DE L'ENDOCARDITE
celle-ci est vive, on doit la rapporter non à Tendocardite, mais à une péricardite et surtout à une pleurésie concomitante. A l'inspection de la région précordiale, on constate parfois une voussure qui est légère, lorsqu'elle ne dépend que de l'endocardite, mais pouvant être beaucoup plus marquée s*il y a complication de péricardite. La percussion fait constater une augmentation plus ou moins considérable dans le volume du cœur. La matité est, en effet, plus étendue, et elle pourrait varier, d'après H. Bouillaud, de 11 à 44 centimètres. Par l'auscultation, on trouve qu'il y a beaucoup d'impulsion; que les battements sont superficiels; qu'ils ont le timbre tantôt plus sourd, tantôt plus clair et comme métallique, circonstance qui a été surtout bien notée par M. Caseneuve ; tandis que d'autres fois ils sont masqués ou remplacés par des bruits de souffle, de lime ou de râpe. Ces bruits peuvent exister au premier et au deuxième temps, et avoir leur maximum d'intensité à la pointe où à la base, ce qui peut permettre d'établir quel est l'orifice plus spécialement affecté. Dans ce cas, la main appliquée sur la région précordiale peut faire percevoir un frémissement vibratoire. (Voyez Rétréctssement du cœur et l'article Insuffisance aartique.)
Le pouls, toujours accéléré, souvent irrégulier, offre généralement de la force et de la résistance; cependant il est quelquefois petit et faible : il contraste alors singulièrement avec l'impulsion et avec la violence des battements du cœur. Ceci ne se remarque probablement que dans les cas où des concrétions albumino-fibrineuses, embarrassant les orifices, s'opposent à ce qu'une lai^e colonne de sang soit projetée dans le système artériel. Cette gêne dans la circulation amène d'autres accidents : ainsi la dyspnéeaugmente jusqu'à la suffocation, les membres s'infiltrent; il y a du délire, des lipothymies, des syncopes. Enfin quelques-unes de ces concrétions peuvent, en se détachant, être entraînées par le mouvement circulatoire et aller boucher un vaisseau principal, ce qui est presque infailliblement suivi de la gangrène des parties situées au-dessous. Du côté des organes digestifs, on n'observe que de l'inappétence et de la soif.
Marche. Durée. Terminaisons. — Si les accidents continuent à s'accroître, l'endorcadite peut avoir une issue funeste ; le plus souvent la maladie parait se terminer par résolution. Valleix, cependant, ayant réuni vingt-six cas d'endocardite, aurait vu la maladie se terminer vingt fois d'une manière fâcheuse; trois malades guérirent tout à fait ; chez les trois autres la guérison fut incomplète. Lorsque les individus se rétablissent entièrement, il faut admettre que les caillots et que les fausses membranes ont été résorbés. Si la maladie passe à l'état clironique, on voit ces produits morbides subir les transformations cartilagineuse et osseuse dont nous parlerons en détail dans le deuxième volume.
La durée moyenne de l'endocardite serait, d'après M. Bouillaud, de huit jours seulement ; mais nous la croyons plus longue. L'endocardite nous parait avoir à peu près la même durée que la péricardite.
Endocardite ulcéreuse typhoïde. — L'endocardite ulcéreuse qui, dans ces derniers temps, a fixé l'attention des observateurs et qui est si remarquable sous le rapport de l'anatomie pathologique, ne l'est pas mioins au point de vue des symptômes. Au début, il y a du malaise, la fièvre et les signes physiques appartenant à l'endocardite valvulaire aiguë. Mais en quelques jours, car la destruction est rapide, apparaissent des symptômes graves, pouvant faire croire soit à une fièvre typhoïde, soit à une infection purulente, parfois même à un ictère grave. Le plus souvent, ce sont les symptômes ataxo-adynamiques des fièvres typhoïdes qui prédominent : délire, soubresauts, carphologie, langue
iride, dents fuligineuses, météorisme, intumescence de la rate, bronchite généralisée, sudamina, résolution des forces; et ailleurs, ce sont des frissons irréguliers, tantôt légers, parfois violents; les douleurs articulaires qui apparaissent au milieu de ces symptôlnes graves font redouter parfois une infection purulente. L'ictère (|ui survient quelquefois pourrait bien aussi venir à Tappui de cette idée, plutôt que de faire admettre une forme grave d'ictère dont Tévo* lution, en effet, est bien différente.
