‹ Traité de pathologie médicaleChapitre 109 sur 261 · Abcessus · texte numérisé non relu

Abcessus

(52) En 1815, ] ’ai vu une jeune fille qui se plaignait d'une douleur très-vive dans les vertèbres lombaires. La malade attribuait sa maladie à un fardeau trèslourd qu’elle avait soulevé en 4819, dans un moment où elle était saisie d'une frayeur très-srande. Les jambes étaient très-faibles et froides. Je croyais déjà qu’elle avait une rachialgie lombaire, lorsqu'enfin l'examen du ventre ne me laissa plus aucun doute sur l'existence d’un anévrisme de l'aorte abdominale.

Du reste, si dans ce cas les vertèbres n'étaient pas déjà frappées de carie et n'avaient pas encore exercé une action fâcheuse sur les nerfs qui les traversent pour aller se rendre aux extrémités inférieures, il me semble que l’on devrait attribuer la faiblesse et le refroidissement des jambes à l'obstacle apporté par l'anévrisme qui empêchait le sang de passer de l'aorte dans les artères iliaques et crurales.

(35) La carie, ou du moins l’altération des vertèbres par suite des anévrismes de l'aorte, est si fréquente, que j'ai très-rarement rencontré de ces anévrismes sans l’altération dont je parle. Cfr. Morgagni, Op. c., ep. xvin, 25; ep. xxvi, 5.—Weikard, Verm. med. schr., 2 B+, p.57. — Baillie, Op. c. ed. Sœtamering., Mlle Walter, Anat. Museum, 2 B., p. 115. — Mianowski , Pamieinikow towarzystwa lekarskiego wilenskiego, t. 1, 4818, k.

(34) Cowper, Philosoph. transact., ne 999. — V. Leske, Auserl. abh., 1 B., p.

(35) Bonet, de Ces SeCt, 22, obs, 30,

avec les maladies de l'utérus (36), des.

intestins et surtout du rectum (37), car ces maladies s'accompagnent de douleurs vers le sacrum.

6. Nature de la rachialgie. — Une fois que l’on a reconnu l'existence et le siége de la rachialgie, il faut s'attacher à déterminer quelle est sa nature; si elle est traumatique , inflammatoire, rhumaüsmale , arthritique, gastrique, ! rachiti= que, scrofuleuse, scorbutique , syphilitique, nerveuse, ou bien si elle est Hée à l'existence de la plique. 4

7. Rachialgie traumatique. — La ra chialgie traumatique est très-commune, €eË se reconnait si dans l'examen du malade on l’interroge convenablement sous le rapport des commémoratifs. Mais comme la rachialgie s'accompagne souvent d’une faiblesse considérable des membres inférieurs , il faut bien se garder de prendre Ja chute pour la cause de la maladie, tandis qu’elle n'en est qu’un symptôme.Nous rapportons aussi à la rachialgie traurmatique cette douleur et cette déformation de la colonne vertébrale qui sont déterminées (38) par la perversion dans l’action musculaire. Le diagnostic de la luxation et de la fracture des vertèbres est du ressort de la chirurgie, ce qui ne nous empèchera pas cependant de nous occu per d’une espèce de luxation qui se présente, il est vrai, avec la forme d’une maladie appartenant au domaine de la médecine; nous voulons parler de là luxation spontanée des premières vertèbres de la région cervicale.

8. Rachialgie dépendant de la luxalion spontance des premières vertèbres

(56) Comme les malades affectés de squirrhe de l'utérus se plaignent en premier lieu d'une douleur dans les lombes, et qu'ils n'accusent souvent pas les autres symptômes qui sont presque nuls, un médecin peu expérimenté peut facilement se tromper.

(57) Le rétrécissement et le squirrhe du rectum, lorsque la maladie est à son début, ne déterminent, à part la constipation, d'autre symptôme qu’une douleur dans le sacrum.

