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CHAPITRE IX, —— DES SONGES EFFRAYANTS

$ L. Definition. Dibliographie.

1. Definition. — Les songes effrayants sont les images pénibles qui se présentent dufant le sommeil , accompagnées d’angoisses, et qui produisent, en général, des résultats fâcheux sur la santé.

2. Bibliographie. — Ce sujet curieux a été traité par Hippocrate (1) et ses interprètes (2), par Galien (3), Pline (4), Ferrein (5), Duchesne (6), Arnaud de Villeneuve (7), Horst (8), Scharff (9),

(6) Schreck-Steine.

(7) V. chap. de l’épilepsie et des convulsions. Lisez aussi l'exemple terrible d’un enfant effrayé par la solitude dans Oesterreichischen Beobachter, 1816.

(8) Ouv. cité.

(1) Liber de insomniis.

(2) Brentius, Comment. in Hippocr.

de iñsomn. Venet., 1497. — Scaliger, Comment. in Hippocr. de insomn. Amstelod., 1659, —- Zwinger, Tabulæ in Hippocr. de insomn. V . Comment, xxu. Hippocr. Basil., 1579.

(3) De dignotione ex insomniis. Opp., t. 1Ve

(4) Lib. 1, epist. 18.

(5) De insomniis liber. Lugd., 1549.

(6) Diæteticon polyhistor, p. 299.

(7) Expositiones visionum, quæ fiunt in somniis. v. Opp.

(8) Diss. de somno et somniis. Witeb.,

(9) Diss. de somno et somniis. Viteb.,

#4 Wedel(10), Lischwitz (11), Janltsch (12), Hegner (13), Uden (14), Schulze (16), Darwin (16), Schmidt (17), Davidson(18), Carmichael (19), Tittmann (20), Carus (21), Winkelmann (22), Sprengel (23), Nasse (24), Schubert (25), et beaucoup d'autres (26). |

(10) Diss. de somniis. Jen., 1690. Sub nom. Rommellii.

(11) De vitiis circa somnum et vigilias. Lips., 1720. Præsid. Ettmüller.

(12) Diss. de somniis medicis. Argent.,

(15) De divinatione ex insomniis. Bamil... 1798.

(14) De insomniis. Helmstadt., 1742.

(15) Diss. de somniis. Hal., 1759.

(16) Zoonomia or laws of organic life.

Lond., 1796.

(17) Physiologische Fragmente dans Hufeland’s Journ. d. pr. Heilk., 14 B., 4 St D: 59:

(18) Ueber den Schlaf. Berlin, 1796.

(19) An essay on dreaming ; including conjectures on the proximate cause of sleep. Transactions of the college of physicians in Ireland, Vol. 117, p. 48.

(20) Diss. de somniis. Lips., 1799.

Recusa in Brera syllog. opuscul., t. vr, p. 98.

(21) Physiologie, 2 B., p. 212. Ueber den Zustand des Træumens.

(22) Archiv für Gemüths-und Nervenkrankheiten, p. 43.

(25) Institut. med., t, n, p. 284, sect.

2, de somniis.

(24) Untersuch. üb. d. Kunst auf Træu-

me andrer Einfluss zu haben. V. Reils u.

Hoffbauers Beytræge z. Befærderung einer Kurmethode auf psychischermn Wege.

Halle, 1812, 2 B., p. 519.

(25) Die Symbolik des Traumes. Bamb., 41814.

(26) Ceux qui veulent lire des détails sur les songes trouveront à cet égard des choses intéressantes dans Tertullien, De an., C. 46. — Aurel. Vict., De viris illustr., C. 26. — Ael. Spartian., In Hadrian., ©. 25, — Plutarch., In vitis passim. — Dionys. Halicarnass., lib. vis, c. 45. — Tacit., An., ce. 4. — Flor., lib. 1v, c. 7.

— Casp. a Reies, In camp. Elysio quæst.

jucund., v. 456. — Synes., De insomn., p- 156. — Niceph. in Schol. ad Synes.