Diagnostic. — L'endocardite est une maladie d'un diagnostic souvent fort difficile ; elle n'a des caractères bien distincts que lorsqu'elle est intense et qu'elle occupe une grande étendue. Lorsqu'on effet, chez un individu qui ne présente aucun signe d'affection du cœur on voit survenir brusquement de l'oppression et des palpitations ; lorsque le cœur est tout à coup augmenté de volume, lorsqu'il donne à l'oreille une impulsion vive, directe, et que ses bruits sont masqués ou remplacés par des bruits morbides, alors seulement on pourra diagnostiquer une endocardite; dans tous les autres cas, on devra rester dans rincertitude. L'endocardite ne peut être confondue qu'avec une péricardite pseudomembraneuse et sans épanchement liquide. Cependant, dans celle-ci, il y a parfois une douleur précordiale qui est encore beaucoup plus rare dans la première; la matité a une étendue peu considérable; le frottement qui pourrait simuler les bruits de souffle de l'endocardite se passe évidemment plus près de l'oreille; il est aussi moins circonscrit, et, comme M. Bouillaud l'a observé plusieurs fois, on peut lé faire cesser, puis revenir, en variant les positions du malade. Enfin, dans cette forme de péricardite, il y a rarement l'oppression et les troubles circulatoires qui accompagent les endocardites violentes. La péricardite avec épanchement liquide sera difficilement confondue avec une inflammation de l'endocarde, à cause surtout de la profondeur à laquelle on entend les battements du cœur, ce qui est tout à fait l'inverse de ce qu'on voit dans l'endocardite. Cependant le diagnostic différentiel est souvent difficile à établir à cause dé la coïncidence de», deux maladies; mais l'erreur est ici sans inconvénient pour la thérapeutique.
L'endocardite ulcéreuse produisant les symptômes graves indiqués plus haut est d'un diagnostic plus difficile encore. On comprend combien l'erreur est aisée ; on ne l'évitera que si l'attention est éveillée d'abord du côté du cœur, et si, après avoir exploré avec soin tous les organes, on découvre des signes physiques d'altération valvulaire survenus rapidement. Comme l'endocarde n'est le siège d'aucune lésion, ni dans la fièvre typhoïde, ni dans l'infection purulente, ni dans l'ictère grave, lorsqu'il devient malade et qu'éclatent aussitôt des symptômes graves qui pourraient faire croire à l'existence d'une de ces trois maladies, on sera autorisé & rapporter le point de départ des accidents à la lésion de l'endocarde : on devra être d'autant plus porté à le faire, que dans la supposition d'une fièvre typhoïde ou d'une infection purulente, il manquerait le plus souvent des symptômes fort importants, de telle sorte qu'il faudrait supposer alors que l'une ou l'autre de ces deux affections existe en présentant une forme plus ou moins insolite, plus ou moins anomale.
Pronostic. — L'en Joôardite est une affection grave : car, bien qu'elle ait généralement une heureuse issue, elle peut néanmoins se terminer rapidement par la mort, et dégénérer beaucoup plus souvent en une lésion organique tout à fait incurable. L'endocardite ulcéreuse produisant les accidents typhoïdes ou d'infection purulente décrits plus haut a toujours eu une issue fatale.
Étiologie. — L'endocardite reconnaît les mêmes causes que la péricardite : comme celle-ci, elle peut être produite par une violence extérieure et par l'im-
DE LA GARDITE. 456
pression du froid. Elle se déclare aussi comme un accident assez commua dans le cours de plusieurs maladies aiguës, fébriles, spécialement dans 1% cours du rhumatisme articulaire fébrile (voyez cette affection).
L'endocardite ulcéreuse peut survenir sous les mêmes influences, mais elle n'atteint guère que des sujets débilités, cachectiques, etc. L'état puerpéral semble y prédisposer, elle peut survenir d'emblée chez un siyet bien constitué ; le seul cas d'endocardite ulcéreuse que j'aie encore vu a été recueilli sur une femme de vingt-deux ans, bien constituée et parvenue au troisième mois d'une grossesse jusqu'alors exempte de tout accident, de tout malaise.
