‹ Traité de pathologie médicaleChapitre 111 sur 261 · Definition. — On désigne sous le · texte numérisé non relu

Definition. — On désigne sous le

. nom de rachialgite l'inflammation de la

moelle épinière et des membranes qui l’entourent,s’accompagnant{18)de fièvre, de douleurs dans la colonne vertébrale, et d'accidents graves dans les régions qui en recoivent leurs nerfs.

2. Historique. — Nous avons déjà parlé en détail, dans un autre endvoit(19), des auteurs qui ont éclairé l’histoire de la rachialgite; nous ajouterons seulement, aux noms déjà cités, celui de Gœlis, qui a décrit (20) surtout le rachitis des enfants.

$ II. Symptômes. Aulopsie. Causes.

1. Symptômes. — Excepté les cas où la rachialgite dépend d’une lésion extérieure (auquel cas la maladie a son point de départ dans la colodne vertébrale), ou bien se développe d’une manière latente et chronique, elle est toujours annoncée par une fièvre d'autant plus forte que le malade est plus jeune et plus sensible.

Cette fièvre débute ordinairement par un

(18) Synon., myelitis (de Musdos , moelle), notiæomyelitis (de votiauos, qui se rapporte au dos), spinitis, (19) Cap. 1, $ 1, 5.

go) Salzh, med. çhir. Zeitung,, 4815; n, 89,

FF

frisson, qui est bientôt suivi d’une srande Chaleur, surtout dans la région de la cojonne vertébrale, et elle présente une témission vers le matin. Le pouls est fréquent , concentré, dur, variable, et conserve le même caractère le jour et la nuit. Il existe en même temps une anxiété très-grande avec agitation des extrémités. En général, l'aspect du malade annonce ube maladie grave, et il éprouve un affaiblissement considérable, Du reste, cette faiblesse est d'autant plus grande que le siége de la douleur est plüs voisin de la région cervicäle. A moins que le malade ne soit un enfanñt très-jeune, il accuse uné douleur qui, suivant les cas, est aiguë, pongitive, brûlante, gravative, tensive, pulsative:

tantôt cette douleur (ce qui est assez rare) existe dans tout le trajet de la colonne vertébrale (21); tantôt, au contraire (ce

(21) Le cas suivant, que nous donnons comme un des exemples les plus remarquables de rachialgie, montre de combien de difficultés se trouve hérissé le diagnostic de la rachialgite lorsqu'elle attaque la moelle épinière dans toute son étendue. Un capitaine, âgé de quarantedeux ans, d’un tempérament sanguin, bilieux, sujet à des affections arthriticohémorrhoïdaires , fortement adonné aux boissons fermentées, est pris d’un refroidissement le 2 mars 1819. Vers le soir, ilest pris d’un frisson suivi bientôt d’une chaleur brûlante et accompagné d’une douleur dans les lombes. Pendant la nuit, la douleur s’étend depuis les lombes jusqu'à l'occiput; elle augmente avec une telle intensité, que lé malade pousse des cris de désespoir. de suis appelé le lendemain à cinq heures du matin par les parents du malade que l’on ne pouvait plus contenir, et qui élait agité comme un homme attaqué de la ragé. Le ma- Jade poussait des gémissements ; il était dans la plus grande anxiété, et il était couché sur le ventre, les bras et les jambes étendus. Lorsque je demandai au malade d’où il souffrait, il me répondit, en s’interrompant pour se plaindre, qu’il souffrait de partout. « Je ne peux, dit-il, écarter les paupières l’une de l’autre; j'éprouve une douleur atroce dans toutes les dents ainsi que dans les mâchoires, et il m'est impossible de mouvoir la mâchoire inférieure ; j'éprouve une douleur brûlante et accompagnée de battements, qui s'étend de l’oeciput à toute la colonne * vertébrale; mes membres, et surtout les inférieurs, sont insensibles, ils sont agi-

