‹ Traité de pathologie médicaleChapitre 35 sur 261 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

Dieu grand et plein de miséricorde!

Hélas! secours-moi, je suis malheureuse !

O toi le consolateur des affligés!

Rends-moi forte de la vertu de patience, Car toi seul es mon espérance, En toi je mets ma confiance, O vous, mes amies, Voyez mon afiliction!

Comprenez combien l’homme est jeu de chose, Combien il d'ffère peu de la poussière.

O Dieu grand et plein de bonté, Mon unique espérance, Mets fin à mes douleurs, Ou rends-moi à la santé.

Que ceux qui ontlong-temps joui de la vie cessent de vivre Mais moi, hélas! je me dessèche dans ma fleur!

Nie kars Panie szemrania mego, k Waszakzem sie juz dawno Twey swietey woli oddala. Racz tylko pocieszyc kochanego meza,

Ktory ze mna rownie cierpie | : D

£ wy siostry i bracia sblizcie sie do cierpiacey;,

Ona was opuszeza i zegna na wieki,

Lecz nie rozpaczaycie, predzey lub pozniey

Zlacza nas Nicba stateczuie.

Precz okropny szatanie, wszak nie masz domnieprawa, Kto sie Bogu oddal, nie ulega iwey wladzy.

Oddal sie z mysli moich, poczwaro piekielnà,

Bo dusza moja ma innego Pana.

MALADIES

Ne punis Cependant pas més plaintes s

Car depuis long-temps je m’abandonne à ta sainte volonté,

Ah ! console mon époux chéri

Qui partage mes douleurs.

Et vous, mes sœurs et mes frères, assistez-moi dans mes [combats.

Voici que je vous quitte, et vous dis un éternél adieu ;

Mais je ne veux pas que vous vous désespériez, tôt ou tard

Dieu nous réunira pour ne plus nous séparer.

Eloigné-toi, démon, tu n'as aucun droit sur moi ;

Qui se confie en Dieu, ne l’est pas soumis ;

Ote-toi de mon esprit, monstre infernal,

Car mon âme se réjouit dans un autre maître.

De temps en temps, elle cessait de déclamer pour chanter sur ce que les Italiens nomment un mode récitatif, sans négliger ce qu'ils appélient forte et piano. En voici

à peu près la mesure.

Ach ty Boze vielkili tosciwy ach ratuyze nieszczesliwa.

Elle accompagnait son chant d’un mouvement des bras, surtout du bras gauche.

Ce mouvement était modéré, significatif, et joint à une certaine dignité. Je pris ses bras, et ils gardèrent sans difficulté le mouvement que je leur imprimai, quel qu'il fût, el la situation que je leur donnai, même quoique incommode. Après avoir assisté pendant une demi-heure à ce phénomène étonnant, je tentai de l’éveiller par des cris que je rendis de plus en plus forts, mais ce fut en vain. Les yeux étaient, il est vrai, ouverts , mais fixes, et la pupille immobile ; le doigt, approché des paupières, ne produisait pas de clignotement, il n’y avait aucun indice de vision. On pouvait piquer la peau avec une aiguille , sans que {a malade manifestât de douleur. En ce moment, les observations de Pétetin me vinrent à l'esprit : j’approchai ma bouche très-près de l’épigastre, et je me mis à parler à la malade d'une voix si basse qu'aucun des assistants ne pouvait m’entendre. Aussitôt, ‘comme revenant à elle-même, la malade répondit à mes questions à peu près dans cet ordre. Znierrogation. Dormez-vous? Réponse.

J'ai dormi, mais maintenant je ne dors plus. /nterrogation. Eprouvez - vous quelque douleur? Réponse. Comme toujours, aux cuisses el aux lombes. Ayant accordé un peu de repos à la malade, elle redevint cataleptique, et après quelques minutes, comme auparavant, elle se mit à chanter. J’essayai alors de l'éveiller de la manière ordinaire, mais je ne pus nullement y réussir. Au con-

traire, en recommençant à lui parler à l’épigastre, elle répondait de suite. La chose arriva encore deux fois ainsi , les intervallesentreles moments lucides étant remplis par la catalepsie et par des chants.