Traitement. — Le traitement est le même que pour la péricardite.
Je n'ai rien à indiquer d'efficace contre l'endocardite ulcéreuse. Les toniques (vin et quinquina) ainsi que le musc à haute dose peuvent bien être prescrits, mais comment empêcher le travail de destruction des Talvoles et le transport de leurs débris dans le torrent circulatoire ?
DE LA CARDITB
On donne le nom de cardite ou carditU à l'inflammation des tissus musculaire et celluleux du cœur. Cette maladie, fort rare et à peine connue, peut être primitive; mais le plus ordinairement elle est consécutive à une péricardite, et plus souvent encore à une endocardite.
Quelques auteurs on rapporté à l'inflammation diverses altérations du cœur, telle que la coloration rouge, lie de vin ou livide, et la décoloration ou la teinte jaunâtre avec ou sans diminution de consistance du tissu. Mais telle n'est pas, le plus souvent du moins, l'origine de ces altérations. (Voy. l'article RamoUii* sèment,) Dans l'état actuel de nos cdnnaissances en anatomie pathologique, la présence du pus peut seule caractériser la cardite. Le pus qu'on trouve dans le tissu du cœur est rarement infiltré; presque toiiyours il y est réuni en petits foyers du volume d'un pois, d'un haricot ou d'une noisette. Ces abcès siègent quelquefois sous l'endocarde, mais le plus souvent on les trouve dans le tissu charnu et entre les fibres musculaires. Celles-ci n'ont été ordinairement qu'écartées ; d*autres fois la cavité de l'abcès est creusée à leurs dépens : elles sont alors détruites à ce niveau ou bien réduites en pulpe, en bouillie rougeàtre; le tissu musculaire est livide, friable dans une étendue plus ou moins considérable. Ces abcès sont souvent multiples; ils sont quelquefois enkystés; le pus qu'ils contiennent est phlegmoneux, s'il a été uniquement formé par le tissu cellulaire; mais s'il résulte aussi de l'inflammation de la fibre musculaire, il est, dit-on, rouge&tre et moins consistant. Ces collections purulentes peuvent occuper tous les points de l'organe, mais elles se forment surtout dans le ventricule gauche. Elles peuvent s'ouvrir dans une des cavités du cœur ou dans le péricarde; si elles s'ouvraient à la fois & l'intérieur et à l'extérieur du cœur, il en résulterait une perforation trèsHrapidement mortelle. Enfin, on comprend qu'un abcès développé dans l'épaisseur de la cloison ventriculaire pourrait devenir un moyen de communication entre les cavités droite et gauche, s'il s'ouvrait simultanément ou successivement dans l'une et dans l'autre.
On a encore parlé d'une cardite chronique, caractérisée tantôt par des abcès enkystés, et remontant à une époque plus ou moins éloignée, à en juger par Tépaisseur du kyste. D'autres fois, ce sont des indurations ou plutôt des transformations fibreuses, cartilagineuses, du tissu musculaire ; mais rien ne prouve jusqu'à présent que ces lésions soient consécutives à un travail inflammatoire.
Il n'existe aucun signe capable de faire reconnaître ou même soupçonner
anecardite. Il est des malades qui succombent avec des abcès multiples dans le cœur, Sans que cet organe ait présenté pendant la vie des troubles spéciaux; chez d'autres, au contraire, on a constaté dès le début une grande perturbation dans les mouvements de l'organe, des palpitations, une oppression extrême, et des lipothymies. Mais il n'y a rien là qui soit caractéristique. Tous les pathologîstes sont d'accord sur l'impossibilité d'arriver au diagnostic de la cardite.
DE l'artérite
Le mot artérite sert à désigner l'inflammation des artères, soit que la phlegmasie occupe simultanément plusieurs des tuniques, soit qu'elle reste limitée seulement à l'une d'elles. Ce dernier cas, d'ailleurs, est le plus rare.