MALADIES

qui est bien plus fréquent), elle n’occupe qu’une de ses régions, le dos ou le cou. Cette douleur n’est pas toujours exaspérée par les mouvements du tronc (22), et les malades ne restent pas tous couchés sur le dos ét dans une immobilité complète. Nous en avons vu plusieurs, en effet, qui se tenaient lé tronc courbé, lés jambes fléchies et les talons rapprochés des fesses, ou bien qui étaient couchés sur le ventre. D’autres ne peuvent pas même rémuer les extrémités inférieures, tant elles sont douloureuses. Quelquefois on voit des enfants, appuyant fortement leur tête sur leurs oreillers et leurs pieds sur le bois de leur lit, soulever leur tronc à plusieurs reprises, en projetant ainsi leur ventre en avant, mouvement qui ressemble beaucoup à ceux que l’on observe dans l’opisthotonos, Presque

tés de secousses convulsives ; ma poitrine est tellement serrée, qu’il m'ést impossible de respirer ; j’éprouve une constric= tion douloureuse du ventre, et une telle prostration des forces que je suis sûr que je vais mourir. » Il y avait constipation; le malade urinaït ; le pouls était petit, mou, et marquait cent pulsations par minute; les battements du cœur étaient très-forts, Ja chaleur brûlante. Je déclarai que le malade était affecté d’une rachialgite rhumatismale goutteuse; et, dans l’espace de vingt-quatre heures, je lis faire une saignée du pied d’une livre, une application de douze sangsues à l’occiput et autant de véntouses scarifiées sur les côtés de ia colonne vertébrale. Je donnai en même temps la décoction de tamarins. Ces divers moyens furent suivis d’un tel succès, que le malade fut rendu à la santé dans l’espace de peu de jours. Ce fut la saignée qui eut la plus grande influence sur les divers symptômes. Lorsqu'elle eut été pratiquée, en effet, on vit revenir presque aussitôt la mobilité des paupières et des mâchoires, ainsi que la sensibilité dans les extrémités; la douleur de la région spinale diminua aussi considérablement.

(22) Les auteurs s’accordent tous à dire que la douleur de l’épine est constame ment augmentée dans cette maladie par les mouvements. du corps, mais j’ai observé plusieurs cas qui prouveraient le contraire. L'augmentation de la douleut par le mouvement du corps appartient bien plus au rhumatisme aigu des muscles qui recouvrent les vertèbres et des Ügaments qui unissent ces dernières, qu'à la raçhialgite proprement dite.

DU SYSTÈME NERVEUX

tous tombent au fond de leur lit, et s'ils sont forcés de se tenir sur les bras de leur nourrice, ils renversent en arrière leur cou et leur tête. Les muscles de la tête et du cou sont tantôt flasques , tantôt contractés ; d’où il résulte que tantôt la tête est pendante, tantôt elle est inclinée. Souvent les muscles du cou, relàchés d’un côté, sont contractés de l’autre, el alors la tête est penchée sur l’une ou l’autre épaule. Chez un grand nombre de malades, le sternum est tellement élevé qu'il touche au menton, et que l’on n’apercoit plus le cou. La face, à l’exception du bout du nez, devient toute rouge , et exprime les tourments que es enfants endurent. Les yeux sont agités par un mouvement de rotation, ou bien ils sont fixes; mais du reste, ces organes, excepté l'éclat qu’ils offrent ordinairement dans les fièvres, ne présentent rien de morbide. Nous n'avons pas remarqué, dans ces cas, que la pupille soit rétrécie chez les enfants. Plusieurs d’entre eux ont la voix rauque (23), et ils sont tourmentés par une soif inextinguible. Nous avons observé aussi (24) lhydrophobie chez une jeune fille qui fut prise d’une rachialgite de la région dorsale , avec épanchement séro-sanguinolent dans le canal vertébral, et qui se termina par la mort. Cette malade se plaignait aussi d’une saveur désagréabie vers la base de la langue et d’un sentiment de constriction à la gorge. En général, la langue est recouverte d’une couche de mucus blanchâtre. Souvent la respiration est haletante. Chez les nouveau - nés , il nous à été plus d’une fois possible de distinguer les côtes que les muscles du thorax tiraient en dedans de la poitrine, tandis que le sternum était fortement soulevé. Chez quelques-uns, V'inspiration se fait avec des efforts trèsconsidérables; il y a des bâiilements et de la suffocalion (25) : la toux et les cra-

RE

(25) J'ai observé tout récemment ce symptôme chez un enfant âgé de quatorze ans, avec un médecin distingué de Vilna, le docteur Barankiewicz.

(24) En 1812, à la clinique de Vilna.

(25) Il existe une espèce particulière de convulsion des enfants qui commence avec celte difficulté de respirer; elle a été signalée par J, Clark (Commentar. on some of the most import. diseas. of child.