— Aristid., Orat. serm. sacr., t, 1 — Barlet, lib. x, De gestis Scanderberg., c.

82. — Artemidor. Daldiani, Oneirocritica., lib. v. Ed. Nic. Rigalt. P. 1603. — Mauchart, Phænomene der menschlichen Seele. — Ejusd. Allgemeinés Repertorium für empirische Psychologie.—

MALADIES

$ II. Symptômes. Causes. Diagnostic.

1. Symptômes. — Il serait trop long de récapituler toutes les idées pénibles qui peuvent se présenter dans les songes effrayants. Le plus souvent ces songes roulent sur des incendies, une chute d’un lieu élevé, une mort violente (1), l'apparition des morts, ou de vivants comme s'ils étaient morts, etc.; les gestes du malade (2), la fréquence de son pouls, les soupirs, les gémissements qui lui échappent, les souvenirs qu'il conserve de son sommeil, témoignent amplement de la gravité du mal. Le même témoignage résulte de la sensation de fatigue, d'inertie, de tristesse , qui persiste après le réveil.

2. Causes. — Les causes des songes effrayants et des frayeurs nocturnes sont les mêmes. Pline a déjà rangé de ce nombre un degré léger d'ivresse (3). On doit y ajouter les aliments flatulents comme les fèves(4), et principalement tous les obstacles à la circulation, tels que les engorgements des viscères, les mauvaises positions en dormant, etc. Les femmes y sont plus disposées que les hommes.

3. Diagnostic. — Puisque les songes effrayants troublent le sommeil , état si nécessaire à l'intégrité des fonctions, et puisqu'ils attaquent la santé, on doit les ranger au nombre des maladies. Il n’en est pas de même des songes doux et agréables qui rafraïchissent plutôt le corps et ne sont pas sans avantage (5).

Dans tous les cas, ii faut faire grande attention anx songes. Hippocrate (6) a déjà

Moritz und Pockels, Magazin für Erfahrungsseelenkunde,

(1) Un cas remarquable de songe ef:

frayant est rapporté par H. de Heer (lib. 1, obs.2, p. 41, edit. secund, Lips., 1645).

(2) Le malade de Henri Heer était attaché tous les soirs par un grand nombre de tours de cordes ou de bandes. I} le savait, il le voulait, il priait même qu'on le fit, et néanmoins il les rompait quelquefois.

(3) Liv. xiv, ce. 22.

(4) Diogene Laërce, Vie de Pythagore, Div.ix, p. 222.— Hipp., lib. 11, du régime , C. 13.

(5) Nasse, L c., p. 527.

(6) « Quiconque, dit-il, veut connaître les signes qu’on peut tirer des songes, trouve d’abord qu’ils ont des rapports avec beaucoup de choses de la veille » (1.

DU SYSTÈME NERVEUX

montré que leur interprétation fait partie de la séméiotique. En effet, la nature du songe permet souvent de conjecturer par quelle espèce de cause il est produit, Sprengel (7) entre autres à traité savamment cette matière. En outre, quoique l'imagination exerce, surtout pendant le sommeil, un empire tyrannique, et qu’on doive regarder les songes comme des chimères (8); il arrive quelquefois néanmoins dans les songes des choses propres à faire supposer que le sommeil, en interrompant plus ou moins l’action des sens extérieurs, donne, au contraire, plus de force au sens universel interne (la cœnesthesie) et à son attribut, l'instinct, et que par là elle peut quelquefois nous révéler les changements qui se passent dans le corps, ou qui sont sur le point de s’y manifester (9), ainsi que les appétits qu’on pourrait appeler médicaux. C’est à cela que paraissent devoir se réduire les prévisions (10) et les suggestions (11) qui se présentent

c., trad. de Gardeil). V. J.-Fr. Zückert, De insomniis ut signo in medicina observationes nonnullæ , cum subjunctis de onirocritica medica meditationibus. Nova acta acad. nat. curios., t. 111, p. 506.— Sprengel, Handbuch der Semiotik, $ 689.