Je prononcai que cette maladie était une extase jointe à la catalepsie, Comme je me proposais de faire encore diverses expériences, je voulus avoir pour associé et témoin , un homme assez incrédule, et admettant difficilement les choses surprenantes; c'était André Sniadecki, professeur de chimie, et en même temps médecin habile. Le lendemain , en sa présence, vers cinq heures de l'après-midi, toute la scène de la veille eut encore lieu. |

16 mai. Elle ehanta hier jusqu’à dix heures du soir; la nuit fut plus tranquille que les précédentes. Vers les quatre heures de l'après-midi, elle se montra d'abord gaie, puis elle eut de l’exaltation et du délire, se disant bien portante et voulant prendre ses habits ; enfin elle eut un nouveau paroxysme en présence du docteur Sniadecki, du professeur de chirurgie Niszkowski, et un peu plus tard de moi-même, Elle chantait d’une voix moins sonore et se servait davantage de la déclamation (recitativo). Les pensées de son chant furent les mêmes. Selon sa coutume, elle faisait beaucoup de gestes du bras gauche. En lui parlant au-dessus de la région épigastrique , élle se réveil:

lait et répondait, bien que l'interrogation eût été faite à très-basse voix. Mais ayant été interrogée par le docteur Sniadecki d'unc voix aussi Lrès - basse, près de son

DU SYSTÈME NERVEUX

oreille bien qu’éveillée,elle répondit.Son attention n’était point excitée, et elle ne répondait pas lorsqu'on parlait sur l’oreiller sur lequel reposait sa tête. Au contraire, elle était éveillée et parlait, lorsqu'on approchait de son oreille droite une extrémité d’une verge de fer d’une aune et demie de longueur, tandis qu'à l’autre extrémité de la verge le docteur Sniadecki parlait d'une voix très-basse.

Le docteur Niszkowki recommenca la même expérience avec le même succès , en appliquant la verge sur los du front.

Toutes les fois qu’on lui laissait quelque repos , elle retombait en extase et quelquefois en catalepsie. De l’une comme de l’autre, on put la faire sortir par le même moyen. Entre lune et l’autre attaque, elle éprouvait, sans en avoir la conscience, des mouvements convulsifs de la face et branlait la tête. Une fois je mis une de mes mains sur la région épigastrique et l’autre sur l’occiput, elle se réveilla aussitôt; je l’interrogeai alors :

Dès que je parle, comment le sentezvous? Elle répondit : Lorsque vous me parlez autour de la tête, je l’entends; mais lorsque vous m’appelez près de l’épigastre, je perçois un sentiment de chaleur, qui gène ma respiration, ce qui fait que je n’éveille. D. Mais comment se fait-il que vous entendez? À. Je n’en sais rien, mais j'aurais pensé qu’il en était comme auparavant. Comme les paroxysmes arrivaient à une heure fixe dans l'après-midi, et que la malade mangeait assez bien, dans le but de voir s’ils étaient liés au travail de la digestion, par le conseil de Sniadecki son repas fut prescrit pour une heure plus tôt. Les selles et l’urine étaient toujours dans un état normal.

17 mai. Hier, à peine la malade avaitelle été laissée seule, qu’elle était retombée dans un paroxysme de délire, qui dura jusqu’à dix heures de la nuit. Pendant sa durée , elle disait qu’elle était guérie, elle demandait ses vêtements ; cependant elle reconnaissait et nommait les assistants. La nuit fut bonne. Le matin, à huit heures, elle eut une extase

dans laquelle elle était joyeuse ; ses chants roulaient sur de beaux anges, avec lesquels elle jouait et pour lesquels elle croyait cueillir des fleurs. À onze heures elle dina. Vers les quatre heures aprèsmidi, nouvelle extase avec beaucoup de larmes, provoquée par une augmentation de douleurs dans les pieds, comme la malade le rapportait plus tard. De cinq à sept heures, en présence des docteurs Sniadecki, Niszkowski, Baerkmann et de moi, pendant qu'elle était dans un état de catalepsie, on lui mit sur l'oreille droite une baguette de verre de deux aunes de long, tandis que Sniadecki parlait à l’autre extrémité. Au bout d’une minute, elle se réveilla, disant qu’elle sentait près de l'oreille de la chaleur, mais rien autre chose. Comme elle retomba bientôt en catalepsie, on appliqua le même tube de verre, en faisant passer par son milieu un fil de fer; alors elle s’éveilla plus tôt accusant une sensation de chaleur; mais comme on lui démanda si elle avait entendu, elle avoua qu’on avait parlé si bas qu’elle n’avait pu rien comprendre. Ou approcha de son oreille une baguette en charbon de la même longueur, elle s'éveilla aussitôt et comprit tout ce qu’on lui avait dit. Désireux de savoir si les yeux étaient sensibles à la moindre lumière, de même que les oreilles létaient au plus petit son, nous fimes fermer les fenêtres, mais ce fut en vain. En effet , elle ne se réveillait pas spontanément, et lorsqu’on l’eut éveillée, elle ne put voir dans l’obscurité. Ma montre, qui battait d’une manière insensible, ayant été approchée de son oreille, elie fut éveillée à l'instant. Il en était de même lorsqu'on touchait ses pieds malades. Durant l’extase, sa figure était sereine et elle chantait qu’elle allaït guérir: parce que Dieu ayant exaucé ses prières, avait envoyé vers elle des hommes qu’elle regardait comme des dieux, et qu’elle espérait que par leurs efforts sa maladie se dissiperait, mais non sans avoir à éprou= ver encore des douleurs. Elle intercalait souvent ces mots à ses discours :