Lond., 1815), et elle semble avoir son

oint de départ dans l’inflammation de A moelle épinière.

chats sont toujours accidentels. Les jeunes enfants poussent continuellement des cris rauques , ou bien se plaignent à voix basse. Les mouvements du cœur et du diaphragme sont pénibles. Chez les enfants comme chez les adultes, les muscles abdominaux sont souvent tellement contractés, que l’on dirait qu'une bande transversale sépare le ventre de la poitrine. Quelques-uns vomissent ; tous sont tourmentés par de la diarrhée ou par une constipation opiniâtre. L’urine , peu abondante, est épaisse, sanguinolente (26) ; souvent elle n’est rendue qu’à la suite d'efforts répétés ; d’autres fois même il y a rétention d'urine. Les adultes accusent quelquefois des fourmillements dans diverses pârties du corps. Les bras et les jambes sont secoués comme par des décharges électriques, et quelquetois les convulsions envahissent toutes les régions du corps. La malade dont nous avons parlé plus haut éprouvait des secousses comme les grenouilles soumises aux expériences galvaniques. Les bras sont agités de

mouvements automatiques, et les malades

les rapprochent souvent de la poitrine et des parties génitales. Chez quelques petits malades, ia main seule présentait ces symptômes qui attestaient la gravité de la maladie. Nous avons vu en effet dans la rachialgite tantôt le pouce dans une adduction forcée, tantôt plusieurs doigts fléchis d’une manière toute particulière, d’autres fois tous les doigts sont fortement écartés les uns des autres (27). Nous avons vu chez les adultes tous les mem bres agités de tremblement (28), Chez d’autres, au contraire, on observe des symptômes de paralysie (29). La peau est partout inondée de sueurs, et se couvre

(26) Hippoerate, De morb. Ed. Lind., 1 11, c. 22, tn, p. 110. Cfr. Rachetti, 1. c., p. 360. Nous n'avons pas observé d'urine de cette espèce.

(27) J'ai vu un exemple remarquable de cette espèce , pendant le mois de mars 1818, chez un enfant âgé d’un an et fils d’un habitant de Vilna. Il y avait de la fièvre, et la tête était penchée. Les parents disaient qu’ils allaient le perdre, parce qu’un autre de leurs enfants était déjà mort de convulsions, après avoir présenté des phénomènes semblables du côté des mains.

(28) Cfr. cap. vis, $ 45, n. 4.

(29) Schacfer in Hufeland Journal, 1815, octobr,, p. 71,

tantôt d’une éruption miliaire , tantôt de sudamina. Enfin, si l'art n’intervient pas de bonne heure, on voit survenir les symptômes d’une hydropisie aiguë du canal vertébral, que nous décrirons plus loin (30).

2. Autopsies cadavériques. — Lorsque l’on sépare la tête de la colonne vertébrale, on voit s’écouler une sérosité sanguinolente et mêlée de pus, qui se trouve accumulée , tantôt entre les vertèbres el les membranes, tantôt entre ces dernières et la moelle, et quelquelois enfin dans ces deux endroits en même temps; de sorte que le canal vertébral paraît en être inondé. On a trouvé en outre le périoste des vertèbres en partie détruit (31), les vertèbres ramollies (32) et quelquefois cariées, les membranes amincies (33), et plus souvent encore épaissies, rouges, recouvertes d’une matière puriforme. Quelquefois elles présentaient des ossifications de la grandeur d’une graine de concombre (34), des points cartilagineux blancs comme de la craie (35). La moelle, dans certains cas, était parsemée de points rouges (36), et ses vaisseaux étaient comme injectés (37) par un anatomiste habile. Son tissu était tantôt ramolli (38), tantôt plus ferme

(39), et comme squirrheux (40) ; d'autres.

fois infiltré d'une lymphe plastique, il était converti en une sorte de gelée tremblante (41); souvent il était gorgé de liquide, en pleine suppuration (42), et dans quelques points on le voyait détruit (43), ou complètement dégénéré

(30) Gap, 1v, $ 19.

(31) Brera, L. c., obs. 1, p. 50.

(32) Dzondi, 1. c., p. 256.

(35) Brera, l. c., obs. 3, p. 5.

(34) Morgagni, Op. c., epist. xxv, art. 9.

(55) Soemmering, Baillie, not. 524.