Historique. — Depuis Arétée et Galien, les auteurs ont parlé de l'artérite; mais leurs connaissances sur ce sujet se bornaient à des notions fort incomplètes et peu précises. Les recherches de P. Franck et surtout celles de Sasse (1) à la fin du dernier siècle, ont été le signal d'observations nouvelles que nous devons, pour la plupart, à nos contemporains : ainsi, c'est grâce aux travaux de MM. Louis (2), Andral (3), Bouillaud (4), Gendrin (5), Bérard (6), François (7), Breschet (8), Bizot (9), Trousseau et Rigot (10), Delpech et Dubreuil (il), etc., qu'on peut aujourd'hui fixer avec quelque précision le caractère des principales lésions dont le système artériel est le siège.
Anatomie pathologique. — De même que nous l'avons vu dans l'endocardite, la rougeur des artères est un caractère anatomique insuffisant de l'inflammation de ces vaisseaux, puisque ceite coloration peut être seulement l'effet d'une imbibition cadavérique. Sur la plupart des sujets qu'on ouvre, l'arbre artériel offre dans un plus ou moins grand nombre de points une coloration rouge qui varie depuis le rose tendre jusqu'au rouge écarlate ou vineux. Cette rougeur, qui devient plus vive par le contact de l'air, est uniforme, ou bien elle est disposée par plaques irrégulières ou par bandes; elle intéresse toute l'épaisseur de la séreuse et le tissu cellulaire; quelquefois aussi elle s'étend aux autres tuniques. On la rencontre d'autant plus fréquemment que l'agonie a été plus longue, que l'autopsie est faite à une époque plus éloignée, que la température est plus chaude, la putréfaction plus avancée et le sang plus liquide. La rougeur est aussi plus marquée dans les parties déclives, au voisinage des organes enflammés, partout enfin où le sang se trouve en quantité plus considérable. Cependant dans les cas où la portion de vaisseau qui est colorée en rouge ne contient plus de sang, il ne faudrait pas en conclure que la coloration dépend d'un travail inflammatoire et ne tient pas à l'imbibition; car il arrive souvent que du sang qui stagne dans un vaisseau, pendant les premiers instants qui suivent la mort, et qui en colore les parois, est en-
(I) De vatorum ionguifer. infiammatione. Halœ, 1797. n (S) Fièvre tupko^ide, t. I.
(3) Précis d^anatomie pathologique, t. II, p. 350.
(4) Dictionnaire de médecine et de dUrurgie pratiques, art. Abtérite.
(5) Histoire anatomique des initammations.
(6) Dictionnaire de médecine, t. IV, p. 90.
(7) Essai sur les gangrènes sponlanies. Mons, 1832.
(8) Journal des progrès, t. XVII, p. 119.
(9) Mémoires de la Société médicale d'observation, t. I.
(10) AreMvet, année 1826.
(II) Mémoml des képUaux du Midi, année 1829 : Mémoire sur la gangrène momifique.
DE L'ARTERITE. 467
suite entraîné plus ou moins loin par les mouvements qu'on imprime au cadavre, par le dégagement des gaz, et par suite des différents phénomènes qui accompagnent la putréfaction.
La rougeur qui dépend d'une inflammation de l'artère ne diffère en rien de celle qui est l'effet d'une imbibition cadavérique ; les meilleurs auteurs d'anatomie pathologique sont d'accord sur ce point. Ainsi les observations recueillies sur l'homme par Laënnec, par Bérard et par M. Louis, comme celles qui ont été faites sur les animaux par MM. Andral et Dupuy, Trousseau et Leblanc, s'accordent pour démontrer que la rougeur est un signe insuffisant de l'artérite. Pour qu'elle puisse en indiquer l'existence, il est nécessaire qu'elle coïncide avec quelque altération dans la nutrition des tissus, telle que l'épaississement et la friabilité de la membrane interne, qui souvent alors est en même temps flétrie, ridée, villeuse ou inégale, se séparant facilement par le simple arrachement, ainsi queDelpech etDubreuil l'ont surtout établi dans leur travail inséré en 1829 dans le Mémoriài des hôpitaux du Midi, Je ne saurais donc regarder comme exacte l'opinion de Virchow, qui soutient que dans l'artérite la tunique interne n'est ni rouge ni le siège d'une exsudation, tandis que celle-ci se ferait presque exclusivement entre les tuniques externe et moyenne, d'où un rétrécissement plus ou moins considérable dans le calibre du vaisseau; ces exsudats paraîtraient très-rarement suppurer.
