Ferait-on bien d'ouvrir les fenêtres
R.Vers midi; mais pas en d’autres temps.
D. Pourquoi cela? À. Je suis plus forte le matin, car après le repas je tombe dans le paroxysme ; mais maintenant je me sens fatiguée. D. Comment faut-il vous éveiller? À. En me soufflant de l'air sur la bouche ou sur le nez, en me parlant sur le cou. D. Quelle est la manière qui vous plaît davantage? À. Le soufle. J’ordonnai alors au mari de souffler sur la malade , ce qui la fit sourire aussitôt, et elle reprit connaissance. Interrogée alors si elle avait dormi, elle répondit : J’ai bien dormi. D. Avez-vous rèvé? À. Je ne crois pas avoir rêvé? D. Avez-vous entendu de la musique? À. Pas du tout.
D. Connaissez-vous Farquinio? À. Je Jai vu il y a six ans. À la séance de ce jour, il.y avait deux docteurs en médecine de plus : Abicht et Meyer.
21 mai. La malade a dormi d’un sommeil tranquille et non interrompu jusqu’à sept heures du matin. À dix heures, catalepsie. Déjà elle commençait ses chants , mais un vieillard étant entré et ayant mis près de son lit une canne avec une grosse pomme en métal , elle se tut aussitôt. Alors le mari éloigna la canne, mais la malade étendit les mains, rougit, et se mit à grincer des dents, et à montrer un visage indigné ; de sorte que le mari dut l’éveiller en soufflant légèrement sur elie. À deux heures après midi, comme l’on brülait, par hasard , de fortes odeurs de succin, bientôt elle perdit connaissance , S’agita, rougit, et montra de grandes inquiétudes. Eveillée de nou-
veau par une insuflation, elle afñirma qu'elle avait souffert une grande oppression de poitrine , et qu’elle en était presque morte. Bientôt après elle se mit à broder , mais après avoir achevé quatre dentelures (car le dessin de cette broderie était dentelé ), elle perdit connaissance , et bien qu’elle eût les yeux hagards, et les paupières immobiles, elle poursuivit son ouvrage, de telle sorte qu’elle acheva encore quatre dentelures semblables aux premières, et qu’elle les fit tout-à-fait artistement ; cependant elle avait les yeux fixés sur un autre endroit, et ne s’apercut point des cris des assistants. Eveillée d'elle-même, elle s’étonna de ce que son ouvrage était si avancé , et soutint que c'était sa sœur qui l'avait fait; disant que pendant son sommeil 1 lui avait été impossible de broder. À quatre heures de l'après-midi , occupée du même travail, elle fut prise d’extase,mais cependant pendant quelques minutes elle continua de coudre ; mais une portion de papier plus épaisse arrivant sous ses yeux, elle ferma bientôt les paupières, et, la figure bouleversée etindignée, elle rejeta loin d'elle sa broderie. Ensuite, étant devenue plus tranquille, ellese mit à chanter à peu près ces paroles : « Il est temps que j'interrompe mon ouvrage, car j'ai besoin de penser beaucoup à ma santé. » Alors enira un individu , qu’à l’état de veille elle disait lui être désagréable’: elle se tut aussitôt, rougit et griuçca des dents. À sixheures,ayantreprisl’usage de sessens, elle se montra d’un gaîté inaccoutumée, elle s’entretint agréablement avec les assistants, riant presque continuellement.
Après une demi-heure elle retomba en catalepsie. Alors le docteur Baerkmann, ayant mis une de ses mains sur l’épigastre et l’autre sur la tête, lui parla ainsi : À quoi pensez-vous maintenant? — Après un petit délai, d’une voix basse et avec quelque difhiculté, elle répondit : Je pense à ce qui pourra être le meilleur contre ma maladie. D. Est-ce que vous le connaissez déjà ? /. Jene puis pas bien vous indiquer, parce que je n’ai pas de sucre placé sur l’épigastre. D. En désirez-vous?
R. Beaucoup , car aussitôt je deviendrai gaie, et je parlerai plus promptement et plus facilement. Un linge plié trempé dans une solution de sucre fut placé sur l’épigastre , et aussitôt la joie et le contentement se montrèrent sur son visage.
D, Cela vous est-il agréable? À. Trèsagréable certainement, mais approchez aussi votre pouce du linge, si vous vou-
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lez que je vous parle plus facilement.
Il approcha son doigt de l’épigastre et l'interrogea : Que sentez-vous maintenant? Æ Je sens la chaleur augmentée et une douce saveur. Maintenant interrogez-moi. D. Est-ce que vous pourriez distinguer les couleurs des objets que l'on place sur votre épigastre ? 2, Peutêtre je Le pourrais. D. Est-ce que vous pourriez lire un livre que j’en approcheais ? 2. Très-difficilement. D. Vous pourriez sans doute distinguer quelques grandes lettres? 2. On ne saurait faire cela sans une grande contention de force.