(36) Ainsi qu’on l'a observé chez une

. malade dont il a été question plus haut.

(37) Harlen, 1. c., p. 73

(38) Brera, |. c.

(39) Je l'ai vu plusieurs fois.

(40) Iarder, 1. c., obs. 58.

(A1) Je l'ai rencontré dans plusieurs ouvertures de cadavres.

(42) Brera, 1. c., obs. 4.

(43) Ferro, Med. arch., 1800, 1801.— Ploucquet. Diss. exempl. singul. morbi

paral, Tub., 1806, = Chambon de Mon-

MALADIES

(44). Les nerfs sciatiques et cruraux étaient, dans quelques cas, frappés d’inflammation (45). Souvent le cerveau était à l’état normal (46); d'autres fois on le trouvait enflammé (47), et presque toujours le cervelet présentait la même lésion.

3. Causes de la rachialgite. — Quant à ce qui est de l’étiologie de la rachialgite, il suffira de se reporter (48) aux causes générales des maladies de la colonne vertébrale, auxquelles nous ajouterons (49) l’ingurgitation dans l’estomac de l’eau à la glace, et pendant que l’on fait un effort pour soulever un fardeau , et de se rappeler les circonstances qui favorisent (50) le développement de la rachialgite. L'histoire de la rachialgite des enfants exigerait que l'on énumérât les causes qui disposent la moelle épinière à s’entlammer chez le fœtus et Les nouveau-nés ; mais comme ces délails sont intimemeni liés à l'histoire pathologique de l’hydrorachis et du spina bihda, nous les avons renvoyés au chapitre suivant(51).

20 oo

taux, Krankengesch., 5 B., n. 84, — Bell, Edimb. new comment., t. 111. — Perrault, Journ. de Med., t. vi, p. 889, — Portal, Cours d’anat. méd., t. 1, 1v.

(44) Gautier de Claubry, IL. c., p. 129.

(45) Dzondi, L. c., p. 258.

(46) Bergamaschi, Op. c., cas. 2, 3,

wi (47) Rachetti, Op. c., p. 572, 580.

(48) Cap. 1, $ 5.

(49) Une femme âgée, qui avait cessé depuis un an d'être menstruée, étant tourmentée pendant la nuit par une soif très-vive, souleva une cruche remplie d’eau glacée pour l’approcher de sa bouche; peu de temps après, elle fut prise de rachialgite, que l’on ne pouvait guère attribuer à l'effort qui avait été nécessaire pour soulever ce poids, car la malade n'avait éprouvé dans le moment aucune douleur. Je croirais plutôt que dans ce cas la colonne vertébrale était le siége d’une pléthore par suite de la cessation des menstrues; que cette pléthore a été augmentée par l'effort du malade, et que le froid, appliqué sur l’œsophage qui est si voisin de la colonne vertébrale, a exercé une action délétère sur la partie corres:

pondante de la moelle épinière,

(50) Cap. IL, S 7, n. ÿ.

DU SYSTÈME NERVEUX

$ IT. Diagnostic.

1. Généralités. — Le diagnostic de la rachialgite renferme les questions suivantes : Quelle différence existe-t-il entre la rachialgie et la rachialgite ? La rachialgite n’est-elle que l’extension d'une inflammation du cerveau à la moelle épinière, ou bien une maladie primitive de cette dernière et des membranes qui la recouvrent? Dans le premier cas, comment peut-on reconnaître la coïncidence des deux affections dont il s’agit; dansle second, comment distinguer la rachialgite de l’encéphalite? Avec quelles au-

tres maladies la rachialgite peut-elle être

confondue ? Quelles sont les diverses formes de la rechialgite? Enfin la rachialgite reconnait-elle, comme les autres inflammations , des différences sous le rapport de sa nature?

- 9. Distinction de la rachialgite d'avec la rachialqie.—Quelle différence existe-t-ilentre la rachialgie et laxachiatgite? Il y a entre ces deux affections la même différence que celle que nous avons établie (52) entre la céphalalgie et l'encéphalite. Après avoir averti que les douleurs étaient plutôt des symptômes de maladie que des maladies par elles-mêmes, et que nous ne leur avions consacré divers chapitres que pour la commodité des praticiens, nous avons avoué dans un autre endroit de cet ouvrage (54) que les maladies qui se présentent sous la forme de douleurs n’étaient souvent que l'effet d’inflammations latentes , et que nous n’en avions parlé tomme de malädies primitives que dans la crainte qu'en admeltant comme réel ce qui est occulle, nous n'ouvrissions la voie aux hypothèses, la douleur étant une chose de fait plulôt que linflammation qui est souvent problématique pour les parties intérieures chez un malade qui n’a pas de fièvre.

