‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 3 sur 176 · X ÉLOGE DU PROFESSEUR GRISOLLE · texte numérisé non relu

X ÉLOGE DU PROFESSEUR GRISOLLE

ma part, combien cette causerie de chaque jour, combien cette action d'une même intelligence laissent des traces profondes, ineffaçables dans Tespil (juand, dans telle ou telle idée qui m'assiège, je retroufe Finfluence de nm deux maîtres adorés et vénérés, Biett et H. Andral. Je sens bien alors que c*cil leur esprit qui me hante, et si par hasard de nouveaux travaux, des découvertes récentes, me font abandonner tel ou tel de ces souvenirs, c'est à regnl que je les quitte, et je les accompagne alors longtemps dans mon esprit; cv, en rompant ainsi avec les idées amies de ma jeunesse, il me semble loiyons que je retire à mes maîtres aimés une partie du respect que je suis si heaiea de conserver pour eux. Aussi, quand on a bien senli cette action de chaque jour, si persévérante, si durable, et qu*on est appelé par Tàge et par la silualkn à lier un semblable commerce avec ceux qui vous écoutent, on devient, crojesle bien, sévère avec soi-même, et Ton exerce sur ses paroles et sur ses actes un contrôle sérieux, très-profitable du reste et très-saiulaire pour quiconque a chaige non d*àmes, mais d'intelligences et d'esprits.

Aux leçons et aux entretiens du maître, pour lequel il a toujours conservi, ainsi que pour M. Louis, un attachement profond et respectueux, H. Grisolle se raffermit dans son goût pour l'observation rigoureuse et précise, dans son estime médiocre pour Thypothèse et pour les idées aventureuses.

En 1838, il avait été nommé médecin du bureau central, et en 1844, il de* vint agrégé de la Faculté. J'étais alors sur les bancs avec lui, et c'était à mes yeux, je vous Tassure, un rude adversaire. Son calme et sa tranquillité imposaient beaucoup à ma nature plus vive, plus jeune et plus gaie, mais je me louerai toujours de cette rencontre, puisqu'elle a été en partie l'origine de notre liaison, devenue plus tard une solide amitié.

Lors de ce concours, dans ses épreuves comme dans sa thèse, H. Grisolle n'avait encore presque rien changé de ses habitudes ; c'était toujours l'élève de M. Louis et de H. Chomel; l'observateur exact, assidu, patient; mais, s*il lant dire tout le fond de ma pensée, c'était déjà l'observateur à l'esprit plus accessible, plus ouvert, que celui de ces maîtres.

La même manière, si je puis m'exprimer ainsi, nous a donné le TraitC ni LA PXEUMOXS, ouvrage des plus remarquables, dans lequel ont été élucidées beaucoup de questions qui, afférentes à cette maladie si commune, étaient cependant restées litigieuses. Là ou régnaient encore 1^ doute, rincertitude, nés de raisonnements, d'opinions incertaines et formulées sur des documents incomplets, M. Grisolle, par sa méthode rigoureuse, inflexible, a porté la précision, la lumière. C'est en effet par l'analyse de faits nombreux et multipliés, recueillis avec soin, groupés avec patience et rigueur, que le traité de la pneumonie a été écrit. M. Grisolle était convaincu que telle est la bonne voie.

c On voit >, dit-il, dans la préface de la seconde édition du Traité de la pred^ MOME, € qu'aujourd'hui comme autrefois, je n'appartiens pas à Técole de cet » superbes qui méprisent les faits et qui trouvent d^ailleurs que la science en

> est encombrée. Cette exubérance est imaginaire; elle n'existera jamais pour Y ceux qui ne se payent pas de mots, mais qui cherchent à savoir les choses;

> pour ceux qui amis, mais amis éclairés de Tinduction, condition essentielle

> du progrès, veulent cependant que dans les sciences, et dans la médecine

> en particulier, la réalité des faits reste toujours la base immobile et solide » de tous nos raisonnements. >

Dans Tanalyse des faits, M. Grisolle comprenait pour une grande part l'emploi de la statistique médicale, et il ne se croyait pas pour cela abruti par les chiffres, comme Ta dit avec aménité un des superbes à l'école desquels notre

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