(38) Lisez à ce’ sujet : Portal, op. c.

dans le chapitre précédent, p. 432. — Goucy;, Chirurgie, p. 166. — Tulpius :

Observ. » 1 1V, €, 5.— Bonei, SEPulCtres anat. de convuls., observat. 35. — Lor ry:

De melancholia, p. 145.— Sauvages, No:

sologia, t. 1, p. 457. — Lieutaud, Hist, anat,, t.11, et Journ. de Trev., 1722.

cervicales, — La rachialgie , par suite de la luxation spontanée des premières verèbres cervicales (spondylarthrocace cervicalis), déjà connue d’Hippocrate (39), le Galien (40), d’Aétius (41), de Paul Eginète (42), presque entièrement oubliée par les médecins ct les chirurgiens qui les ont suivis, mais bien décrite par Rust (43) et son disciple (44), s’accompapne d’une douleur au cou qui se manieste surtout sous l'influence de l'humidité, du froid , de la déglutition ou des inspirations profondes. Si l’on examine la bouche et le pharynx, on n’observe aucune altération. Il existe une douleur d’un côté du cou qui augmente lorsque l'on incline la tête sur l'épaule. Cette douleur , plutôt tensive que pongitive, s'étend du larynx jusqu’à la tête, et se propage même jusque dans l’épaule du côté malade. Lorsqu'on examine les parties douloureuses, l’inspection ne fait rien découvrir; mais lorsque l’on comprime l'endroit où l’atlas s'articule avec l'occiput et avec Paxis , le malade éprouve une douleur très-vive. (Ici finit la première période.) Les symptômes indiqués précédemment s’accroissent peu à peu, surtout sous l'influence des mouvements de la tête; alors il survient de la raucité dans la voix, de la rigidité dans les muscles du cou et une inclinaison de la tête sur l'épaule opposée au côté du cou qui a été le siége des premiers sy mptômes, et c’est presque toujours sur l’épaule droite (45); en même temps la face est portée en arrière. Enfin, après que ces divers phénomènes ont duré pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, on observe une diminution apparente dans ces symptômes. (Ici finit la seconde période.) En effet , non-seulement les douleurs sont moins vives, mais lies mouvements de la tête sont aussi plus faciles.

Mais bientôt après on voit revenir la

difficulté d’avaler, de parler à haute voix

et de respirer. Une douleur térébrante

(39) Aphor., sect. 1, n. 26. Prorrhemeor, 1.1.

(40) De locis affectis, 1. 1v, ç. 3.

(41) Tetrabibl. 11, serm. 4, ec. 27.

(42) Lib. ux, c. 27.

(45) Op. c., p. 76, $ 112 (J'ai vu treize ‘exemples de ceite maladie).

(44) Schupke, 1. c. Tract. de luxat.

spont. vertebr. colli. super. Berol., 1816.

(45) Le siége de la maladie est, suivant Rust, bien plus fréquent dans le çôté gauçhe du çou, À, ç., p.78,

DU SYSTÈME NERVEUX

existe continuellement vers l’occiput et la nuque et se propage jusqu’à la région du front. Alors aussi la tête s'incline (46) sur le côté opposé, le côté gauche le plus ordinairement , et celte inclinaison s’accompagne d’un sentiment .de pesanteur considérable. Toutes les positions, excepté le décubitus dorsal, sont excessivement difficiles, et chaque mouvement s’accompagne d’une douleur poignante qui imprime (47) au facies du malade un caracière tout particulier. La tête ne peut être élevée sans le secours des mains qui la soutiennent. De temps en temps, on entend un craquement (48) pendant les mouvements de fa nuque. Enfin, on voit se joindre à ces symptômes cles bourdonnements d'oreille, des vertiges, des étourdissements, des mouvements spasmodiques ou convulsions, la paralysie suriout des extrémités supérieures (49), l’aphonie, des erachats purulents, des sueurs colliquatives , et enfin, au bout de quelques mois, le malade succombe miné par une fièvre lente ou subitement, ce qui est le plus fréquent, à moins que, par un bienfait tout spécial de la nature (50),ilne se forme un ankylose pendant les premières périodes de la mälad:e. À l’ouverture des cadavres (51), on a trouvé des infiltrations purulentes entre l’œsophage et les vertèbres cervicales, des ulcérations du pharynx, une destruction plus ou moins complète des ligaments qui environnent l’atlas et l’axis, ainsi que du périoste qui les revêt, une carie (52) des condyles et de l'apophyse odontoïde , un rétrécissement du trou occipital, des lésions, des perforations des méninges, ainsi qu'une altération de la substance cérébrale et de la moelle épinière , l'érosion des artères cérébrales et des infiltrations sanguinolentes, et enfin un épanchement purulent dans la cavité de la poitrine.

