T'ylosis.— Le tylosis ou difformité
des cartilages tarses est un effet de lak blépharite catarrhale et de l’orgeolet,.
surtout chez les scrofuleux, quand lai maladie à été négligée ou traitée par les!
préparations saturnines. 11 offre tantôt!
de petites tumeurs dures, séparées (qu’il ne faut pas confondre avec le chalazion), ; sur les cartilages tarses; tantôt la tumé-:
faction des cartilages tarses eux-mêmes. | Cette dernière variété de la maladie se!
guérit beaucoup plus facilement que la:
première (quand il y a diathèse scrofu-.
leuse incurable), et cela à l’aide de la pom-! made ophthalmiquerouge, faible d’abord, | ensuite plus forte, et, enfin, de l’onguent| citrin (46). On ne doit pas seulement ap-.
| (45) L’œil de lièvre est une maladie!
qui, quoi qu’en dise Richter, rend encore) inutiles les secours de l’art, V. Beer, 14!
(46) R. mercure purifié, une once: esprit de nitre fumant, deux drachmes;| faites digérer ensemble sur un bain de! sable jusqu’à disparition du mereure , et} mêlez ensuite la solution chaude avec| trois oncçes de beurre frais, |
pliquer ces onguents sur les cartilages tarses avec un pinceau, mais il faut en faire avec soin des frictions une ou deux fois par jour. Les petites tumeurs dures siégeant sur les tarses doivent être ramollies par des fomentations de ciguë maculée et de saponaire camphrée, jusqu’à ce qu’elles rougissent. Au reste, il faut craindre l'effet des irritations, si la maladie est déjà invétérée, et s’il y a lieu de soupconner un vice carcinomateux.
En général on doit se méfier des styptiques et même de la pommade de Janin.
9. Entropion. — L’entropion (47) ou introversion des paupières, ou du moins des cartilages tarses , se développe ordinairement sur l’une et l’autre paupière, mais principalementsur l’inférieure(48).
Alors, les cils étant renversés en dedans, le malade se plaint de sentir un corps étranger fixé dans les yeux : les larmes coulent abondamment sur les joues, et, en relevant les paupières, on voit les cils
humides adhérents au globe de l'œil.
Surviennent ensuite la photophobie, la rougeur de la sclérotique avec danger de pannus , l’obscurcissement de la cornée empêchant d’apercevoir la pupille. Chez les.individus sains d’ailleurs, l’entropion se guérit sans difficulté par la méthode de traitement que nous avons recommandée contre la chute de la paupière supérieure (49), ou par celle que nous indiquerons bientôt contre le trichiasis. L’excision du cartilage tarse parait à peine convenable (50). Si le cartilage tarse était altéré, il vaudrait mieux pratiquer celle des bulbes des cils (51).
(47) Crampton, Essay on the entropion or inversion of the Eyelids. Lond., 1805.
— Bayer, Ub. crichiasis und Entropium, nebst Beschreib. e verbesserten Augenliederzange, 1816.
(48) Demours, ouv. cité, tab. xvur, Gg. 1.
(50) Saunders, À treatise of some practical points relating the diseases of the eye. — Schreger, Chirurg. Versuche.
Nurnb., 1818.
(51) C’est D. Jaeger, disciple distingué de Beer, qui a imaginé et heureusement pratiqué cette opération. Je l'ai vu exécuter avec habileté par M. Rozas, autrefois médecin en second de l'hôpital clinique de Vienne. Au rapport de Cl. Pelican, professeur de chirurgie, cette opération à été depuis long-temps introduite
DES YEUX, DES OREILLES ET DES NARINES
19. T'richiasis. — Le lrichiasis, ou introversion des cils, est causé par une disposilion qui est propre à ceux ci, c’està-dire sans qu’il y ait chute de la paupière supérieure ou entropion. Cet accident survient ordinairement à la suite de la blépharite catarrhale négligée , chez les scrofuleux , après la blépharite varioleuse et dartreuse, et en général par l’ulcération qui détruit le bord interne des carlilages tarses : ulcérution provenant elle-même de la réunion des cils en faisceaux par du mucus, et de la chassie qui les tient collés, ainsi que du décubitus prolongé sur les yeux, chez les enfants, et du vice qui produit la plique.