^ La coagulation du sang dans le vaisseau est un phénomène ordinaire des inflammations vasculaires; mais elle n'a pas lieu, à beaucoup près, dans tous les cas : aussi est-ce à tort, suivant nous, que la formation des caillots a été regardée comme un phénomène constant et presque nécessaire de l'artérite. La plupart considèrent, avec Burns, Kreysig, Gruveilhier, ce caillot comme consécutif & l'inflammation artérielle; mais quelques auteurs ont pensé que la concrétion était primitive, et que, par son contact, elle enflammait consécutivement le vaisseau. Cette opinion, défendue surtout à Paris par H. AlUbert, dans une thèse soutenue en 1828, est enseignée aujourd'hui à Vienne par le professeur Rokitansky. On comprend, en effet, qu'un caillot volumineux, se formant par des causes le plus souvent inconnues, puisse agir par rapport à l'artère comme un corps étranger et l'enflammer; mais la chose est pourtant rare, et, dans la grande majorité des cas, la concrétion du sang est manifestement un phénomène consécutif au travail inflammatoire.
Le signe anatomique le plus certain que nous ayons de l'artérite est une exsudation albumineuse, pseudo-membraneuse, développée à la surface de l'artère. Cette concrétion est parfois assez considérable pour obstruer tout à fait le vaisseau. Molle, presque amorphe au début, elle s'étale bientôt sur la membrane interne sous forme de lames ou de plaques blanchâtres plus ou moins épaisses. Elle peut être résorbée; mais d'autres fois elle continue de s'accroître et subit diverses transformations que nous indiquerons bientôt. L'exhalation dont je parle peut encore se faire entre les tuniques du vaisseau, et surtout dans sa gaine : c'est alors que rartère comprise entre une ligature se coupe avec autant de facilité que du lard. Enfin du pus, ou du moins une matière puriforme peut être exhalée à la face interne du vaisseau; d'autres fois ce produit infiltre les parois et peut même y former des collections. Telles sont les lésions propres à l'artérite aiguë.
Il est plus difficile de caractériser anatomiquement l'artérite chronique : c'est à tort que quelques auteurs ont voulu rattacher à cette inflammation toutes les lésions de nutrition du tissu artériel, telles que les ulcérations et les perrorations, les productions cartilagineuses, osseuses, athéromateuses, créta-
cées, etc. Cependant il en est quelques-unes qni semblent avoir, sinon toujours, du moins le plus souvent, une origine inflammatoire. Ainsi, d'après M. Bizot, les plaques cartilagineuses des artères ne seraient autre chose que la production albumineuse que nous avons vue à l'état aigu, et qui, lorsqu'elle n'est pas résorbée, s'oi^nise, durcit, prend dès lors la consistance du blanc d'œuf cuit, et fmit bientôt par acquérir la dureté du cartilage. Lorsque ce produit a subi une transformation, la membrane interne a ordinairement cessé d'exister à ce niveau, et la plaque cartilagineuse appuie alors sur la membrane moyenne immédiatement ou par l'intermédiaire d'une couche de matière jaunâtre semblable à du jaune d'œuf durci (c'est la matière dite aihéramatewe). Il n'est donc pas exact de dire, avec la plupart des anatomo-pathologistes, que les plaques cartilagineuses se développent entre les deux tuniques internes. Les plaques dont nous parlons sont tantôt isolées, d'autres fois elles recouvrent uniformément toute la surface du vaisseau, qui éprouve & ce niveau une sorte de rétraction : on dirait do prime abord qu'il etiste en ce point une cicatrice. M. Bizot a nié que ces plaques cartilagineuses subissent la transformation osseuse, et que cell&-ci soit jamais un résultat d'inflammation. Nous prouverons, en effet, dans un antre endroit de ce livre, que cette ossification dépend généralement des progrès de l'ftge ou d'une perversion dans la nutrition des tissus; nous en dirons autant des productions athéromateuses et mélicériques. Quant aux ulcérations, il en est qui sont primitives, qui se développent de dedans eiî dehors, et qui semblent réellement être le résultat d'une phlegmasie aiguë ou chronique. Mais le plus grand nombre ont une autre origine, et sont, en effet, consécutives à la perforation de la tunique interne par une concrétion ossiforme ou par diverses productions liquides ou demi-solides (pus, (Ukérome, sléatomé) développées entre les deux membranes internes. Eiifin, rien ne prouve que l'hypertrophie et l'atrophie des parois des artères, que quelques personnes rapportent à l'inflammation chronique, aient cette origine.