Barkmanowa bedzie zdrowa.

L’épouse de Bacrkmaug guérir

18 mai. Bientôt après mon départ, un délire gai vint mettre fin à la scène ; quelques gouttes de laudanum liquide rendirent sa nuit fort tranquille. Le matin , elle chanta quelque peu comme la veille. Le docteur Niszkowski fit des incisions aux jambes assez profondes. Il en sortit une humeur lymphatique et la tumeurs’affaissa un peu. A trois heuresaprès midi, la catalepsie reparut. Pendant sa durée, le docteur Sniadecki fit les expériences suivantes : Li touchait légèrement la peau avec la barbe d’une plume pour voir si le moindre toucher, comme le plus petit son, produirait un effet évident. Aussitôt la malade tendit le bras vers la plume et la saisit avidement de la main ; mais comme on la lui arracha de force, elle étendait les mains vers elle et dans toutes les directions où on la portait. Ces mouvements ne ressemblaient pas à des mouvements volontaires, car ses bras paraissaient suivre machinalement la plume, comme deux corps électrisés qui se seraient attirés. Nous placâmes la plume sur la table , alors ses bras restèrent au repos ; mais l'ayant reprise dans nos mains, de nouveau son bras se dirigea vers elle. Ayant porté cette plume dans une autre chambre , la malade devint si agitée qu’elle sauta presque de son lit en tenant les bras dirigés vers la plume. De la cire à cacheter produisit le même effet sur la malade.

Je la tenais d’une main, de l'autre je tenais la plume. J'étais loin de la malade, et elle n’aurait pas pu me voir quand mème elle aurait joui de la vue : cependant elle portait ses deux bras vers ces objets.

De l’ambre lui fut présenté par le docteur Baerkmann, et agit comme la plume et la cire à cacheter. Mais tous ces ob- ‘jets ne produisaient leur effet que lorsqu’ils étaient mis dans les mains d’une personne, et non lorsqu'ils étaient déposés sur la table. Le verre, approché de la malade, n’excita aucun mouvement de bras. Voyant ainsi les corps idiolectriques produire tant d'effet sur le corps de la malade, il me vint à l'esprit d’approcher d’elle un chat, comme étant un animal très-électrique. Je pris donc un petit chat d’une main; et, me tenant à la distance d’un pied de la malade, de l'autre main je frottais légèrement le dos de cet animal. Aussitôt la malade tomba dans d’atroces convulsions, elle saisissait sa tête des deux mains et s’éloignait de cet objet qui lui faisait tant d'horreur. Pour l'éveiller nous fûmes forcés de lui mur-

MALADIES

murer son nom dans l’oreille. La malade, éveillée, affirma que peu auparavant elle avait éprouvé une grande anxiété. Interrogée si elle supportait les chats, elle répondit que cela lui était impossible.

Pendant tout le cours de ces expérimentations, elle fut cataleptique et non extatique, comme aux autres fois,et ne chanta point.

