Définition. — On donne le nom
d’hydrorachis aiguë à celle qui dépend de la rachialgite ou des fièvres qui ont de l’analogie avec elle, et qui parcourt toutes ses périodes avec rapidité.
2. Ecrivains. — Les auteurs qui ont écrit sur la rachialgie et la rachialgite ont fait aussi mention de l’hydrorachis aiguë.
8. Symptômes. — Nous avons déjà dit (54) dans quels cas on devait s’attendre à voir la rachialgite se terminer -par l’hydrorachis. Les enfants, sans être cependant assoupis et sans que leurs yeux s'éloignent beaucoup de leur état naturel, sont couchés comme des statues; ‘un de leurs bras est crdinairement agité de mouvements automatiques. Ces enfants rejettent avec de grands efforts, par le vomissement, une matière verte porracée; ils éprouvent une constipation très-opiniâtre, rendent -une petite quantité d'urine, ou même n’en rendent pas du tout, et agitent leurs membres inférieurs, ou bien ne peuvent leur faire
pentes ar Pr
(52) 3.-P.-Frank in Delect. op. med., vol. 1, p. 33 (in Medico Badensi Busch).
(53) Hochstaetter, 1. c,, p. 491,
(54) Cap. an, $ 44, 5,
exécuter aucun mouvement, Le pouls est irrégulier, assez développé, mais pas toujours très-fréquent. La respiration est plaintive, haletante dans cerlains moments, surtout lorsque l’on présente des boissons au malade; d’autres fois elle est tellement faible, que l’on ne peut apercevoir les mouvements qui l’accom= pagnent. Dans la plupart des cas, les symptômes de la maladie subissent quelques changements, lorsque le petit malade, retiré de son lit, est porté dans les bras. L'enfant se plaint alors; il pousse des cris, déchire ses vêtements avec ses mains, qu’il tend vers son lit. L’opisthotonos, ou les convulsions, mettent fin à la maladie, après un mois de durée environ. D’autres fois les enfants meurent après avoir poussé un grand cri. On ob= serve quelquefois des phénomènes analogues chez les adultes, chez qui cependant on voit survenir plutôt les symptômes de l’hydrorachis chronique (55).
4. Autopsies cadavériques et causess — Nous ne dirons rien ici des autopsies et des causes, parce que nous en avons déjà parlé dans le chapitre de la rachialgite.
5. Diagnostic. — Il est certainement fort difhicile de déterminer le moment où la maladie cesse d’être du domaine de la rachialgite, pour mériter le nom d’hydrorachis. Cependant nous soupconnons
la présence d’un liquide épanché dans la
colonne vertébrale, lorsque la rachialgie a duré plus de trois jours, lorsque la douleur spinale et la fièvre ont beaucoup diminué, sans qu'aucune crise ou qu’aucun amendement dans les symptômes se soient manifestés, et lorsque la succession désordonnée des symptômes a été remplacée par une tranquillité taciturne. Veut-on chercher à distinguer l’'hydrorachis aiguë de l’hydrocéphale aiguë, il faut alors prendre en considération l’état du cerveau et des sens. Si le jeune malade n’est pas dans un état d’assoupissement , s’il ne présente pas d’amaurose ou d’affaiblissement de la vue, les autres symptômes, qui sont communs tout à la fois à l’hydrocéphale et à l'hydrorachis aiguës, devraient être attribués à un épanchement de sérosité dans le canal vertébral plutôt que dans le cerveau. De plus, lorsque l’on cherche à établir le diagnostic différentiel entre ces maladies, il importe de
bien apprécier la maladie pendant toute sa durée. Du reste, nous n’avons pas oublié de dire (56) que la complication de l'hydrorachis avec l'hydrocéphale n'est pas chose rare , et nous ne doutons pas que la plupart des symptômes qui ont été rapportés à l’hydrocéphale aiguë (tels sont, par exemple, les mouvements convulsifs et automatiques des bras, la constipation opiniâtre, la rétention d’urine, l’hémiplégie, l’opisthotonos, etc.) ne doivent être rapportés à sa complication avec l'hydrorachis.
6. Pronostic. — Nous pouvons rapporter plusieurs exemples (57) de terminaison heureuse de l’hydrocéphale aigué; mais nous ne connaissons aucun cas de terminaison favorable de lhydrorachis aiguë, du moins parmi les enfants. Plus le malade est dans un âge tendre, plus la maladie marche avec rapidité vers une terminaison fâcheuse.
7. T'raitement. — Que dirons-nous donc relativement au traitement? Lorsque les moyens employés contre la rachialgite ont été inutiles, nous opposons à l'hydrorachis l'application d’un vésicatoire sur toute l'étendue de la colonne vertébrale , les frictions faites autour de cette région avec l’onguent mercuriel, l'administration intérieure du calomel, que l’on alterne avec la décoction, soit de fleurs d’arnica, soit de douce-amère,
et dans laquelle on ajoute de l'acétate
d’ammoniaque. Il ne faut pas non plus négliger l'emploi des feuilles de digitale.
