CHAPITRE III, — DES MALADIES DES ORGANES LACRYMAUX
SI. Du sujet en general.
Les chirurgiens et les médecins ocu-
listes, exclusivement occupés à tracer l'histoire de la fistule lacrymale (74), ont
(70) Beer, 1. c., p. 145.
(71) Demours enlève les vetrues au moyen d’une ligature de fil ciré, 1. ç.
(72) Beer, L. c.
(75) Bildung e. neuen Augenliedes aus d. Wange, vom Prof. Dzondi in Haile. V.
Hufeland’s u. Harles’s Journ,, 1818, 41.
SL, nove ml 9p.1 99:
(71) Voyez plus basi-ci. NS 4
DES YEUX, DES OREILLES ET DES NARINES
négligé celle des maladies des organes lacrymaux en général (75); jusqu’à ce qu’un homme éminent, Adam Schæid (76), soit venu éclairer cette partie de l’ophthalmologie. Notre Beer a dignement marché sur ses traces (77); d’après lui, nous traiterons : i° de l’inflammation de la glande lacrymale (dacryoadénite) ; 2° de l’inflammation du sac lacrymal (dacryocystite) ; 3° de la blennorrhée du sac lacrymal; 4° de l’inflainmation de la caroncule lacrymale (encanthis inflammatoire); et, 5° des produits de ces inflammations.
$ IT. Dacryoadenite.
1. Symptômes. — Les symptômes de la dacryoadénite ou inflammation de la glande lacrymale, maladie assez rare (78), quoi qu’en dise Schmidt (79), sont, la sécheresse de l'œil (xeérophthalmie), une douleur gravative oscillatoire, poignante, s'étendant rapidement au globe de l’œil, au front, aux mâchoires et à l’occiput.
La paupière supérieure se tuméfie vers l’angle externe de l'œil, devient dure, rougeàtre, tendue, luisante et ne supporte pas le contact. Le globe oculaire n’est nullement rouge (à part quelqués traces d’inflammation sur la conjonctive de l'angle externe), mais il peut à peine se mouvoir vers l’angle temporal , et il est très-sensible et dur. À mesure que là maladie fait des progrès, le globe de l’œil est chassé hors de l’orbite, la cornée dirigée vers le nez. De là , altération de la vue, par suite du rétrécissement trop considérable de la pupille ét de la rigidité de l'iris, non sans qu’il survienne en même temps des éblouissements et du délire. Lorsque la maladie a atteint ainsi son plus haut degré d'intensité, qu'une douleur pulsativé, accompagnée d’un sentiment de froid, se fait sentir dans l'œil ;, on voit apparaître, soit sur la conjonctive oculaire qui offrait auparavant
(75) Cette partie est pauvre, même dans l'ouvrage souvent cité de Demours, bien que l’auteur y apporte tout le soin qu’il avait consacré aux maladies des voies Jacrymales, t. 1, p. 129. |
(76) Ueb.d. Krankh. d. Thranenorgans.
Wien., 1803. Lieht avait écrit sur le même sujet : Diss. de præcipuis viarum lacrymalium morbis. Argent., 1776.
#71) Ouv.'e.
(78) Ouv. c., p. 154.
(79) Beer, ouv, c.; B. p. 549, note.
des signes d’inflammation, soit sur la face externe de la paupière, un point jaune indiquant un abcès.
2. Causes. — Outre les violences extérieures exercées sur la Fégion sus-orbitaire, les affections arthritiques et scrofuleuses paraissent encore donner lieu à la dacryoadénite.
