Les sens. — Lorsque la fonction de
sens est lésée, les impressions que Por reçoit sont nulles, trop fortes, ou anormales. Par suite, le cerveau , ou ne re:
coit aucune perception, où est accablé sous le nombre des perceptions, ou de:
vient la proie de perceptions erronées:
Lorsque ces dernières procèdent seule:
ment de l’un des sens, elles produisen: une hallucination ; mais, les autres sen:
étant sains, on en découvre facilement 14 fausseté , et l'esprit, d’ailleurs sain, le:
corrige. Les hallucinations des maniaque:
résident dans le sens de l’ouïe bien plu:
fréquemment que dans la vue. Il fau:
bien prendre garde de ne pas mettre (2:
(2) Je m'étonne que M. Esquirol (Ga:
zette de santé, Nov. 1814) ait cherché 13 cause de la tendance d’un malade pour se suicider, dans l’hallucination seule dé l’ouie, car onrapporte que ce malade avait continuellement entendu des voix qui lin.
vitaient à s’enlever la vie. Mais qui ne voit qu'ici l’imagination surtout avait été lésée , et peut-être elle avait trouvé à s’a4 limenter dans la lésion du sens de l’ouie, Mon expérience me fournit aussi un fait semblable arrivé dans l'année 1815, à la clinique de Vilna. I y avait un malade en proie à une manie fantastique. De temps en temps il présentait quelques in- Stants assez lucides, dans le courant des:
quels il avait accoutumé d'’accuser un bruit très-désagréable d'oreilles. Mais du moment qu'il commençait à aller pis et à délirer, il assurait qu’il entendait les voix des anges et le bruit des cloches.
Ici n'est-ce pas l’imagination lésée qui trouvait un aliment dans l'affection mors
DU SYSTÈME NERVEUX
au nombre des hallucinations des sens les fantômes de l'imagination qui se iransmettent aux sens. L’hallucination la plus commune, propre au sens de l’ouie, de Ja vue et du toucher, est celle qui nous rend encore présents les objets qui ont long-temps agi sur ces sens, bien qu’ils soient éloignés. Si, au contraire, tous les sens sont lésés, alors le cerveau, accablé de toutes parts de perceptions erronées, et privé d’ailleurs des instruments par le moyen desquels on pourrait les corriger,
regarde comme réelles ses perceptions
fausses. En effet, même en supposant que, bien que tous les sens soient viciés, le jugement, la mémoire et l'imagination puissent rester sains, les matériaux dont se servent ces facultés de l’âme seraient en trop mauvais état pour que l’on püt espérer qu’il en sortit quelque chose de bon. Les causes des lésions des sens sont l’abord les vices évidents de structure, uis une sensibilité morbide des nerfs jui servent à leurs fonctions, ou qui sont épandus dans les instruments mêmes des sens, ou qui établissent la communicaion entre eux et le cerveau. En effet, par ‘e moyen, on se rend très-bien compte le plusieurs phénomènes. La sensibilité les parties indiquées est-elle augmentée:
joici que le malade repousse la lumière, a couleur blanche, le rouge, les sons orts, le bruit , les odeurs aromatiques, es mets épicés, une température élevée, es habits pesants, en un mot les impresions fortes, et cherche au contraire l’obcurité, les couleurs sombres, le silence, es choses fétides, les aliments insipides, e froid, la nudité. La sensibilité des oranes des sens ct des nerfs est-elle dimiuée : voici que le malade aime les ayons solaires, le bruit, les clameurs, les rrhins, les mets irritants, le feu, et fuit »s choses opposées plus qu’un chien et
ET
ide du sens, et qui lui imprimait son pe? Oui, certainement, car lorsque je ii eus fait verser quelques gouttes d'huile e jusquiame dans les oreilles, il ne se laignit plus des voix et des sons. Mais u contraire, quelque temps après l’esmac ayant été irrité par de fortes doses e tartre stibié , comme l’attestaient les forts pour vomir, le malade affirma qu’il vait un ange dans l'estomac qui lui periadait de ne pas prendre de médicalents, parcequ'ils contenaient du poison.