Comme le trichiasis est souvent partiel
et atteint seulement l'angle externe des yeux, il faut avoir grande attention de ne point le méconnaitre. Le trichiasis peut se guérir par les moyens de l’art, pourvu qu’il n'y ait pas en même temps difformité des cartilages tarses : longtemps négligé il donne lieu au pannus (*). On vante, pour guérir le trichiasis , une espèce de pince (52) au moyen de laquelle les cils, assujettis près de leur base, sont arrachés directement. Mais on obtient rarement, par là, sinon jamais, une cure radicale (53). Pour en venir là, on conseille l’excision d’un plide la peau, comme on la pratique dans la chute de Ja paupière supérieure. Mais, ici encore, on peut facilement exciser quelque chose de trop, ou bien la membrane externe de la paupière se détruira dans une trop grande étendue, d’où lagophthalmie inévitable. Ainsi nous préférons de beaucoup la méthode (54) qui consiste, le malade élant couché sur le dos, les yeux fermés, à promener sur la paupière, suivant l2 direction des cartilages tarses (deux lignes au-dessus, s’il s’agit de la paupière supérieure, et tout-à-fait audessous s’il s’agit de l’inférieure), un pinceau incombustible imbibé d’acide sulfurique concentré ; on arrose sur -lechamp la partie avec quelques gouttes d’eau tiède que l’on exprime d’une éponge, Nous avons vu réussir plus d’une fois
à Pétersbourg par l’habile oculiste Rainer.
()-Chi:1v 18 19, n.:0.
(b2) Beer, ouv. c., 1 B., fig. 4.
(53) Kohler, Vers: e, Heilart d. Trichiasis. Leipz., 1796.
(54) Helling, Journ. d'Hufeland, 1815, avril, p. 98, 112.
ce moyen de traitement, surlout pour la paupière supérieure. En effet, la partie soumise à l’action du médicament se couvre aussitôt de vésicules blanches qui donnent lieu à la formation d’une eschare, par la chute de iaquelle la membrane externe de la paupière s'étant un peu raccourcie, les cils ne tardent pas à se porter en dehors. Il faut, dans quelques cas, répéter deux ou trois fois cette opération pour obtenir une guérison parfaite. Lorsque la maladie n'existe qu’à un léger degré, on peut, après avoir renversé la paupière en dehors avec la main, l’assujettir par le moyen d’un emplâtre agglutinatif (55).
11. Distichiasis. — Le distichiasis où double rang de cils, maladie commune en Lithuanie, est à tort révoquée en doute à cause de cela (56). Le rang de cils sarnuméraire diffère de l’autre en ce que les cils, ou plutôt les pseudo-cils, sont ordinairement blancs ct plus fins, et qu'ils sont semés çà et là (57) sur une base marquée de très-petitesexcroissances (58), cas dans lequel on ne peut les découvrir qu'en €xaminaut l'œil avec beaucoup d’attenticn. Le distichiasis se monutre principalement chez les individus à cheveux bruns, et surtout chez les juifs.
Dans quelques cas, le malade ne se plaint que d’avoir les yeux sujets à se fatiguer promptement (59). Un homme très-expérimenté rejette comme un moyen dan-
(55) Demours , I. c., t. 1, p. 106. « Je tire la paupière, en la renversant le plus possible en dehors, et dans cette position je place verticalement, en commençant près de [a naissance des cils, deux bandelettes, et quelquefois trois, de talfetas agglutinatif, vulgairement appelé taffetas d'Angleterre , de la longueur chacune d'un pouce et demi, et large d’un demipouce. Le succès tient à ce qu’on fasse usage de taffetas bien préparé, qu’on ait la patience de ne lâcher la paupière que lorsqu'il est see, c’est-à-dire après quatre ou cinq minutes, et qu'on ne l’ait ni trop ni trop peu mouillé avant de l’appliquer. »
(56) Demours l’a observé plus de vingt fois, 1. c., p. 110. Il en existe une représentation fidèle dans la pl. xx, fig. 4, du même ouv.
(57). «..... Les cils sont semés çà et là le long de Ia marge de la paupière, » Demours, |. c. V.1ab. Lxiv, fig. 4,
(58) Demours, L. c.
(59) Demours, L. c., p. 11.
