DE L'HÉPATITE. 32S
Caractères anatomiques. — U n'est peut-être aucun organe de l'économie dont l'inflammation soit aussi difficile à caractériser anatomiquement que celle du foie. La plupart des auteurs, surtout les modernes, ont eu le tort de vouloir trop souvent établir l'existence d'une inflammation d'après un ou deux caractères tout à fait insuffisants. C'est ainsi qu'on a parlé d'une congestion active pouvant être parfois assez intense pour produire des hémorrhagies interstitielles, ou une exhalation de sang dans le péritoine, et qui constituerait le premier degré de la phlegmasie. Le foie, contenant alors plus de sang que de coutume, oflrirait dans toute son étendue ou dans un point plus ou moins circonscrit, une coloration d'un rouge plus ou moins foncé, uniforme ou finement ponctué, et s'accompagnant souvent d'une augmentation de volume de l'organe, ce qui s'explique par la grande quantité de sang que celui-ci renferme, plutôt que par une sorte d'hypertrophie ou d'excès de nutrition que son tissu aurait subi. Je suis loin de contester que l'inflammation ne puisse, tout à fait à son début, produire dans le foie les deux altérations que je viens de désigner; mais comme celles-ci se développent le plus fréquemment indépendamment de tout travail inflammatoire et sous l'influence seule d'un obstacle à la circulation; comme rien d'ailleurs ne peut faire distinguer l'une de l'autre la congestion mécanique de celle qui est vitale, il s'ensuit que l'injection du foie avec ou sans augmentation de volume de l'organe ne saurait jamais être regardée comme l'indice d'une hépatite commençante. Ce que je dis de la congestion s'applique aussi à certaines altérations de nutrition qu'on remarque souvent dans le tissu du foie. Celui-ci, en effet, est tantôt sec et friable, plus souvent il est ramolli et se laisse aisément pénétrer par le doigt. Ces lésions existent isolément, ou bien elles coïncident avec l'injection du tissu, avec diverses colorations, jaune, brun, livide; parfois, au contraire, avec une décoloration, avec une sorte d'anémie du tissu. Cependant aucune de ces altérations ne saurait être une preuve certaine d'hépatite, à moins qu'il n'existe en même temps du pus, ou bien encore qu'on n'ait observé pendant la vie tous les syjnptômes qui caractérisent une inflammation aiguë de l'oi^^ne. Cette opinion est aussi celle que H. Louis professe.
La présence du pus dans le foie est donc le seul caractère anatomique certain de l'hépatite. Ce liquide peut n'être qu'infiltré dans le tissu de l'organe, mais le plus souvent il y est réuni en un ou plusieurs foyers de forme et de dimension variables. Dai)s le premier cas, on observe des plaques plus ou moins étendues où le tissu du foie induré ou ramolli a pris une teinte blanchâtre ou jaunâtre due à la présence du pus. Ces noyaux sont souvent isolés, limités par une sorte de fausse membrane albumino-fibrineuse qui tapisse la face interne du foyer dès que le noyau ramolli s'est transformé en une collection purulente. Ces abcès du foie sont, les uns superficiels, les autres profonds; ceux-ci occupent le centre de l'organe. L'un d'eux peut envahir tout un lobe (le droit surtout) ; on a même vu le foie, réduit à ses membranes d'enveloppe, être converti en une vaste poche purulente : Bontius et H. Haspel ont cité chacun un fait de ce genre. Le pus est presque toujours blanc, phlegmoneux; plus rarement il est verdâtre ou bien il offre une coloration rouge lie de vin ou brun-chocolat, à cause de son mélange avec du sang et avec le détritus de la substance du foie. Lorsqu'un aussi grand désordre existe, le liquide épanché dans le foie ressemble moins à du pus qu'à de la lavure de chair. La bile peut aussi le colorer en jaune ou en vert, et lui donner une certaine viscosité. Presque toujours inodore, il acquiert, dans quelques cas rareS| une grande fétidité. Sa quantité varie beaucoup; elle n'est souvent que if
50 à 60 grammes. Nous l'avons vue s'élever une fois à plus de 1500 grammes, et Ton a même cité des cas où le foie contenait jusqu'à 5 et 6 kilogrammes de pus. Beaucoup de ces abcès, même lorsqu'ils sont très^récents, sont enkystés ; dans d*autres, le pus baigne immédiatement le tissu du foie, qui est rouge, ramolli, friable. La cavité des abcès est libre, ou bien elle est sillonnée par des cloisons incomplètes, par des détritus flottants, qui indiquent qu'il y a eu primitivement plusieurs petites collections purulentes qui se sont confondues en une seule. J'ai vu une fois un véri^ble bourbillon, c'était une portion du tissu du foie ayant le volume d'un œuf de poule, complètement séparée des parties vobines et baignant dans le pus d'un abcès.