e lui ayant plus donné d’émétique, mais es remèdes mucilagineux, le malade tut de nouveau,
qu’un serpent. Enfin, la sensibilité de ces organes est-elle pervertie : des choses qui seraient insupportables à des personnes en bonne santé deviennent trèsagréables au malade. Plus rien d’étonnant alors s’il regarde avec un très-grand plaisir torturer des hommes et des animaux, s’il préfère leurs cris et leurs sanglots à la plus douce harmonie, s’il approche des ordures de son nez, et s’il déchire et mutile son propre corps. Ce n’est pas assez : souvent il arrive que la sensibilité d’un seulsens se trouve augmentée, tandis que les autres sens pèchent par un vice opposé, et vice versa. De là, on comprend de suite quelle grande diversité, quelle opposition, quelle confusion d’impressions doit en naître. Maïs comme on ne saurait parler des vices des sens en particulier, sans traiter d'abord des maladies par lesquelles les organes, consacrés à tel ou tel sens, ont coutume d’étre affectés, nous croyons prudent de parler dés perceptions morbides en tant qu’elles partent des sens en particulier, lorsque nous traiterons des maladies des yeux, des oreilles, des cavités nasales et de la bouche. Nous avons déjà donné l’histoire des lésions du toucher (3), et celle de la lésion du sens interne universel sera exposée dans le chapitre de l’hypochondrie.
2. Attention. —Les impressions faites par les sens, ou les objets présentés par la mémoire ou l’imagination, ne sont point perçues si d’abord l'attention ne se fixe pas sur elles. E’attention peut difhicilement être fixée à un haut point sur plusieurs objets à la fois, d’où le proverbe Pluribus éntentus minor est ad singula sensus.
Quand l’attention s'exerce sur des objets offerts par les sens, on l’appelle observation; mais quandelle se porte sur des choses présentées par la mémoire ou par l’imagination, elle prend le nom de méditation.
D’après cela, on comprend facilement pourquoi un malade en extase et en catalepsie, donnant toute son attention à des objets fournis par son imagination, he percoit pas les impressions externes.
L’extase, d'accord sur ce point avec la catalepsie, en diffère par rapport à la volonté; car, dans l’extase, la volonté excite diverses parties au mouvement, tandis que tout mouvement est suspendu dans la catalepsie. Des maladies énumérées,
(3) Edit, 11, P, 1, vol. 111, sect. 11, cap.
on peut rapprocher le phénomène que l’on nomme distraction (4), sur lequel il existe tant de narrations singulières (5).
Dans cette affection , l'attention est tellement fixée sur un objet fourni par l’imaginalion, la mémoire ou le jugement, que les impressions externes ne sont pas ou sont à peine perçues ; et de là résulte que la volonté, souvent même le seul instinct, pousse à des actions qui ne s’accordent nullement avec la situation dans laquelle la personne se trouve. Dans les maladies soporeuses , comme l’apoplexie et le cataphora, tantôt le cerveau nç percoit aucunes perceptions, tantôt 1l ne peut pas fixer l'attention sur elles. En outre, chez chaque homme, soit sain, soit malade, l'attention a des affinités particulières. Si on ne parvient pas à découvrir ces affinités, on ne pourra pas déterminer l’occupation à laquelle on est le plus propre. Enfin l’attention aussi est soumise à des lésions qui lui sont propres ; telles sont : l'impossibilité de se fixer sur un seul objet ; la facilité avec laquelle, une fois fixée, elle est distraite par la cause la plus légère ; enfin son absorption par un seul objet au détriment des autres. Au nombre des causes qui affaiblissent l’attention, on a coutume de ranger surtout la faiblesse , qui naît, soit de l’exercice négligé de cette faculté, soit de son abus ou de son trop grand exercice , soit des maladies passées. L'exercice de l'attention est négligé par les riches, qui n’ont jamais cennu ce que c’est que la pauvreté (le plus fort aiguillon de l'attention). Cela tient aussi à une mauvaise éducation, qui ne force pas les enfants à donner une attention voulue , et à la mauvaise habitude de n’appliquer exclusivement l'attention sur aucun objet déterminé. Les parents et les instituteurs tendent trop l'attention des jeunes gens, en les forçant d’étudier outre mesure, ou en les appliquant trop longtemps à un seul et même objet (6), ou en
AR LA PDP
(4) Français, distraction; Allemand, Zerstreuung.
(5) Lettres de Mde. de Sévigné, 1 vol., lettr. 28, p. 199, lettr. 100, p. 239, où il est fait mention du duc de Brancas. v.
La Bruyère, artic. le Portrait du distrait, (œuvres), et Regnard, le Distrait, comédie en vers (œuvres, t. 11).
(6) Dans les universités où l’on prescrit d'une manière générale aux professeurs d'enseigner pendant six heures dans l’espace de chaque semaine, plusieurs
MALADIES
les astreignant à des objets pour lesquel leur attention n’a aucune affinité, Les m2 ladies nuisibles à l'attention sont : les fiè vres , la céphalalgie, l’encéphalite, l’a:
poplexie, les hémorrhagies, les longue diarrhées , la trop grande plénitude d l'estomac (7), l’hystérie et l’hypochon:
drie. Dans cette dernière maladie, com me tout le monde peut le voir, latten tion se dirige entièrement sur l’état d:
corps de l'individu.