19 mai. Hier soir, comme le mari, placé à trois chambres de là , et ne pouvant être vu de la malade, racontait à sa sœur l’histoire de la plume, et l'avait par hasard prise dans ses mains, la malade, qui était alors en pleine connaissance, tomba dans le délire et se mit à tendre ses mains vers la plume. On appela le mari qui déposa la plume, et tout se calma. La nuit fut bonne. Le matin on fit son lit, ce que l’on pouvait faire seulement tous les dix jours, à cause des douleurs atroces que lui faisait éprouver le moindre changement de position. Dans cette occasion , Niszkowski trouva une tumeur fluctuante qui occupait les fesses et les cuisses. Des incisions faites la veille il s’écoulait une grande quantité de sérosité. Les genoux s'étaient un peu désenflés. Elle chanta de nouveau comme il y avait trois jours; elle prit son repas avec peu d'appétit. À trois heures, elle tomba en catalepsie et en extase. Un chien étant entré par hasard dans la chambre, elle devint très-inquiète jusqu’à ce qu’il fût chassé. L'expérience de la plume fut répétée avec le même succès et à trois chambres de là. Après cette expérience, elle eut un grincement de dents. Sniadecki expérimenta avec de la soie, et le résultat fut le même. Après ces expériences elle chantait, mais toujours d’une voix plus profonde et plus faible. Lorsque nous eûmes fait plusieurs expériences sur les sens de la vue, de l’ouie et du tact, je voulus aussi examiner le goût. Je mis donc une solution de sucre dans de l’eau froide, sur un linge, et je l’appliquai sur cette trégion épigastrique par laquelle la malade entendait si facilement, et ayant placé ma main très-près de cette région, j'interrogeai ma malade sur la tête d’une voix trèsbasse. Elle ne fut point éveillée, mais jetée dans un état magnétique durant lequel elle répondait à mes questions. D.

Dormez-vous? À. Non, je rêve. D. Estce que vous voyez? À. Je ne vois ni n’entends. D. Cependant vous entendez ma voix? À. Je l’entends ; mais je n’entends que la vôtre. D. Combien y a-t-il

DU SYSTÈME NERVEUX

de personnes ici ? (Il y avait les docteurs Niszkowski, Barankiewicz, Hamolicki, Herberski, plusieurs parents et amis de la malade.) À. Je n’en sais rien ; je sais, d'après leur haleine, qu’il y a plusieurs personnes ; mais je ne les vois ni ne les entends. D. Me connaissez-vous? À. Oui. D. Qui suis-je ? À. (Après quelques instants.) Joseph Frank, mon bienfaiteur et mon sauveur, etc. U. Voulez-vous que je vous magnétise? À. Je n’en vois pas la nécessité, car moi-même je vois ce qui est nécessaire pour me rendre à la santé. D. Quoi donc? À. Avant tout de l’onguent pour mes genoux. 2. Lequel? À. Je n’en sais rien. D. Est-il blanc ou noir ? À, Plutôt noir. D. Combien de fois dans le jour? Æ. Trois fois.

D. Des incisions sont-elles encore nécessaires? À. Le temps nous l’apprendra; mais je pense qu'elles seront nécessaires.

D. Quoi ensuite? À. Une fois les cuisses délivrées de la sérosité , il faudra faire usage des bains. D. Est-ce que les remèdes intérieurs sont aussi nécessaires ?

R. Egalement. D. Lesquels? À. L’écorce de quinquina. D. Comment faut-il qu’elle soit préparée? (Ici elle répondit qu’il fallait la faire infuser dans l’eau froide, exactement comme nous en avions parlé la veille entre médecins). D. Vos os sontils malades? Z?. Non; mais ils sont affaiblis de mon long décubitus. D. Les voyezvous ? Je ne les vois pas ; mais, hélas ! je ne les sens que trop. D. L'usage du phosphore serait-il indiqué ici? À. Je pense que le phosphore est une chose brûlante, ilne me soulagerait pas. D.

Etla garance? À.Pourquoi non.D.Etleau de chaux avec du lait? Z. Je doute beaucoup que mon estomac puisse supporter le lait, car à l’état sain il le rejette.

D. Mais peut-être après le quinquina ?

À. Peut-être : dans tout autre moment je craindrais la diarrhée qui m’a beaucoup nui. D, Quels sontles aliments qui vous conviendraient? À. Les aliments acidulés et la viande de poulet. D. Et le chocolat? À. Nullement : il m'échauffe trop. D.Et la musique? 2.Elle serait utile pour récréer mon esprit ; mais la société de mes amis m’apporte ce soulagement , car je suis très-mal lorsque je suis seule en proie à mes douleurs et à mes pensées.

La musique ferait beaucoup de frais, et nous avons déjà tant dépensé pour les médicaments. (Elle ne disait pas les médecins, tant était grande sa politesse.) D.

Est-ce que je vous fatigue par mes interrogations ? À. Bien loin, je me réjouis

de ce que je puis beaucoup parler de ma santé. D. Quand aurez-vous vos règles ?