3. Diagnostic. — La dacryoadénite ést d'autant plus facile à reconnaître qt’elle est plus avancée. Il faut surtout avoir égard au siége primitif du mal, et à la violence avec laquelle la glande lacrymale et le tissu cellulaire qui l’entoure, gonflés par l'inflammation, écartent le globe de l'œil. L'état morbide de la pupille et de l'iris, ainsi que les éblouissements, pourraient s'expliquer par la distension des nerfs ciliaires et du nerf optique, et par le mouvement oscillatoire des vaisseaux sanguins environnants. À
4, Pronostic. — Tant que l'inflammation de la glande lacrymale ne s’est point propagée au globe de lœil, la maladie, convenablement traitée, n’a rien dé dangereux. Mais il n’en est pas de même si la phlogose occupe la partie interne de l'œil, déjà attaquée d’ailleurs : dans ce cas, la vie elle-même pourrait être menacée ; car l’abcès étant négligé, on doit s'attendre à un ulcère fistuleux et à la carie des os qui entrent dans la composition de l’orbite (voie de communication ouverte vers le cerveau). Si l’on donne issue au pus assez à temps, l'œil rentre dans l’orbite et recouvre la faculté de voir, à moins toutefois qu’il ne puisse se replacer lui-même sur l'axe visuel, ce qui produit une espèce de strabisme dont il faut chercher la cause dans la lésion du muscle droit extérne. En outre, la dacryoadénite donné souvent lieu au sinus capillaire. Nous ne devons point passer sous silence et l’induration et le squirrhe de la glande lacrymale,
5. Traitement. — Pour obtenir la résolution de la dacryoadénite, il faut se hâter de tirer du sang en abondance de la veine, surtout de la jugulaire, du côté du mal ; après quoi on en vient aux applications réitérées de sangsues, principaiement aux tempes, sans négliger les autres moyens anti-phlogistiques, les laxatifs doux surtout ; on mettra des si-
-napismes aux extrémités inférieures. Si
la maladie est de nature traumätique, aussitôt que la violence dé l’infliammation sera calmée, on aura recours aux légéré sudorifiques et à l'application d'un vési-
catoire à la nuque. Quand tout espoir de résolution est perdu, il faut chercher les moyens d'obtenir une bonne et prompte suppuration, but que l’on obtient en appliquant sur la partie affectée un calaplasme émollient, auquel on ajoute même une certaine quantité de ciguë maculée, et que l’on a soin de renouveler souvent le jour et la nuit. Lorsqu’on voit paraitre un point purulent, soit sur la conjonclive, soit à l'extérieur des paupières , il faut le recouvrir avec un emplâtre de diachylon et de ciguë maculée, mêlés à parties égales, jusqu'à ce que la fluctuation devienne évidente ; mais ensuite on doit ouvrir promptement l’abcès par une large incision, et si cette opération est pratiquée à la paupière, il faut appliquer sur l'ouverture de la charpie imbibée de laudanum liquide de Sydenham, et favoriser l'écoulement du pus. Il faut en même temps soutenir les forces du malade. Si les os de l'orbite étaient déjà cariés, on devrait recourir aux moyens proposés contre la carie qui accompagne la fistule lacrymale.
$ IIT. Dacryocystite.
1. Symptômes. — La dacryocyslite, ou inflammation du sac lacrymal , commence par une douleur obtuse, pénétrante, de l'angle nasal, où l’on voit apparaître une tumeur en forme de fève, exactement circonscrite, très-dure , et sensible. Cette tumeur dure rougit peu à peu, et devient incapable de supporter le moindre attouchement. La douleur s'étend au globe de l'œil, les caroncules lacrymales se rident, les points lacrymaux disparaissent, et l'écoulement des larmes a lieu. La cavité de la narine du côté affecté est d’abord très-humide, mais bientôt après elle devient tout-à-fait sèche. Chez les sujets à peau très-délicate, il survient une tuméfaction comme érysipélateuse qui s’étend sur les paupières et les joues, et qui s'accompagne de céphalalgie. Cependant, la tumeur de l'angle nasal, devenue fluctuante, prend de l'accroissement ; la peau qui la recouvre offre une rougeur profonde, et devient luisante. Enfin, au milieu de la tumeur, se développe un point noir, jaunâtre, qui, venant à s'ouvrir, laisse échapper un pus ténu , mêlé de sang, tandis que ses bords deviennent pro/nptement calleux.
La tumeur ne disparait point pour cela, mais elle diminue , ét la maladie produit la fistule lacrymale dont il sera question plus bas.
MALADIES
2. Causes. — Les violences extérieures, le rhumatisme, surtout chez les scrofuleux et les syphilitiques, donnent lieu à la dacryocystite.