D. Permettez-vous de l’expérimenter ?
Alors, au lieu d’une réponse, sa face devint profondément rouge , et elle monlrait une grande indignation, tandis que ses dents claquaient et frémissaient, D.
Désirez-vous de l’eau sucrée ? 2. J'en désire, mais une petite cuillerée seulement. D. Est-ce que vous prendriez de la nourriture ? À. J’en désire bien. D, Que désirez-vous donc tant? R. Du froage, du pain, avec du beurre frais et de la bière. D. Voulez-vous que je vous fasse sortir de voire sommeil? Z. Oui, Car j'ai grand'faim. D, Comment pourrai-jJe vous réveiller? ?.Soufflez sur moi de près, car si vous le faisiez de loin je devrais me lever de mon lit.Une fois éveillée, elle
nesesouvenait plus de ce qui s'était passé.
22 mai. Elle a passé une nuit agitée ;
le matin elle a sa connaissance et pleure.
Rien ne s'écoule des plaies de ses pieds.
À quatre heures après midi elle tombe en
catalepsie. Elle épronve deux paroxysmes
d’extase avec chant. À cinq heures je
trouvai la malade simplement catalep-
tique, d’un air plus triste que de cou-
tume, en présence des docteurs Baran-
kiewiez et Baerkmann. Aussitôt je pris
un petit morceau de drap rouge que j’a-
vais apporté avec moi, sans ea rien dire,
je le trempai dans une solution de sucre, je l'appliquai sur la région épigastrique,
ctayant mis dessus la main gauche, je
m’entretins ainsi avec la malade. D. Vous
me paraissez plus triste que de coutume ?
Æ. Je suis en effet plus triste. D. Pour-
quoi? À, Je souffre beaucoup, parce que la matière a cessé de couler de mes jambes. D. Que faut-il donc faire ? 2. Ii faut praliquer de nouvelles incisions. D. Où cela? /?. Au dessous des endroits déjà incisés. 1). Qu'avez-voussurl'épigastre. R.
Du sucre ; c’est ce qui me donne la fa-
culté de parler. D. Quoi de plus? À. De l'eau. D, Quoi encore? À, Un morceau de linge. D. De quelle couleur ? 2. Blanc.
D. En êtes-vous sûre? Z, Je ne le vois pas, mais je me le représente ainsi par la pensée. D. Dois-je exposer mes pensées par des paroles, ou pouvez-vous les comprendre encore renfermées dans mon esprit? /?. Cela m'est bien plus facile, si vous les exprimez par des paroles. D.
Me permettrez-vous de vous poser une seule interrogation par l'esprit seulement? /. Monsieur, mon état ne durera plus long-temps : je ne puis plus supporter une aussi grande contention d'esprit.
Mes idées commencent à se confonüre, Les veines de ma tête sont distendues , et si on ne me secourt pas de suite, la rupture de l’une d’elles est imminente.
Cela me rendra maniaque sans espoir de recouvrer la raison. Quel avantage m’of- Îrira alors la vie dans mon infortune? car je vivrai, mais maniaque. Dans un songe de la nuit passée, quelqu'un m'a rapporté tout cela. D. Qui cela? 2. Unesprit. D. Qu'a-t-il dit? Z. Il a dit : « Que fais-tu ? Crois - tu que tu pourras dürer loug - temps dans cet état? Point du tout, maisimplore un prompt secours, autrement tu deviendras imbécille. » D, Que faut-il faire pour empêcher un aussi grand mal? 2.11 faut m’appliquer trois sangsues de chaque côté du sommet de la tête. D. Quand cela? À. Demain à dix heures du matin. D. Combien de temps faut-il que le sang coule? À. S'il coule largement, pendant une heure seulement; s’il en était autrement, pendant deux heures. D. Est-ce que cela ne vous affaiblira pas ? 2. Point du tout, D. Faudra-t-il faire l’incision dela jambe le même jour? À. Non, car bien que je ne doive point être affaiblie par les sangsues , cependant je le serai un peu ; il vandra donc mieux renvoyer l’incision au jour suivant. D). Après l'incision que faudrat-il faire P 2. La matière s’écoulera :
la tumeur diminuera, et alors il sera temps de mettre de l’onguent. D. Qui doit prescrire cet onguent, Sniadecki, Niszkowski, ou Frank? 2. C’est égal, lun ou l’autre pourvu qu'il soit bon?
