‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 60 sur 176 · DE U GASTRITE CHRONIQUE ULCÉREUSE · texte numérisé non relu

DE U GASTRITE CHRONIQUE ULCÉREUSE

pendice xiphoîde; la pression exaspère la souffrance. Celle-ci est continue, mais exacerbante, augmentant surtout pendant toute la durée du travail diges* tif, se calmant dans l'intervalle des repas ou lorsque les aliments ont été rejetés peu après leur ingestion. Ces douleurs, ayant le caractère névralgique, sont cpmparées par les malades à une morsure, à une déchirure, à une brûlure, etc. Les uns les calment par une forte flexion du tronc en avant, d'autres en se plaçant dans une position horizontale. Presque toujours il existe simul- Canémenty dans un point correspondant du rachis une douleur également circonscrite, très-vive, et que la pression exagère également. C'est au milieu de ces symptômes que Ton voit quelques malades, pâlissant tout à coup, rejeter ensuite par la bouche des flots de sang noir ou rouge, fluide ou en caiUot, hémorrhagie qui entraîne après elle un état anémique, cause elle-même de nouvelles souffrances. S'il ne se fait qu'un léger suintement à la surface de l'ulcère, chose rare d'aUleurs, les malades rejettent une matière noirâtre, mélanique, semblable à de la suie, ou bien le sang, franchissant le pylore, est rendu par les selles, altéré et méconnaissable; l'hémorrhagie passe alors aisément inaperçue. Dans quelques cas très-exceptionnels, il peut arriver que les malades ne rendent par le vomissement qu'un ou deux caillots noirâtres, tandis que le sang est expulsé à flots par l'intestin : j'ai vu un malade en rendre ainsi plusieurs litres à la fois.

Marche. Termipaison. — L'ulcère chronique de l'estomac a une marche généralement lente, irrégulière, remarquable par des alternatives fréquentes en bien et en mal. Il entretient un état de malaise habituel; les malades maigrissent, dépérissent par la continuité des souffrances et surtout par le trouble des fonctions digestives. Il en est, en effet, qui vomissent invariablement après chaque repas et qui rejettent tous les aliments qu'ils ont ingérés; aussi voit-on quelques malades succomber dans l'épuisement, mais sans présenter pourtant les signes de la cachexie cancéreuse. Plus souvent, lorsque l'affection a une issue fatale, les malades sont violemment emportés par une gastrorrhagie ou par une péritonite suraiguë, consécutive à une perforation du ventricule. Celleci surviendrait, d'après M. Brinton, dans un huitième des cas, tandis que la. mort par hémorrhagie serait trois fois moins commune.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, la maladie a souvent une heureuse issue; si je ne consultais que ma propre expérience, je dirais qu'elle guérit presque toujours. L'ulcère se cicatrise, et, si la perte de substance n'a pas été trop grande, si la cicatrice ne rétrécit point le pylore, si elle n'est point adhérente, la santé, ainsi que je l'ai vu, peut redevenir aussi bonne que par le passé. Dans le cas contraire, les individus continuent à souffrir pendant le travail digestif, et si la cicatrice siège au voisinage du pylore, elle peut amener une coarctation telle de cet orifice, que les individus succombent à peu près comme nous verrons mourir ceux qui sont atteints d'un squirrhe de cette région.

La gastrite ulcéreuse a une durée indéterminée.

L'ulcère de l'estomac est une maladie sujette à récidive, soit qu'une solution de continuité se fasse sur un autre point de la surface de l'estomac, soit (lue le travail morbide détruise en partie ou en totalité la cicatrice elle-même ou bien encore que celle-ci se déchire dans un effort.

Diagnostic. — Dans un grand nombre de cas il est difficile' de porter un diagnostic précis, de distinguer, par exemple, la gastrite ulcéreuse de la gas- Irite chronique simple. Lorsqu'il n'existera que de la dyspepsie, des vomisseinenls alimentaires, une douleur que le travail de la digestion exaspère, le dia-

gnostic sera impossible. Oo penchera pourtant vers une ulcération si la douleur est vive, si elle a le caractère perforant, si elle siège vers Tappendice en un point fixe et si elle retentit dans le dos. Enfin une hématémèse abondante qui arrive au milieu de ces troubles donne au diagnostic une quasi-certitude.

