ELOGE DU PROFESSEUR GRISOLLE. XV
qne je vous dis en ce moment, c'était Topinion de Rostan, c'était celle de H. Grisolle, qui tous deux préconisaient cette méthode, comme la préconiseront toujours ceux qui auront médité sur la meilleure manière d'enseigner la clinique. Dans une autre occasion, j'ai recherché, devant la Faculté réunie, le rôle que H. Rostan avait joué dans l'évolution du mouvement de la science médicale au commencement de ce siècle. Je me suis efforcé de le montrer, avec Chomel, H. Louis, M. Andral et le vénérable M. Cruveilhier, luttant contre la conception trop absolue de Broussais et contre ses assertions un peu trop théoriques et trop mal assises.H. Grisolle avait commencé sa vie à cette école, mais bientôt il eut, comme nous l'avons nous-mêmes aujourd'hui^ d'autres devoirs à remplir. Des idées nouvelles sui^rent; des procédés nouveaux d'investigation furent mis en œuvre et conduisirent à une connaissance plus profonde des faits et à des constatations qui jetaient un nouveau jour sur bien des points de la médecine. Ce mouvement rencontra dans ce pays-ci deux obstacles, qui retardèrent un moment son développement. Ces obstacles, il importe de les signaler ici. D'abord certains esprits, chagrins et retardataires de parti pris, nièrent la valeur des travaux et des faits qui gênaient leurs idées constituées. D'autres, paresseux, endormis dans la quiétude de leurs connaissances, repoussèrent absolument ces assertions importunes, aGn de s'éviter l'étude et le contrôle critiques qui peuvent seuls permettre de se prononcer hautement contre les opinions et les travaux qui se produisent. Il devint de mode, chez quelques-uns, de railler et de plaisanter la fougue et l'engouement des novateurs qui, disait-on, n'apportaient rien d'utile. Pauvres esprits avec lesquels on en a fini fort heureusement.
En outre, ce qui relarda plus complètement encore chez nous la vulgarisation de ces progrès et l'examen critique de ces découvertes, ce fut, sachez-le bien, cette incurie et ce laisser aller singulier du pouvoir qui, aux lamentations des savants, aux sollicitations incessamment formulées par les membres du corps enseignant qui voulaient obtenir le personnel et le matériel nécessaires à la propagation de ces connaissances, répondait d'une façon presque dédaigneuse, en faisant sonner bien haut la nécessité de préparer des armes nouvelles pour lutter contre un voisin dangereux, et en ayant l'air de croire que l'Europe nous enviait notre science, comme on disait alors qu'elle nous enviait notre administration modèle. C'étaient là des propos honteux que j'ai entendus pour ma part avec le rouge au front, et depuis, hélas ! nous n'avons même pas eu la compensation de voir ces armes qu'on préférait si complètement aux instruments de la science, prévenir et détourner les désastres de notre malheureuse patrie 1
Cette incurie coupable n'a pas été une des moindres causes du retard qu'a subi parmi vous l'évolution de certaines connaissances nouvelles. La responsabilité ne nous revient nullement, à nous qui avons sans cesse répété nos supplications alarmées. Cette responsabilité, on a voulu nous l'imputer. Puisque l'occasion se présente, je repousse formellement et la tête haute cette accusation. A chacun sa part, il est plus que temps de bien l'établir et la lumière doit être faite.
Hais, malgré tout, le mouvement s'est produit. Rien ne peut, en effet, c'est ma ferme conviction, empêcher la vérité de se faire jour. Elle est comme le soleil que les nuages obscurcissent bien pendant un temps, mais qui finit toujours par dissiper les vapeurs qui l'entourent, et par verser sur la terre la lumière qui réchauffe et la vivifie.
Alors est né pour la génération de M. Grisolle le devoir d'aller plus loin que HS maîtres. Il ne manqua pas à cette nécessité, qu'il comprit parfaitement. Jo