CHAPITRE XXVIIL, == DE LA RACHIALGIE, $ Ier, Definition. Siege
1. Définition. — La rachialgie (1) est une douleur souvent périodique, qui part de la colonne vertébrale, et qui ne s'accompagne pas de fièvre.
2. Siege. — La rachialgie occupe tantôt la région cervicale, tantôt la région dorsale ou la région lombaire, d’autres fois la région sacrée, et enfin plusieurs de ces régions simultanément. Dans certains cas, la douleur occupe toute la circonférence de la colonne vertébrale, dans d’autres elle est bornée à un seul côté (hémi-rachialgie).
IT. De la region cervicale.
1. Region cervicale. — La rachialgie de la région cervicale est caractérisée par une douleur ordinairement gravative, et qui ressemble à celle que produirait un poids très-pesant qui reposerait sur la nuque. Cette douleur s'étend ordinairement à l’occiput, à la face (2), au dos et aux bras. Dans les cas les plus graves cette douleur est accompaguée de raideur du cou, où bien d’une inclinaison morbide de la tête (3), de bourdonne-
(1) I faut savoir que le mot rachialgie a été employé par d’autres pour désigner la colique des peintres. Astruc, par exemple, l’a employé dans ce sens :
« Quæstio medica an morbo colicæ pictorum rectius rachialgia dicto, venæ sectio? » Paris, 1750, |
(2) Dans le mois de novembre 1818, j'ai eu, dans les lits de la clinique, une jeune fille dont l’occiput et la nuque furent frappés avec violence par un morceau de bois. Elle éprouvait une grande difficulté pour ouvrir les paupières; ce que j'expliquai par l’anastomose du grand nerf occipital (de la seconde paire des nerfs cervicaux) avec le nerf temporal (du troisième rameau de la cinquième paire), Elle éprouvait en outre des vomissements, elle avait quarante pulsations à la minute et de l’engourdissement dans les bras. Quoique la maladie durât déjà depuis six mois, cette jeune fille guérit sous l'influence des sangsues appliquées à l’occiput et à la nuque, des ventouses scarifiées appliquées à la région dorsale, des eccoprotiques et des cautères que l’on établit sur les côtés du cou,
(5) L'Obstipitas gibbosa de Sauvages se
ments dans les oreilles (4), d’impuissance (5), d'aphonie (6), d’engourdissements ou de mouvements involontaires dans les
rapporte en partie à cette maladie; ce-
endant il n’est pas nécessaire que les vertèbres cervicales elles-mêmes soient affectées, car une simple affection de la moelle épinière produit le même phénomène.
(4) Ce symptôme, fréquent surtout dans la rachialgie cervicale, dépendant des bémorrhoïdes ou de la plique, me paraît tenir à la présence du grand nerf auriculaire, qui vient du sixième rameau de la troisième paire des nerfs cervicaux.
(5) Déjà Ilippocraie avait dit (De genitura liber, cap. 11, p. 53, dans Halleri, Art. med. princip., t. u. De aere, aquis et locis lib., cap. x1, p. 29, ib., t. 1) que les lésions de la base du crâne déterminaient l’impuissance ; et j'ai eu occasion de vérifier le fait le 5 mai 1818, sur un.
juif âgé de 40 ans. Cet homme, en effet, après avoir reçu à la nuque un coup qui laissa une douleur vive au niveau de la sixième et de la septième vertèbre cervicales, fut immédiatement frappé d’impuissance, Cependant ni la voix de cet homme , ni le mode d’accroissement de sa barbe ne subirent de changement évident. Mais il existait un phénomène tout particulier, c’est que le malade, sous l'influence du mouvement volontaire ou involontaire de ses épaules, était pris toutà-coup d'une émission considérable de gaz. (Il est vraisemblable que le rameau que la sixième paire de nerfs cervicaux fournit au nerf intercostal donnait lieu
à ce phénomène.) Les lésions des veriè-
bres cervicales au-dessous de la base du crâne semblent déterminer un effet tout opposé à l'impuissance. Du moins-ce que j'avance paraît confirmé par les pollutions qu'éprouvent les individus qui se pendent, ou dont les vertèbres cervicales sont Juxées par le bourreau.
(6) Galien avait déjà enseigné (De symptom. caus., 1. 1, e. v, p.16) que tous ceux dont la moelle épinière est blessée à la région cervicale sont frappés d’aphonie. Le 3 mars 1817, j'ai perdu une jeune fille, par suite d’une phthisie pulmonaire. Elle avait présenté, avant le développement de cette maladie, une ex- #inction de voix, que j’aitribuai à la compression du nerf récurrent par des tubercules pulmonaires. Cependant comme la malade, qui d’ailleurs était sujette aux hémorrhoïdes, s'était continuellement plainte d’une douleur à la région cervicale et qu’elle avait éprouvé deux jours