(7) Institut., 1. e., $ 389.

(8) Gicero, Lib. academ. quæst. Anschuldigung eines am Ehegatten begangenen Dingmordes auf dem Traume eines epileptischen Nachtwandlers beruhend.—— Henke, Zeitschrift für Staatsarzneyk, B. 16, Heft 1, p. 359.

(9) Mon vénérable ami Fr. Niszkowski, autrefois professeur de chirurgie à l’université de Vilna, la nuit avant sa mort, qui fut produite par une rupture du cœur, rêva qu’on lui perçait le cœur avec un couteau.

(10) Lisez Poter, Opp. Frf., 1666, liv.

v, obs. 87, p. 600. De somnio futuri nephritici, — G. Hoyer, De somniis futura præsagientibus. Act, acad. nat, curios., vol. 1v, p. 148. — Bautzmann, Hystericæ passionis admirandum exemplum in virgine omnem morbi vicissitudinem ipsamque medendi rationem variis somniorum prædictionibus edocens. Miscell. acad, pat. cur., dec, 1, a. 4, 4694, append., P. 55. V, Alberti, Semiologia, sect, x, ubi varia Hippocratis testimonia (lib. de insomnio, $ 3, text 1—9), et Galeni, Suffragia (com.5, in lib. 1, epid. Hippocratis) collegit. Andreas Ridigerus, Physica divina, lib. 1, c. vi, sect. 5, $ 89.

(11) Janitsçh, 1 ç. — Büchner, Mis-

dans les songes (12). Nous sommes en

effet loin d'ajouter foi aux absurdités débitées jadis sur ce point.

$ III. Pronostic: Traitement.

1. Pronostic. — Lorsque les songes nous présentent des actions journalières de la manière dont elles se passent en effet, is sont favorables et dénotent la santé (1). Au contraire , ceux qui roulent sur des objets insolites annoncent des maladies imminentes. A l’approche d’une hémorrhagie critique, les songes roulent, dit-on, sur des objets rouges, sur des flammes (2).Mais les songes effrayants peuvent occasionner des accidents gra ves soit par eux-mêmes , soit en frappant l'imagination (3). C’est ce que démontrent et les annales de la médecine (4), et notre expérience (5), et celle des au-

cellanea, 1730. — Rumbaum dans Breslauisch. Samml. vom Jahr 14718. — Berck et Baumgærtner dans Museum d. Wundervollen, 2 B., 5 St., p. 428.

(42) 3. Lanzoni, De præsagio (la mort d’un frère) ex somnio. Miscell. acad.

nat. cur., dec. u1, a. 1694, p. 48. — E.

Kœnig, In somnium apri, ex rasuræ dentis apri præscriptione. Miscell. acad.

nat. curios., dec. 1, a. 3, p. 202. — Meirich a rassemblé les préjugés sur les songes dans Disp. de insomniis. Lips.. 1667.

v. Hegner et Uden, 1. c.— Ici se présente la question : Une femme peut-elle concevoir en songe par le fait de l’imagination? Alphonse Caranza l’a résolu affirmativement (De part. nativ. et lig., c.

xx, qu. 70), et il s’est exposé par là à une dérision méritée. — P.-M. Garn (Disp. an ea, quæ hominib. in somno et somnio accidant, iisdem possint imputari? Vitemb., 1727).

(1) Hippocrate, L. c., & 3.

(2) Lischwitz, 1. e., $ 35.

(3) G. Hannaeus , insomnium mortem accelerans, dec. 11, an. 10, 1691, p. 240.

(4) 3.-3. Waldschmidt, De ingenti ca tharsi ex insomnio. Miscell, acad. nat, curios., dec.1,a. 5, 4672, p. 423. — Py, Observation d’une hydropisie ascite toutà-coup survenue à un rêve effrayant et sans maladie préexistante, annales de la société de médecine pratique de Montpellier, t. 1x, p. 132. — Paullini, Mors ex insomnio. Miscell. acad. nat. cur., dec.