3. Diagnostic. — Le diagnostic de la dacryocystite s'établit d’après la considération du lieu affecté, en ce qu’il correspond au sac lacrymal. Prenons garde de le confondre (80) avec l’anchilops érysipélateux , Car cet anchilops constitue une vérilable blépharite érysipélateuse, dans laquelle la maladie commence par la superficie de la peau, sans tumeur circonscrite ni dureté, et n’atteint le sac lacrymal, dont il envahit principalement la paroi antérieure, que par la suite du temps, et sous l'influence d’une mauvaise médication ; c’est pourquoi le mal ne se communique que lentement à la cavité correspondante des narines, et un abcès, qui ne s’est pas réellement formé dans le sac lacrymal, survient sous le nom de Jausse fistule lacrymale. Bien plus, si l’abcès n’est pas même parvenu jusqu’au sac (ce qui se reconnait aux signes qui seront indiqués plus tard), la maladie porte simplement le nom d’ulcère de l'angle nasal (ægilops simple). Mais, pour en revenir à la dacryocystite, il n’est pas difhicile de se rendre compte de ses principaux symptômes. En effet, ils sont dus à l'écoulement des larmes, à l’oblitération des conduits lacrymaux, à la sécheresse de la narine correspondante à l’inflammation qui s'est propagée jusqu’à la membrane pituitaire, et qui remplit quelquefois le canal nasal de lymphe coagulable ; et à la tumeur du sac lacrymal, à la sécrétion de mucus d’abord, et ensuite de pus.
4. Pronostic. — La dacryocystite, à moins qu’elle ne soit le résultat de violences extérieures, se guérit facilement à son début ; et quand bien même elle ne pcurrait se résoudre parfaitement , l'effet de l'inflammation se bornerait du moins à une hydropisie aiguë du sac lacrymal (81). Cette hydropisie se distingac d’un abcès, en ce qu'elle constitue seulement une collection anormale d'un certain liquide dans le sac lacrymal, sans perte de substance, et qu’elle peut être combattue sans de grandes diflicultés. Quand la dacryocystite a été négpligée , on doit craindre l’oblitéralion des conduits la-
(80) :Chson 65e 5:
(81) Blennorrhée du sac lacrymal de Beer, Dacryops blennoïide de Schmidt.
DES YEUX, DES OREILLES ET DES. NARINES
crymaux et du Canal nasal, résultat dont on peut à peine acquérir la certitude pendant le cours de l’inflammation, qui contre-indique toute recherche exploratrice. Il sera question plus tard du pronostic de la fistule lacrymale.
5. Traitement. — Le traitement de la dacryocystite à peine commencçante est le même que celui de la blépharite catarrhale (82). De plus, on conseille de faire aspirer de l’eau froide par les narines (83). Lorsque tout espoir de résolution est perdu, on doit favoriser la suppuration à l’aide des émollients , et l’abcès étant parvenu à maturité, il faut l'ouvrir selon les règles de l’art (84), et le guérir.
$S IV. Blennorrheée du sac lacrymal.
1. Notion. — Nous appelons blennorrhée du sac lacrymal une inflammation, ou plutôt une irritation chronique de ce réservoir , donnant lieu à une sécrétion abondante de Iymphe coagulable.
2. Symptômes. — La blennorrhée du sac lacrymal débute par les symptômes de l’anchilops érysipélateux. Toutefois, dans cette affection, la tumeur du sac lacrymal se reconnait sous la rougeur ; en la comprimant , on fait sortir par les points lacrymaux un mucus d’abord clair et blanc, ensuite plus épais et jaune (il varie beaucoup aussi suivant la température à laquelle le malade est seumis, et suivant qu’il a mangé ou non), qui inonde les joues. Ce liquide a de la peine à prendre cours par le canal nasal, vu la fréquente oblitération de ce dernier, surtout chez les scrofuleux. Il n’y à donc rien d'étonnant si le malade se plaint alors de sécheresse dans la narine du côté affecté.
3. Causes. — La blennorrhée du sac lacrymal est souvent l'effet d’un coryza ou de la blépharite catarrhale chez les scrofuleux. Quelquefois, chez ces derniers encore, elle est produite par la variole, larougeole, et même la scarlatine ; mais on observe une chose particulière dans la blennorrhée dont il s’agit, c’est que pendant son cours on voit souvent revenir des accès inflammatoires des parties affectées.