Aussi, d’après ces considérations, nous regardons la fièvre et la marche aiguë de Ja maladie comme les signes nalurels et constants de la rachialgite. Et cependant, pour cette raison, nous doutons que la plus grande partie des rachialgies reconnaisse pour cause une in-

(52) P. 17, voler, sect; ne %'et.% (53) L. c., c. 1, $17, 4, p.20.

flammation chronique de nature arthritique, rachitique, scrofuleuse, scorbu tique, syphilitique, etc.

3. La rachialgite est elle un effet de l'encéphalite ? — L’inflammation du cerveau , et surtout du cervelet, peut s'étendre à la moelle épinière et surtout à la région cervicale, et ce fait a été signalé (55), si ce n’est par Hippocrate lui-même dans le chapitre De sphacelismo cerebr, du moins par les auteurs des livres d'Hippocrate. Il se trouve confirmé aussi par les observations de Borsieri (56), de J. P. Frank (57), de Rachetti (38), et enfin par mes propres observations. D'ailleurs la description que nous avons donnée (59) de l’encéphalite montre d’une manière évidente combien la moelle est souvent affectée dans cette maladie. Cependant, d’un autre côté, nous avons vu aussi que la rachiälgite ne peut pas toujours être considérée comme le résultat d’une encéphalite, sans compter la rachialgite traumatique, dont personne ne peut nier le point de départ dans la lésion de la colonne vertébrale, Nous avous rencontré plus d’une fois des sigues bien positifs de l’inflammation de la moelle épinière, soit dans sa région dorsale, soit dans sa région lombaire, sans pouvoir découvrir aucun indice d’encéphalite. Nous n'avons pas pu, il est vrai, vérifier ce diagnostic et le confirmer d’une manière indubitable par l’autopsie cadavérique, puisque les malades ont été guéris; cependant le succès obtenu dans ces cas par le traitement propre à combattre la rachialgie nous paraît suffisant pour constater lie diagnostic.

4. Complication de l'encephalite et de la rachialgite. — On peut reconnaitre la coïncidence de l’encéphalite et de la rachialgite par l'existence simultanée des symptômes de ces deux affections, et surtout par l'existence d’une douleur qui s'étend de l’occiput à la région cervicale, de certaines lésions des paupières (60),

(55) De glandulis. Edit. Linden., cap. x, p. 120. « Alius morbus oritur ex defluxione capitis per venas in spinalem me= dullam. »

(56) Instit. med. pract., vol. 11, €. vi, $ 172, p. 255.

(59) P. n, vol. r, ec. ni, $ 14, p, 216.

(60) Cfr. c.n, $ 7,

de l'aphonie, de l’engourdissement , et des mouvements automatiques des bras.

T1 faut ensuite être en garde pour ne pas attribuer à la propagation de l’inflammation vers la moelle épinière des phénomènes qui doivent être rapportés au passage et à l’accumulation dans le canal vertébral de la sérosité qui a été exhalée dans l’encéphale,

5. Distinction de l'encéphalite d'avec la rachialgite. — En général, nous distinguons l’encéphalite de la rachialgite à ce que, dans la première de ces affections , ce sont principalement les sens et les facultés de Plintelligence qui sont troublés, tandis que, dans la seconde, ce sont Îles mouvements des muscles, et surtout de ceux des extrémités, qui présentent les troubles les plus considérables. Il ne faut pas non plus, quand il s'agit du diagnostic différentiel de ces maladies, négliger les lumières que pourrait fournir l’étiologie.

6. Distinction de la rachialgite d'avec les autres maladies. — Outre qu’on peut la confondre avec l’encéphalite , la rachialgite peut être confondue aussi avec l’inflammation du pharynx, du médiastin postérieur, du diaphragme, des reins, et avec le rhumatisme du dos et des lombes, et surtout avec le psoitis (61). Ces maladies des muscles se distinguent de la rachialgite, en ce que d'une part les mouvements des parties malades sont très-douloureux, tandis que de l’autre ies viscères thoraciques et abdominaux sont affectés fort rarement, qu'on n’observe pas une anxiété aussi grande, et qu’en général la maladie ne présente pas celte apparence de gravité qui est propre à l’inflammation de la moelle épinière.