11, a. 9, 1690, p, 356. — J. Lanzoni, De somnio mortem prædicente. Ibid., dec.

ut, a. 2, 1694, p. 44. — G. Seger, De somnio exitioso. Ibid., dec. 1, a. 3, 4672, p. 154.

(5) Les juifs Lithuaniens, d'après l’an-

tres (6). On rencontre aussi dans les au-

cienne coutume de leur nation, comme on le voit dans les cas d'Abimelech, de Joseph (Genes., xxx VII, XL), attachrentune grande importance à l'interprétation des ‘songes, et lorsqu'ils en tirent des présages défavorables, la terreur les jette quelquefois dans de graves maladies. — Un capitaine russe me présenta le 48 mai 4815 un exemple très-remarquable des effets pernicieux des songes effrayants. Le

ère de cet officier avait été pris d’épiepsie à l’âge de cinquante ans, par suite

d’aspersions d’eau froide faites tout-à-

coup et à son insu. Les attaques revenaient depuis lors toutes les trois semaines, et enfin, au bout de 47 ans, il mourut dans une d'elles. Le fils dont nous parlons avait alors dix ans. Il vécut en bonne santé jusqu’à sa dix-huitième année. Mais vers la fin de cette année, il Jui sembla une nuit dans un songe que son père, encore vivant, lui tombait -sur la. poitrine dans une attaque d’épilepsie. Il se réveilla aussitôt, et néanmoins la même image persista long-temps devant ses yeux. Peu de jours après, il tomba lui-même dans un état d’épilepsie, dont les attaques revenaient tous les mois pendant le jour, et qui persistait encore dans sa vingt-quatrième année. Ce ma- Jade doit son état à la terreur produite par ua songe. Maïs ce songe n'’était-il pas -peut-être le résultat d’une épilepsie nocturne? ou n'était-ce pas une espèce de Cauchemar précurseur de l’épilepsie ?

Néanmoins il n’éprouva jamais depuis d'attaque nocturne, et le réveil subit n'appartient pas ordinairement au cauchermar.

(6) Niszkowski m'a raconté l’histoire d’un songe qui frappa l’imagination et qui fut confirmé par l'événement, comme un exemple de ce que peut le hasard.

Une noble Lithuanienne, âgée de vingt ans, d'une constitution scrofuleuse, se réveilla dans une des premières nuits de .son mariage avec un cri terrible, et toute tremblante, raconta à son mari le songe qu'elle venait d’avoir. II me semblait, dit-elle, que j'étais entrée dans une église, et qu’étant descendue dans les caveaux, jy vis de loin une femme assise dans une tombe ouverte et allaitant deux en- -fants. Comme son aspect me remplissait .de terreur, elle me dit : « Ne t’effraie pas, car je suis ton image. » Le mari fit tout pour détruire l'impression grave laissée par ce songe cruel , mais en vain. L’épouse tomba dans la mélancolie, surtout lorsqu'après quelques jours les signes de la -grôssesse se montrèrent, et peu après, elle

MALADIES

teurs des observations de songes salutaires (7).

2. Traitement. — Ceux qui sont sujets aux songes effrayants doivent s’efforcer, en entrant dans leurs lits, de déposer en même temps que leurs habits tout souci grave, toute pensée triste. De plus, s’il existe de la pléthore, ou vne affection abdominale, ou une trop grande sensibilité nerveuse, il faut agir comme nous avons indiqué au chapitre de l’agrypnie et comme nous dirons dans celui de l’incube, Pouvons-nous chez les sujets tourmentés par des songes pénibles, exercer , au moyen de la musique, des odeurs agréables, des frictions, etc., un empire tel que les images noires soient remplacées par des images agréables, ou, en d’autres termes, le pouvoir nous estil donné de produire et de modifier les songes à volonté ? C’est une question (8) que nous n’osons pas résoudre.

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