9. Rachialgie inflammatoire. — La rachialgie inflammatoire occupe presque

(46) Cfr. cap. x11, $ 1x, 7. De paralysi colli.

(47) Rust (Op. c., pl. vrr) donne le des:

sin d’un cas de ce genre.

(48) « Ein knarren und Reïiben der obersten Halswirbelbeine, » Rust, 1, c., p. 80.

(49) Cfr..$ 2x.

(50) Rust, 1. c., p. 81, $ 118.

(51) Rust, p- 80, $ 117. |

(52) Ibid, pl, v, fig. 4, 2, pl. vi, fig.

toujours la région cervicale ou les lombes. Elle s'accompagne d’une douleur gravative, et reconnait pour causes toutes les circonstances qui déterminent une congestion sanguine vers Ja colonne vertébrale, et principalement l’abus des liqueurs spiritueuses, la chaleur, et enfin la constipation. Elle est très-

fréquente chez les femmes pendant la

période menstruelle (53), pendant la prossesse, chez les individus sujets aux hémorrhoïdes ou chez les femmes qui sont affectées d'aménorrhée,

10. Rachialgie rhumalismale., — La douleur dans la rachialgie rhumatismale est très-aiguë et change souvent de place.

Elle occupe surtout les ligaments des vertèbres, leur périoste, les méninges spinales , et quelquefois même la substance médullaire elle-même. Dans le premier cas, la douleur augmente dans les mouvements de flexion ou‘de redressement du tronc ; dans le second cas , au contraire, la douleur est continue et s’irradie dans toutes les parties qui recoivent leurs nerfs de la moelle épinière.

Cette maladie affecte des individus qui ne sont d’ailleurs sujets à aucune des autres maladies nerveuses, tels que les paysans et les soldats.

11. Rachialgie arthritique. — Va rachialgie arthritique bien décrite par Barthez (54) attaque surtout les hommes adultes et les vieillards , dont la colonne vertébrale a été affectée du vice rachitique ou scrofuleux , ou bien ceux dont la colonne vertébrale a été le siége de quelque blessure , ou bien enfin les individus quiont été sujets aux hémorrhoïdes.Elle a . beaucoup de points de ressemblance avec ‘la rachialgie rhumatismale, outre son siége qui occupe ordinairement la région dorsale. Lorsque la maladie est récente, elle revient d’une manière périodique, et elle est ordinairement exaspérée par les changements brusques de température.

Lorsqu'elle est plus ancienne, elle détermine une courbure de l’épine. Quoique le vice arthritique puisse affecter la moelle épinière elle-même, ce que semblerait prouver son induration (55), ce-

CET SE bot

(55) Hippocrates, Coacar. prænot., n.

541, 548. — Charter, t. vur, p. 885. Cfr, P. n, vol. r, sect. 1, $ 5, 52, p. 65.

(54) Traité des maladies goutteuses.

Paris, 1802.

(55) Harderi, Apiarium, obs, Lvin, 1.

P. Frank, 1, ç,

MALADIES

pendant il détermine presque toujours la carie des vertèbres (56), convertit en une substance cornée leurs grands et leurs petits ligaments antérieurs, et détermine, par suite du dépôt de substance calcaire dans leur intérieur, l’ossification des cartilages , de telle sorte qu'ils perdent leur poli et s’opposent à toute espèce de mouvement ; aussi verrons-nousplus loin (57) quelle compression doivent subir les nerfs spinaux qui s’échappent des parties avoisinant ainsi le lieu malade. Qu'il nous suffise , pour le moment, de faire observer que, dans le diagnostic de la rachialgie arthritique, il faut surtout prendre en considération les maladies antécédentes et l'habitude antérieure du malade, ainsi que les autres signes de la diathèse arthritique (58). Il faut surtout ne pas perdre de vue la.gale et les autres affections cutanées qui auraient été supprimées intempestivement, et dont la cause aurait pu se reporter sur les cartilages vertébraux. Sur