7. Formes de la rachialgite. — Comme la rachialgite s'accompagne de symptômes très-variés (62), et comme quelquesuns d’entre eux sont plus frappants que la fièvre et la douleur dans la colonne vertébrale, tels sont parexemple, le tremblement, les convulsions, le tétanos, la paralysie, nous avons vu souvent de jeunes médecins, peu exercés, prendre ces symptômes graves pour la maladie primitive, et négliger complétement le véritable foyer de la maladie. Aussi, pour empêcher une semblable erreur, nous établirons plusieurs formes de la rachialgite,

ce RO D PT D D

«T1, C SLIV, S 484, 8° (62) $ 12,

MALADIES

ainsi que nous l’avons fait (63) pour l’encéphalite. Nous la distinguerons donc en rachialgite tremblante , convulsive, tétanique et paralytique. Nous nous abstenons de donner une description particulière pour chacune de ces espèces, car on peut la trouver dans la description générale de la rachialgite, et nous devons d’ailleurs, dans nos chapitres sur le tremblement, l’épilepsie, le tétanos et la paralysie, compléter l'histoire de l’inflammation de la moelle épinière.

8. Nature de la rachialgite. — De même que l’encéphalite (64), la rachialgite présente une nature différente, suivant qu'elle est traumatique, inflammatoire, rhumatismale et gastrique, arthritique et typhoïde ; nous ne parlons pas de ces inflammations chroniques et des causes cachées (65) de larachialgie serofuleuse et syphilitique. Il suffit d'avoir indiqué ces diverses espèces de rachialgie, car Jeur diagnostic différentiel ressort tout natureilement de l’histoire générale des maladies du système nérveux (66), de celle des maladies de Îa moelle épinière (67), etenfin de l’histoire de la rachialgie elle-même (68).

$ IV. Pronostic.

1. Pronostic. — La rachialgite, outre sa terminaison pat l’encéphalite (69), peut encore se terminer par résolution , par une hydropisie aiguë, par suppuration ; elle peut aussi affecter d’autres terminaisons, qui nous paraissent dépendre de changements survenus dans la consistance de la moelle et des membranes qui l'entourent, et dans l’anéantissement du principe vilal qui réside dans cet organe.

2. Resolution. — On peut espérer de voir la rachialgite se terminer par résolution si la maladie ne dépend pas d'une lésion extérieure grave, et st on la combat de honne heure par un traitement convenable. En effet, à l'exception de la rachialgite traumatique , nous considérons les autres espèces de la maladie comme des fièvres rhumatismales, inflammatoi-

(63). P.. 1, Vol. 1, sect. 1, Cap, ni, $ 14; 2

(O0) "PP, 11, Vol. 1, Sectes 1, CaD.1, 94 15-26.

(67) Cap. 1, $ 4.

(68) Cap. nn, $ 7, 6.

(69) F. MW k 3, Se 1, Ce 113, S 170

DU SYSTÈME NERVEUX

es, gastriques, arthritiques et typhoïdes, qui ont sévi avec plus de force sur la noelle épinière que sur tout autre orrane ; circonstance qu'il faut attribuer, joit au génie particulier des maladies rénantes , qui à frappé plus particulièrement sur la moelle épinière par suite le causes qui nous échappent, soit à une prédisposition de la moelle pour ces maladies, soit enfin à deslésions qui ont évidemment agi sur la moelle : dès-lors il devientévidentquela résolution de l’inflammation estautre chose quela crise de la fièvre. La résolution de l’inflammation s’obtient en tout temps sous l’influence d’un traitement convenable, chez les malades

qui sont sains d’ailleurs, pourvu que ce

traitement soit employé lorsque l’inflammalion persiste encore et ayant qu’il ne survienne quelqu’un des signes des terminaisons que nous avons indiquées ; autrement, en effet, la chose est plus difhcile. La fièvre au contraire parcourt toutes ses périodes, et, parvenue à son état, se termine par une crise en harmonie avec son génie particulier, au moyen de la sueur, de l’urine et des hémorrhagies.