R. Guère avant que jene me lèveet que je ne prenne des bains; car il est difficile qu’une femme couchée, et qui ne remue que la tête et les bras, aïe ses règles.

D. Croyez-vous que vous aurez encore des enfants ? À. Je le crois; mais jen’en puis déterminer le nombre. Alors le docteur Barankiewicz fit une question à la malade. Pas de réponse. Je le priai de me donner sa main. Pendant que je conlinuais à tenir mon autre main posée sur V’épigastre de la malade , il l'interrogea de nouveau. D. Qui suis-je ? À. le docteur Barankiewicz. (Auparavant elle n'avait pas vu ce médecin entrer dans la chambre.) Je repris alors moi-même mes questions.

D. Qu’avez-vous sur la région précordiale ? À. De l’eau sucrée. D. Comment le savez-vous? À. Je percois la sensation d’une chaleur humide qui monte de cette région vers la langue, puis celleci éprouve une légère sensation de douceur. D. Est-ce que cette sensation vous est agréable? À. Beaucoup; elle augmente un peu ma fièvre, mais cela ne nuit pas ; cela m'excite même à parler.

D. Me permeitrez -vous d'approcher quelque autre chose de cette région? 2.

Je vousle permets ; mais rien autre chose ne me sera aussi agréable. D, Existe-t-il un moyen par lequel je puisse vous faire voir ? À. Il faut que je pense. — Oui, si l’on me mettait trois sangsues à la tête, je vous verrais et peut-être je vous entendrais tous. Alors j’ordonnai qu’on enlevât le linge trempé dans l’eau sucrée.

Aussitôt elle s’éveilla; elleaffirmait qu’elle avait très-bien dormi et qu’elle avait joui d'un agréable songe. D. Qu’aviez-vous sur la région épigastrique? À. Quelque chose d'humide. D. Quoi? À. Je n’en sais rien. Le pouls à été aujourd'hui plus fréquent et plus faible.

20 mai. Nuit bonne ; douleur du genou moindre. On peut même toucher cette partie. À quatre heures après midi, catalepsie. Lorsque quelqu'un des assislants remue le bras ou la tête un peu fort, le malade fait le même mouvement.

La même chose arrive quand une personne placée à trois chambres de là, fait à dessein quelque mouvement. Mais si la main est introduite dans un vase en verre, On peut remuer le bras sans que la malade fasse le même mouvement.

Une de mes mains étant appliquée sur la région épigastrique et l’autre sur la tête, la malade se réveillait. Mais lorsqu'on

lui eut mis, comme hier, une solution sucrée sur la région épigastrique, et que je touchai cette région en l’interrogeant, elle tomba dans l’état magnétique. Par cette solution , elle reprit d’elle-même la faculté de parler, en expliquant comme la veille son action, et dit d’ellemême que la solution de sucre produisait sur elle ce que le magnétisme produisait sur d’autres. Or, éveiïllée, elle disait ne pas connaître le magnétisme. Sniadecki, Niszkowski, Mianowski et Baerkmann, interrogèrent séparément la malade, et n’en obtinrent aucune réponse. Mais du moment qu'ils eurent tous fait la chaîne avec leurs mains , et que j’eus donné ma main droite à Sniadecki , elle répondit à toutes leurs interrogations, et nomma tous les assistants dans l’ordre dans lequel ils étaient, soit assis, soit debout.

Elle se trompa seulement (et peut-être plus par le nom que par la chose) en ce qu’elle disait que Niszkowski était assis, et que Maniowski était debout, tandis que c'était tout le contraire. Si j’éloignais ma main gauche de son épigastre, elle ne répondait plus à personne ; mais sitôt que la remettais, ee parlait de nouveau. Estce que nos questions vous sont incommodes? lui demandai-je. Z. Au contraire, elles me délassent, car j'ai beaucoup de choses à dire sur mon état. D. Voulez-vous émettre seule vos idées, ou vous ferai-je des interrogations? À. Il m'est beaucoup plus facile de répondre à des questions. D. Dites-nous comment vous tombez dans l’état daus lequel vous êtes maintenant ? /?, La violence de la douleur me prive de la faculté de voir et d’entendre, ce qui me fait perdre la connaissance, sans que mes idées soient confuses. D. Est-ce que vous ne pouvez percevoir le goût et les sons que par la région précordiale. À. Je percois le goût de l’eau sucrée seulement par la région précordiale; mais je pourrais aussi percevoir les sons par le sommet de la tête.