12. Rachialgie gastrique. — La rachialgie gastrique pourrait être considérée comme symptomatique si les saburres et les gaz qui distendent le canal intestinal ne donnaient lieu à une congestion sanguine du canal vertébral ; et sous ce point de vue, la rachialgie gastrique constitue une variété de la rachialgie inflammatoire. La rachialgie vermineuse diffère beaucoup de la rachialgie gastrique, en ce qu’elle s'accompagne de convulsions violentes des muscles qui entourent la colonne vertébrale, convulsions qui s’accompagnent de douleurs excessives et qui déterminent (59) une cyphose passagère,

13. Rachialgie rachitique et scrofu leuse. — La rachialgie rachitique et scrofuleuse, bien décrite par Portal (60), dont l’histoire ne peut êtrecomprisequesi elle est précédée de l’histoire du rachitisme et des scrafules que nous devons faire plus tard (61), a son point de départ dans les vertèbres qui sont spongieuses,

(56) Barthez nie le fait, mais à tort, car il est bien confirmé par les observations de Lieutaud, de Morgagni et de Portal (V. Portal, 1. c., p. 129).

(67)-0h. xiLS EX, n, 4,

(58) P. 1, vol. 1, $ xn, 4.

(59) Portal, 1. c., p, 155.

(60) Op. c.

(61) PQ Ur, Se

DU SYSTÈME NERVEUX

rugueuses, infhltrées de sang (62), comprimées, pénêtrées de pus (63), ou enfin qui sont affectées de carie, de ramollissement et d’ankylose. Presque toujours, par suite de ces lésions, la colonne vertébrale a subi une incurvation. L’incurvation s'opère, soit en arrière (cyphosis), soit sur les côtés (scoliosis), soit en avant (lordosis). Cette espèce de rachialgie délermine peu de douleurs, mais donne lieu facilement à la paralysie (64). Elle s’accompagne ordinairement d’altérations des glandes lymphatiques du foie et du mésentère (65).

14. Rachialgie scorbutique. — On ne s’étonnera pas qu'il y ait une rachialgie scorbulique , pour peu qu’on réfléchisse à l'influence que la diathèse scorbutique exerce sur le système osseux. Les douleurs qui, dans ce cas, occupent surtout les lombes sont passagères dans le commencement et augmentent pendant Ja

nuit (66). À l'extérieur, les vertèbres.

sont presque à leur état normal. Mais en examinant le tissu de leurs corps, on rouve (67) qu'il est devenu poreux, qu’il est creusé dans son intérieur des cavilés étendues , qu’il est comme affaissé, omme détruit, et quelquefois aussi on "encontre des altérations de la moelle.

Le diagnostic de l’espèce de rachialgie qui nous occupe s'établit d’après les s1nes et les causes du scorbut, parmi lesquelles l’abus du mercure parait tenir sa place (68).

(02) Portal, FE €., 5.42.

(63) Voigtel, fiandb. d. pathol. anaomié.

(64) Ch. x, $ Lxii, n. 4.

(65) Portal, 1. c., p. 55.

(66) Id., ibid., p. 85.

(67) Bertii, Ostéologie, t. 111, p. 86. — ortal, 1. c., p. 88, 19.

(68) J'ai observé à Vilra, en 1818, un iomme qui présentait, par suite de l’aus du mercure, les signes de la diathèse corbutique. Outre des douleurs généraes dans les os, il en éprouvait aussi dans a dernière vertèbre dorsale et la prenière lombaire. De plus, le ventre était ‘omme serré avec une sangle. Un régime ntiscorbutique, et surtout la décoction le salseparcille, dissipèrent complétenent les douleurs. Quelque temps après, € même malade prit la poudre antispasnodique rouge de Stahl, et la petite

juantité de mercure qui entre dans cette

15. Rachialgie syphilitique. — Mais une des causes les plus fréquentes de rachialgie est sans contredit la syphilis.

La douleur qui occupe le plus ordinairement les vertèbres dorsales et lombaires augmente pendant la nuit et par. le toucher. Le lieu affecté est le siége d’une tumeur qui parait avoir précédé la douleur (69). La colonne vertébrale présente des incurvations qui sont quelquefois tout-à- fait singulières, tantôt en avant, et la face regarde alors la terre, tantôt en arrière, et la face est tournée alors vers le ciel (70). Les extrémités sont le siége de spasmes d’anesthésie et de convulsions. La nutrition est altérée par la fiè-

vre hectique qui ne quitte pas le malade.