Ce dernier accident doit faire exclure une gastralgie simple. Il sera plus souvent difficile de distinguer l'ulcère simple du cancer stomacal; cependant Texistence d'une douleur fixe et vive sous l'appendice et dans le dos, des hématémèses abondantes, répétées, et une amélioration souvent rapidement obtenue à l'aide d'un traitement régulier, porteront à admettre l'existence d'une ulcération non cancéreuse.

Est-il possible d'en préciser le siège ? On ne peut à cet égard que se livrer à des conjectures. (Voy. l'article Cancer de Vestomac.)

Pronostic. — Nul doute que l'ulcère simple ne soit une lésion grave en raison des accidents qu'il peut produire; cependant il se termine fréquemment par la guérison, c'est ce que prouvent les autopsies. Il n'est pas rare, en effet, surtout dans quelques pays, de trouver des ulcères cicatrisés chez des individus emportés par des affections autres que des maladies d'estomac (i).

Ëtiologie. — L'ulcère simple de l'estomac est une affection qui n'est pas commune en France, du moins à Paris, mais qui l'est davantage dans d'autres contrées : par exemple, en Allemagne (2), en Angleterre et dans quelques autres pays du Nord (3). D est probable que cela tient au régime et peut-être aux habitudes d'intempérance et d'ivresse plus répandues dans ces pays que chez nous.

Les statistiques publiées s'accordent aussi à reconnaître que la maladie est beaucoup plus commune chez la femme que chez l'homme (4). Rare avant dix ou quinze ans, on rencontre la lésion à peu près indifféremment depuis la puberté jusqu'à l'extrême vieillesse.

Presque toujours l'ulcère simple se forme lentement, quelquefois il a paru être l'effet d'une contusion, d'une violence ou de l'ingestion d'une substance irritante ou caustique; mais ces cas sont très-exceptionnels. Le mécanisme de leur production est inconnu ; on comprend d'ailleurs qu'il ne doit pas être le même dans tous les cas. L'ulcération peut, en eûet, se faire tantôt de dedans en dehors, ou bien être la conséquence d'un foyer circonscrit, d'un abcès ouvert dans la cavité de l'estomac. Tout porte à croire que ce dernier cas est le plus rare.

Traitement. — Dans la gastrite ulcéreuse, il faut calmer les douleurs et n'introduire dans l'estomac que des substances douces qui agissent topiquement d'une manière favorable et qui soient suffisantes pour alimenter les individus. Le lait réunit cette double condition; il a été recommandé simultanément par HM. Cruveilhier et Rokitansky, et j'en ai moi-même bien souvent constaté les bienfaits. Les' malades seront soumis exclusivement à une diète lactée. Ils vivront de lait pur, ou coupé avec de l'eau de Yichy ; ils le boiront froid ou chaud, frais ou bouilli, suivant qu'il est plus ou moins bien digéré dans ces divers états. Il est pourtant quelques malades qui, exceptionnellement^

(1) Brinton, sur 360 cas d*ulcères simples troavés à Tautopsie, dit que 170 étaient cicatrisés, et i% dans leur période d*état.

(8) Rokitansky, en 1839, donnait l'analyse de 7.) cas.

(3) Brinton dit que sur 7226 autopsies, il a trouvé 360 cas d'ulcères timpies, c'est-à-dire 5 pour 100. — Bennett estime qu*à Edimbourg l'ulcère est constaté environ 3 fois sur 100 autopsies, tandis qu'à Copenhague et dans diverses parties de l'Allemagne la proportion serait de 18 pour 100.

(4) Sur 654 eu amlyiés par M. Brinton^ on trouve 440 femmes et 214 hommes.

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