D. Ne pourrait-on pas faire passer cette malière par les urines? À. Déjà on l’a tenté (en effet, dès le commencement de la maladie on avait employé d'après mon avis des diurétiques), mais en vain, cac cetle matière est fixe et tenace. D. Vous souvenez-vous des moments où vous chantez? ?. Je m'en souviens , le chant me soulage. L'état dans lequel jesuis est trop violent; il ne durera pas longtemps sans confusion d'idées (en effet elle suait
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de toute la tête). D. Pensez-vous avec tout votre cerveau , ou seulement avec une partie ? À. Je pense avec tout mon cerveau , et je suis très-fatiguée, D. Doisje vous réveiller? À. Oui, il sera bon de chasser mes idées tristes. D. Une foïs éveillée, ne tomberez - vous pas dans une plus grande tristesse? À. Si quelqu'un me parle, je n’y tomberai pas.
Alors en soufflant j’éveillaila malade. Son premier mouvement fut d’essuyer sa sueur avec son mouchoir. /). Avez-vous dormi? À. Oui, mais d'un sommeil pesant. D. Avez-vous rêvé ? À. Je ne m'en souviens pas. Î. Avez-vous rêvé la nuit passée? À. Oui, je le crois, mais je l’ai oublié. D, Pourquoi êtes-vous si triste ?
À. Je souffre beaucoup. Ce matin pour Ja première fois j'ai éprouvé un grand vertige. La matière à entièrement cessé de couler. Je parlai ensuite des sangsues à appliquer, et des incisions à faire aux jambes , et la malade me demanda avec soin quel devait être le nombre des sangsues et à quel endroit on les appliquerait ; je m'’efforcai de la consoler var l'espoir d’une prompte guérison , et en effet je laissai cette malheureuse plus gaie.
23 mai. Hier, à peine eut-on quitté la malade , qu’elle eut des vertiges, puis le délire et voulut attaquer son mari et les assistants. Puis elle devint de plus en plus iroublée, tomba dansure somniationtoutà-lait spontanée, et répéta plusieurs fois :
Si on ne m’applique pas les sangsues de suite , et avant le coucher du soleil, je suis à jamais perdue. Puis, après avoir réfléchi : J'ai dit que l’on ne m’appliquät que demain à dix heures les sangsues, mais je me suis trompée, car je vois maintenant qu’il les faut appliquer avant le coucher du soleil. Ou apporta les sangsues et on les plaça à la tête ; la malade demandait toujours si le soleil était encore sur l'horizon. Lorsqu'on le lui eut affirmé, elle se félicita et devint plus tranquille. Les sangsues pendant une heure tirèrent assez de sang. La nuit ne fut pas très-bonne. Cependant le matin Ja malade était gaie, et affirmait que jamais sa tête n'avait été aussi libre que ce Qu À cinq heures après midi ,je visitai a malade, ct si jamais je lui trouvai un air serein et de la raison, ce fut à cet instant. Sniadecki, Niszkowski, Barankiewicz etBaerkmann trouvèrent lamême chose. Les yeux et le pouls surtout s’étaient changés en mieux. La tuméfaction des cuisses, la tension , et la douleur au toucher étaient beaucoup diminuées. La
malade, qui n’avait point élé affaiblie par les sangsues , continua l'usage du quiquina.
Du 24 au 30 mai, il n’y eut aucun paroxysme. La face ainsi que les autres phénomènes s'étaient changés en mieux, si l’on en excepte le pouls qui était encore à 130. On avait fait plusieurs incisions aux cuisses, d’où il s’écoulait une grande quantité de sérosité. Le 31 mai, elle eut d'abord une hpothymie, puis un paroxysme de catalepsie simple qui se prolongea pendant une demi-heure , et se dissipa spontanément. Depuis ce jour jusqu’au 12?
de juin, son état fut de mieux en mieux.
On posa des cautères à ses cuisses, il s’en écoula une grande quantité de sérosité , sans pour cela que ses cuisses diminuassent beaucoup; cependant la malade reprit ses forces , et devenue grasse elle se félicitait de son sort. Le 14 août, à la suite de fièvre et de vomissements, un érysipèle se montra sur les cuisses, descendit peu à peu jusqu'aux pieds , et fit disparaitre la plus grande partie de la tuméfaction. Il fut suivi de l’apparition des règles ; elles se passèrent bien , et la malade se trouva tout-à-fait guéri, sauf une rigidité dans les genoux qui gêne sa marche, et encore aujourd’hui (le 30 mai 1817), elle jouit d’une santé florissante. Plus tard elle est devenue enceinte , et a fait une fausse couche. En 1823 , je l'ai laissée très-bien portante.