Symptômes. — Dans l'artérite il existe d'abord des douleurs vives le long du trajet du vaisseau; celui-ci bat souvent avec plus de force au début. Si l'artère est superficielle, elle forme une espèce de corde ordinairement bosselée, inégale, tendue, rénitente, très-douloureuse à la pression. Commençant dans un point plus ou moins circonscrit, l'inflammation s'étend plus ou moins vite, et généralement elle marche dans la direction du cours du sang; cependant cette règle souffre de nombreuses exceptions : ainsi, dans l'artérite consécutive à une ligature, l'inflammation n'affecte guère que le bout supérieur du vaisseau. Les symptômes généraux sont proportionnés à l'étendue et à^ l'intensité de l'inflammation; mais, en général, lorsque la maladie est simple, il n'y a qu'un appareil fébrile médiocre et de l'anorexie.
Lorsque le vaisseau se trouve obstrué par l'épanchement albumineux ou par la coagulation du sang, on voit alors survenir différents phénomènes qui indiquent une interruption plus ou moins complète dans la circulation; les battements diminuent de force, puis ils cessent tout à fait; on observe de l'engourdissement, une paralysie véritable pouvant porter sur le sentiment et sur le mouvement, plus souvent encore le refroidissement et la gangrène des parties situées au-dessous de l'obstacle. La mortification commence presque toujours par les points les plus éloignés du centre circulatoire : ainsi, dans l'inflammation de l'artère crurale, les orteils et le pied sont les premières parties affectées. L'artérite est donc une des causes de la gangrène improprement appelée ipofUanée ou sénile. Lorsque celle-ci survient par suite de la maladie dont nous parions, on trouve toi^ours que l'inflammation occupe une des artères prin-
DE L'ÂRTËRITE. 459
cipales de la partie mortifiée. D'accord avec M. Y. François, nous ne saurions admettre, avec Delpech et Dnbreuil, que la gangrène par artérite soit le résultat ordinaire de Tinflammation des capillaires artériels; les raisons qu'invoquent les deux savants professeurs de Montpellier en iaveur de leur doctrine ne sont point acceptables.
Si l'oblitération, au lieu d'être instantanée ou du moins extrêmement tapide, se fait progressivement, lentement, et si la circulation collatérale a le temps de se développer, la mortification pourra bien ne pas avoir lien; mais la nutrition étant alors souvent insuffisante, la partie diminue de volume et s'atrophie. Le rétrécissement du vaisseau est un accident constant, une suite nécessaire de l'artérite; cependant, quoique enflammée, l'artère peut rester encore perméable en grande partie : c'est ce qui a Gen le plus souvent lorsque la phlegmasie atteint l'aorte et même les artères principales des membres et de la tète. L'oblitération est au contraire un accident à peu près constant de l'inflammation qui attaque les artères d'un médiocre on d'un petit volume.
L'artérite en supposant qu'elle existe, peut-elle produire l'infection purulente? Cette question, qui a été longtemps indécise, est aujourd'hui résolue aiflirmativemenf , ainsi que nous le dirons bientôt à l'article AortUey et comme cela d'ailleurs résulte implicitement de ce que nous avons exposé en traitant de Tendocardite.
Diagnostic. — Nous verrons plus tard par quels caractères l'artérite se distingue de la phlébite et de la lymphangite. Le phlegmon diffère de l'artérite par l'étendue de l'engorgement, par la tumeur qu'il forme, par la nature des douleurs dont il est le siège, et par l'absence des signes indiquant l'obstruction ou Toblitération de Fartère.