L'ouverture des cadavres des individus morts de rachialgie syphilitique a montré, (71) que chez eux les glandes du mésentère et le foie étaient aussi le siége d’un engorgement. Les vertèbres, lorsqu'on les met à nu dans ces Cas, sont en partie détruites par la carie, présentent la consistance de Ja-cire, et sont incapables de pouvoir soutenir le poids du corps ; aussi, dans ces cas, les adultes sont-ils comme des enfants et tombentils avec la plus grande facilité. Le canal vertébral, à l'endroit où les vertèbres sont malades, se rétrécit et se remplit d’une sérosilé verdûtre (1).

16. Rachialgie pliqueuse. — La rachialgie pliqueuse occupe ordinairement la totalité de la colonne vertébrale. C’est ainsi que chez un homme nous avons observé une ankylose générale des vertèbres du dos. La peau qui recouvre le dos est très-mince et très-distendue, aussi les apophyses épineuses peuvent-elles être comptées avec la plus grande facilité.

Quelques maladesse plaignent d’une constriction du ventre, comme s'ils étaient serrés avec unesangle. Le malade éprouve dés douleurs , surtout dans les changements brusques de l’atmosphère. Les extrémités, surtout les extrémités inférieures , deviennent le siége d’élancements à mesure que la maladie fait des progrès. En général, plusieurs des symptômes de la

poudre, à cause du cinabre qu’elle contient, ramena toutes les douleurs du sysième osseux.

(69) Portal, 1. c., p. 3.

(70) Id., ibid., p. 4-6.

(74) Id., ibid., p. 5-10, (1) Id., ib:, P: 5,

plique pourraient s'expliquer par une maladie de la moelle épinière. Aussi, serait-il bien important d'examiner la colonne vertébrale dans les autopsies des sujets morts de la plique.

17. Rachialgie nerveuse. La rachialgie nerveuse a son point de départ dans une affection primitive de la moelle épinière, comme on l’observe à la suite des excès vénériens ou de l’onanisme. La douleur occupe la nuque ou les lombes, et présente des rémissions, et pendant ses paroxysmes l’ardeur vénérienne se réveille (2) chez les malades épuisés, et donne lieu à des pollutions pendant le jour et pendant la nuit ; nous croyons même que cet appétit vénérien exlraordinaire, surtout pendant la première jeunesse, est souvent plulôt un symptôme que la cause des maladies de la colonne vertébrale, et plus tard nous nous occuperons de ce sujet (3). La rachialgie nerveuse passagère est fréquente chez les hystériques , et bien plus, cette quantité innombrable de douleurs qu’elles ont l'habitude d'accuser dans toutes les parties du corps doit être attribuée à une affection de la moelle épmière.

$ IV. Pronostic.

i. Généralités. — Principiis obsta!

Ce précepte ne peut êire appliqué dans aucune maladie avec plus de justesse que dans la rachialgie, qui, suivant ses diffé-

“rents siéges et ses différents caractères, donne lieu à des accidents variés et des plus graves.

2. Rachialgie traumatique. — Les maladies du système nerveux, d’ailleurs si incompréhensibles, telles que la paralysie, le tétanos, les convulsions, la danse de Saint-Guy , etc., deviendraient beaucoup plus claires, si on se rappelait certaines douleurs, mêmes légères, qui ont dépendu de certaines lésions passagères de la colonne vertébrale. Souvent, en effet, une cause légère engendre les maux les plas sérieux.

3. Rachialgie rhumatismale et inflante matoire, — Aucune espèce de rachialgie

(2) J'ai vu, dans le mois de novembre 1818, un homme âgé de vingt-quatre ans, en proie à une rachialgie lombaire nerveuse qui préséhtait une rigidité et une rétraction très-considérables du pénis.