3. Hydropisie aiguë. — L'hydropisie aiguë, considérée comme terminaison de la rachialgite, se rapporte au chapitre sui- Vant; considérée au contraire comme un accident qui accompagne la maladie, elle se rapporte au traité lui-même de la rachialpite. Toutes les fois en effet que la rachialgite est de nature rhumatismale, surtout si elle se montre chez les scrofuleux, dont le système lymphatique est déjà d’ailleurs altéré, on doit avoir à redouter une exsudation séreuse, ou sérosopurulente, ou séroso-sanguine dans les parties voisines, lors même que la maladie n’est ni très-avancée ni très-violente.

L'on reconnait une hydropisie qui se manifeste pendant le cours de la rachialgite si la douleur devient obtuse d’aiguë qu'elle était, si les symptômes qui annoncaient d'abord une inflammation trèsvive sont remplacés par des symptômes de stupeur, et si l’on voit apparaitre des phénomènes tout nouveaux qui dénotent upe altération de la colonne vertébrale, au-dessous du siége de l’inflammation. Il est en effet bien démontré pour nous que plus la matière épanchée est fluide, moins elle adhère autour de lu partie enflammée, et plus elle à de tendance à tomber par son propre poids vers la partie inférieure de la colonne vertébrale, ce qui ne peut jamais avoir lieu sans s’accompagner d’une nouvelle série d'accidents.

4. Suppuration. — La rachialgite {raumatique et inflammatoire se termine facilement par la suppuration, surtout si elle attaque la région dorsale ou la région lombaire. Lorsqu'elle commence, les malades semblent être convalescents de la fièvre la plus grave; cependant sous celte apparence de convalescence non-seulement les forces ne reviennent pas, mais elles se perdent encore de plus en plus.

On voit, en effet, dans cette phthisie rachialgique le malade être atteint d'une fièvre lente qui s'accompagne de sueurs abondantes et s’amaigrir de plus en plus chaque jour. Les extrémités inférieures semblent être recouvertes par une peau étrangère, jusqu'à ce qu'enfin la vessie urinaire et les autres parties étant d’abord paralysées, les jambes se paralysent à leur tour, deviennent œdémateuses et tombent en gangrène. Alors le malade, frappé d’eschares au sacrum et sur toutes les parties sur lesquelles il s’est couché, succombe enfin en conservant toute son intelligence jusqu’au dernier moment.

5. Changement de consistance de la moelle et extinction du principe vital.

— Les ouvertures de cadavres (70) apprennent que la moelle épinière, par suite du processus inflammatoire, est tantôt indurée, tantôt ramoilie, d’autres fois en partie détruite, et que très-souvent enfin les membranes qui recouvrent la moelle sont épaissies. Comme ces diverses terminaisons de la rachialgite donnent lieu, tôt ou tard, à des contractures, au tremblement, ou à la paralysie, nous en compléterons l’histoire en faisant celle de ces maladies. Il faut encore ici se faire une question au sujet de la cause probab'e de la mort qui suit la rachialgite, c’est-àdire de l'extinction du principe vital qui a son siége dans la moelle épinière. C’est cette cause que nous soupçonnons donner la mort, surtout aux enfants qui sont “affectés de rachialgite de la région cervicale. À l'ouverture de leurs corps, en effet, on rencontre une inflammation sèche et presque érysipélateuse près de la moelle allongée ; et cependant ils succombent ordinairement avec rapidité et leur mort est précédée d’une grande perte de forces. Bien plus, la moelle épinière peut être privée de son principe vital sans qu’il ait existé une inflammation préalable. C’est ce que démontre (71) évidem-

(71) J.-P. Frank, De colum, verteb, in morb, diguit, opusc. delect,, 10, p. 30,

mentl’observation dequatreindividus qui tombèrent sur le sol du haut d’un arbre très-élevé, et qui furent tout-à-coup frappés d’une paralysie à laquelle ils succombèrent. À l'autopsie de leurs corps, on nerencontra aucune lésion dans la colonne vertébrale. Du reste, il faut bien prendre garde d'attribuer la mort dans la rachialgite, surtout quand elle occupe la région cervicale, à l'extinction dynamique du principe vital, lorsque l’on doit au contraire en rechercher la cause dans une hémorrhagie de la colonne vertébrale. En effet, il n’est pas douteux pour nous que, dans la moelle ainsi que dans le cerveau (72), des hémorrhagies peuvent naïtre sous l'influence d’une inflammation lente, et donner lieu à l’apoplexie de la moelle,

6 V. Traitement.

1. Genéralités. = Nous ne pouvons tracer d’autres règles à suivre, pour le iraitement de la rachialgite, que celles que nous avons données au sujet du traitement des inflammations en général (73), et de celui des douleurs de la colonne vertébrale en particulier (74).