Pronostic. — L'artérite est une affection grave, en raison surtout de la gangrène qui peut en être le résultat, à cause aussi des lésions organiques qu'elle laisse après elle, et qui, faisant perdre au tissu artériel sa résistance et son élasticité, l'exposent aux perforations et aux dilatations anévrysmales.
Ëtiologie. — Le tissu artériel est un de ceux, qui s'enflamment le plus rarement, du moins à Paris. L'artérite est peut-être plus commune dans certains pays. Un ancien professeur de la faculté de Mexico, le docteur Hartinez del Rio, m'a appris qu'au Mexique l'artérite était une affection très-commune. Les causes de cette maladie sont fort obscures; le plus souvent la maladie parait être tout à fait spontanée. On a dit que la pléthore, qu'un sang riche, qu'un régime excitant, y prédisposaient ; mais il n'y a encore, à ce sujet, rien de démontré. La maladie succède quelquefois à des violences extérieures; elle a été souvent consécutive à une ligature du vaisseau : les chirurgiens anglais en citent un grand nombre d'exemples. Mais il n'arrive presque jamais que l'artérite survienne par suite de l'extension d'une phlegmasie voisine; c'est même un fait fort remarquable devoir si souvent des phlegmons diffus dénuder l'artère principale d'un membre dans une grande étendue, et celle-ci rester intacte, quoique entourée de tous côtés par de la suppuration. L'artérite est, dit-on, plus commune chez l'homme que chez la femme : sur soixante-dix-sept cas rapportés par Tiedemann, on l'aurait rencontrée cinquante fois chez les hommes et vingt-sept fois chez les femmes (Lebert).
Traitement. — Dans le traitement de Tartérite, il faut insister sur les antiphlogistiques. S'il y a de la fièvre, on pratiquera une ou plusieurs saignées générales; on appliquera sur le trajet du vaisseau malade un grand nombre de sangsues; on fera des frictions mercurielles dès le début : des cataplasmes émollients seront mis en permanence, et une ou deux fois par jour la partie sera plongée pendant plusieurs heures dans un bain émollient ; enfin on lui
donnera une position convenable pour ralentir le plus possible rafflux du sang artériel, et pour accélérer le retour du sang veineux par le cœur. (Pour le traitement de la gangrène consécutive à Tarlérite, voyez dans le tome II les articles sur le rétrécissement et Yohlitération des artères.)
DE l'aortite
Nous ne parlerons pas des caractères anatomiques de Taortite aiguë et chronique, car nous ne pourrions que répéter ce que nous avons dit précédemment en traitant de l'artérite en général. Nous aurions, en effet, à décrire ici la même rougeur avec boursouflement, ramollissement, perte du poli de la membrane interne, avec production de fausses membranes, de caillots fibrineux et de suppuration. C'est surtout dans les cas d'aortite qu'on a rencontré ces foyers purulents, que nous avons dit plus haut pouvoir se former dans l'épaisseur des artères. Un des faits les plus curieux de ce genre est celui que M. Andral rapporte dans son Anatomie pathologiqw; il s'agit d'un individu qui présenta dans l'épaisseur de l'aorte une demi-douzaine d'abcès ayant le volume de petites noisettes et remplis d'un pus phlegmoneux. Spengler, Schûtzenberger, Rokitanski, Yirchow, M. Leudet, ont cité des faits analogues; chez tous la suppuration siégeait entre la tunique moyenne et la tunique externe ou celluleuse. L'inflammation occupe rarement toute l'étendue de l'aorte; le plus souvent elle est limitée à sa crosse et à sa portion thoracique ou abdominale.