MALADIES
gereux la Cautérisation des orifices ca pillaires à l’aide d’une aiguille rougie à
blanc, ou les applications caustiques, et
il recommande l’arrachement répété des pseudo-cils à mesure qu’ils se montrent,
comme le seul secours connu jusqu’à présent (60). |
12. Ancyloblepharon et symblepha- | ron. — L'ancyloblepharon ou union con- |
tre nature des paupières entre elles, et
le symblepharon ou adhérence des paupières avec le globe de l'œil, se reconnaissent par l’autopsie. L’ancyloblepha:
ron est dit parfait, quand les paupières sont réunies dans toute leur étendue , et
tnparfait dans le cas contraire. La même |
distinction a licu relativement au sym-
blejharon. La cause de ces altérations”
A , A Q ” \ parait devoir être attribuée à une exsudation de Iÿmphe plastique donnant lieu
à la formation d’une fausse membrane , |
exsudation qui est ordinairement le ré-"
sullat d’une ophthalmie traumatique, et surtout de celle qui est produite par des substances agissant chimiquemeut suc l'œil (61) (comme l’eau bouillante, les acides minéraux, la chaux vive). La question de savoir s’il faut où non séparer les parties adhérentes avec l'instrument tranchant, dépend de l'état des yeux. Eu effet, s'il devenait évident, par l'histoire antérieure de la maladie, qu’il n'y à pas licu d'espérer le rétablissement de la vue, toute tentative de séparation serait inutile. Îl importe donc beaucoup
de savoir, dans l'ancyloblepharon, s’il n’y.
a pas en même temps symblepharon. Or,
celtecomplication parait ne point exister,
toutes les fois que l'on peut, avec les’
doigts, faire former des plis à la paupière supérieure, ct que le malade, sur l’invilalion du médecin, parvient facilement à mouvoir son œil en tous sens. On peut aussi introduire sous les paupières, par l'angle interne de l’œil, une sonde ex-
pioratrice qui, si la complication indi- | quée n’exisle pas, glisscra sans difficulté. |
Lorsqu'il y a symblepharon, il s’agit de
déterminer si c'est avec lacornée ou avec |
la sclérotique que l’adhérence a lieu :
dans le premier cas, le malade peut à
peine, et même pas du tout, percevoir.
la lumière; dans le second, il voit assez
bien. Enfin, on s’assure aussi, par le ton cher, du bon ou du mauvais état de l’œilt
LS
(60) Beer, I. c., 2 B., p. 120, De même.
que Demours, I, c.
(61) Demours, 1, ç., p3 113.
DES YEUX, DES OREILLES ET DES NARINES
caché sous les paupières Si le globe de l'œil était affecté de quelque vice ou ditformité, l'opération ne servirait à rien ; elle aurait même l'inconvénient de rendre apparente une maladie cachée. Quant au mode opératoire applicable soit à l’ancyloblépharon, soit au symblépharon(62), et aux moyens d'empêcher de nouvelles adhérences (63), nous en laissons la détermination à d’autres.
13. E'ctropion sarcomateux et Sarcome des paupières.—L'ectropion sarcomateux (64, se manifeste par une tumeur de la conjonctive palpébrale, rouge-pâle, molle, lisse, saignant facilement par le
contact et sensible. Les larmes coulent
presque continuellement sur les joues, parce que la caronculelacrymale est écartée du globe de l’œil. Tantôt les deux paupières sont affectées à la foiset offrent un aspect horrible ; tantôt l’une ou l’autre seulement, le plus souvent l’inféricure. Par le progrès du temps la tumeur de la paupière devient plus ferme, plus volumineuse, plus rouge, enfin elle prend l'aspect granulé (*) et perd sa sensibilité.
Quelquelois la surface de la paupière renversée en dehors n’est pas affectée tout entière , mais une partie seulement se couvre d’excroissances (sarcome des paupières), tantôt aplalies (sarcome sessile), tantôt pendantes {sarcome pédiculé).
L'ectropion sarcomateux est le résultat de la blépharite catarrhale très - intense (blépharo blennorrhée) et de l’ophthalmie dite gonorrhéique. Le sarcome des paupières a, comme le sarcome en général,
(62) Beer, ouv. c., 2 B.,p.128,132. Richerand, Nosographie chirurgicale, t. 11, p. 17, 4e édit. — Wenzel, Diction. ophthalmologique, t, 1, p.155 et 156.— Demours, À. c.
(65) Déjà Celse se plaint de l’impuissance de l’art en pareil cas (De re medica, POyn, C. vit).
(64) Gall. , Éraillement des paupières.
