les deux virus? On a soutenu que le virus vaccin n'était rien autre que le virus varioleux, qui, inoculé à la vache, se serait modifié et adouci. Quelques expérimentateurs étrangers ont été assez heureux pour avoir inoculé la variole à la vache, et retirer de l'éruption qu'ils provoquèrent chez elle le virus vaccin. En France, les inoculation. de la variole aux animaux sont restées sans résultats; toutefois ces insuccès nt sauraient mettre, à néant les faits positifs. Les expériences devront être multipliées encore et variées. On a dit aussi que le cowpox ne se développait pas spontanément sur le pis de la vache, mais qu'il était lui-même le résultat d'une affection transmise du cheval à la vache, et nommée eaux aux jambeSy javartf etc.; affections encore mal décrites, comprenant certainement des lisions très-distinctes, ce qui explique les résultats fort contradictoires annoncés par les auteurs. Quoi qu'il en soit, Jenner, sans pouvoir invoquer aucune preuve expérimentale, a défendu jusqu'à sa mort l'idée que le cowpox serait une maladie transmise du cheval à la vache. Mais cette maladie, quelle
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est-elle ? Est-elle TefTet d'un virus spécial? Ne serait-elle pas plutôt la variole elle-même, plus ou moins modifiée par le milieu dans lequel elle s'est développée î C'est là une opinion plusieurs fois émise déjà, qui vient de faire un nouveau pas dans ces derniers temps, et qu'a défendue avec talent et par des preuves presque décisives H. le professeur Depaul, dans une discussion encore pendante en ce moment à l'Académie de médecine (1).
Degré d^utilité de la vaccine. — U est des auteurs enthousiastes qui ont fait de la vaccine une panacée pour toutes les maladies de l'enfance, tandis que ses détracteurs l'ont accusée de produire le rachitisme, les scrofules et la phthisie. L'observation a depuis longtemps fait justice de toutes ces assertions. On peut affirmer aujourd'hui que la vaccine ne guérit aucune des maladies de l'enfance et qu'elle ne peut préserver les individus d'aucune autre affection que de la variole.
Que dire de cette étrange doctrine mise en avant par un mathématicien complètement étranger aux sciences médicales, et défendue par un ou deux médecins amis du paradoxe, savoir, que la vaccine aurait transformé la variole en fièvre typhoïde, et qu'en faisant disparsdtre à peu près la première, elle aurait donné naissance à une maladie non moins dangereuse, et transporté la mortalité du jeune âge sur l'&ge adulte, de sorte que l'humanité aurait plutôt perdu que gagné à la pratique des vaccinations? Le bon sens, comme la science, proteste contre une pareille hérésie, et il n'est pas besoin d'apprendre à des médecins tant soit peu instruits que la fièvre typhoïde n'est pas nouvelle; qu'avant le bienfait de la vaccine, elle exerçait les mêmes ravages que de nos jours, et qu'elle respecte aussi peu les vaccinés que ceux qui ont été varioles : c'est ce que la pratique des hôpitaux nous enseigne journellement.
DE LA VARIOLOÏDE Synonyvie. ~ Vtriole modifiée, et bien à tort varicelle pustuleiife eobiliquée.
Le mot varioloîde a été proposé par Thomson pour désigner une éruption cutanée pustuleuse, qu'on n'observe guère que chez les sujets vaccinés ou chez ceux qui ont eu déjà la variole ; elle ne diffère de cette dernière affection que par la rapidité de sa marche et par l'absence de toute fièvre secondaire.
Historique. — La varioloîde n'est point une affection nouvelle, comme quelques personnes l'ont pensé. Si, en effet, on parcourt la relation des principales épidémies de variole que les anciens nous ont laissée, on voit que ces auteurs ont souvent remarqué que des individus ayant eu déjà une variole à une époque plus ou moins éloignée contractaient parfois une éruption tarioliforme^ dont ils n'ont pas su toujours bien découvrir les caractères, et qu'ils ont décrite, soit comme une varicelle, soit comme une variole ordinaire ; mais leur description a plus de rapports avec celle que nous allons présenter de la varioloîde. Quoi qu'il en soit, ces varioles consécutives ou modifiées ont plus spécialement fixé l'attention des médecins depuis l'introduction de la vaccine.