(5) P,1v, ep. de tabe dorsali.

MALADIES

n'entraine après elle un danger plus grand que les rachialgies rhumatismale et inflammatoire ; la dernière , parce que les vaisseaux distendus outre mesure peuvent se rompre ; la seconde, parce qu’il est à craindre que Ja cause rhumatismale agissant sur les enveloppes de la moelle, ne donne lieu à un épanchement de sérosité dans le canal vertébral. Dans l’un et l’autre cas, il est évident qu’on peut s’attendre à une apoplexie de la colonne vertébrale, soit sanguine, soit séreuse. ELs:

nous ne traitons pas dé cette appoplexie dans un chapitre parliculier , c’est parce que toutes les notions qui se rapportent à ce point seront nécessairement exposées dans les chapitres qui rouleront sur l'inflammation de la moelle, sur l'hydrorachis et sur la paralysie.

4. Rachialgie arthritique et gastrique æ La description de la rachialgie arthritique montre bien par elle-même les dan.

gers qui l’accompagnent. Néanmoins, t existe des degrés moindres de celte af fection , el nous avons vu plusieurs ra chialgies de nature arthritique qui, aprè avoir déterminé pendant qu’elles exis:

taient des symptômes vers les extrémité:

inférieures, se terminaient pendant le sommeil (4), par l'évacuation d’une urint chargée de sédiment aribritique, par de.

sueurs ou par de la diarrhée. [l en est d« même de la rachialgie gastrique, qui es

‘le plus ordinairement passagère.

5. Rachialgies rachitique et scrofuleu se.—La rachialgie scorbulique ne se ren contre aue chez les individus en proie:

l’indigence, et qui ont été long-temp exposés aux causes du scorbut. D'ailleurs cotume elle reconnait pour cause la cari des vertèbres,ellenelaisseaucun espoir d guérison, 11 en serait de même de la ra chialgie syphilitique, si à l’aide d’un trai tement spécifique on n’opérait souvent d véritables miracles (4), même dans la pé riode la plus avancée de la maladie. [ serait bien heureux qu’il en fût ainsi d la rachialgie pliqueuse , dont le pronos tic est le même que celui de la pli que (6).

6. Rachialgie nerveuse. — Quoique i cause de larachialgie nerveuse soit moin matérielle que les causes des autres ra chialgies, cependant, à moins que la mula

(4) P. un, vol. 1, sect. 1, ©, van, $ 38 p. 401;

(5) Portal, 1. c:, p. 13.

(6) P.r, vol, n, c. xxxvr, S 147.

iene soit passagère, le traitement est enironné d’un grand nombre de difficultés ui seront exposées dans les chapitres sur 'épilepsie et la consomption dorsale.

$S V. Traitement.

1, Généralités. — Le mode de traitenent des altérations les plus graves de la olonne vertébrale sera exposé lorsque ous traiterons de lä cyphose paralytipue ; et c’est pour celteraison que la théapeutique de la rachialgie roulera dans #e chapitre sur la rachialgie considérée -omme une simple douleur siégeant sur a colonne vertébrale.

2. Traitement de la rachialgie traumatique.— Tout en laissant à la chirurrie le traitement de la luxation, de la racture et de la diastase des vertèbres, épendant nous recommandons là saignée hez les hommes pléthoriques et robuses, au bras, lorsque les vertèbres cer vi- >ales ou dorsales ont été léstes, et au jied quand ce sont les vertèbres Ilompaires et sacrées. Après la saignée il faut voir recours à l'application de douze ou vingt sangsues aux environs des veértèbres malades, et même c’est par là qu’il faut commencer chez les malades d’une constitution faible. En même temps, nous appliquons, à l’aide de compresses ployées en plusieurs doubles et sur la région malade, de l’eau froide chargée de sels réfrigérants ou d’acétate de plomb. En même temps nous entretenons la liberté du ventre à l’aide des eccoprotiques , et le malade est mis à une diète sévère, en même temps que nous lui ordonnons Îa position horizontale et le repos le plus complet. L’ancienneté de la rachialgie traumatique ne contre-indique pas toujours l'application des sangsues, et si ces dernières ne suflisaient pas pour enlever la maladie, il faudrait avoir recours à l’application de cautères sur les côtés de la vertèbre malade, et à l’administration intérieure de l’infusion de fleurs d’arnica, Quoique les vertèbres ne paraissent pas susceptibles d’être soumises à la trépanation (7),commelecrâne, cependant nous y aurions recours sans aucun scrupule dans les mêmes circonstances que celles qui réclament la trépanation du crâne, et Iôrsqu’une fois le cas aurait été bien con-