Le Dran, Sur un œiléraillé, dansies Mém, de l’Ac. de chir., t.1, p. 44. — Bordenave, Mém,. dans lequel on propose un nouveau procédé pour traiter le renversement des paupières (Ib., t. v, p. 97). — Adams, ouv. c. — Mauchart, Diss. de ectropio , Tub. 1753, in Halleri, Diss.
chirurg., vol. v, n. 14. — Herder, Diss.
de ectropio et trichiasi. Jen., 1785, — Kuntzel, Diss. ætiologiæ ectropii et entropii examen crilicum continens, Hal.,
(") Cfr. $ 95, 7 We É
Frank, tou, 1,
une origine fo t obscure. Tant que la commiisure des paupières n'est pas encore détruite, l’ectropion sarcomateux se guérit avec d'autant plus de facilité qu'il est plus mou et plus récent. Ou conmence alors le traitement par la teinture d’opitum simple, on en vient ensuite au laudanum liquide de Sydenham, et enfin à la pommade ophthalmique , faible d’abord, puis forte. On emploie ces différen!s remèdes en friclions sur les paupières malades, à l’aide d'un pinceau, une ou deux fois par jour. Lorsque la maladie est plus avancée, il faut avoir recours à la pommade de Janin, et si la partie malade avait déjà acquis de la dureté, au beurre d’antimoine employé de la même manière, ou à la p'erre infernale (65).
Quand la paupière affectée est devenue presque cornée, on doit faire précéder les caustiques par des scarifications ; il faudrail même, dans un cas aussi rebelle, enlever la partie de la paupière désorganisée, par une opération chirurgicale (66).
Le sarcome des paupières doit être emporté avec des ciseaux ou nn bistouri, et non point à l’aide de la ligature ou des causliques ; on a soin, plus tard, de frictionner la partie avec le laudanum liquide de Sydenham.
14. Chalazion. — Xe chalazion est la suite de l’orgeolet qu’on a empêché de suppurer. Îl prend aisément le caractère sarcomaleux, acquérant quelquefois le volume d'une noisette. Son siége est tantôt aux environs du cartilage tarse, principalement de la paupière supérieure (qu’il faut déprimer en dehors pour bien voir la lumeur) , tantôt à la face interne ou externe des paupières. Les signes caractéristiques du chalazion consistent en une tumeur arrondie en forme de fève, souvent mobile, lisse, ferme, mais nullement dure et indolente. Quand le chalazion à son siége sous les téguments des paupières, il présente une légère rougeu. ; mais s’il est situé sous le muscle orbicu-
(09) n- Yves, 1: €. Hv. 1, CH 10 "De mours, Ouv. C., t. 1, p. 100.
(66) Hippocrate, De Visu. « Palpebraæ si crassiores quam pro naturâ fuerint, ex internû parte, carne, quantum potes, quam expeditissime resectà, postea palpebram inurito, non candentibus ferraa mentis, vitando naluram pilorum : aut flore aeris tosto tenui adstringito, » Cfr.
Beer, ouv. c., 2 B., p. 137. Pour le traitement des granulations, lisez Hemly, Bibl., 4 B., 2 st, p. 250,
laire , Ja peau qui le recouvre conserve sa couleur normale, Souvent il survient plusieurs chalazions sur la même paupière. Dans ce cas, si surtout il s’agit d'un malade scrofuleux, le pronostic devient douteux, et il est à craindre que la tumeur ne dégénère en’squirrhe et en cancer. Dans le cas contraire on peut répondre de la guérison, et cela sans
qu'il soit besoin de recourir à l'opéra-
tion, si la tumeur n’a pas encore acquis la grosseur d’un pois ou d’une fève, si elle est immédiatement sous-jacente aux téguments , et si elle n’a point, jusque là, dégénéré en cancer. On tente là résolution du chalazion eu lefrictionnant plusieurs fois par jour, à l'aide des doigts, avec le baume-de-vie d'Hoffmann , l’éther et la teinture d’opium, et, enfin, avec la teinture de cantharides. Ces frictions étant achevées, on couvre la partie avec un emplätre de diachylon gommé et de ciguë maculée, intimement mêlés à dose évale et étendus sur un linge. Les caustiques, par la raison qu'ils donnent souvent lieu au cancer, ne doivent jàmais être employés. Si, à la suite de ce traitement, le chatazion venait à s’enflammér, il faudrait se hâler de faire suppurer la tumeur par les moÿens indiqués (67). Quand on à tenté en vain la résolution, ou quand elle n’est point indiquée, où doit recourir à l'instrument tranchant, sans négliger les précautions nécessaires (68). :