$ V. De l'hydrorachis intercur-
rente.
1. Définition. — Nous donnons le nom d’hydrorachis intercurrente à l’accumulation de sérosité dans la colonne vertébrale, par suite de différentes affections chroniques.
2. Remarques. —Pendant le cours d’un grand nombre de maladies, surtout de maladies chroniques, il arrivesouvent que les malades accusent un sentiment pénible et douloureux versdifférentes régions de la colonne vertébrale. Plusieurs malades succombent peu de temps après, ou même très-promptement après l’ap- - ARE EL AT TR OR 8
(56) P. 1, vol. 1, sect. 1, cap. 1v, $ 22, 5, p. 291, et cap. 11, $ 15, 4, 5.
7) P. n, vol, 1, SeGt, 1, Cap. 1v, $ 22, 4 (62), 11 (60).
MALADIES
parition de cette douleur (apoplexie séreuse de la moelle). D'autres éprouvent un affaiblissement extraordinaire, ou bien des troubles variés de la respiration, de la circulation, des viscères abdominaux et pelviens, ou bien du système nerveux. Or, ces phénomènes doivent être souvent attribués à la collection morbide et accidentelle de sérosité dans le canal vertébral, et c’est ce que nous ont prouvé d'une manière indubitableles ouvertures des cadavres. On doit reconnaître comme ayant la plus grande tendance à se compliquer d’hydrorachis intercurrente les maladies qui: s'accompagnent de l’œûdème des extrémités inférieures et de la partie postérieure du tronc. Telles sont les diverses hydropisies, les squirrhes, les différentes espèces de phthisie, l’ictère, le scorbut, la dysenterie. Aussi engageons-nous les médecins à ne point passer légèrement sur la douleur qui se montre du côté de la colonne vertébrale, surtout si elle occupe la région du cou, mais au contraire à rechercher avec soin si les parties qui en recoivent leurs nerfs sont ou ne sont pas le siége de quelques phénomènes morbides. Mais si des accidents de celte dernière espèce existaient (et alors il deviendrait évident que la maladie part de la moelle épinière, et ne dépend nullement du décubitus trop prolongé ou d’une autre cause extérieure), il faudrait avertir immédiatement les parents quele malade esi dans le plus grand danger, et qu’il peut lui arriver d'un moment à l’autre des accidents fort graves. Un tel avertissement est utile non-seulementau bien des familles, mais encore à la réputation du médecin, en même temps qu’il devient la source de nouvelles indications ; et si l’on remplit convenabiement ces dernières, suivant les préceptes qui ont été donnés au sujet du traitement de l’hydrorachis chronique, l’on pourra parvenir à retarder le terme fatal.
CHAP.XXXI.—DES MALADIES DE CHAQUE NERF EN PARTICULIER. DE LA NÉVRALGIR ET DE MAS = L4 # LA NÉVRITE EN GÉNÉRAL.
$ Ier. Connaissance du sujet.
Bibliographie.
1. Connaîssance du sujet. — Chaque ner est soumis aux mêmes affections que le cerveau et la moelle épinière. La même analogie règne aussi entre les enveloppes des nerfs et les méninges; mais comme
DU SYSTÈME NERVEUX
les nerfs sont répandus dans tout le corps, la descriplion des maladies auxqueiles chacun d’eux est soumis devrait s’étendre à l'infini, si l’on n’assignait pas des limites particulières à cette partie de la pathologie. Voici du reste comment nous Jimitons nous-même ce sujet : d’après cette considération, que tantôt les rerfs se réunissent soit pour contribuer à la structure des viscères, soit pour constituer les ganglions et les plexus, et que tantôt au contraire ils se répandent et s'isolent dans d’autres parties, nous avons établi aussi trois genres de maladies des nerfs : t° les maladies des nerfs des viscères; 2° les maladies des nerfs des ganglions et des plexus ; 3° les maladies des nerfs qui sont isolés. Les maladies des nerfs qui entrent dans la texture intime des viscères, ainsi que nous l’avons dit (58), sont décrites dans les chapitres où il est question des maladies des viscères en particulier; telles sont les maladies des nerfs olfactifs, optiques, acoustiques, dont il est question dans les chapitres où l'on traite des maladies des fosses nasales, des yeux, desoreilles, etc.