J’enlevai le linge sucré de la région épigastrique et je le mis sur d’autres endroits; mais, en effet elle ne répondait plus à mes interrogations, La même chose arriva en appliquant sur cet endroit une infusion froide d’écorce de quinquina.

Sur ces entrefaites, le docteur Baerkmann , assisté par le docteur Sniadecki, plaça une solution de sel sur l’épigastre. Elle continua de parler; mais sa figure d’abord sereine, devint sévère peu après.

Alors je lui demandai : Que souffrez-

vous ? À. Je ressens un grand poids près

MALADIES

de l’épigastre ; il y a quelque chose là qui pèse fortement, que je supporte avec peine ; mais que je ne puis indiquer. D.

Qui vous l’a mis sur cette région? À.

Baerkmann avec l’aide de Sniadecki ; mais j'en ressens une grande gêne. Alors je fis remettre de nouveau sur l’épigastre la solution sucrée. D. par moi: Est-ce que vous vous trouvez mieux? #2. Pas encore tout-à-fait. D. Voulez-vous de l’eau sucrée ? À. Oui. D. Et de l’eau magnétique? À. Non. D. Voulez-vous boire vous-même ? À. Je ne vois pas le vase, donnez-m'en quelques cuillerées à café.

J’approchai à peine la cuiller de ses lèvres, elle vint au-devant et l’avala avidement. D, Eh bien, est-ce que vous êtes mieux maintenant ? À. Oui, certainement; il est assurément ridicule qu’une chose de si peu d'importance puisse produire tant d'effet. D. Aï-je de l'argent sur moi? /. Les métaux comme l'argent et l’or n’agissent pas sur moi (Sniadecki me suggérait en secret). D. Qu'est-ce qui vous affecte le plus? — Aucune réponse.

D. Pourquoi ne répondez-vous pas ? À.

Je ne comprends pas la question qui vous a été suggérée. D. Quelles choses vous causent du malaise? À. Lorsque les personnes remuent les bras ou la tête, et tandis qu’on remue une plume de l'aile d’un oiseau. D. Que vous fait le verre ?

À. Je le supporte bien. D. Et la cire à cacheter? À.(En contractant les traits): Ah ! je ne puis la supporter, je voudrais la briser en mille morceaux, {En colère) Son nom seul me tourmente. D. Voulezvous de l’eau sucrée? À. Oui, j'en vou-

drais, car je me sens mal. D. Voulez-

vous que nous chantions? À. Volontiers.

— Alors j invitai à chanter un acteur italien nommé Tarquinio , qui assistait par

Curiosité, sans que la malade le vit, ou

qu’elle sût qu'il était à Wilna. Il y avait deux ans qu'il était parti et il n’était de retour que depuis un mois, lorsque la malade était déjà au plus mal. Je chantai avec lui le commencement du duo de l'opéra intitulé Debora e Sisaro, qui commence par ces mots : « A1 mio contento in seno. » — Le visage de la malade exprimait le plaisir. D. Est-ce que notre chant vous plait? /?. Tout-à-fait.

D. Qui a chanté avec moi? Æ. Je puis le deviner. D. Qui donc ? À. Tarquinio.

D. Devons-nous recommencer notre chant? À. Je le désire beaucoup. Nous chantämes alors le commencement du duo de l'opéra de Giuletta e Romeo :

« Dunque mio bene, » D. Connaissez-

DU SYSTÈME NERVEUX, 87

vous cet air ? À. Il est d’un opéra italien; mais 1l est trop triste, et il me rend trop mélancolique. D. Voulez-vous un air plus gai? À. Je vous en supplie. Alors Tarquinio chanta le commencement du duo de l'opéra la Molinara : « Nel cor piu non mi sento brillar la gioventü. »

Le visage de la malade redevint serein et riant, elle remuait de la tête et suivait la mesure avec ses mains. À peine le chant était-il fini, qu’elle-même chanta le même air. Mais, dit-elle, je ne puis pas chanter en italien ; mais ce ne sera pas mal en polonais. Alors elle chanta des paroles polonaises qui annoncaient l’espérance de sa guérison , et qu’elle adapta à cet air. Cependant le ciel, auparavant serein, s’élait couvert de nuages, et la pluie tombait averse ; je lui demandai : Quel temps fait-il? 2. Une très-grande pluie.

D. L'entendez-vous tomber? À. Non; mais je le sais par la pesanteur de l'air.

Page 1