(7) Charles Bell., 1. c.

staté. Dans la luxation spontanée des vertèbres déjà avancées ; on applique le cautère potentiel sur les côtés de la nuque. Dans la première période, il faut avoir recours aux sangsues et aux cautères. De plus, s’il existe une diathèse cachée, il faut administrer les moyens propres à combattre (8) les vices scrofue leux, arthritique et syphilitique. |

3. T'railement de la rachialgie inflammatoire. — La rachialgie inflammatoire, plus encore que la rachialgie traumatique, réclame un traitement antiphlogistique. Dans ce cas, il ne suffit plus d’une seule saignée ou d’une seule application de sangsues. Aussi, après une première application de sangsues sur la partie malade, nous en faisons ordinairement une seconde à l'anus, surtout si la maladie se montre chez des individus affectés d’hémorrhoïdes ou d’aménorrhée. 11 faut surtout, dans ce cas, s’abstenir de l'emploi des liniments irritants, des sinapismes et des vésicatoires appliqués sur le trajet de la colonne vertébrale : car ces moyens déterminent l’afflux d’une certaine quantité de sang vers Ja partie malade. On peut au contraire, dans le but d'opérer une révulsion, app'iquer des excitants sur les extrémités, tout en entretenant la liberté du ventre à l’aide des eccoprotiques. Quant aux applications froides, nous ne les employons ‘presque jamais, et c’est toujours momentanément; mais nous conseillons au malade, du moins pendant la nuit, de se coucher sur l’un ou l’autre côté, et nous faisons recouvrir son lit d’une peau d’élan ou de tout autre animal.

4. Traitement de la rachialgie rhumalismale. — la méthode que nous venons d'indiquer convient aussi à la rachialgie rhuüumatismale ; seulement, lorsque l’on a entièrement abattu la période inflammatoire de la maladie, il faut avoir recours aux diapnoïques et au vésicatoire appliqué sur les côtés de la vertèbre malsde, quand la maladie est légère, et sur la vertébre elle-même dans le cas contraire. {Il ne faut pas non plus négliger l'emploi des bains tièdes, ni celui des vapeurs aqueuses ou sulfureuses (9), Enfin, si li cause rhumatismale avait déjà donné lieu à un épanchement de sérosité dans

(8) Rust, 1. e.

(9) De Carro : Observations pratiques sur les fumigations sulfureuses, Vienne, 1819. |

le canal vertébral, 1l faudrait agir alors suivant les préceptes que nous donnerons plus tard (10). t 244$

5. Traitement de la rachialgie arthritique. — Au début de Ja rachialgie arthritique il faut avoir recours aux évacuations sanguines locales ; il faut en outre tenir ouverts tous les émonctoires de l’économie, et c’est dans ce but que l’on administre le soir l’électuaire lénitif, et le matin la décoction de douceamère, tout en ayant recours aux bains de pied excitants, ou aux bains sulfureux généraux. [1 faut aussi remplacer par un exercice modéré la vie trop sédentaire.

On emploie aussi avecsuceès des frictions faites avec un morceau de laine imprégné de vapeurs de succin, de mastic etde benjoin, que l'on fait soir et matin tout le long du trajet de la colonne vertébrale. La colonne vertébrale est-elle le siége d’une certaine raideur, il faut avoir recours aux applications émollientes, à une pommade faite avec l’axonge et l'acide nitrique ou phosphorique, à l'emplâtre de savon ou à l’emplâtre diaphorétique de Mynsicht, enfin aux bains de vapeur et aux embrocations; mais si ces moyens n'apportaient aucun soulagement, il faudrait, sans perdre de temps, avoir recours à l'emploi de cautères, que l'on appliquerait autour de l'endroit malade.