Comme les ganglions et les plexus nerveux président aux fonctions des viscères de la poitrine, de l’abdomen et du bassin, il est évident que les maladies de ces organes ne peuvent être exposées nulle partavecplus d'avantages que dans le chapitre où l’on traite des lésions de ces fonctions; tels sont, par exemple, les passages où l'on s'occupe de l’aphonte, de l'asthme, de la toux convulsive, de l’angine de poitrine, de la dyphagie, des désordres de la digestion, de la chylificalion. 1 nous reste donc à nous occuper des maladies des nerfs qui se distribuent à la face et aux membres, et c’est sur cette partie du sujet qui nous occupe que nous allons essayer de jeter quelque jour, mais ce ne sera pas sans être bien limité dans ce sujet. En effet, dans l’état actuel de la science, cette partie de la pathologie qui s'occupe des maladies de chaque nerf en particulier est tellement pauvre, que si l’on en exceple les maladies des nerfs de la face et des extrémités, et surlout des extrémités inférieures, il existe un si petit nombre de faits relatifs aux maladies spéciales des nerfs intercostaux (9), des nerfs vagues, etc.
(58) Ps, VOl..i, sect. 1, Ce 158 4), 3 (76). FEMEN (59) Lisez, au sujet d'une maladie des
(et nous faisons ici abstraction de toute hypothèse à ce sujet), que Von pourrait à peine en remplir deux pages.
2. Bibliographie. — Un pareil aveu semble toul-à-fait en opposition avec le nombre des auteurs qui ont écrit sur les affections nerveuses (60). Muis il existe une grande différence entre la description des maladies du système nerveux général , et la description des maladies des nerfs en particulier. Dans le premier cas, en effet, nous possédons une série de faits assez nombreuse sur les maladies, sinon de la moelle épinière, au moins du cerveau, et en y ajoutant les diverses hypothèses qu'on à émises sur le fluide nerveux, l'électricité, le galvanisme , le magnétisme animal, et la sensibilité augmentée, pervertie ou diminuée, on possède sur ces maladies une doctrine qui paraît complète au premier abord. Mais quant à ce qui est des maladies des nerfs en particulier, il en est bien autrement, car l’étude de ces maladies exige des recherches laborieuses sur plusieurs miliiers de cadavres. Il faut, pour qu’un médecin puisse se livrer à cette étude, qu'il exerce dans un grand hôpital et dans une grande ville, et qu’il s'associe un anatomiste qui connaisse parfaitement bien la névrologie. Ce dernier devrait, d’après l'avis du médecin, examiner les cadavres des individus morts de maladies nerveuses, et non pas seulement, comme on lefait, se borner à l'examen des diverses cavités, mais disséquer attentivement les nerfs, les artères, les veines, les vaisseaux et les ganglions lymphatiques, et les suivre les uns après les autres dans tout leur trajet et dans toutes leurs ramifications. Du reste, les médecins qui voudraient se livrer à cetle étude devraient prendre pour modèles Cotunni, Sœmmering , Isenblamm, Reil, Autenrhiet, Dzondi, Nasse, Alexander (61), dont les travaux ont certainement été utiles dans un sujet aussi hérissé de difhicultés. C’est du reste Ja connaissance des lésions qui peuvent affecter les nerfs de la face et des extrémités qui à fait admettre par analogie des lésions analogues dans les nerfs qui
branches du nerf intercostal : Nouv.
journ. de méd. chir. pharm., etc., t. nr.
Paris, 1818, nov., p. 247. Obs. de neuralgies thoraciques, p. Nicod.
(60) P. n, vol. 1, sect. 1, Cap. 1, S 1, 2.
(61) Ouv. cités et à citer.
sont plus profondément cachés. Mais il faut marcher avec précaution dans cette voie de l’analogie, de peur que le raïsonnement ne vienne à devancer lexpérience.
$ IT. Des maladies qui dépendent des altérations des nerfs spéciaux.
1. Généralités. — On a dit (62) que les nerfs étaient affectés dans toutes les maladies du corps humain, et que le nom de maladies nerveuses, employé pour désigner une classe particulière de maladies , ne convenait nullement. Maïs on pourrait en dire autant des maladies des artères, des veines et des vaisseaux lymphatiques, quoique cependant ces divers organes aient leurs maladies particulières. Aussi, comme Reil (63) l'avait déjà fort bien remarqué, par le nom de maladie nerveuse, ilnefaut pas entendre une maladie dans laquelle les nerfs souffrent comme les autres organes, mais une maladie qui à son point de départ dans une affection des nerfs, ou du moins une maladie dans laquelle les nerfs ont subi altération la plus profonde.
2. Fièvres intermittentes. — Les fièvres intermittentes paraissent appartenir à ce genre de maladies; c'est ce que d’autres avaient pensé (64), ce que nousmême avions supposé déjà (65), et ce dont nous sommes de plus én plus convaincu chaque jour. Suivant les circonstances , en effet, les fièvres de cette espèce affectent le cerveau (66), la moelle épinière (67), et les nerfs en particulier.
Bien plus, si l’on tient compte des sym-
ptômes gastriques qui accompagnent ordinairement les fièvres intermittentes, on sera forcé d’avouer que les plexus des nerfs abdominaux (68) sont principale-