Néanmoins il y a deux remarques à ce sujet, sur lesqueiles nous insisterons avec Rachetti (75).

2. Première remarque. — L'inflammation qui attaque la région cervicale de la moelle produit souvent un tel affaiblissement, que les médecins peu ex-

.bérimentés pourraient peut-êlre s’abstenir des évacuations sanguines, et avoir recours à l'emploi des remèdes connus sous le nom d’excitants. Il faudrait craindre une semblable erreur , si, dans l’inflammation de la région dorsale de la moelle, le pouls devenait petit, irrégulier et intermittent, par suite de phénomènes sympathiques survenus dans le cœur. Cependant, comme ces signes de faiblesse ont leur point de départ dans l'inflammaetion , et comme la résolution de l’inflammation ne peut - être obtenue que par la méthode antiphlogistique énergiquement employée, il devient évident qu'il faut chercher les moyens curalifs dans cette méthode, et non pas dans l'emploi des excitants.

(75) Op. c., p. 990, sq.

MALADIES

3. Deuxième remarque. — Cependant il ne faut pas aller trop loin. Quoiqu'en effet la méthode antiphlogistique soit l'ancre de salut dans la première période de la rachialgite, nous ne pensons pas néanmoins qw’il faille en prolonger iñndistinctement l'emploi jusqu'aux périodes suivantes de cette maladie. À dater du moment où la rachialgite n’est plus une inflammation simple, mais qu’elle se complique d’un épanchement, on ne doit pas, ilest vrai, renoncer aux évacuations sanguines locales, mais il faut avoir recours à la saignée avec les plus grandes précautions. Aussi, dans une période avancée de Ja malidie, surtout lorsque les évacuations sanguines locales ont été faites sans produire de soulagement, et même qu'elles ont été suivies d’affaiblissement, 1l se présente alors une indication, c'est d’exciter les vaisseaux lymphatiques, afin qu'ils puissent exercer leur action absorbante sur le liquide épanché dans la cavité de la colonne vertébrale. Or, l’on remplit très-bien cette indication à l’aide d’un large vésicatoire, que l'on applique sur le siége de la maladie, et que l’on fait suppurer pendant Jong-temps; ou bien à l’aide du calomel; ou bien encore, si la diarrhée s’opposait à l'emploi de ce moyen, à l’aide des frictions faites avec l’onguent napolitain, sur les côtés de la colonne vertébrale ou sur les extrémités inférieures, et enfin au moyen de la décoction de fleurs d’arnica. Mais comme, outre l'indication de favoriser l’absorption du liquide épanché, il en existe encore une autre, c’est-à dire de donner issue au liquide absorbé, il est du devoir du médecin, dans la rachialgite inflammatoire rhumatismale, et dans toutes les autres rachialgites qui ne reconnaissent pas pour point de départ une lésion extérieure, de rechercher par quelle voie la nature tend à opérer cette crise, et de seconder ses efforts.

Aussi, lorsque la fièvre est parvenue à son summum d'intensité, siles signes critiques (76) annoncent que la maladie se terminera par la sueur, il faut avoir recours aux diapnoïques légers, et surtout à l’acétate d’ammoniaque liquide que l’on associe à la décoction de fleurs d’arnica. La crise s’annonce-t-elle par les urines, il faut avoir recours à la décoction de racine d’arrête-bœuf ou de douce-

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(10) PSS No, prolegom., $ 15, p. 87%

DU SYSTÈME NERVEUX

amère. L'hémorrhagie critique ne doit jamais être arrêtée dans la crainte vaine de voir survenir de la faiblesse, Les forces semblent-elles insuffisantes pour accomplir le mouvement crilique, des doses modérées de camphre et de sous-carbonate d’ammoniaque, ainsi que des lavements avec l'huile essentielle de térébenthine (77), devront être considérés alors comme d’excellents moyens (78).

Du reste, dans une affection aussi grave, c'est avec la plus grande peine que les remèdes amèneront ce que n’auront pu produire ni l’âge ni la bonne constitution du malade. Aussi, dans tous les cas, faut-il s'abstenir d’un traitement trop compliqué.

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