Sjrmptômes. Marche. — La varioloîde s'annonce par les mêmes symptômes prodromiques que la variole. Nous les avons vus aussi intenses, aussi violents que dans les varioles confluentes. L'éruption commence du troisième au quatrième jour par des taches rouges, au centre desquelles est une papule dure et
(1) Ce paittge est écrit le 8 février 186i.
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saillante. Elle se fait parfois presque simultanément sur tout le corps; plus souvent, plusieurs éruptions successives ont lieu à un ou deux jours de distance. Le nombre des boutons varie; dans quelques cas on n'en trouve que dix à douze disséminés surla figure, sur le tronc et sur les membres : le plus souvent leur nombre dépasse cent; enfin il n'est pas rare de voir Téruption être plus abondante, être même confluente et recouvrir la presque totalité du corps. Dès le lendemain de leur apparition, les élevures contiennent un fluide séreux; vers le troisième et le quatrième jour, elles sont aplaties, et pour la plupart ombiliquées; elles résistent au toucher, et sont entourées d'une aréole rouge. Au sixième jour, le liquide qu'elles renferment est opaque : il commence à se concréter dès le septième; la dessiccation est complète partout, du huitième au dixième. Les malades n'exhalent pas alors l'odeur fétide qu'on remarque chez les varioleux. Enfin, à la chute des croûtes, on trouve rarement de petites cicatrices circulaires, mais ce sont plus souvent de simples taches violacées pouvant persister plusieurs mois, ou bien ce sont des points indurés, des espèces de tubercules coniques ou pointus qui se résolvent spontanément et très-lentement, c'est-à-dire après une ou deux semaines, et qui laissent après eux une coloration ardoisée qui ne s'éteint que tardivement. Ces tubercules ne se voient jamais dans la variole, parce que la suppuration du disque a été complète. La varioloide s'accompagne, au début, de fièvre, d'inappétence et de malaise; comme dans la variole, on observe aussi du ptyalisme, car une éruption analogue à celle de la peau a lieu dans la bouche et dans le pharynx; l'intumescence de la face apparaît à la même époque que dans la variole, et elle peut être aussi marquée que dans celle-ci. Mais ce qui distingue essentiellement la variole de la variololde, c'est que dans cette dernière la fièvre secondaire ou de suppuration manque complètement, c'est-à-dire que parvenue au septième ou huitième jour de l'éruption, celle-ci avorte, se dessèche brusquement; le malade est donc guéri, ou du moins il entre en convalescence précisément au moment même où il serait le plus souffrant et exposé à plus de périls s'il avait une variole légitime.
La varioloïde pourtant n'est pas toujours aussi régulière; sa marche peut être même difl'érento pour les boutons qui ont apparu le même jour. Si, en eiïet, la plupart ne contiennent du pus qu'après six ou sept jours, il n'est pas rare pourtant de voir des pustules se lormer en vingt-quatre heures, et présenter déjà un commencement de dessiccation dès le deuxième ou le troisième jour. D'autres boutons restent stationnaires, et finissent par se résoudre sans se transformer en pustules. Il résulte de cette marche irrégulière de l'éruption qu'on peut trouver à la fois sur le même individu des papules, des vésicules, des pustules et des croûtes : c'est là une circonstance qu'on ne rencontre pas dans la variole. Ce sont ces varioloides discrètes à marche très-rapide, qui sont souvent désignées sous le nom d'éruptions varioli formes, et que beaucoup confondent avec la varicelle (voyez cette maladie).
Durée. Terminaison. — La varioloïde a une durée de huit à douze jours. Sa terminaison est presque constamment heureuse : c'est à peine si Ton a cité quelques cas de mort. Pour ma part, je n'en ai encore rencontré aucun exemplependant une observation de trente-cinq années dans les hôpitaux de Paris.
Diagnostic. — En résumé, les varioloides dont la marche est régulière ne diffèrent point des varioles discrètes pendant le premier septénaire ; les prodromes et les caractères primitifs de l'éruption sont en effet les mémis dans les deux cas; mais, plus tard, nous trouvons une différence capitale, caria fièvre secondaire ou de suppuration, qui existe constamment du septième au huitième jour