‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 85 sur 176 · DE U PHLÉBITE · texte numérisé non relu

DE U PHLÉBITE

Abcès consécntifs. — Chez presque tous les individus qui succombent à la phlébite, quel que soit d'ailleurs le siège de la maladie, on trouve, indépendamment des lésions locales que nous avons énumérées, plusieurs autres altérations, dont les plus remarquables et les plus fréquentes sont les abcès multiples (dits métastatiqties) qui se forment dans les principaux organes de réconomie. Ils se rencontrent surtout fréquemment dans les poumons, puis dans le foie et dans la rate. Viennent ensuite, par ordre de fréquence, les abcès des reins, du cerveau, du tissu cellulaire, ceux des muscles (les muscles du mollet surtout), des articulations et du cœur. Non-seulement les abcès métastatiques se forment dans les organes les plus vasculaires, mais ils se montrent encore surtout dans la portion de ces organes qui renferme le plus grand nombre de vaisseaux : ainsi, dans le cerveau et dans les reins, ils n'envahissent presque jamais que la substance corticale de ces organes. Si le viscère est double (comme le poumon), ils sont en plus grand nombre dans celui qui est le plus volumineux ; et s'il est divisé en plusieurs lobes (comme le foie et les poumons), ils existent surtout dans le lobe le plus gros. Enfin, quel que soit leur siège, ces abcès occupent surtout la superficie des viscères : c'est ce qui explique pourquoi leur présence dans les poumons colnt cide si souvent avec un épanchement purulent des plèvres. Si la péritonite est un accident plus rare des abcès métastatiques du foie, il est rationnel de l'attribuer à la présence de la capsule de Giisson, qui empêche que la phlegmasie ne s'étende aussi facilement à la séreuse abdominale. Les abcès des poumons, ceux du foie et des reins, ont à peu près les mêmes caractères anatomiques. Leur point de départ est une ecchymose, une infiltration de sang, et le plus souven une sorte d'apoplexie. Ce liquide, intimement combiné avec les tissus, forme des noyaux durs, pouvant acquérir le volume d'une grosse noix dans les poumons et dans le foie, et celui d'une aveline dans les reins. Ces noyaux présentent à la coupe une surface uniforme, d'un noir un peu plus foncé au centre qu'à la périphérie. Hais à une époque plus avancée on découvre çà et là des points opaques et purulents qui deviennent de plus en plus manifestes ; enfin le noyau, se ramollissant du centre à la périphérie finit par se conver^ tir en un abcès dont le pus est généralement blanc, épais, phlegmoneux, et an fond duquel on découvre, dit-on, quelquefois une ou plusieurs petites veines enflammées et suppurées, disposition que je n'ai jamais pu saisir d'une manière bien évidente. Le plus souvent on trouve chez le même sujet les différents degrés d'altération que je viens de décrire.

Les abcès de la rate sont au contraire larges, irrégullers, formés par un mélange de pus, de sang et de détritus de l'organe; ces différences s'expliquent par la texture de ce viscère. Les abcès du cerveau sont toujours extrêmement petits, et ne consistent guère qu'en un plus ou moins grand nombre de gouttelettes de pus, infiltrant la substance corticale. Les abcès des muscles ont beaucoup d'analogie avec ceux du poumon et du foie. Il n'y a parfois qu'un engorgement sanguin ; d'autres fois le pus est infiltré dans l'interstice des fibres; c'est ce qui a toujours lieu pour le tissu du cœur; dans les muscles des membres, il y a souvent destruction de la fibre musculaire elle-même. Enfin, le pus qui remplit. fréquemment les articulations est blanc, phlegmoneux, et ne s'accompagne généralement d'aucune altération grave dans la synoviale. Quelquefois celle-ci estrougeetplusou moins érodée; dans quelques cas exceptionnels, les cartilages sont mis à nu.

État du sang. — Indépendamment de ces désordres, le sang est diffluent

lOoÉDIT. i— 30

la INFLAMMATION DES ORGANES DE LA CIRCULATION.

l'accompagne du moins constamment : Je veux parler de l'infiltration purulente de la membrane médullaire, surtout marquée dans le tissu spongieux des os. C'est ce que l'on constate facilement en cassant l'os avec un marteau ou en le sciant longitudinalement. J'ai rencontré cette lésion, il y a trente ans, chez tous les sujets que j'ai tus succomber en si grand nombre à l'inflammation des veines consécutive à l'amputation des membres.

La membrane interne des veines sécrète du pus avec une extrême facilité ; mais nous avons peine à croire que ce produit puisse naître jamais sans qu'il reste quelque trace de phlébite. Blandin pourtant dit l'avoir constaté, et M. Lebert aurait pu, d'après le témoignage de Bérard, faire sécréter du pus à des veines sans aucune trace d'hyperhémia dans leurs parois (1).

Parmi les phlébites qui sont du domaine de la pathologie médicale, l'inflammation des veines utérines et celle des sinus de la dure-mère sont des plus curieuses et nécessitent une description particulière.

Phlébite utérine. — La phlébite utérine, si bien étudiée par Dance, est un accident commun chez les femmes en couches; elle occupe surtout les veines voisines de l'insertion du placenta. L'inflammation peut envahir un plus ou moins grand nombre de veines et de sinus ; il n'est pas rare de la voir limitée aux seuls vaisseaux d'une des moitiés latérales de l'organe ; souvent, au contraire, la phlegmasie se propage jusque dans les veines ovariques et dans toute la longueur de celles-ci. U est assez commun de voir l'inflammation gagner le tissu même de l'utérus, qui devient alors rougeàtre, ramolli, infiltré de pus au voisinage des veines malades. Dans les cas dont nous parlons, les parois utérines sont molles et flasques, l'organe conserve parfois un volume considérable, eu égard surtout au temps qui s'est écoulé depuis l'accouchement; cependant le contraire peut avoir Ûeu : bien souvent, en effet, nonobstant la purulence de ses sinus, l'utérus suit, dans son retrait, la même marche qu'à l'état physiologique.

Phlébite des sinns. — La phlébite des sinus cérébraux, que Tonnelé a le premier fait connaître dans le tome XIX des Archives de médecine^ et sur laquelle M. Bruce (de Liverpool) a publié plus récemment un travail intéressant dans la Gazette médicale de Londres (année 1840), est anatomiquement caractérisée, comme l'est la phlébite des veines, par des concrétions sanguines et pseudo-membraneuses, ainsi que par la production du pus. En outre, lorsque l'altération siège dans un des sinus principaux, tels que le sinus longitudinal supérieur, on constate dans les méninges et dans le cerveau des altérations résultant du trouble apporté à la circulation intra-crànienne : ainsi les veines de la convexité sont saillantes comme si on les avait pénétrées avec une injection artificielle; le tissu sous-arachnoldien est infiltré de sérosité : celle-ci remplit plus ou moins les ventricules; enfin on trouve des épanchements sanguins dans les méninges et dans le cerveau. Cependant ces lésions secondaires manquent dans la plupart des cas d'inflammation des sinus, ce qui s'explique aisément lorsqu'on se rappelle que les veines cérébrales, quoique distinctes à leur terminaison dans le sinus, s'anastomosent les unes avec les autres à leur origine ; et comme elles sont dépourvues de valvules, elles peuvent se suppléer aisément entre elles; de sorte que, pour intercepter la circulation veineuse du cerveau, il faudrait que presque tous les sinus fussent oblitérés à la fois.

(i) Leçotu de physiologie^ t. II, p. 734.

Page 1