Jusqu'à présent on n'a aucun signe certain capable de faire reconnaître une aortite. Une sensation de chaleur ou d'un feu dévorant dans la poitrine et dans le ventre, coïncidant avec un pouls petit et faible; ou, d'après quelques auteurs, Fénergie des battements de l'aorte, des douleurs sourdes et profondes suivant la direction du vaisseau; enfin, des lipothymies et des syncopes, des accès violents de suffocation et de toux, une grande anxiété : tels sont les divers symptômes que Ton a signalés comme appartenant à l'aortite. Nous y joindrons l'apparition rapide d'un œdème étendu, accident que M. Bizot a rencontré dans les trois cas d'aortite aiguë qu'il a observés, et qui ont été également signalés sur deux des trois malades dont M. Tierfelder a recueilli les observations (1). L'anasarque est donc un symptôme important capable d'appeler Tattenlion. Lorsqu'elle survient d'une manière aiguë dans le cours d'une affection fébrile et que l'examen du cœur, du péricarde et des reins ne peut l'expliquer, on devra alors, sinon diagnostiquer ^ du moins soupçonner une inflammation de l'aorte, avec production de fausses membranes et de concrétions sanguines. Les pulsations violentes du vaisseau, que H. Bouillaud considère comme ayant une grande valeur, ont réellement peu d'importance, puisque, d'après la remarque de M. Bizot, elles ont manqué dans les cas daortites observées par M. Bouillaud lui-même. Quoi qu'il en soit, si, malgré ce que nous disons ici, quelques personnes attachaient encore quelque valeur à ce signe, il faudrait bien prendre garde de ne pas attribuer à une aortite ces battements violents qu'on observe quelquefois à Tépigastre chez les hypochondriaques ou chez les femmes hystériques, et dont nous parlerons à l'occasion des névroses du système artériel. Enfin le docteur Gorrigan a essayé de prouver, il y a quelques années, que l'inflammation de la membrane (ui tapisse l'aorte à son origine pouvait donner naissance au groupe de symptômes connu sous le nom d'angine de poitrine, et devait, par conséquent, 4tre placé au nombre des causes de cette affection for-
(1) ÈÊémobru de la Soaété médieJe ttob$ervation, U I, et Ammon'tMonaitchrift, a\Til 1840.
DE LA PULËBITË. 461
midable. Cependant les faits que le célèbre professeur de Dublin invoque en faveur de son opinion ne sont pas concluants, puisque, sur les huit observations qu*il rapporte, il n'y en a qu'une qu'on puisse citer comme étant réellement un exemple d'angine de poitrine, et même, dans ce cas, il n'est pas démontré que la lésion de l'aortite ait été réellement la cause de la maladie. L'aortite peut bien n'être, en effet, qu'un accident ou qu'une complication de Tangine.
Si Taortite s'est terminée par suppuration, et si le pus épanché dans l'épaisseur du vaisseau se fait jour dans sa cavité, on pourra voir éclater alors les symptômes de l'infection purulente; c'est ce qui résulte surtout d'une observation publiée par M. Leudet (1).
Le diagnostic de l'aortite chronique est plus difficile encore. Le plus souvent celle-ci n'occasionne aucun désordre, ou bien les symptômes qui en résultent se confondent avec ceux qui sont ordinairement produits par les lésions organiques du cœur.
L'aortite peut être suivie des accidents que nous avons vus succéder souvent à l'obstruction ou à l'oblitération des vaisseaux : telles sont la faiblesse, la paralysie, l'atrophie des membres inférieurs, et même la gangrène de ces parties. L'aortite parait être, en effet, une des causes qui produisent les oblitérations non congénitales de l'aorte. Certaines perforations de ce vaisseau ayant lieu surtout vers sa crosse, et déterminant une mort subite, ont aussi plusieurs fois été le résultat de la même lésion. Enfin, lorsque l'aortite aiguë ou chronique amène une diminution dans le calibre du vaisseau, la circulation du sang est plus difficile. Ce liquide reflue alors du côté du cœur et le distend; l'aorte rétrécie ayant en outre perdu une partie de son élasticité, le cœur est obligé de se contracter plus violemment que de coutume, afin de surmonter ces deux résistances; aussi le plus souvent finit-il par s'hypertrophier avec ou sans dilatation concomitante.
D'après ce que nous venons de dire, il est inutile d'insister pour prouver que l'aortite est une affection grave. Si l'on pouvait la reconnaître, on devrait employer contre elle un traitement antiphlogistique énergique.
DE LA PHLÉBrrE EN GÉNÉRAL^ ET DE QUELQUES PHLÉBITES