Les abcès du foie, s'ils occupent la superficie de l'organe, peuvent contracter des adhérences avec les parties voisines; néanmoins cela n'a lieu qu'au bout d'un temps assez long, ce qui s'explique par la capsule fibreuse de Glisson, qui s'oppose pendant longtemps à ce que la phlegmasie se propage à la membrane péritonéale.
Le tissu du foie autour des abcès varie d'aspect. Tantôt il y a transition brusque et complète : on dirait que le parenchyme du foie a été simplement comprimé, refoulé par le liquide épanché ; mais le plus souvent on arrive par des degrés insensibles du tissu normal au tissu morbide, et le plus fréquemment aussi le foie au pourtour du foyer et dans une étendue de quelques pouces, est brun rougeâtre livide, ramolli, ou transformé en putrilage (Haspel).
Les anciens ont beaucoup parlé de la gangrène du foie; cependant cette lésion est excessivement rare : H. Andral n'en a vu qu'un seul exemple; dans le cas qu'il cite, l'esdiare s'était formée autour d'un abcès. M. Haspel a rapporté un fait semblable. •
Lorsque l'hépatite est partielle, la bile offre à peu près ses qualités normales ; dans quelques cas, pourtant, elle est séreuse, jaunâtre, sanguinolente : cependant nous manquons encore sur ce point de renseignements précis. H. Haspel dit que le liquide lui a paru moins s'éloigner de l'état normal dans les abcès du foie que chez d'autres individus morts de dysenterie. Les altérations consécutives des organes digestifs (injections, ramollissements) ne sont probablement pas plus communes dans Thépatite que dans le cours des autres affections aigués et chroniques, du moins dans notre climat. Il n'en est pas de même dans les pays chauds, où il est commun de trouver chez les sujets qui succombent à un abcès hépatique, des altérations nombreuses dans le gros intestin, caractérisant une dysenterie qui a précédé ou accompagné le développement de l'affection du foie. H. Haspel signale aussi comme communes les altérations de la rate, qui serait ordinairement augmentée de volume et ramollie.
Symptdmes. Marche. — Gomme toutes les maladies aiguës, l'hépatite débute tantôt brusquement, tantôt elle a quelques prodromes. Dans les pays chauds, elle est souvent précédée de dysenterie. Les symptômes qui la caractérisent sont, les uns locaux, les autres généraux. Un des plus importants, parmi les premiers, est une douleur le plus souvent o btuse, quelquefois vive, lancinante, surtout si l'hépatite est superficielle. Cette douleur occupe tout l'hypochondre, ou bien elle est circonscrite à l'épigastre, vers le rebord des fausses côtes, ou sur un point quelconque de l'hypochondre droit ou des parois thoraciques. Elle s'irradie plus ou moins loin, spécialement en arrière, le long du rachis, et retentit parfois, mais exceptionnellement, jusque dans l'épaule ^ite ou dans le cou, ce qu'on explique par le nerf diaphragmatique, qui a quelques rapports avec le ligament coronaire du foie. Cette douleur est continue, exacerbante; la pression l'exaspère, surtout si l'hépatite occupe la con-