6. T'raitement de la rachialgie gastrique. — Comme la rachialgie gastrique s'accompagne presque toujours de piéthore vers la colonne vertébrale (11), nous commencons le traitement par l’application de sangsues autour des vertèbres qui sont le siége de la douleur.

Quand de nouvelles congestions surviennent il faut avoir recours aux résolutifs, aux ‘eccoprotiques et aux carminatifs.

Les vers doivent être expulsés à l’aide des anthelmintiques.

7. Traitement des rachialgies rachitique et scrofuleuse. — Des faits nombreux nous ont appris que les sangsues appliquées autour de la région malade de la colonne vertébrale sont un moyen fort utile dans les rachialgies rachitique et scrofuleuse ; mais comme, dans celte maladie, les viscères abdominaux sont presque toujours affectés (12), il fant solliciter avec précaution les évacuations

(10) Cap. 1v, $ xiIx, n. 7.

(44) $ vus, n.

(12) Ibid., 12,

MALADIES

alvines ; je dis avec précaution, de pet d’exciler peut-êlre par les irritants un ennemi caché. Si Ja rachialgie existesans aucune tumeur sur le trajet de la colonne vertébrale, et si le malade est un enfant délicat, nous plaçons des cautères,non pas sur les côtés de la colonne vertébrale, mais sur les bras. Ilest en effet de la plus haute importance d'éviter tout ce qui pourrait irriter la colonne vertébrale:

aussi est-ce pour cette raison que nous rejelons avec Portal {13) l’usage des cor:

sets dont les ignorants se servent poui s'opposer à l’incurvation de la colonne vertébrale ou pour la corriger. Nous recommandons au contraire un exercice modéré en plein air à la campagne, danse, la gymnastique et surtout la nata tion, qu'il faut préférer de beaucoup :

un simple bain froid. Il faut que la nourriture se compose de végétaux et de chai: de jeunes animaux; et, à moins que le:

malades ne soient tourmentés par la con stipation, il faut donner de la décoctior de glands de chène torréfiés, et, au prin temps, les sucs récemment exprimés di bourrache, de véronique et de lierreterrestre. Il faut en outre, une ou dew fois par jour, donner une demi-tasse di décoction de racine, soit de garance soit d’aunée; et enfin, vers le soir, de petites doses, mais long-temps répétées d'éthiops antimonial (14) où de muriat de chaux. S'il a existé déjà de la doulew dans la colonne vertébrale, il faut, pou:

lui donner de la force, avoir recours au:

frictions exercées sur la région dorsal avec le vin chaud, l'alcool camphré, l'es prit de fourmi, de mastic avec l’eau di mer, ou bien encore d'autres liquides.

8. Traitement des rachialgies scor butique et syphilitique. — Comme le rachialgies scorbutique et syphilitiqu réclament le traitement général que l'or dirige contre le scorbut et la syphilis, à faut en lire le traitement dans d'autre endroits de cet ouvrage (15).

9. Traitement de la rachialgie pli queuse. — La rachialgie pliqueuse exig

non nten nc nnn en

(14) On peut donner aux adolescents € médicament depuis un demi-grain jus qu'à un grain dans les vingt-quatr heures,

(15) P. ir, vol. n, sect. 9, Cap. de scot

buto. P. 1v, vol. n, sect. 1, Cap. de sy philide, |

DU SYSTÈME NERVEUX

un traitement qui varie suivant les malades. Le sujet est-il robuste et pléthorique, il faut appliquer des ventouses scariñiées sur la colonne vertébrale, et des sangsues à l'anus; il faut aussi donner des eccoprotiques, composés surtout de sels réfrigérants et de soufre, ainsi que des bains de mer. Le sujet est-il faible, au contraire, l’on donne avec avantage la décoction de racine d'aunée, de pervenche, de douce-amère, l’extrait de datura stramonium; on applique un emplâtre aromatico-narcotique sur le point douloureux. Nous n’entrons d’ailleurs ici dans aucun détail sur les moyens propres à déterminer l’évolution {16)de la plique.

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